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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2012255

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2012255

lundi 3 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2012255
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantC/M/S/ BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et de nouveaux mémoires, respectivement enregistrés les 9 novembre 2020, 5 mars, 21 avril et 25 juin 2021, la Sarl Restauration Roissy, représentée par Me Bussac, demande au tribunal :

1°) la restitution partielle de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, de la taxe additionnelle à cette dernière et des frais de gestion qu'elle a initialement acquittés au titre des années 2013, 2014, 2017 et 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la convention de location qu'elle a conclue avec la société Aéroports de Paris n'a pas pour seul objet la mise à disposition de locaux, mais porte aussi sur des droits incorporels correspondant à la présentation d'une clientèle captive ;

- elle est autorisée à répartir la redevance qu'elle verse selon qu'elle porte sur des droits corporels et incorporels, en application de la loi et selon la clé de répartition dont elle justifie.

Par des mémoires en défense, respectivement enregistrés le 12 février, 13 avril, 26 mai et 28 juin 2021, la directrice chargée de la direction des grandes entreprises conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les conclusions relatives aux cotisations pour les années 2013 et 2014 sont irrecevables en raison de leur tardiveté ;

- les redevances versées par la société requérante à la société Aéroports de Paris ont pour contrepartie la mise à disposition de biens corporels au sens et pour l'application des dispositions du b) du 4 du I de l'article 1586 sexies du code général des impôts.

Par une ordonnance du 14 décembre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience au cours de laquelle ont été entendu le rapport de M. Puechbroussou, rapporteur, et les conclusions de M. Iss, rapporteur public, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La Sarl Restauration Roissy, qui a pour activité l'exploitation de points de vente de restauration, dans le cadre de contrats de concession ou de location-gérance, situés dans l'aéroport Paris Roissy Charles de Gaulle, géré par la société Aéroports de Paris, a primitivement acquitté la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises au titre des années 2013, 2014, 2017 et 2018, conformément à ses déclarations, en excluant, pour le calcul de sa valeur ajoutée, la déduction de la totalité des loyers et redevances versés en exécution de ces conventions. Estimant qu'une partie de ces sommes n'aurait pas pour contrepartie la mise à disposition de biens corporels et serait, par suite, déductible à ce titre, la Sarl Restauration Roissy demande au tribunal de lui accorder la restitution partielle corrélative de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, de la taxe additionnelle à cette dernière et des frais de gestion qu'il a initialement acquittés au titre desdites années.

2. Aux termes de l'article 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / Il en est de même lorsqu'une imposition a été établie d'après les bases indiquées dans la déclaration souscrite par un contribuable ou d'après le contenu d'un acte présenté par lui à la formalité de l'enregistrement ". Dès lors que la société requérante demande une décharge d'impositions établies d'après les bases indiquées dans les déclarations qu'elle a souscrites, il lui appartient de démontrer le caractère exagéré de ces impositions.

3. Aux termes du 4 du I de l'article 1586 sexies du code général des impôts : " La valeur ajoutée est égale à la différence entre : / a) D'une part, le chiffre d'affaires tel qu'il est défini au 1 () / b) Et, d'autre part : () / - les services extérieurs diminués des rabais, remises et ristournes obtenus, à l'exception des loyers ou redevances afférents aux biens corporels pris en location ou en sous-location pour une durée de plus de six mois ou en crédit-bail ainsi que les redevances afférentes à ces biens lorsqu'elles résultent d'une convention de location-gérance () ". Il résulte de ces dispositions que ne sont pas déductibles du chiffre d'affaires, pour le calcul de la valeur ajoutée servant de base à la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, et partant, pour le calcul de la taxe additionnelle et des frais de gestion, les charges qui ont pour contrepartie la mise à disposition de biens corporels pris, soit en location ou en sous-location pour une durée de plus de six mois, soit en crédit-bail, soit en location-gérance.

4. La Sarl Restauration Roissy soutient que les loyers qu'elle a versés à la société Aéroports de Paris au titre de l'activité qu'elle exerce au sein de l'aéroport Paris-Orly comprend, pour partie, outre la rémunération des locaux constituant des biens corporels, des droits afférents à des éléments incorporels qui sont déductibles de la valeur ajoutée dans les bases de calcul de la contribution sur la valeur ajoutée des entreprises par application du b) du 4 du I de l'article 1586 sexies. Il ressort toutefois des conventions de bail civil entre la société Aéroports de Paris et la Sarl Restauration Roissy, transmises par l'administration en défense et soumises, aux termes de leurs préambules respectifs, aux dispositions des articles 1709 et suivants du code civil, que les loyers en litige rémunèrent, aux termes de l'article 2 de ces conventions, la mise à disposition des locaux tels que décrits dans les conditions particulières des baux sans qu'aucune rémunération d'actif incorporel ne soit évoquée et alors que sont réglées par ces stipulations conventionnelles le loyer à l'article 5, les charges à l'article 6, l'état des lieux à l'entrée à l'article 9.1, l'état des lieux à la sortie à l'article 11.1 ainsi qu'un dépôt de cautionnement à l'article 8. Contrairement aux allégations de la société requérante, la circonstance que les stipulations de l'article 2 des conventions de bail stipulent que le bailleur pourra être amené, au cours du bail, à demander au preneur de transférer son activité dans un autre local et qu'aux termes de l'article 5 des conventions, les loyers comportent une part variable assise sur le chiffre d'affaires et des clauses plancher définies par référence au nombre de clients, n'est pas de nature à caractériser, à elle seule, l'existence de la rémunération d'un actif incorporel. Dans ces conditions, les stipulations conventionnelles n'avaient pas pour objet de rémunérer un actif autre que celui de mise à disposition des biens corporels en cause. Enfin, à supposer, comme le soutient la requérante en se prévalant de l'étude du 28 juin 2016 qu'elle a commanditée auprès d'un expert immobilier, que le niveau du loyer convenu avec la société Aéroports de Paris pourrait être regardé comme prenant pour partie en compte l'avantage tiré de l'accès à une clientèle captive présente dans certaines zones aéroportuaires, cette circonstance ne permet toutefois pas d'établir que les loyers en cause auraient partiellement pour objet, contrairement à l'économie des conventions de bail les stipulant, la rémunération d'un tel actif incorporel. Dans ces conditions, la société requérante n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, de l'exagération des bases d'imposition qu'elle a initialement déclarées.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense s'agissant des années 2013 et 2014, les conclusions à fin de décharge de la Sarl Restauration Roissy doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la Sarl Restauration Roissy est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la Sarl Restauration Roissy et à la directrice chargée de la direction des grandes entreprises.

Délibéré après l'audience du 15 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Toutain, président,

M. Thobaty, premier conseiller,

M. Puechbroussou, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2022.

Le rapporteur,

Signé

C. Puechbroussou

Le président,

Signé

E. Toutain

La greffière,

Signé

S. Desplan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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