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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2013482

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2013482

lundi 13 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2013482
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantDESFARGES PIERRE-HENRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2020 sous le numéro 2013482, M. B A E, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 18 octobre 2020 par laquelle la Caisse d'allocation familiales de la Seine-Saint-Denis a mis à sa charge la somme de 152, 25 euros représentant un indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2018 ;

2°) de la décharger du paiement de cette somme ;

3°) de mettre à la charge de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la décision a méconnu l'article R. 311-3-1-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée de défaut de motivation ;

- elle méconnait l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration;

- elle est entachée d'erreur de fait et d'erreur d'appréciation.

Par un courrier en date du 28 juillet 2021, la caisse des allocations familiales de la Seine-Saint-Denis a été mise en demeure de produire des observations en défense.

Par un mémoire enregistré le 12 janvier 2023, la caisse des allocations familiales de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête et, à titre reconventionnel, à la condamnation de M. A E à lui rembourser la somme de 454,90 euros, au titre des primes exceptionnelles de fin d'année et de solidarité indûment perçues, de le condamner aux entiers dépens et d'ordonner l'exécution provisoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. D pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par cet article.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique le rapport de M. Marias, magistrat désigné, et les observations de Mme C pour la CAF de la Seine-Saint-Denis.

M. A E n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 18 octobre 2020, la caisse d'allocations familiales de Seine-Saint-Denis a notifié à M. A E un indu de prime exceptionnelle de fin d'année, au titre de l'année 2018 d'un montant de 152, 45 euros. Par la requête susvisée, M. A E demande l'annulation de cette décision ainsi que la décharge de la somme en litige.

Sur les conclusions de la requête :

2. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne à l'allocation de revenu de solidarité active ou à l'aide exceptionnelle de fin d'année, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention dans la reconnaissance du droit à cette allocation ou à cette aide qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé sur lesquels l'administration s'est prononcée, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il appartient au juge administratif d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision en fixant alors lui-même les droits de l'intéressé, pour la période en litige, à la date à laquelle il statue ou, s'il ne peut y procéder, de renvoyer l'intéressé devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation sur la base des motifs de son jugement.

3. Lorsque, en revanche, le recours dont il est saisi est dirigé contre une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année, il entre dans l'office du juge d'apprécier, au regard de l'argumentation du requérant, le cas échéant, de celle développée par le défendeur et, enfin, des moyens d'ordre public, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, la régularité comme le bien-fondé de la décision de récupération d'indu. Il lui appartient, s'il y a lieu, d'annuler ou de réformer la décision ainsi attaquée, pour le motif qui lui paraît, compte tenu des éléments qui lui sont soumis, le mieux à même, dans l'exercice de son office, de régler le litige.

4. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de revenu de solidarité active est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération.

5. Dès lors que la décision attaquée ne comporte pas les considérations de droit sur lesquelles elle est fondée, le moyen tiré par le requérant de ce qu'elle est entachée d'insuffisance de motivation doit être accueilli.

6. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision en litige doit être annulée et M. A E déchargé du paiement de la somme réclamée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. En cas d'annulation par le juge de la décision ordonnant la récupération de l'indu, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision. Lorsque tout ou partie de l'indu d'allocation de revenu de solidarité active ou d'aide exceptionnelle de fin d'année a été recouvré avant que le caractère suspensif du recours n'y fasse obstacle, il appartient au juge, s'il est saisi de conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser la somme déjà recouvrée, de déterminer le délai dans lequel l'administration, en exécution de sa décision, doit procéder à ce remboursement, sauf à régulariser sa décision de récupération si celle-ci n'a été annulée que pour un vice de forme ou de procédure.

8. L'exécution du présent jugement implique qu'il soit enjoint à l'administration de rembourser à M. A E les sommes qui ont été recouvrées, le cas échéant, au titre de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année, sous réserve qu'elle procède à la régularisation de la décision mettant à la charge de l'intéressé cet indu. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, au remboursement des sommes récupérées, le cas échéant, au titre de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année, sous réserve de la régularisation de la décision annulée.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales tendant à la condamnation de M. A E à lui verser la somme de 454, 90 euros :

10. Aux termes de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale : " Pour le recouvrement d'une prestation indûment versée et sans préjudice des articles L. 133-4 du présent code et L. 725-3-1 du code rural, le directeur d'un organisme de sécurité sociale peut, dans les délais et selon les conditions fixés par voie réglementaire, délivrer une contrainte qui, à défaut d'opposition du débiteur devant la juridiction compétente, comporte tous les effets d'un jugement et confère notamment le bénéfice de l'hypothèque judiciaire ".

12. Les collectivités publiques et les personnes morales de droit privé chargées de la gestion d'un service public, investies de prérogatives de puissance publique, sont irrecevables à demander au juge de prononcer une mesure qu'il leur appartient de prendre elles-mêmes. Le directeur de la caisse d'allocations familiales dispose, en application des dispositions précitées de l'article L. 161-1-5 du code de la sécurité sociale, du pouvoir de délivrer une contrainte ayant force exécutoire, en vue de recouvrer les prestations indûment versées. Par suite, les conclusions de la caisse d'allocations familiales tendant à ce que le tribunal condamne l'allocataire à reverser les prestations indûment versées en matière de revenu de solidarité active sont, en tout état de cause, irrecevables et doivent, dès lors, être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'exécution provisoire du jugement :

13. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". Par suite, les conclusions de la caisse d'allocations familiales aux fins d'exécution provisoire du jugement sont, en tout état de cause, irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les dépens :

14. Aucuns dépens n'ayant été exposés, les conclusions présentées à ce titre par la caisse d'allocations familiales, qui en outre succombe dans la présente instance, doivent être rejetées.

D E C I D E:

Article 1er : La décision du 18 octobre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis de procéder, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, au remboursement des sommes récupérées, le cas échéant, au titre de l'indu de prime exceptionnelle de fin d'année 2018, sous réserve de la régularisation de la décision annulée.

Article 3 : L'Etat versera à M. A E une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions reconventionnelles de la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis, celles présentées au titre des dépens et celles tendant à l'exécution provisoire sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B A E et au ministre des solidarités et de la santé.

Copie en sera adressée à la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2023.

Le magistrat désigné,

H. D

La greffière,

A.Macaronus

La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2013482

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