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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2014677

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2014677

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2014677
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème chambre
Avocat requérantDEGROUX BRUGERE & ASSOCIES - DBA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces enregistrés les 23 décembre 2020, 29 décembre 2020, 8 janvier 2021, 28 juillet 2021 et 23 décembre 2021, M. et Mme B, représentés par Me Ballet, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de 2016 ;

2°) de confirmer le dégrèvement des cotisations de prélèvements sociaux au titre de 2017 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement des intérêts moratoires en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent qu'en application de l'article 11 du règlement (CE) n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale et de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union Européenne, ils ne peuvent être assujettis sur leurs revenus fonciers aux prélèvements sociaux entrant dans le champ matériel de ce règlement dès lors qu'ils sont non-résidents et affiliés à la sécurité sociale suisse.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 31 mars 2021, 27 octobre 2021 et 24 février 2022, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut, dans le dernier état de ses écritures, au non-lieu à statuer à concurrence du dégrèvement prononcé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête. Elle soutient que, pour le surplus, le moyen soulevé par les requérants n'est pas fondé.

Par une ordonnance du 25 février 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 21 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le règlement (CE) n° 883/2004 du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de sécurité sociale ;

- l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale ;

- l'arrêt de la Cour de justice de l'Union européenne C-623/13 du 26 février 2015 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Syndique, première conseillère,

- les conclusions de M. Noël, rapporteur public,

- les observations de Me Ohl, avocat de M. et Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, qui résident en Suisse, ont perçu des revenus fonciers de source française en 2016 et 2017, qui ont été soumis à des prélèvements sociaux. Leur réclamation datée du 27 décembre 2019 ayant été implicitement rejetée, ils demandent, dans le dernier état de leurs écritures, la décharge des cotisations de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016 à hauteur de 14 687 euros et la confirmation du dégrèvement prononcé au titre de 2017.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 27 octobre 2021 postérieure à l'introduction de la requête, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents a prononcé le dégrèvement à concurrence d'une somme de 25 387 euros des cotisations de prélèvements sociaux auquel M. et Mme B ont été assujettis au titre de l'année 2017. Les conclusions de la requête relatives aux cotisations au titre de cette année sont devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a, en tout état de cause, plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin de décharge au titre de l'année 2016 :

3. Si le règlement susvisé du 29 avril 2004 sur la coordination des systèmes de sécurité sociale conclu, notamment, en vue de garantir les principes d'unicité d'affiliation à un régime de sécurité sociale et d'unicité de cotisation peut, en vertu de l'article 88-1 de la Constitution et de l'article 288 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, il ne peut pas, par lui-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Par suite, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à un tel règlement, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des dispositions du règlement, de déterminer si le règlement fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.

En ce qui concerne l'application de la loi française :

4. Aux terme de l'article 164 B du code général des impôts : " I. Sont considérés comme revenus de source française : a. Les revenus d'immeubles sis en France ou de droits relatifs à ces immeubles. () ". Aux termes du I bis de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale relatif à la contribution sociale généralisée sur les revenus du patrimoine : " Sont également assujetties à la contribution les personnes physiques qui ne sont pas fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts à raison du montant net des revenus, visés au a du I de l'article 164 B du même code, retenu pour l'établissement de l'impôt sur le revenu ". Aux termes de l'article 15 de l'ordonnance n° 96-50 du 24 janvier 1996 relative au remboursement de la dette sociale, dans sa version applicable au litige : " I.-Il est institué une contribution perçue à compter de 1996 et assise sur les revenus du patrimoine définis au I de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale perçus par les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts. Sont également soumis à cette contribution les revenus désignés au I bis de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale. Cette contribution est établie chaque année sur les revenus de l'année précédente, à l'exception de ceux ayant supporté la contribution prévue à l'article 16.sociale. () " Aux termes de l'article L. 245-14 du code de la sécurité sociale relatif aux prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine, alors en vigueur : " Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts sont assujetties à un prélèvement sur les revenus et les sommes mentionnés aux I et II de l'article L. 136-6. Sont également soumises à ce prélèvement, à raison des revenus mentionnés au I bis de l'article L. 136-6 du présent code, les personnes physiques qui ne sont pas fiscalement domiciliées en France au sens de l'article 4 B du code général des impôts. Les dispositions du III de l'article L. 136-6 sont applicables à ce prélèvement ". Aux termes de l'article L. 14-10-4 du code de l'action sociale et des familles, alors en vigueur : " Les produits affectés à la Caisse nationale de solidarité pour l'autonomie sont constitués par : () 2° Une contribution additionnelle au prélèvement social mentionné à l'article L. 245-14 du code de la sécurité sociale et une contribution additionnelle au prélèvement social mentionné à l'article L. 245-15 du même code. Ces contributions additionnelles sont assises, contrôlées, recouvrées et exigibles dans les mêmes conditions et sous les mêmes sanctions que celles applicables à ces prélèvements sociaux. Leur taux est fixé à 0,3 % () ". Enfin, aux termes de l'article 1600-0 S du code général des impôts, alors en vigueur : " I. - Il est institué : 1° Un prélèvement de solidarité sur les revenus du patrimoine mentionnés à l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale ; () II. - Le prélèvement de solidarité mentionné au 1° du I est assis, contrôlé et recouvré selon les mêmes règles et sous les mêmes sûretés, privilèges et sanctions que la contribution mentionnée à l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale. () ".

5. L'administration fiscale était, conformément à ces dispositions, fondée à imposer aux prélèvements sociaux en cause, sur le terrain du droit interne, les revenus fonciers de source française de M. et Mme B au titre de l'année 2016.

En ce qui concerne l'application du règlement (CE) du 29 avril 2004 :

6. Aux termes de l'article 3 du règlement (CE) susvisé du 29 avril 2004 : " 1. Le présent règlement s'applique à toutes les législations relatives aux branches de sécurité sociale qui concernent : a) les prestations de maladie ; b) les prestations de maternité et de paternité assimilées ; c) les prestations d'invalidité ; d) les prestations de vieillesse ; e) les prestations de survivant ; f) les prestations en cas d'accidents du travail et de maladies professionnelles ; g) les allocations de décès ; h) les prestations de chômage ; i) les prestations de préretraite ; j) les prestations familiales. 2. Sauf disposition contraire prévue à l'annexe XI, le présent règlement s'applique aux régimes de sécurité sociale généraux et spéciaux, soumis ou non à cotisations, ainsi qu'aux régimes relatifs aux obligations de l'employeur ou de l'armateur. () ". Aux termes de l'article 11 du même règlement : " 1. Les personnes auxquelles le présent règlement est applicable ne sont soumises qu'à la législation d'un seul État membre. Cette législation est déterminée conformément au présent titre. () Sous réserve des articles 12 à16 : () e) les personnes autres que celles visées aux points a) à d) sont soumises à la législation de l'État membre de résidence, sans préjudice d'autres dispositions du présent règlement qui leur garantissent des prestations en vertu de la législation d'un ou de plusieurs autres États membres ".

7. Il résulte de ces dispositions et de l'interprétation qu'en a tirée la Cour de justice de l'Union européenne dans son arrêt du 26 février 2015, Ministre de l'économie et des finances contre de Ruyter (C-623/13) que les prélèvements en litige présentent un lien direct et pertinent avec certaines des branches de sécurité sociale énumérées à l'article 3 du règlement susvisé, et qu'ils entrent ainsi dans le champ d'application de ce règlement dès lors qu'ils participent au financement de régimes obligatoires français de sécurité sociale. Il suit de là qu'ils sont soumis au principe d'unicité de législation posé par l'article 11 du règlement, celui-ci faisant alors obstacle à l'assujettissement aux prélèvements sociaux sur les revenus du patrimoine des personnes qui apportent la preuve qu'elles relèvent bien d'un régime de sécurité sociale d'un Etat membre de l'Union européenne autre que la France, d'un Etat membre de l'Espace économique européen ou de la Suisse.

8. M. et Mme B soutiennent qu'ils sont devenus résidents suisses le 1er septembre 2016 et étaient affiliés au régime de sécurité sociale suisse du 1er septembre au 31 décembre 2016 en application du e) du 3 de l'article 11 du règlement susvisé. Ils produisent à l'appui les mêmes documents circonstanciés que pour l'année 2017, à savoir une attestation d'assurance obligatoire pour chacun d'eux, les appels de cotisations ainsi que les preuves de paiement de leurs cotisations. Dans ces conditions, et alors qu'ils ne pouvaient relever que d'un seul régime de sécurité sociale en application du principe d'unicité de législation et que l'administration produit des attestations divergentes du service des relations internationales de l'assurance maladie, les requérants établissent qu'ils étaient affiliés au régime de sécurité sociale suisse à la date du fait générateur des impositions restant en litige, soit le 31 décembre 2016. Par suite, ils sont fondés à demander la décharge des prélèvements sociaux auxquels leur foyer fiscal a été assujetti au titre de l'année 2016, dans la limite du montant demandé, soit 14 687 euros.

Sur les intérêts moratoires :

9. Faute de litige né et actuel avec le comptable chargé de procéder à la restitution des cotisations en cause, les conclusions des requérants tendant au versement des intérêts moratoires prévus à l'article L. 208 du livre des procédures fiscales sont irrecevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.

Sur les frais du litige :

10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. et Mme B d'une somme de 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête à concurrence d'un montant de 25 387 euros au titre de l'année 2017.

Article 2 : M. et Mme B sont déchargés des cotisations de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2016, à concurrence d'un montant de 14 687 euros.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 500 euros à M. et Mme B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et à la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Auvray, président,

Mme Syndique, première conseillère,

Mme Fabre, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La rapporteure,

N. Syndique

Le président,

B. Auvray Le greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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