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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2100255

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2100255

jeudi 21 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2100255
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation5ème Chambre (JU)
Avocat requérantPILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 janvier 2021, et un mémoire complémentaire, enregistré le 2 juin 2021, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision refusant de lui accorder le bénéfice de l'allocation chômage pour la période du 25 octobre 2019 au 16 août 2020 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 15 691,50 euros au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi dont il aurait dû bénéficier sur la période litigieuse ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros à titre de dommages et intérêts pour résistance abusive ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- conformément à la circulaire du 21 février 2011 relative à l'indemnisation chômage des agents du secteur public, il doit être considéré comme involontairement privé d'emploi, dès lors qu'il n'a pu réintégrer son emploi après une période de disponibilité, faute de poste vacant ;

- la jurisprudence a étendu ce bénéfice aux agents ayant sollicité une réintégration anticipée en rappelant qu'il appartient à l'administration d'origine d'indemniser la privation d'emploi ;

- selon ladite circulaire, la période de disponibilité doit être assimilée à une période d'affiliation permettant l'indemnisation du chômage.

Vu la décision attaquée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2021, Pôle Emploi conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est irrecevable, aux motifs qu'elle est tardive et dirigée contre une décision confirmative et, au demeurant, qu'elle est infondée.

Par un mémoire en défense enregistré le 3 novembre 2022, la ministre de la culture conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que la requête est infondée au motif que le requérant ne remplissait pas les conditions exigées pour prétendre au bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n° 25-986 du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l'Etat, à la mise à disposition, à l'intégration et à la cessation définitive de fonctions ;

- le code du travail ;

- le règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017 relative à l'assurance chômage et de ses textes associés ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Montreuil a désigné M. Baffray pour statuer sur les litiges mentionnés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative, selon la procédure prévue par cet article.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique du 11 décembre 2023 :

- le rapport de M. Baffray, magistrat désigné ;

- les observations de M. B ;

- et les observations de Me Pillet pour Pôle emploi.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B a été intégré dans le corps des adjoints techniques de 2e classe d'accueil, de surveillance et de magasinage au ministère de la culture depuis le 1er octobre 2014. Par un arrêté du 9 août 2016, il a été placé en disponibilité pour convenances personnelles pour une durée de deux ans à compter du 16 août 2016. Par un arrêté du 15 mai 2018, cette durée a été prolongée de deux nouvelles années, jusqu'au 15 août 2020. Le 24 octobre 2019, l'intéressé a sollicité sa réintégration anticipée. Toutefois, l'administration l'a maintenu en disponibilité dans l'attente de son affectation sur un poste vacant. Par deux arrêtés du 14 août 2020, M. B a été réintégré dans le corps des adjoints techniques de 2e classe d'accueil, de surveillance et de magasinage à compter du 17 août 2020 et affecté aux SCN Archives nationales. Le 23 juillet 2020, le requérant s'est inscrit sur la liste des demandeurs d'emploi et a sollicité le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi pour la période où il n'avait pu être réintégré à son poste, pour faute de poste vacant, soit pour la période à compter du 25 octobre 2019 et jusqu'au 16 août 2020. Le 28 juillet 2020, l'intéressé a été informé que sa demande d'admission à l'allocation d'aide au retour à l'emploi a été refusée au motif qu'en application du règlement d'assurance chômage annexé au décret n°2019-797 du 26 juillet 2019, il ne justifiait pas d'une fin de contrat de travail permettant de lui ouvrir des droits aux allocations de chômage.

2. Le 2 septembre 2020, le ministère de la culture a remis à M. B une attestation d'employeur destinée à Pôle Emploi, en lui indiquant que depuis le 24 octobre 2019, il se trouvait dans une situation de perte involontaire d'emploi et en recherche effective d'emploi ouvrant droit, selon la jurisprudence constante du juge administratif, au versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Le 21 septembre 2020, l'intéressé saisit le médiateur de Pôle Emploi en lui demandant à être indemnisé du 25 octobre 2019 au 16 août 2020 au motif que l'attestation employeur du 2 septembre 2020 remise par le ministère de la culture confirmerait son droit à indemnisation. Le 30 septembre 2020, M. B a été informé que sa demande d'admission à l'allocation d'aide au retour à l'emploi avait été refusée au motif qu'il ne justifiait pas d'au moins 88 jours travaillés ou de 610 heures de travail au cours des 28 mois précédant la fin de son dernier contrat de travail pour pouvoir prétendre à l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Le 9 octobre 2020, le médiateur de Pôle Emploi n'a pas fait droit à sa demande pour les mêmes motifs. Par une décision du 12 octobre 2020, le requérant a de nouveau été informé que sa demande d'admission à l'allocation d'aide au retour à l'emploi a été refusée pour les mêmes motifs. Les 12 et 17 novembre 2020, M. B a alors demandé au ministre de la culture le bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Par deux courriels du 17 novembre 2020, le ministère a rejeté sa demande au motif qu'il ne remplissait pas les conditions prévues à l'article 3 du règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017 relative à l'assurance chômage et de ses textes associés. M. B demande l'annulation de ce refus de versement de l'allocation d'aide au retour à l'emploi durant sa période de privation de poste.

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.

4. En l'espèce, l'intéressé soutient qu'il avait droit au bénéfice de l'allocation d'aide au retour à l'emploi dès lors qu'il a été involontairement privé d'emploi faute de poste vacant au moment de sa demande de réintégration anticipée. Pour faire valoir son droit à l'allocation chômage auprès de son employeur, il s'appuie, d'une part, sur la circulaire du 21 février 2011 relative à l'indemnisation du chômage des agents du secteur public qui précise que dans les cas où un agent public n'a pas travaillé durant sa disponibilité, il a tout de même droit au versement de l'allocation chômage en cas de refus d'intégration que ce soit au terme ou en cours de disponibilité.

5. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 44 du décret du 16 septembre 1985 : " La mise en disponibilité sur demande de l'intéressé peut être accordée, sous réserve des nécessités du service, dans les cas suivants : / () b) Pour convenances personnelles () ". Enfin, aux termes de l'article 49 du même décret : " () Le fonctionnaire qui a formulé avant l'expiration de la période de mise en disponibilité une demande de réintégration est maintenu en disponibilité jusqu'à ce qu'un poste lui soit proposé dans les conditions fixées aux deux alinéas précédents. "

6. D'autre part, aux termes de l'article L. 5424-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation d'assurance, lorsque leur privation d'emploi est involontaire ou assimilée à une privation involontaire ou en cas de cessation d'un commun accord de leur relation de travail avec leur employeur, et lorsqu'ils satisfont à des conditions d'âge et d'activité antérieure, dans les conditions prévues aux articles L. 5422-2 et L. 5422-3 : 1° Les agents fonctionnaires et non fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics administratifs, les agents titulaires des collectivités territoriales ainsi que les agents statutaires des autres établissements publics administratifs ainsi que les militaires [] ". Aux termes de l'article L. 5422-20 du même code : " Les mesures d'application des dispositions du présent chapitre, à l'exception des articles de la présente section, du 5° de l'article L. 5422-9, des articles L. 5422-10, L. 5422-14 à L. 5422-16 et de l'article L. 5422-25, font l'objet d'accords conclus entre les organisations représentatives d'employeurs et de salariés. ".

7. Il résulte de ces dispositions ainsi que de celles des articles L. 5422-2 et L. 5422-3 du même code que les agents publics involontairement privés d'emploi ont droit à une allocation d'assurance dans les conditions définies par l'accord prévu par l'article L. 5422-20, dès lors qu'un tel accord est intervenu et a été agréé et qu'il n'est pas incompatible avec les règles qui gouvernent l'emploi des agents publics.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement général annexé à la convention du 14 avril 2017 relative à l'assurance chômage, agréée par l'arrêté du 4 mai 2017 portant agrément de la convention du 14 avril 2017 relative à l'assurance chômage et de ses textes associés : " Les salariés privés d'emploi doivent justifier d'une durée d'affiliation correspondant à des périodes d'emploi accomplies dans une ou plusieurs entreprises entrant dans le champ d'application du régime d'assurance chômage. Sous réserve des dispositions de l'article 28, la durée d'affiliation est calculée en jours travaillés ou en heures travaillées, selon le plus favorable de ces deux modes de décompte. Elle doit être au moins égale à 88 jours travaillés ou 610 heures travaillées : au cours des 28 mois qui précèdent la fin du contrat de travail (terme du préavis) pour les salariés âgés de moins de 53 ans à la date de la fin de leur contrat de travail ; au cours des 36 mois qui précèdent la fin du contrat de travail (terme du préavis) pour les salariés âgés de 53 ans et plus à la date de la fin de leur contrat de travail. / () / Toutefois, ne sont notamment pas prises en compte dans la durée d'affiliation : les périodes de suspension du contrat de travail exercées dans le cadre de l'article L. 3142-28 du code du travail, d'un congé sans solde et assimilé, lorsque ces périodes n'ont pas donné lieu au versement des contributions visées aux articles L. 5422-9 et suivants du code du travail ; les périodes de disponibilité dans les conditions prévues par les dispositions statutaires des trois fonctions publiques. / En effet, ces périodes n'ayant été ni rémunérées ni indemnisées, elles ne peuvent être assimilées à des périodes d'emploi. "

9. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'un agent public peut bénéficier de l'allocation d'aide au retour à l'emploi lorsqu'il a été involontairement privé d'emploi, qu'il répond aux conditions d'âge fixées par les textes applicables et qu'il justifie d'une durée d'affiliation suffisante à l'assurance chômage. Au titre de ce dernier critère, l'agent justifie d'une durée d'affiliation suffisante s'il a travaillé au moins 88 jours ou 610 heures sur les 28 derniers mois. Toutefois, les périodes de disponibilité, y compris celles pour convenances personnelles, ne sont pas comptabilisées au titre de la durée d'affiliation.

10. Dès lors, bien que M. B doive être regardé comme ayant été privé involontairement d'emploi à compter du 25 octobre 2019, date à laquelle il aurait dû être réintégré, l'intéressé ne peut justifier d'une affiliation dans les vingt-huit mois précédant cette date, durant lesquels il était en disponibilité pour convenances personnelles. Par suite, M. B, qui ne peut utilement invoquer les dispositions de la circulaire DGEFP/DGAFP/DGCL/DGOS/Direction du budget du 21 février 2011 antérieure à la convention à la convention du 14 avril 2017 et au règlement annexé à ladite convention, ne remplissait pas les conditions pour bénéficier du droit à l'allocation d'aide au retour, que ce soit à la date à laquelle il l'a sollicitée ou à celle à partir de laquelle il peut être regardé comme ayant été involontairement privé d'emploi. Enfin, il n'est pas allégué et ne résulte pas des éléments de l'instruction que M. B ait ultérieurement rempli ces conditions d'indemnisation.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée, la condamnation de l'Etat à lui verser l'aide à l'allocation d'aide au retour à l'emploi ni, en l'absence de toute faute de nature à engager la responsabilité de l'administration employeure, l'indemnisation du préjudice que la prétendue illégalité du refus d'allocation lui aurait causé.

12. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.

DÉCIDE:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Pôle Emploi et à la ministre de la culture.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

J.-F. Baffray

La greffière,

D. Coulibaly

La République mande et ordonne à la ministre de la culture en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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