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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2012736

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2012736

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2012736
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème chambre
Avocat requérantC/M/S/ BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrés le 19 novembre 2020, l'organisme Caixa Andorrana de Seguretat, représenté par Me Collet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la restitution des retenues à la source prélevées sur les dividendes de source française, au titre des années 2012 à 2014, soit 336 845 euros ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que dès lors qu'il est assimilable à une caisse de retraite française et donc à un organisme sans but lucratif, l'imposition de ses dividendes de source française sur le fondement de l'article 119 bis du code général des impôts est incompatible avec le principe de liberté de circulation des capitaux prévu par les stipulations de l'article 63 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 21 mai 2021 et 21 juillet 2022, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut au non-lieu partiel et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que :

- un avis de dégrèvement à hauteur de 168 422,50 euros a été émis en cours d'instance, dès lors que l'organisme est éligible au taux de retenue à la source de 15% ;

- les moyens soulevés par l'organisme requérant ne sont pas fondés, dès lors qu'il ne résulte d'aucune disposition du code général des impôts qu'en l'absence de possibilité d'appliquer le taux de droit commun de 30%, les organismes établis dans un Etat tiers de l'Union européenne ne devraient être soumis à aucune retenue à la source.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre, conseillère,

- et les conclusions de M. Khiat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. L'organisme Caixa Andorrana de Seguretat (CASS), organisme étatique de gestion du régime andorran de sécurité sociale a été initialement soumis, au titre des années 2012 à 2014, à la retenue à la source sur les dividendes de sociétés françaises perçus au cours de cette année, au taux de 30%. Par une réclamation du 22 décembre 2014, elle demande l'exonération intégrale s'agissant des dividendes de source française. A la suite du rejet de l'administration de cette demande, elle sollicite la restitution totale de la retenue à la source prélevée au titre des années 2012 à 2014, soit 336 845 euros.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 21 mai 2021, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration a prononcé la restitution de la moitié du montant demandé soit 168 422,50 euros. Il suit de là que les conclusions à fin de restitution sont, dans cette mesure, devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions à fin de restitution :

3. Aux termes du 5° du 1 de l'article 206 du code général des impôts, dans sa version applicable aux années en litige : " Sous réserve des exonérations prévues aux articles 1382 et 1394, les établissements publics, autres que les établissements scientifiques, d'enseignement et d'assistance, ainsi que les associations et collectivités non soumis à l'impôt sur les sociétés en vertu d'une autre disposition, à l'exception, d'une part, des fondations reconnues d'utilité publique et, d'autre part, des fonds de dotation dont les statuts ne prévoient pas la possibilité de consommer leur dotation en capital, sont assujettis audit impôt en raison des revenus patrimoniaux qui ne se rattachent pas à leurs activités lucratives. Sont qualifiés de revenus patrimoniaux : () c. Des revenus de capitaux mobiliers dont ils disposent, lorsque ces revenus n'entrent pas dans le champ d'application de la retenue à la source visée à l'article 119 bis ; ces revenus sont comptés dans le revenu imposable pour leur montant brut ". Aux termes du 2° de l'article 219 bis du même code : " ce taux est fixé à 15% pour les dividendes ".

4. Lorsqu'un contribuable non-résident conteste, au regard de la libre circulation des capitaux, l'imposition à laquelle il a été assujetti sur ses revenus de source française, il convient de comparer la charge fiscale supportée respectivement par ce contribuable et un contribuable résident de France placé dans une situation comparable. Lorsqu'il apparaît que le contribuable non-résident a été effectivement traité de manière défavorable, il appartient à l'administration fiscale et, le cas échéant, au juge de l'impôt, de dégrever l'imposition en litige dans la mesure nécessaire au rétablissement d'une équivalence de traitement.

5. D'une part, l'organisme CASS n'étant comparable à aucun des organismes établis en France et bénéficiant d'une exonération d'impôt sur les sociétés et ayant été, à la suite du dégrèvement partiel du 21 mai 2021, imposée au taux de 15 % sur les dividendes de source française qu'il a perçus, à l'instar des organismes de retraite français, il résulte de ce qui a été dit qu'il ne pouvait se prévaloir d'aucun traitement discriminatoire, incompatible avec la libre circulation des capitaux.

6. D'autre part, le moyen tiré de ce que le 2 de l'article 119 bis et l'article 187 du code général des impôts méconnaîtraient la libre circulation des capitaux en ce qu'ils prévoient un taux de retenue à la source de 30 % sur les dividendes de source française perçus par une personne morale établie dans un Etat tiers et que cette incompatibilité devrait conduire à la décharge totale de la retenue à la source en litige est inopérant dès lors qu'ainsi qu'il a été dit, l'organisme CASS a été imposé au taux prévu au 2° de l'article 219 bis du code général des impôts pour les organismes de retraite français, pour satisfaire aux exigences de la libre circulation des capitaux.

7. Il résulte de tout ce qui précède que l'organisme Caixa Andorrana de Seguretat n'est pas fondé à demander la restitution de la retenue à la source prélevée sur les dividendes de source française, au titre des années 2012 à 2014 encore en litige.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme demandée par la société requérante au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge à concurrence de 168 422,50 euros.

Article 2 : Le surplus de la requête de l'organisme Caixa Andorrana de Seguretat est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à l'organisme Caixa Andorrana de Seguretat et à la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents.

Délibéré après l'audience du 19 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Le Garzic, président,

Mme Syndique, première conseillère,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

La rapporteure,

A.-L. Fabre Le président,

P. Le Garzic

Le greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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