mardi 9 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2015016 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème chambre |
| Avocat requérant | MORIN ISABELLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 décembre 2020 et 20 octobre 2023, Mme B F, représentée par Me Morin, demande au tribunal :
1°) de condamner la région Ile-de-France à lui verser la somme de 120 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du harcèlement moral dont elle a été victime et du fait de l'illégalité de sa mutation d'office, ainsi que d'assortir cette somme des intérêts au taux légal ;
2°) de mettre à la charge de la région Ile-de-France la somme de 6 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la région Ile-de-France a commis une faute tirée du harcèlement moral dont elle a été victime depuis l'année 2013 constitué par l'absence de reconnaissance professionnelle, des reproches ou sanctions à répétition, la placardisation à la suite de sa mutation d'office, l'absence d'évolution pendant de nombreuses années, le refus de protection, la résistance abusive de la région, la dégradation de ses conditions de travail, les atteintes à ses droits, à sa dignité, l'altération de sa santé et la compromission de son avenir professionnel ;
- la région Ile-de-France engage sa responsabilité du fait de l'illégalité fautive de la mutation d'office du 12 juillet 2016 au poste d'adjoint au chef du service des ressources et informations de l'unité lycées de la région Ile-de-France qui constituait une sanction disciplinaire déguisée ;
- elle a subi, d'une part, un préjudice moral du fait du harcèlement moral dont elle a été victime et, d'autre part, un préjudice de carrière du fait de sa mutation illégale de 2016, dont elle évalue le montant à la somme globale de 120 000 euros.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 19 juin 2023 et 6 novembre 2023, la région Ile-de-France, représentée par Me Levain, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme F en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 15 décembre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 janvier 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,
- les conclusions de M. Colera, rapporteur public,
- les observations de Mme F,
- et les observations de Me Gilavert, substituant Me Levain, représentant la région Ile-de-France.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B F est attachée territoriale au sein de la région Ile-de-France depuis 2003. En avril 2008, elle a été affectée à la sous-direction de la gestion des ressources humaines des lycées de l'unité personnels et ressources humaines (UPRH) en qualité de responsable de l'antenne ressources humaines Nord-Est. Par un arrêté du 12 juillet 2016, Mme F a fait l'objet d'une mutation d'office au poste d'adjoint au chef du service des ressources et informations (RI) de l'unité lycées de la région Ile-de-France dont elle a obtenu l'annulation par un jugement du tribunal administratif de Paris du 6 décembre 2018 confirmé par un arrêt de la cour administrative de Paris du 14 février 2020. Par une décision du 9 juillet 2019, Mme F a ensuite été affectée au poste de chef du service équipements au sein du pôle lycées de la région. Par un courrier adressé le 1er septembre 2020 à la région Ile-de-France, reçu le 2 septembre suivant, Mme F a formé une demande indemnitaire préalable tendant à la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du harcèlement moral dont elle allègue avoir été victime et du fait de l'illégalité de sa mutation d'office. Le silence gardé pendant plus de deux mois par l'administration a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, Mme F demande la condamnation de la région Ile-de-France à lui verser la somme de 120 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du harcèlement moral dont elle a été victime et du fait de l'illégalité de sa mutation d'office de 2016.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité pour faute du fait du harcèlement moral :
2. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ".
3. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
S'agissant de l'absence de reconnaissance professionnelle :
4. D'une part, Mme F soutient que son évaluation au titre de l'année 2012 est anormalement défavorable par rapport aux années précédentes alors qu'elle était absente une partie de l'année du fait de son congé maternité. Il résulte de l'instruction qu'au titre de l'évaluation pour l'année 2012, rédigée par Mme E, sous-directrice de la gestion des ressources humaines des lycées de l'UPRH, Mme F a obtenu la note inchangée avant et après la révision de son évaluation de 17,25, ce qui représente une augmentation de 0,25 point par rapport à l'année précédente. Dans sa version avant révision, l'évaluation de Mme F pour 2012, qui comprenait des appréciations globalement très favorables, mentionnait que " Même si on note un véritable progrès dans un contexte où les procédures de travail doivent être précisées, Mme F devra continuer à développer des relations plus harmonieuses avec ses partenaires et s'appuyer encore davantage sur les équipes pluridisciplinaires dédiées à son antenne ". Or, il ne résulte pas de l'instruction que cette mention aurait excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Par ailleurs, à la suite de son recours hiérarchique du 28 mars 2013, dans lequel Mme F conteste cette appréciation qu'elle estime " subjective ", la phrase litigieuse a été supprimée.
5. D'autre part, Mme F se prévaut de ce que son compte-rendu d'évaluation pour l'année 2015, également établi par Mme E, lui était défavorable en ce qu'il précisait qu'elle " doit s'attacher à avoir un comportement plus respectueux de sa hiérarchie et être attentive à entretenir des relations de travail plus constructives et apaisées avec ses collègues de l'UPRH ". Toutefois, il résulte de l'instruction que l'évaluation de Mme F au titre de l'année 2015 est globalement favorable et qu'elle mentionne également que " Mme F a acquis les compétences d'un chef d'antenne RH ", qu'" elle réalise avec sérieux les missions qui lui sont confiées et développe les qualités professionnelles de son équipe ". Par ailleurs, il résulte de l'instruction que les qualités relationnelles de Mme F avaient déjà fait, avant l'arrivée de Mme E au sein du service, l'objet de reproches dans ses précédentes évaluations notamment au titre des années 2009, 2010 et 2011. Il résulte également de l'instruction qu'au cours de l'année 2015, Mme F a effectivement entretenu des relations conflictuelles avec sa supérieure hiérarchique, ainsi qu'avec certaines collègues. Ainsi, alors même qu'il résulte des témoignages produits par la requérante, notamment celui de M. Prud'homme, directeur général adjoint en charge des ressources humaines, que les difficultés relationnelles de Mme F ne s'étendaient pas à l'ensemble de ses collaborateurs, il ne résulte pas de l'instruction que son évaluation au titre de l'année 2015 aurait excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
6. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les faits décrits seraient constitutifs d'un harcèlement moral.
S'agissant des reproches ou sanctions à répétition :
7. D'une part, Mme F se prévaut d'une lettre du 6 avril 2016 et du rapport disciplinaire du 13 mai 2016 rédigés par Mme A directrice générale adjointe de l'UPRH. Il résulte du courrier du 6 avril 2016, que Mme A constate les relations conflictuelles entre Mme F et Mme E, rappelle à Mme F qu'elle lui a demandé lors d'un entretien du 21 janvier 2016 de " veiller à revenir à des échanges normalisés et respectueux () avec Mme E " et lui reproche " la remise en cause systématique " des " positions managériales " que Mme E reçoit de sa propre hiérarchie. Contrairement à ce que soutient la requérante, ce courrier ne lui annonce pas une " sanction " à venir, mais indique seulement : " constatant l'impasse dans laquelle votre comportement nous conduit, je vous ferai savoir dans les meilleurs délais la solution que je vous propose dans votre intérêt et de celle du service ". Par ailleurs, il ressort du rapport disciplinaire du 13 mai 2016 qu'il a été reproché à Mme F d'avoir, de sa propre initiative, décidé d'annuler une visite dans un établissement scolaire sans prévenir sa supérieure hiérarchique, Mme E, d'avoir adopté un comportement contestataire et de ne pas tenir ses engagements vis-à-vis des chefs d'établissement. Or, il ne résulte pas de l'instruction que ces différents reproches, qui ont fait l'objet de convocations à deux reprises de Mme F les 21 janvier et 10 mars 2016, n'auraient pas été fondés et auraient ainsi excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et ce, nonobstant leur contestation par Mme F notamment par un courrier du 4 juin 2016. De plus, si Mme F se plaint du " mode de management " de Mme E en ce qu'il serait notamment " ambigu " et " source de confusion ", elle n'établit pas cette allégation.
8. D'autre part, Mme F se prévaut de l'illégalité de sa mutation d'office prononcée le 12 juillet 2016, malgré un avis défavorable de la commission administrative paritaire (CAP), qu'elle assimile à une rétrogradation, et dont elle n'a eu connaissance que par un échange de courriels des 3, 7 et 8 juin 2016. Il résulte du jugement n° 1700062 du 6 décembre 2018 du tribunal administratif de Paris, confirmé par l'arrêt n° 19PA00679 de la cour administrative d'appel de Paris du 14 février 2020, que la décision de mutation d'office de Mme F du 12 juillet 2016 a été annulée au motif de l'intention de l'administration de sanctionner l'intéressée en prenant la décision de mutation. Toutefois, il résulte de l'instruction que cette mutation d'office avait pour motif les manquements de Mme F à son devoir d'obéissance hiérarchique, dont il a été exposé plus haut que l'existence est établie. De plus, il résulte de l'instruction que l'objet de sa mutation était également de mettre fin à la situation conflictuelle qui existait entre Mme F et Mme E. Ainsi, la circonstance que ladite mutation d'office était illégale ne suffit pas, à elle seule, à caractériser l'existence d'un harcèlement moral.
9. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les faits décrits seraient constitutifs d'un harcèlement moral.
S'agissant de la placardisation comme conséquence d'une mutation d'office :
10. Mme F soutient qu'à compter du 18 juillet 2016, en application de la mutation d'office prononcée le 12 juillet 2016, elle a été " placardisée ", c'est-à-dire affectée à un poste qui ne correspondait ni à ses qualifications, ni à son grade, ni à ses compétences, à savoir un poste de catégorie C, ce qui a eu pour conséquence la perte de sa prime de responsabilité. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment de la fiche de poste d'adjointe au chef de service ressources et information, que le poste sur lequel Mme F a été mutée en juillet 2016 relevait du cadre d'emploi de Mme F, à savoir celui des attachés territoriaux (catégorie A), que ce poste d'assistance du chef de service dans la gestion générale du service comprenait des missions à responsabilité telles que la " validation des outils de pilotage du service ", la rédaction de courriers et des notes à la signature du directeur général adjoint, de la vice-présidente et de la présidente s'agissant des questions transversales à la direction des lycées, le suivi des chargés de mission dans la transmission des informations à destination de l'exécutif et des élus. Par ailleurs, en cas d'absence du chef du service, elle se substituait à lui dans le suivi de l'activité des agents et se trouvait en lien direct avec la vice-présidente. Si la requérante soutient que les tâches qui lui étaient réellement confiées " consistaient pour l'essentiel en un travail de saisie et de mises à jour des fiches lycées, tâches relevant principalement d'un emploi d'adjoint administratif territorial (catégorie C) et parfois de rédacteur territorial (catégorie B) ", elle n'établit toutefois cette allégation par aucune pièce produite au dossier. Enfin, il résulte de l'instruction qu'à la suite de l'annulation par le tribunal administratif de Paris de la décision de mutation dans l'intérêt du service du 5 juillet 2016, la région a, par un arrêté n° 3611-2019 du 1er mars 2019, reconstitué la carrière de l'intéressée et lui a versé rétroactivement sa prime de chef de service.
S'agissant de l'absence d'évolution pendant de nombreuses années :
11. D'une part, la requérante soutient que la région a empêché l'évolution de sa carrière en refusant de façon systématique l'examen de ses candidatures. En particulier, elle se prévaut de ce que, entre décembre 2016 et avril 2018, elle a postulé à six reprises pour des emplois vacants, et qu'une seule de ses candidatures a été examinée pour être ensuite rejetée. Il résulte de l'instruction que Mme F a successivement candidaté aux postes de directrice de l'administration du personnel du pôle ressources humaines, d'adjointe au directeur de l'administration du personnel du pôle ressources humaines, de directrice du développement et de l'accompagnement ressources humaines des lycées du pôle ressources humaines, de directrice du développement et de l'accompagnement ressources humaines du pôle ressources humaines, de directrice générale adjointe du pôle ressources humaines et de directrice de la transformation. En défense, la région fait valoir que les candidatures de Mme F ont été rejetées en raison de l'inadéquation de son profil aux exigences des postes convoités. Il résulte en effet de l'instruction que l'intéressée ne satisfaisait pas aux exigences minimales requises pour occuper les postes convoités dès lors que lesdits postes étaient ouverts aux agents relevant du cadre d'emplois des administrateurs territoriaux alors que Mme F relevait du cadre d'emplois des attachés territoriaux. S'il résulte des annonces de publication de poste, produites par la requérante, que certains de ces postes étaient également ouverts aux attachés, à savoir le poste de directeur adjoint de la direction de l'administration du personnel du pôle ressources humaines et le poste de directrice du développement et de l'accompagnement ressources humaines du pôle ressources humaines, il résulte toutefois de l'instruction que la région a retenu les candidatures d'agents relevant d'un grade supérieur à Mme F, à savoir de M. C et de Mme E. En particulier, s'agissant du poste de directeur de la transformation, la région fait valoir que la candidature de Mme F a été rejetée au regard de l'insuffisance de ses compétences, notamment son manque d'expérience dans le domaine de la transformation, ainsi qu'au regard de son entretien durant lequel elle aurait exprimé une vision pessimiste de la transformation. À cet égard, est sans influence la circonstance selon laquelle le tribunal administratif de Montreuil a, par un jugement n° 1812152 du 6 novembre 2020, annulé le recrutement d'un agent contractuel sur cet emploi.
12. D'autre part, la requérante se prévaut de ce que l'administration a rejeté sa demande de bilan de compétence et a refusé à cet égard de se prononcer sur sa demande d'utilisation de son compte formation. Toutefois, il résulte de l'instruction, notamment d'un courriel du 17 avril 2019, que le chef du service formation a informé Mme F que l'offre de formation bilan de compétence était proposée dans le cadre d'un marché public qui est arrivé à échéance en mars 2019 et que le prochain marché de formation lié à la prestation du bilan de compétence ne serait pas effectif avant le mois de septembre prochain. Mme F a ensuite été invitée à réitérer sa demande en septembre. Or, la région soutient, sans être contredite, que Mme F n'a finalement pas poursuivi sa démarche.
13. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les faits décrits seraient constitutifs d'un harcèlement moral.
S'agissant du refus de protection :
14. Il résulte de ce qui a été exposé précédemment que, contrairement à ce que soutient Mme F, la région n'a pas manqué à ses obligations de sécurité et de protection en ne diligentant pas d'enquête à l'encontre de sa supérieure hiérarchique Mme E, ni en n'entreprenant pas de démarche de médiation ou en rejetant implicitement sa demande de protection fonctionnelle. Il résulte par ailleurs de l'instruction, ainsi qu'il a été exposé plus haut, que la hiérarchie de Mme F a cherché à résoudre la situation conflictuelle au sein du service. À cet égard, est sans influence la circonstance selon laquelle Mme F n'a été reçue qu'à deux reprises par le médecin de prévention dès lors qu'elle n'établit, ni même n'allègue, avoir fait des demandes en ce sens. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les faits décrits seraient constitutifs d'un harcèlement moral.
S'agissant de la résistance abusive de la région :
15. Mme F soutient que la région a fait preuve d'un refus abusif d'exécuter le jugement du tribunal administratif de Paris du 6 décembre 2018 annulant la décision de mutation d'office du 12 juillet 2016. Toutefois, il résulte de l'instruction que par un arrêté du 1er mars 2019, la région a reconstitué rétroactivement la carrière de Mme F et que par décision du 9 juillet 2019, elle a été affectée au poste de chef du service équipements au sein du pôle Lycées. Si Mme F soutient que la région n'a pas, par sa décision du 9 juillet 2019, exécuté le jugement du tribunal administratif de Paris et a saisi à ce titre la cour administrative d'appel de Paris le 30 janvier 2020, toutefois, par son arrêt n° 21PA04788 du 7 décembre 2021, la cour a considéré que la région Ile-de-France avait entièrement exécuté le jugement du 6 décembre 2018 dès lors qu'à la demande de Mme F, la région avait, par une décision du 1er mars 2021, procédé à l'affectation de cette dernière dans le poste qu'elle occupait avant l'annulation contentieuse, soit celui de responsable d'antenne Nord-Est au sein de la sous-direction des ressources humaines Est, mais que l'intéressée avait toutefois demandé le 18 mars 2021, le retrait de cette décision du 1er mars 2021, ce à quoi la région a fait droit par une décision du 19 mars 2021. Dans ces conditions, il ne résulte pas de l'instruction que les faits décrits seraient constitutifs d'un harcèlement moral.
S'agissant de la dégradation des conditions de travail :
16. La requérante soutient que ses conditions de travail se sont dégradées depuis 2013, que les irrégularités dans la gestion de sa carrière se sont poursuivies, que le poste qu'elle occupe lui a été imposé et se situe en dehors de son champ de compétences et qu'elle n'a bénéficié d'aucun accompagnement professionnel. Toutefois, d'une part, ainsi qu'il a été dit précédemment, la requérante n'établit pas que les faits qu'elle invoque sont constitutifs de harcèlement moral. D'autre part, elle n'établit pas davantage qu'elle aurait été victime dans la suite de sa carrière d'autres agissements, qu'elle ne décrit pas précisément, qui seraient constitutifs de harcèlement moral.
S'agissant des atteintes au droit, à la dignité, l'altération de la santé et la compromission de l'avenir professionnel :
17. La requérante soutient que son employeur a porté atteinte à sa dignité, qu'elle a été mise à l'écart et que cette situation a eu d'importantes répercussions sur sa santé, tenant notamment à ce qu'elle a souffert d'irritabilité, d'anxiété, de douleurs articulaires et musculaires, de problèmes de sommeil, de problèmes digestifs et d'une prise de poids conséquente. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé précédemment, Mme F n'établit pas avoir été victime de harcèlement moral au sein de son administration. Si elle produit une note d'honoraires de son psychologue en date du 26 novembre 2016 correspondant à cinq consultations, elle n'établit pas le lien entre cette pièce et le harcèlement moral dont elle soutient avoir été victime.
18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à engager la responsabilité de la région Ile-de-France du fait du harcèlement moral. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par Mme F à ce titre doivent être rejetées.
En ce qui concerne la responsabilité du fait de l'illégalité fautive de la mutation d'office de 2016 :
19. Par un jugement n° 1700062 du 6 décembre 2018, le tribunal administratif de Paris a annulé la décision de mutation d'office du 12 juillet 2016 de Mme F au poste d'adjoint au chef du service ressources et informations au motif qu'elle constituait une sanction déguisée. L'illégalité de cette décision est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de la région Ile-de-France
20. Quelle qu'en soit sa nature, toute illégalité commise par l'administration constitue une faute susceptible d'engager sa responsabilité, pour autant qu'il en soit résulté un préjudice direct et certain.
21. D'une part, si Mme F soutient que l'illégalité de sa mutation d'office du 12 juillet 2016 lui a causé un préjudice de carrière au motif qu'elle l'a empêchée d'être nommée directrice, il résulte toutefois de l'instruction que par l'arrêté du 1er mars 2019 la carrière de Mme F a été reconstituée de manière rétroactive et que la région a fait droit le 19 février 2020 à sa demande de figurer sur le tableau d'avancement de grade d'attaché hors classe auquel la commission administrative paritaire a émis un avis défavorable. Or, Mme F n'établit pas un lien direct et certain entre l'illégalité fautive de la décision de mutation du 12 juillet 2016 et le préjudice de carrière qu'elle estime avoir subi, préjudice dont la réalité n'est en tout état de cause pas établie. La demande de Mme F tendant à la réparation du préjudice de carrière allégué doit donc être rejetée.
22. D'autre part, il résulte des écritures de la requérante que le préjudice moral, dont elle demande réparation, est invoqué uniquement en lien avec la faute tirée du harcèlement moral, et non avec l'illégalité fautive de sa mutation d'office. Or, ainsi qu'il a été exposé précédemment, Mme F n'est pas fondée à engager la responsabilité de la région Ile-de-France du fait du harcèlement moral.
23. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par Mme F du fait de l'illégalité fautive de sa mutation d'office de 2016 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
24. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de la région Ile-de-France, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions formulées par la région Ile-de-France et tendant au bénéfice des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la région Ile-de-France en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B F et à la région Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 26 mars 2024, à laquelle siégeaient :
M. Truilhé, président,
M. L'hôte, premier conseiller,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2024.
La rapporteure,Le président,Mme BazinM. TruilhéLa greffière,Mme D
La République mande et au préfet de région Ile-de-France en ce qui le concerne, et à tous commissaire de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2015016
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026