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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2101456

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2101456

vendredi 24 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2101456
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre
Avocat requérantARDAKANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2021, M. C A, représenté par Me Ardakani, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté sa demande de concours de la force publique pour expulser l'occupante du logement dont il est le propriétaire situé au 4, rue des victimes du Franquisme dans la commune de Saint-Denis (93200) ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis, à titre principal, de lui accorder le concours de la force publique dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de concours de la force publique dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur de droit, dès lors que le préfet a méconnu une obligation qui lui est imposée par la loi ;

- elle méconnaît plusieurs libertés fondamentales et notamment le droit de propriété garanti par l'article 17 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 et le droit de mener une vie privée et familiale protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 décembre 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il a fait droit à la demande de M. A tendant à ce que lui soit accordé le concours de la force publique par une décision expresse du 18 juin 2021 ;

- les moyens de M. A ne sont pas fondés pour le surplus.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des procédures civiles d'exécution ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Combes, rapporteur public,

- et les observations de Me Ardakani, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est le propriétaire d'un logement dans un immeuble situé 4, rue des victimes du Franquisme dans la commune de Saint-Denis. Par une ordonnance du 20 juillet 2020, le juge des référés du tribunal de proximité de Saint-Denis, constatant que ce logement était habité par une occupante sans droit ni titre, a ordonné, à défaut de départ volontaire, l'expulsion de l'intéressée ainsi que de tous les occupants de son chef, avec si nécessaire le concours de la force publique. Le 10 août 2020, l'occupante du logement en cause a fait l'objet d'une signification d'un commandement de quitter les lieux, puis de deux commandements de quitter les lieux en date des 19 août et 21 septembre 2020. Une tentative d'expulsion par un huissier a été effectuée le 1er octobre 2020. Par un acte en date du 1er octobre 2020, le requérant a requis le concours de la force publique pour faire procéder à la libération de ce logement. L'administration a gardé le silence sur cette demande. M. A demande l'annulation de la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté sa demande de concours de la force publique pour faire expulser l'occupante de son logement.

Sur l'objet du litige :

2. Le préfet de la Seine-Saint-Denis fait valoir qu'il a, par une décision du 18 juin 2021, octroyé le concours de la force publique à M. A en vue d'expulser l'occupante du logement en cause. Toutefois, si cette décision a eu pour effet d'abroger la décision de refus en litige, il ressort des pièces du dossier que cette dernière décision a reçu exécution. Dans ces conditions, la demande d'annulation conserve son objet. Par suite, il y a lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 153-1 du code des procédures civiles d'exécution : " L'Etat est tenu de prêter son concours à l'exécution des jugements et des autres titres exécutoires. () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que l'ordonnance du 20 juillet 2020 par laquelle le tribunal de proximité de Saint-Denis a autorisé l'expulsion de l'occupante du logement en cause a été infirmée par un arrêt de la Cour d'appel de Paris du 24 février 2021 au motif qu'un doute existe sur la qualité de copropriétaire du bien par cette occupante, entraînant la disparition rétroactive de l'autorisation d'expulsion précitée. Dès lors, le concours de la force publique ne pouvait être octroyé, étant dépourvu de base légale. Ainsi, les moyens invoqués par le requérant sont inopérants et ne peuvent qu'être écartés.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 9 mars 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.

La rapporteure,

C. B

La présidente

J. Jimenez La greffière,

S. Seguela

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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