lundi 19 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2102134 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | CREACH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 14 février 2021, la société SARL Jett, représentée par
Me Creac'h, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge, en droits, intérêts de retard et majorations, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de cotisations sur la valeur ajoutée des entreprises mis à sa charge au titre des exercices clos les 31 décembre 2015 et 2016, ainsi que de l'amende mise à sa charge en application de l'article 1759 du code général des impôts ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société SARL Jett soutient que :
- la procédure d'imposition est irrégulière pour avoir méconnu les exigences de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- la méthode utilisée par l'administration pour reconstituer son chiffre d'affaires est radicalement viciée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2021, le directeur de contrôle fiscal Ile-de-France conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens invoqués sont infondés.
Par une ordonnance du 22 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au
30 mai 2022 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Charret, rapporteur;
- et les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure public.
Considérant ce qui suit :
1. La SARL Jett, qui exerce une activité de commerce d'alimentation générale à destination principale des professionnels, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période comprise entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2016, à l'issue de laquelle l'administration, après avoir écarté la comptabilité de la société comme irrégulière et non probante, a procédé à la reconstitution de ses recettes et, sur le fondement des résultats de cette reconstitution, mis à sa charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, des rappels de cotisations sur la valeur ajoutée des entreprises, assortis d'intérêts de retard et de majorations, et lui a infligé une amende en application de l'article 1759 du code général des impôts. Par sa requête, la société SARL Jett en demande la décharge.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation () En cas d'application des dispositions du II de l'article L. 47 A, l'administration précise au contribuable la nature des traitements effectués. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les rectifications envisagées, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.
3. La proposition de rectification adressée à la SARL Jett le 24 juillet 2018 mentionne que l'administration, après avoir écarté la comptabilité de l'entreprise comme insincère et non probante, a reconstitué le chiffre d'affaires réalisé au titre des exercices clos en 2015 et 2016 à partir d'un coefficient de marge calculé par le rapport entre le prix moyen d'achat et le prix moyen de vente sur une sélection de produits et de familles de produits variés, et représentatifs du chiffre d'affaires réalisé par la société pendant les périodes concernées. La proposition de rectification en cause a ainsi exposé de manière suffisamment précise la méthode recourue par l'administration pour déterminer le taux de marge de la société et satisfait par conséquent sur ce point aux exigences des dispositions précitées.
Sur le bien-fondé des impositions :
4. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge ".
5. D'une part, dès lors qu'il n'est pas contesté que l'administration était en droit d'écarter la comptabilité de la SARL Jett comme irrégulière et non probante et que les rectifications en litige ont été établies conformément à l'avis rendu par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, il appartient à la
SARL Jett, en vertu des dispositions précitées, de prouver l'exagération de l'évaluation de son chiffre d'affaires retenue par l'administration.
6. D'autre part, pour reconstituer le chiffre d'affaires de la société SARL Jett, le service s'est d'abord fondé sur le prix d'achat et de revente, tel qu'il ressort des données de la comptabilité et du logiciel de gestion commerciale de la société, d'une sélection d'articles et de familles d'articles représentant 50 % du chiffre d'affaires de la société afin de déterminer un taux de marge par article ou famille d'articles, puis un taux de marge pondéré en fonction de l'importance relative de chaque article ou famille d'articles dans la composition du chiffre d'affaires, fixé à 1,41 pour l'année 2015 et à 1,39 pour l'année 2016. Le service a ensuite appliqué ce taux de marge pondéré au montant des achats de marchandise afin de parvenir à un montant reconstitué du chiffre d'affaires faisant ressortir, au regard du chiffre d'affaires déclaré, des écarts de 523 444,53 euros en 2015 et de 535 322,81 euros en 2016.
7. Si la société requérante fait valoir que le taux de marge retenu par l'administration est anormalement élevé par rapport à celui habituellement observé dans le secteur d'activité auquel elle appartient, elle ne produit ni le rapport de l'INSEE dont elle se prévaut à cet effet, ni l'échantillon de travail qu'elle allègue avoir réalisé en ce sens. Elle n'établit par ailleurs pas l'existence des pertes et offerts à la clientèle et les consommations personnelles de l'exploitant. Par suite, et alors que la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires retenu par l'administration ne s'est fondée que sur des données propres à l'entreprise, ainsi qu'il a été rappelé au point 6, la SARL Jett n'établit pas que celle-ci serait radicalement viciée.
8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la requête de la SARL Jett doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er: La requête de la SARL Jett est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Jett et au directeur de contrôle fiscal Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Charret, président,
M. Marchand, premier conseiller,
M. Thebault, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2022.
Le président-rapporteur,
Signé
J. Charret
L'assesseur le plus ancien,
Signé
A. Marchand La greffière,
Signé
I. Serveaux
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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