mardi 11 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2012532 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | MAITRE LUISIN BERNARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 novembre 2020 et le 27 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Lefébure, demande au tribunal :
1°) de condamner la société Orange au paiement de la somme de 176 343,44 euros ;
2°) de mettre à la charge de la société Orange une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'absence de recours en annulation à l'encontre d'une décision administrative individuelle ne fait pas obstacle à ce qu'il puisse se prévaloir de cette décision dans le cadre de la qualification d'une situation de harcèlement moral de sorte que sa requête est recevable ;
- la demande dont est saisie le tribunal dans la présente instante ne présente ni le même objet ni la même cause que les affaires déjà jugées par la juridiction administrative citées par la société Orange de sorte que l'autorité de chose jugée ne peut lui être opposée ;
- sa plainte pénale a interrompu le délai de prescription de cinq ans prévu aujourd'hui à l'article 2224 du code civil, lequel court pour une durée de cinq ans à compter du jugement du tribunal correctionnel du 20 décembre 2019 ;
- ainsi que cela a été reconnu par le Tribunal de grande instance de Paris, il a subi des agissements répétés constitutifs de harcèlement moral de 2004 à 2010 qui ont eu pour effet une dégradation des conditions de travail portant atteinte à ses droits et à sa dignité et altérant notamment sa santé ;
- la responsabilité pour faute de la société Orange doit être engagée à raison de ses agissements ;
- la société Orange a commis une faute dans la gestion de sa carrière en ne l'affectant pas à un poste correspondant à son grade de 2004 à 2006 ;
- ces fautes ont causé des préjudices qui n'ont été réparés par aucune juridiction ;
- il a subi un préjudice financier direct correspondant à une perte de rémunération de 2010 à 2013 à hauteur de 31 400 euros, une minoration de sa pension de retraite qui peut être évaluée à 138 582 euros et a dû engager des frais relatifs à son logement correspondant à la somme de 1361, 44 euros ;
- il a subi des troubles dans les conditions d'existence qui peuvent être évalués à la somme de 5000 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 juin 2022 et le 19 septembre 2022, la société Orange SA, représentée par Me Luisin, conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est tardive au regard des règles relatives aux délais raisonnables ainsi qu'au regard de la prescription quinquennale applicable aux actions personnelles ;
- il a déjà été statué sur l'indemnisation de ses préjudices liés notamment à l'absence d'affectation sur un poste de son grade ;
- elle reconnait sa responsabilité uniquement en ce qui procède des décisions de justice rendues antérieurement ;
- le préjudice financier allégué relatif à la perte de rémunération de 2010 à 2013 et à la minoration de sa pension de retraite du fait de l'absence de nomination au poste de directeur régional est purement hypothétique dès lors qu'il n'avait aucun droit à l'avancement de grade, et que l'absence de nomination à ce grade ne résulte pas du harcèlement subi mais de son insuffisance professionnelle ;
- le préjudice financier résultant des frais engagés en 2004 et 2005 ne peut être indemnisé dès lors qu'il n'a pas contesté le rejet de sa demande intervenu par décision du 29 décembre 2005 ;
- le refus de faire droit à ses prétentions financières relatives au départ en CFC ne lui a pas occasionné de troubles dans les conditions d'existence ;
- le préjudice résultant de l'éloignement familial a fait l'objet d'une réparation au titre du préjudice moral et économique par le jugement du 12 juillet 2011 du tribunal administratif de Besançon, lequel a condamné France télécom à lui verser 50 000 euros ;
- pour les années 2007 et 2008, le tribunal de grande instance de Paris lui a alloué une somme de 45 000 euros.
Par ordonnance du 21 septembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 4 novembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 90-568 du 2 juillet 1990 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Lunshof,
- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,
- et les observations de Me Lefébure, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, fonctionnaire depuis 1975 au sein de France Télécom, devenu la société Orange SA, qui exerçait en dernier lieu les fonctions de avant d'être admis à faire valoir ses droits à la retraite en 2014, a, le 2 novembre 2010, déposé plainte contre la société Orange SA, et s'est constitué partie civile, pour dénoncer le harcèlement moral dont il estimait avoir été victime entre 2004 et 2010. Par un jugement du 20 décembre 2019 le tribunal de grande instance de Paris a notamment déclaré la société France Télécom devenue Orange SA coupable de harcèlement moral au sens de l'article 222-33-2 du code pénal, pour la période du 1er janvier 2007 au 31 décembre 2008, l'a condamnée, solidairement avec certains de ses dirigeants, à verser à M. B une somme de 45 000 euros en réparation du préjudice moral subi " au titre de la période 2007-2008 durant laquelle il a vécu un exil" et a débouté M. B de ses demandes tendant à la réparation de son " préjudice matériel ", estimant que celui-ci avait déjà été réparé par la condamnation de la société Orange SA à lui verser 50 000 euros, prononcée par le jugement n° 1100333 du tribunal administratif de Besançon du 12 juillet 2011. Par un courrier reçu le 15 juillet 2020 par la société Orange SA, M. B a sollicité la réparation des préjudices non encore indemnisés résultant de la situation de harcèlement moral subi de 2004 à 2010 et d'une faute dans la gestion de sa carrière. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par la société Orange SA sur sa demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner la société Orange au paiement de la somme de 176 343,44 euros en réparation des préjudices subis du fait de la situation de harcèlement moral qu'il estime avoir subie et du fait de fautes dans la gestion de sa carrière.
Sur les fins de non-recevoir opposées par la société Orange SA aux conclusions indemnitaires :
2. En premier lieu, s'agissant des conclusions indemnitaires relatives à la gestion fautive de sa carrière résultant de l'absence d'affectation de l'intéressé de 2004 à 2006, la société Orange SA fait valoir que le requérant avait déjà présenté une demande d'indemnisation de ces préjudices en 2005 et qu'un refus express avait été notifié à l'intéressé la même année, de sorte que les conclusions indemnitaires litigieuses sont manifestement tardives. Toutefois, si le requérant a sollicité, par une demande en date du 25 octobre 2005, l'indemnisation de différents préjudices subis du fait de l'absence d'affectation, il résulte de l'instruction, d'une part, que la demande ne portait pas sur l'indemnisation du préjudice de carrière et des troubles dans les conditions d'existence, et qu'en tout état de cause, à supposer même que l'objet des demandes eut été identique, France Télécom n'a rejeté que de manière implicite cette demande, sa réponse explicite portant sur d'autres chefs de préjudices, de sorte que les délais de recours n'ont pu commencer à courir. D'autre part, et en tout état cause, la décision de France Télécom du 29 décembre 2005 rejetant la demande indemnitaire n'a pu davantage fait courir les délais de recours contentieux, dès lors qu'elle n'a pas mentionné les voies et délais de recours et que la preuve de sa notification régulière n'est pas apportée. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté des conclusions tendant à l'indemnisation des préjudices subis du fait de l'absence d'affectation de l'intéressé de 2004 à 2006 doit être écartée.
3. En second lieu, la société Orange SA soutient que les faits à l'origine des préjudices dont le requérant demande la réparation sont anciens, puisqu'ils concernent la période 2004-2010, de sorte que les demandes indemnitaires de M. B auraient été présentées au-delà d'un délai raisonnable. Toutefois en présence d'un litige tendant à la mise en jeu de la responsabilité de l'administration, la prise en compte de la sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause indéfiniment des situations consolidées par l'effet du temps, est assurée par les seules règles de prescription.
Sur l'engagement de la responsabilité de la société Orange SA :
En ce qui concerne la situation de harcèlement moral :
S'agissant de l'existence d'une situation de harcèlement moral :
4. Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquiès de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
5. Il appartient à l'agent public qui soutient avoir été victime de faits constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
6. M. B soutient avoir été victime de faits de harcèlement moral entre 2004 et 2010, alors qu'il était en fonction au sein de la société France Télécom.
7. En premier lieu, il résulte de l'autorité de chose jugée par le jugement du tribunal de grande instance de Paris du 20 décembre 2019, en ce qui concerne les constatations matérielles des faits et qui sont le support nécessaire du dispositif de ce jugement devenu définitif, que s'agissant de la période 2007-2008, France Télécom a mis en œuvre une politique " délibérément attentatoire aux droits et à la dignité " de ses employés, ainsi qu'à leur santé physique ou mentale, constituée par la mise en œuvre du plan NEXT et du programme ACT, ayant pour objet la dégradation des conditions de travail à travers l'instrumentalisation de multiples dispositifs managériaux, afin d'atteindre les objectifs de déflation des effectifs de la société, portés à 22 000 départs comme annoncé en février 2006. Dès lors, M. B est fondé à soutenir qu'il a subi une situation de harcèlement moral au cours des années 2007-2008.
8. En second lieu, au titre des éléments de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral subi sur l'ensemble de la période 2004-2010, M. B se prévaut notamment des multiples incitations au départ dont il a été destinataire dès 2004, de l'absence d'affectation pendant deux ans entre décembre 2004 et mars 2006, de sa nomination à Besançon sur un poste éloigné géographiquement de sa famille qui résidait en Ile-de-France, et de son maintien sur cette affectation de 2006 à 2010 sans justification malgré plus de 30 demandes de mutation, ainsi que l'a d'ailleurs constaté le tribunal administratif de Besançon dans le jugement précité. Ces faits répétés, dont la matérialité est établie par les pièces versées au dossier, permettent de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral pour la période 2004-2010, au sens des dispositions précitées de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983. En se bornant à faire valoir que " la seule reconnaissance de responsabilité de la part de la SA Orange procède de l'autorité des décisions de justice rendues dans le cadre des contentieux initiés par le requérant contre son employeur " sans apporter aucun élément de nature à contredire les allégations du requérant, la société Orange SA ne démontre pas que les agissements en cause seraient justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. Il s'ensuit que le harcèlement moral est suffisamment caractérisé sur l'ensemble de la période en litige allant de 2004 à 2010.
9. Il résulte de ce qui précède que la SA Orange a commis une faute du fait de la situation de harcèlement moral subi au titre de la période allant de 2004 à 2010.
S'agissant de l'exception de prescription quinquennale opposée par la société Orange SA :
10. Aux termes de l'article 2224 du code civil : " Les actions personnelles ou mobilières se prescrivent par cinq ans à compter du jour où le titulaire d'un droit a connu ou aurait dû connaître les faits lui permettant de l'exercer. "
11. D'une part, le harcèlement moral étant constitué par des actes répétés, le requérant n'a eu connaissance de l'étendue de sa créance qu'à l'occasion du dernier acte incriminé susceptible d'être qualifié de harcèlement, soit au cours de l'année 2010. D'autre part, le délai de prescription de la créance en litige a été interrompu par la plainte avec constitution de partie civile, déposée le 2 novembre 2010, et n'a recommencé à courir qu'à compter du jugement du 20 décembre 2019 du tribunal de grande instance de Paris qui a condamné la société Orange SA à verser au requérant la somme de 45 000 euros en réparation du préjudice moral subi, sans que la société Orange SA puisse sérieusement se prévaloir des dispositions de l'article 2243 du code civil qui prévoient que l'interruption de la prescription est non avenue si la demande est définitivement rejetée. Dans ces conditions, à la date de sa demande indemnitaire préalable, le 10 juillet 2020, le délai de prescription de l'action indemnitaire de M. B résultant des dispositions de l'article 2224 du code civil n'était pas expiré. Par suite, l'exception de prescription quinquennale opposée par la société Orange SA doit être écartée.
En ce qui concerne les fautes dans la gestion de la carrière :
S'agissant de l'existence de fautes :
12. M. B se prévaut de la circonstance qu'il a été dépourvu d'affectation entre le 1er décembre 2004 et le 28 février 2006, et de la circonstance que son affectation entre 2006 et 2008, ne correspondait pas à son grade, et était même dépourvue de véritable tâche à réaliser.
13. Il est constant que le requérant n'a pas été affecté sur un poste entre le 1er décembre 2004 et le 28 février 2006. En revanche, si le requérant soutient que les différentes affectations sur des postes à Besançon de 2006 à 2009 puis à Aubervilliers de 2010 à 2014 ne correspondaient pas à son grade de directeur départemental, il n'apporte aucun élément permettant d'établir le bien-fondé de ses allégations. Par suite, il ne peut se prévaloir de la faute qu'aurait commise la société Orange SA du fait de l'inadéquation de ses affectations avec son grade. Dès lors M. B est uniquement fondé à se prévaloir de la faute résultant de l'absence d'affectation sur un poste pendant treize mois.
S'agissant de l'exception de prescription quinquennale :
14. Lorsque la créance de l'agent porte sur la réparation d'une mesure illégalement prise à son encontre et qui a eu pour effet de le priver d'affectation, le fait générateur de la créance doit être rattaché, non à l'exercice au cours duquel la décision a été prise mais à celui au cours duquel elle a été régulièrement notifiée. Ainsi, s'agissant de l'action en paiement d'indemnités à raison de la faute dans la gestion de la carrière de M. B résultant de l'absence d'affectation, la société Orange SA n'est pas fondée à opposer l'exception de prescription quinquennale. Par suite, n'étant pas au nombre de celles qui s'éteignent par la prescription quinquennale prévue à l'article 2224 du code civil, l'exception de prescription qu'oppose la société Orange sur le fondement de cet article à la demande indemnitaire relative à la faute dans la gestion de la carrière ne peut être accueillie.
S'agissant de l'autorité de la chose jugée :
15. Il résulte de l'instruction que, contrairement à ce que soutient la société Orange SA, la chose jugée s'attachant aux différents jugements relatifs à la situation de M. B ne s'oppose pas à ce que le tribunal statue sur la demande indemnitaire de M. B fondée sur son absence d'affectation pendant treize mois dès lors que le jugement n° 0500155 du tribunal administratif de Fort-de-France en date du 28 février 2008 se borne à rejeter le recours en annulation de l'intéressé dirigé contre la décision en date du 13 juin 2005 mettant fin à son détachement sur un emploi supérieur, que le jugement n°0900882 du tribunal administratif de Besançon du 8 avril 2010 est relatif à la majoration épouse/enfant de la troisième et dernière fraction de son indemnité d'éloignement et que le jugement n° 0900883 du même jour est relatif à la compensation financière due selon lui au fait qu'il n'a plus été logé à partir du mois de juin 2001 par France Télécom.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à soutenir que la responsabilité de la société Orange SA doit être engagée à raison de la faute commise du fait de la situation de harcèlement moral subie au titre de la période de 2004 à 2010 et de la faute à ne pas l'avoir affecté sur un poste pendant une durée de treize mois.
Sur les préjudices :
17. En premier lieu, M. B soutient qu'en raison du harcèlement moral subi et de la gestion fautive de sa carrière, il n'a pu connaître l'avancement auquel il aurait pu prétendre et que l'absence d'affectation ou sa " mise au placard " à Besançon a entravé son avancement, l'empêchant d'accéder au grade de directeur régional et donc à un indice de traitement plus élevé, de sorte qu'il a subi un préjudice financier résultant de la perte de rémunération et de la minoration de sa pension de retraite, à hauteur respectivement de 31 400 euros et de 138 582 euros. Toutefois, alors que l'avancement constitue une simple faculté et que la circonstance qu'un agent remplisse les conditions statutaires ne lui confère pas de droit à être promu, M. B n'apporte aucun élément à l'appui de ses allégations, permettant d'établir, dans le cadre de la présente instance, qu'il avait une chance sérieuse d'obtenir un avancement au grade de directeur régional. Par suite, M. B n'est pas fondé à demander la réparation des préjudices financiers qu'il soutient avoir subis.
18. En deuxième lieu, il est constant que M. B a été obligé de payer son loyer jusqu'au 10 mars 2005 en Martinique compte tenu de l'incertitude dans laquelle il se trouvait de retrouver son poste. Ni l'existence ni le montant des loyers ne sont contestés par la société Orange SA qui se borne à indiquer que cette demande avait été rejetée par France télécom en 2005 et que ce rejet n'a jamais été contesté. Par suite, alors que cette demande est, ainsi qu'il a été dit au point 2, recevable, M. B est fondé à demander l'indemnisation de ce préjudice d'un montant de 1 361,44 euros.
19. En dernier lieu, M. B sollicite, à hauteur de 5 000 euros, la réparation des troubles dans les conditions d'existence subis du fait du harcèlement moral dont il a été victime et de la gestion fautive de sa carrière. D'une part, le requérant se prévaut en particulier de l'impact de son éloignement de sa famille de 2006 à 2007. Toutefois, il résulte de l'instruction que par jugement n° 1100333 du 12 juillet 2011, le tribunal administratif de Besançon a condamné France Télécom à verser à M. B une somme de 50 000 euros, en réparation du préjudice moral résultant du refus persistant et injustifié de mutation qui lui a été opposé par France Télécom ainsi qu'un préjudice économique lié notamment aux frais nécessités par les déplacements entre Besançon et la région parisienne, où résidait sa famille, et à l'obligation de maintenir une double résidence. Dès lors, la société Orange SA est fondée à soutenir que les troubles dans les conditions d'existence résultant de la gestion fautive de sa carrière ont déjà fait l'objet d'une réparation. D'autre part, s'agissant des troubles dans les conditions d'existence à raison du harcèlement moral subi, ainsi que le fait valoir la société Orange SA, une partie de ce préjudice a pu être réparé, pour les années 2007 et 2008, par le tribunal de grande instance de Paris. Il sera ainsi fait une juste appréciation de ce préjudice subi sur l'ensemble de la période 2004 à 2010, en allouant à M. B, la somme de 4 500 euros.
20. Il résulte de tout ce qui précède que la société Orange SA est condamnée à verser à M. B la somme globale de 5 861, 44 euros en réparation des préjudices subis dont il demande la réparation dans la présente instance.
Sur les frais liés au litige :
21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Orange SA le versement de la somme de 1 500 euros au titre des frais liés au litige sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La société Orange SA est condamnée à verser à M. B une somme de 5 861, 44 euros.
Article 2 : La société Orange SA versera à M. B la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la requête de M. B sont rejetées pour le surplus.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la société Orange SA.
Délibéré après l'audience du 24 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,
Mme Lunshof, première conseillère,
Mme Courneil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.
La rapporteure,
M. Lunshof
La présidente,
N. Ribeiro-MengoliLa greffière,
P. Demol
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026