mardi 6 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2101428 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | ARNAUD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er février 2021 et le 12 avril 2021, M. B A, représenté par Me Arnaud, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis a rejeté sa demande d'indemnisation des 42,16 jours de congés payés non posés au titre de l'année universitaire 2018/2019 ni reportés sur son compte épargne-temps, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux contre cette décision ;
2°) d'enjoindre à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis de lui verser la somme de 5 691,60 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions en litige sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles méconnaissent l'article 7 de la directive 2003/88/CE du parlement européen et du conseil du 4 novembre 2003 ainsi que la circulaire BCRF1104906C.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 mars 2021, la présidente de l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, représentée par Me Moreau, conclut à ce que la condamnation au titre du report des congés soit ramenée à une somme de 2 700 euros.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A sont partiellement infondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2003/88/CE du 4 novembre 2003 ;
- le décret n° 84-972 du 26 octobre 1984 ;
- le décret n°2002-634 du 29 avril 2002 ;
- l'arrêté du 28 août 2009 pris pour l'application du décret n° 2002-634 du 29 avril 2002 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Courneil,
- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,
- les observations de Me Arnaud, pour M. A, présent,
- et les observations de Me Ben Hamouda, pour l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis.
Considérant ce qui suit :
1. Alors qu'il exerçait les fonctions de directeur des services de la recherche de l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, M. A a été placé en congé maladie entre le 16 avril 2019 et le 31 octobre 2019, avant de faire l'objet d'une sanction de déplacement d'office par un arrêté de la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation du 30 octobre 2019. Par lettre recommandée avec accusé de réception du 18 juin 2020, adressée par son conseil et réceptionnée par le conseil de l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis le 23 juin 2020, M. A a sollicité l'indemnisation de 42,16 jours de congés non posés au titre de l'année universitaire 2018-2019. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'université contre laquelle M. A a présenté un recours hiérarchique auprès de la présidente de l'université par courrier daté du 9 octobre 2020, également rejeté implicitement. Dans le cadre de la présente instance, M. A demande l'annulation de ces deux décisions implicites et qu'il soit enjoint à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis de lui verser les sommes qu'il estime lui être dues en application de son droit à indemnisation des jours de congés non posés au titre de l'année universitaire 2018-2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 3 du décret du 29 avril 2002 portant création du compte épargne-temps dans la fonction publique de l'Etat et dans la magistrature : " Le compte épargne-temps est alimenté par le report de jours de réduction du temps de travail et par le report de congés annuels, tels que prévus par le décret du 26 octobre 1984 susvisé, sans que le nombre de jours de congés pris dans l'année puisse être inférieur à 20. () ". Aux termes de l'article 5 de ce décret : " Lorsque, au terme de chaque année civile, le nombre de jours inscrits sur le compte épargne-temps est inférieur ou égal à un seuil, fixé par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget, qui ne saurait être supérieur à vingt jours, l'agent ne peut utiliser les droits ainsi épargnés que sous forme de congés, pris dans les conditions mentionnées à l'article 3 du décret du 26 octobre 1984 susvisé ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 28 août 2009 pris pour l'application du décret n° 2002-634 du 29 avril 2002, dans sa rédaction applicable au litige : " Le seuil mentionné aux articles 5 et 6 du décret du 29 avril 2002 susvisé est fixé à 15 jours. ".
3. Aux termes de l'article 7 de la directive 2003/88/CE du Parlement européen et du Conseil du 4 novembre 2003 concernant certains aspects de l'aménagement du temps de travail : " 1. Les États membres prennent les mesures nécessaires pour que tout travailleur bénéficie d'un congé annuel payé d'au moins quatre semaines, conformément aux conditions d'obtention et d'octroi prévues par les législations et/ou pratiques nationales / 2. La période minimale de congé annuel payé ne peut être remplacée par une indemnité financière, sauf en cas de fin de relation de travail. " En application du B de l'annexe I de cette directive, le délai de transposition de cet article était fixé au 23 mars 2005. Ces dispositions, telles qu'interprétées par la Cour de justice des Communautés européennes dans son arrêt C-350/06 et C-520/06 du 20 janvier 2009, font obstacle, d'une part, à ce que le droit au congé annuel payé qu'un travailleur n'a pas pu exercer pendant une certaine période, parce qu'il était placé en congé de maladie pendant tout ou partie de la période en cause, s'éteigne à l'expiration de celle-ci et, d'autre part, à ce que, lorsqu'il est mis fin à la relation de travail, tout droit à indemnité financière soit dénié au travailleur qui n'a pu, pour cette raison, exercer son droit au congé annuel payé. Ce droit au report ou, lorsqu'il est mis fin à la relation de travail, à indemnisation financière, s'exerce toutefois, en l'absence de dispositions sur ce point dans le droit national, dans la limite de quatre semaines par année de référence prévue par les dispositions citées ci-dessus de l'article 7 de la directive.
4. En l'espèce, il est constant que M. A, du fait de son placement en congé maladie entre le 16 avril 2019 et le 31 octobre 2019, a été dans l'impossibilité de prendre, au cours de l'année universitaire 2018-2019, un minimum de 20 jours de congé. Dans ces conditions, en application des dispositions et principes sus-rappelés, M. A était en droit de reporter, par l'alimentation sur son compte épargne-temps, un maximum de 20 jours sans que ne puisse lui être opposée la condition énoncée à l'article 3 du décret du 29 avril 2002. En outre, un tel report peut ouvrir droit, dans les conditions fixées par les articles 6 et 6-2 du décret du 29 avril 2002, à l'indemnisation des jours épargnés excédant un seuil de 15 jours. Par suite, en refusant de faire droit à une telle demande d'indemnisation en application de sa demande d'alimentation de son compte épargne-temps, la présidente de l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis a entaché les décisions implicites contestées d'une erreur de droit.
5. Il résulte de ce qui précède que la décision implicite rejetant la demande de M. A du 18 juin 2020, en tant qu'elle refuse le versement d'une compensation financière pour 20 jours de congés annuels non pris, ensemble le rejet implicite de son recours hiérarchique présenté par courrier du 9 octobre 2020, doivent être annulées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
6. Aux termes de l'article 6 du décret du 29 avril 2002 mentionné ci-dessus : " Lorsque, au terme de chaque année civile, le nombre de jours inscrits sur le compte épargne-temps est supérieur au seuil mentionné à l'article 5 : / I. - Les jours ainsi épargnés n'excédant pas ce seuil ne peuvent être utilisés par l'agent que sous forme de congés, pris dans les conditions mentionnées à l'article 3 du décret du 26 octobre 1984 susvisé. / II. - Les jours ainsi épargnés excédant ce seuil donnent lieu à une option exercée au plus tard le 31 janvier de l'année suivante : / 1° L'agent titulaire mentionné à l'article 2 ou le magistrat mentionné à l'article 2 bis opte dans les proportions qu'il souhaite : / a) Pour une prise en compte au sein du régime de retraite additionnelle de la fonction publique dans les conditions définies à l'article 6-1 ; / b) Pour une indemnisation dans les conditions définies à l'article 6-2 ; / c) Pour un maintien sur le compte épargne-temps dans les conditions définies à l'article 6-3. / Les jours mentionnés au a et au b sont retranchés du compte épargne-temps à la date d'exercice d'une option. / En l'absence d'exercice d'une option par l'agent titulaire ou le magistrat, les jours excédant ce seuil sont pris en compte au sein du régime de retraite additionnelle de la fonction publique. () ". Aux termes de l'article 6-2 de ce décret : " Chaque jour mentionné au b du 1° et au a du 2° du II de l'article 6 est indemnisé à hauteur d'un montant forfaitaire par catégorie statutaire fixé par arrêté conjoint du garde des sceaux, ministre de la justice, du ministre chargé de la fonction publique et du ministre chargé du budget. ". Aux termes de l'article 4 de l'arrêté du 28 août 2009 pris pour l'application du décret n° 2002-634 du 29 avril 2002 : " Les montants forfaitaires par jour mentionnés aux a et b du 1° et au a du 2° du II de l'article 6, aux articles 6-1, 6-2 et 10-1 du décret du 29 avril 2002 susvisé sont fixés par catégorie statutaire de la manière suivante : / 1° Catégorie A et assimilé : 135 € () ".
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution ".
8. L'exécution du présent jugement implique que M. A soit en mesure de faire valoir son droit à indemnisation des 20 jours épargnés sur son compte épargne-temps au titre de l'année universitaire 2018-2019, dans les conditions fixées par les articles 6 et 6-2 du décret précité, au montant forfaitaire de 135 euros par jour. Il y a ainsi lieu, en application de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis de verser à M. A, sur la base d'un montant forfaitaire de 135 euros par jour, une compensation financière correspondant à 20 jours de congés annuels.
Sur les frais d'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'université défenderesse une somme de 1 500 euros à verser au requérant.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle la présidente de l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis a rejeté la demande de M. A tendant à l'indemnisation de 20 jours de congés payés non posés au titre de l'année universitaire 2018-2019 ni reportés sur son compte épargne-temps, ensemble le rejet implicite de son recours gracieux, sont annulés.
Article 2 : Il est enjoint à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis de verser à M. A une compensation financière correspondant à 20 jours de congés annuels dans les conditions fixées au point 8 du présent jugement.
Article 3 : L'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis versera à M. A une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La requête est rejetée pour le surplus de ses conclusions.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à l'université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,
Mme Lunshof, première conseillère
Mme Courneil, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.
La rapporteure,
L. Courneil
La présidente,
N. Ribeiro-MengoliLa greffière,
P. Demol
La République mande et ordonne la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026