jeudi 15 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2102225 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | BEDOIS BEKISSA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés le 16 février 2021 et le 23 novembre 2021, Mme D C, M. I C, Mme G C, Mme H C épouse E, M. A C, Mme F J épouse C, agissant tant en leurs noms personnels qu'en qualité d'ayants droit de M. B C, représentés par Me Bedois, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à leur verser une somme de 280 775 euros au titre des préjudices subis par M. C résultant de la nécrose des quatre membres qu'il a subie et de son décès, ainsi que de leurs préjudices propres ;
2°) à titre subsidiaire, de condamner l'ONIAM, le groupe hospitalier intercommunal (GHI) Le Raincy-Montfermeil et l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) à leur verser une somme de 280 775 euros au titre des préjudices subis ;
3°) de mettre à la charge de l'ONIAM, du GHI Le Raincy-Montfermeil et de l'AP-HP une somme de 2 500 euros à verser à chacun des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;
4°) de mettre à la charge des défendeurs les dépens de l'instance ;
5°) de fixer un délai d'exécution du jugement en prononçant une astreinte de 100 euros par jour de retard.
Ils soutiennent que :
- la nécrose ayant conduit à l'amputation des quatre membres de M. C est due à un accident médical ; ils ont donc droit à réparation au titre de la solidarité nationale en application du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ; à titre subsidiaire, la responsabilité pour faute des établissements ayant pris en charge M. C est engagée, dès lors que plusieurs manquements dans sa prise en charge peuvent être retenus, d'abord au service des urgences du GHI Le Raincy-Montfermeil, puis à l'hôpital Jean Verdier, ensuite au service de soins intensifs et de réanimation du GHI Le Raincy-Montfermeil et enfin au service de réanimation de l'hôpital Lariboisière, à savoir un renvoi fautif à son domicile, des défauts de diagnostic et de contrôle, des traitements inadaptés, des défauts d'orientation et surtout une absence fautive d'antibiothérapie plus large et urgente ;
- le décès de M. C est dû à l'apparition d'une infection nosocomiale en cours d'hospitalisation à l'AP-HP et la responsabilité sans faute de cet établissement est engagée en application de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ; à titre subsidiaire, elle est due à un syndrome de glissement, en conséquence de l'aléa thérapeutique ayant conduit à la nécrose et l'amputation de ses quatre membres ; à titre encore plus subsidiaire, la responsabilité pour faute des établissements hospitaliers l'ayant pris en charge est engagée, les requérants s'en remettant au tribunal pour juger de la part de cette responsabilité dans le décès de M. C ;
- la victime a subi plusieurs préjudices ; elle a subi des préjudices patrimoniaux, notamment des dépenses de santé à hauteur de 3 620 euros de frais d'hospitalisation et de clinique ; elle a subi des préjudices personnels, notamment des souffrances physiques et morales, évaluées à 30 000 euros, en particulier en raison de la conscience d'une espérance de vie réduite, et un préjudice d'angoisse de mort imminente ; elle a subi des troubles dans ses conditions d'existence, en particulier un déficit fonctionnel temporaire évalué à 678,50 euros, un préjudice esthétique évalué à 15 000 euros et des préjudices d'agrément et d'établissement évalués à 20 000 euros ; les victimes indirectes ont subi plusieurs préjudices propres, en particulier un préjudice moral évalué à 25 000 euros pour son épouse et 10 000 euros pour chacun de ses enfants ; elles ont subi des troubles dans leurs conditions d'existence, évaluées à 15 000 euros pour son épouse et 10 000 euros pour chacun des enfants ; son épouse a subi une perte de revenus évaluée à 69 156 euros ; enfin, elles ont droit au remboursement des frais d'obsèques évalués à 2 321 euros.
Par des mémoires en défense enregistrés le 21 septembre 2021 et le 10 novembre 2022, le groupe hospitalier intercommunal (GHI) Le Raincy-Montfermeil, représenté par Me Vogel, conclut à titre principal au rejet de la requête, à titre subsidiaire à la limitation du préjudice des victimes à une somme totale de 80 678,5 euros, en tout état de cause au rejet des demandes de condamnation formées à son encontre par les requérants et toute autre partie à l'instance et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- si l'existence de manquements dans la prise en charge de M. C n'est pas contestée, le lien de causalité entre ces manquements et les préjudices subis n'est pas établi ;
- s'agissant des préjudices résultant de la nécrose, celle-ci est due à un aléa thérapeutique et l'existence d'un lien de causalité entre les manquements imputables au GHI et la nécrose du patient n'est pas établie ;
- s'agissant des préjudices résultant du décès, les requérants ont eux-mêmes évoqué comme hypothèse un syndrome de glissement et une perte d'autonomie ; par ailleurs, l'expert a rappelé que les raisons du décès ne sont pas connues, faute de documents sur la période du 27 mai au 10 décembre 2010 ;
- à titre subsidiaire, les prétentions indemnitaires des requérants sont trop élevées ; les souffrances endurées devront être ramenées à 20 000 euros ; les préjudices d'agrément et d'établissement ne sont pas établis ; il n'est pas justifié des frais de santé ; une somme maximale de 45 000 euros sera allouée au titre du préjudice moral des requérants ; les troubles dans les conditions d'existence ne sont pas établis ; les pièces versées sont insuffisantes pour démontrer le préjudice économique invoqué ; en l'absence de pièces justifiant que le versement de l'intégralité de la somme réclamée au titre des frais d'obsèques est demeuré à la charge des requérants et qu'ils n'ont perçu aucune indemnité à ce titre, cette demande sera rejetée ; pour le reste, il s'en remet à l'appréciation du tribunal.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2022, l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) conclut à sa mise hors de cause et au rejet de la requête et des conclusions formulées par la Caisse primaire d'assurance maladie, ainsi que de toute demande formulée à son encontre.
Il fait valoir que :
- il doit être mis hors de cause en l'absence d'imputabilité directe et certaine entre les fautes commises et les dommages subis par M. C au cours de sa prise en charge hospitalière ; par ailleurs, aucun préjudice spécifique ne découle des infections nosocomiales acquises au sein de l'établissement, aucun manquement n'étant en outre imputable en matière de lutte contre ces infections ;
- à titre subsidiaire, il n'a commis aucune faute ; en particulier, les deux fautes retenues par l'expert à son encontre, tirées d'un défaut d'orientation et d'une absence d'antibiothérapie plus large et urgente, ne sont pas établies.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 octobre 2022, l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), représenté par Me Welsch, conclut à sa mise hors de cause, au rejet de la requête et à ce qu'il soit statué ce que de droit sur les dépens.
Il fait valoir que :
- les conditions d'intervention de la solidarité nationale prévues au II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique ne sont pas réunies ;
- d'une part, M. C était atteint d'une grave pathologie avant sa prise en charge dont l'évolution sans prise en charge pouvait évoluer vers une nécrose et un décès du patient en état de choc septique grave ; l'acte médical ne peut donc être regardé comme ayant entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement ;
- d'autre part, la nécrose était attendue et non exceptionnelle, dans un contexte péjoratif accompagné d'une prise en charge défaillante ayant nécessairement participé à la dégradation de l'état général du patient ; la survenance du dommage ne peut donc être regardée comme présentant une probabilité faible ;
- enfin, la prise en charge de M. C a été défaillante et a favorisé la dégradation de son état de santé ; la nécrose est multifactorielle.
Par un mémoire en défense enregistré le 9 novembre 2022, la Caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de Paris demande au tribunal :
1°) de condamner in solidum l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP) et le groupe hospitalier intercommunal (GHI) Le Raincy-Montfermeil à lui verser une somme de 182 900,85 euros correspondant aux prestations en nature exposées pour le compte de la victime, assortie des intérêts à compter de la première demande pour les prestations servies antérieurement à celle-ci et à partir de leur règlement pour les débours effectués postérieurement, avec capitalisation ;
2°) de condamner in solidum l'AP-HP et le GHI Le Raincy-Montfermeil à lui verser une somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale ;
3°) de mettre à la charge de l'AP-HP et du GHI Le Raincy-Montfermeil, in solidum, les entiers dépens ;
4°) de mettre à la charge de l'AP-HP et du GHI Le Raincy-Montfermeil, in solidum, une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- si la CPAM de la Seine-Saint-Denis est mise en cause par les requérants, seule la CPAM de Paris est compétente pour intervenir, dès lors qu'elle gère l'ensemble des dossiers des caisses primaires de la région parisienne lorsque l'AP-HP est mise en cause ;
- les dépenses de santé actuelles prises en charge par la CPAM s'élèvent à 182 900,85 euros, une somme de 3 620 euros étant restée à la charge de la victime, pour un total de 186 520,85 euros ;
- l'indemnité forfaitaire instituée par l'ordonnance n° 96-51 du 24 janvier 1996 s'élève à 1 114 euros.
La procédure a été communiquée à la Caisse primaire d'assurance maladie de Seine-Saint-Denis.
Des pièces, produites par les requérants, ont été enregistrées le 3 novembre 2022, à la suite d'une mesure d'instruction du même jour, et n'ont pas été communiquées.
Par un courrier du 18 novembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'absence de demande indemnitaire préalable susceptible d'avoir lié le contentieux déposée auprès de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), le conseil des requérants se bornant, dans le courrier versé daté du 16 février 2021, à lui demander de l'informer de sa position concernant l'indemnisation des ayants-droits.
Il a été répondu à cette information par les requérants par des observations enregistrées le 18 novembre 2022 et qui ont été communiquées aux autres parties.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er décembre 2022 :
- le rapport de M. K,
- les conclusions de M. Terme, rapporteur public,
- les observations de Me Benabou, substituant Me Vogel, représentant le GHI Le Raincy-Montfermeil.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 février 2010, M. B C, alors âgé de 74 ans, s'est présenté au service des urgences du groupe hospitalier intercommunal (GHI) Le Raincy-Montfermeil, en raison de douleurs et d'un état fiévreux. Une " virose " lui étant diagnostiquée, M. C est retourné à son domicile le 5 février. Dans la nuit du 5 au 6 février 2010,devant la persistance des symptômes, il s'est présenté au service des urgences de l'hôpital Jean Verdier, dépendant de l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris (AP-HP), le bilan concluant alors à un syndrome infectieux d'origine indéterminée. M. C a alors été hospitalisé dans le service de diabétologie du même hôpital. Dans la nuit du 6 au 7 février 2010, il a présenté un état de choc cardiogénique nécessitant une assistance circulatoire, une tachycardie et une myocardite fulminante a été diagnostiquée. En conséquence, il a été transféré le 7 février 2010 au service de soins intensifs du GHI Le Raincy-Montfermeil, puis dans le service de réanimation de cet hôpital. Un état de choc cardiogénique à type de myocardite fulminante dans un contexte infectieux et fébrile a alors été diagnostiqué. M. C a ensuite été transféré le 8 février 2010 vers le service de réanimation de l'hôpital Lariboisière, dépendant de l'AP-HP. Il a présenté une nécrose distale des quatre membres, justifiant leur amputation le 24 mars 2010. Il a quitté le service de réanimation le 12 avril suivant pour être pris en charge par le service de chirurgie orthopédique de l'hôpital, avant de quitter celui-ci le 27 mai 2010. Il est décédé le 11 décembre 2010. Une expertise a été ordonnée par le tribunal administratif de Paris et l'expert a remis son rapport le 29 avril 2010. Les requérants demandent l'indemnisation des préjudices subis par M. C ainsi que de leurs préjudices propres résultant de la nécrose qu'il a subie puis de son décès, ce, à titre principal, sur le fondement de la solidarité nationale en demandant la condamnation de l'ONIAM et, à titre subsidiaire, sur le fondement de la responsabilité pour faute ainsi qu'en raison d'infections nosocomiales, en demandant la condamnation du GHI Le Raincy-Montfermeil et de l'AP-HP.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les dommages résultant de la nécrose distale des quatre membres subie par M. C :
S'agissant de la solidarité nationale :
2. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ".
3. En vertu du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique, l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation des dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la double condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et que leur gravité excède le seuil défini à l'article D. 1142-1 du même code.
4. La condition d'anormalité du dommage doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage.
5. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès. Par ailleurs, une probabilité de survenance du dommage qui n'est pas inférieure ou égale à 5 % ne présente pas le caractère d'une probabilité faible, de nature à justifier la mise en œuvre de la solidarité nationale.
6. Selon les termes du rapport d'expertise, la nécrose distale subie par M. C et ayant nécessité l'amputation de ses quatre membres le 24 mars 2010 est la " conséquence de plusieurs facteurs ", à savoir son " état septique ", la " coagulopathie de consommation et ses phénomènes thrombotiques associés ", les " fortes doses d'amines vasopressives " et une " thrombopénie immuno-allergique de type 2 à l'héparine ". L'expertise précise qu'il s'est agi en l'occurrence d'un " aléa thérapeutique ", " qui n'aurait pas été évité par une surveillance accrue du dosage des médicaments ", ceux en cause étant les " amines vasopressives " dont la prescription était " obligatoire dans le cadre de l'histoire clinique " de M. C et dont les posologies étaient en l'espèce " adaptées ".
7. D'une part, il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise, que, comme le fait valoir l'ONIAM en défense, sans que ce point ne soit ultérieurement sérieusement contredit par les requérants, M. C, alors touché par un choc septique et cardiogénique, encourait un risque de décès ou même seulement de nécrose en l'absence de prescription d'amines vasopressives. Dans ces conditions, les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, et la condition d'anormalité du dommage subi ne peut donc être, à ce titre, regardée comme remplie.
8. D'autre part, il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que le dommage subi par M. C, à savoir la survenue d'une nécrose du type de celle qui a été constatée en l'espèce et qui a entraîné ensuite l'amputation de ses quatre membres, était multifactoriel, même si les amines vasopressives en sont à l'origine, et surtout que si ce dommage ne revêtait pas un caractère courant et était " peu fréquent ", il ne revêtait pas non plus, selon les termes du rapport d'expertise, un caractère " exceptionnel ", alors que, dans les conditions où l'acte a été accompli, M. C était gravement touché par un choc septique et cardiogénique. Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction que la probabilité de survenance du dommage ait été inférieure ou égale à 5 %. Dans ces conditions, la survenance du dommage ne présentait pas une probabilité faible et les conséquences de l'acte médical ne peuvent être regardées comme anormales à ce titre.
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 que les requérants ne sont pas fondés à demander l'indemnisation des préjudices de M. C et de leurs préjudices propres au titre de la solidarité nationale sur le fondement du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
S'agissant de la responsabilité pour faute :
10. Aux termes du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute () ".
11. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que M. C, pris en charge au service des urgences du GHI Le Raincy-Montfermeil a, le 4 février 2010, été renvoyé à son domicile, sans qu'il ne soit procédé à de plus amples investigations et contrôles, alors qu'une infection grave (" sepsis "), était soupçonnée. Il résulte également de l'instruction que, pris en charge, le 5 février 2010, au service des urgences de l'hôpital Jean Verdier, l'intéressé a été hospitalisé le 6 février dans le service de diabétologie de cet hôpital alors que son état aurait justifié son hospitalisation dans un service de soins intensifs ou de surveillance continue. En outre, il résulte de l'instruction que, pris en charge seulement le 7 février 2010 en unité de soins intensifs de cardiologie au GHI Le Raincy-Montfermeil, puis le même jour dans le service de réanimation de cet hôpital et ensuite le 8 février dans le service de réanimation de l'hôpital Lariboisière, aucune antibiothérapie à plus large spectre que celle prescrite, et davantage urgente, ne lui a été administrée, et ce contrairement aux recommandations et règles de l'art en la matière. Ainsi, plusieurs fautes, de nature à engager la responsabilité du GHI Le Raincy-Montfermeil et de l'AP-HP, ont été commises dans la prise en charge de M. C.
12. Cependant, l'expert mentionne clairement, dans son rapport, que " la nécrose distale des quatre membres " subie par M. C n'est " pas la résultante de ces manquements ", en faisant ainsi référence aux fautes qu'il a précédemment relevées et mentionnées au point précédent, et qu'elle " s'explique autrement ", c'est-à-dire par la prise d'amines vasopressives dans l'état de choc septique du requérant. En outre, il résulte de l'instruction qu'aucune des nombreuses analyses ni aucun prélèvement réalisé au cours de la prise en charge de M. C n'a permis d'identifier particulièrement l'origine, qu'elle soit bactérienne ou virale, du syndrome infectieux dont il souffrait, à l'origine du sepsis qu'il a subi et l'expert précise à cet égard qu'" il n'est pas possible de dire que les préjudices aurai[en]t été différents si la prise en charge s'était déroulée normalement ". Ainsi, il ne résulte pas de l'instruction qu'une meilleure prise en charge de M. C et, notamment, l'administration d'une antibiothérapie plus large et plus urgente, aurait permis d'éviter qu'il subisse un choc septique ayant rendu nécessaire la prise d'amines vasopressives à l'origine, outre d'autres facteurs, comme il a été dit, de la nécrose distale de ses quatre membres, ni même que M. C, en raison des défaillances dans sa prise en charge, aurait perdu une chance d'échapper à ce dommage.
13. Dans ces conditions, en l'absence de lien de causalité démontré entre les fautes qui peuvent être retenues à l'encontre des établissements publics hospitaliers ici en cause et la nécrose distale des quatre membres subie par M. C, les requérants ne sont pas fondés à mettre en cause la responsabilité pour faute du GHI Le Raincy-Montfermeil et de l'AP-HP pour demander la réparation des préjudices résultant de cette nécrose et des amputations subséquentes.
En ce qui concerne les dommages résultant du décès de M. C :
14. Les requérants soutiennent, en s'appuyant sur le rapport d'expertise, que le décès de M. C ne peut être dû qu'à trois causes possibles, à savoir : les fautes entachant sa prise en charge hospitalière, les différentes infections nosocomiales qu'il a subies selon le rapport d'expertise " secondairement " au cours de son séjour à l'hôpital Lariboisière, mises en évidence les 18 et 23 février, 24 mars, 3 et 6 avril 2010 et qui sont selon l'expert " indépendantes des manquements " constatés, ou enfin un " syndrome de glissement " résultant de la nécrose distale ayant nécessité l'amputation de ses quatre membres. Cependant, il ressort au contraire du rapport d'expertise que " faute de documents sur la période allant du 27 mai au 10 décembre 2010, les raisons du décès de Monsieur () C ne sont pas connues ". Si l'expert évoque dans son rapport l'hypothèse, avancée au cours de l'expertise par les ayants-droits de M. C, selon laquelle le décès de ce dernier serait la conséquence d'un " syndrome de glissement " et d'une " perte d'autonomie " en raison de la nécrose distale des quatre membres qu'il a subie, les requérants n'ont produit aucune pièce permettant de connaître les soins, le suivi médical ou l'accompagnement dont aurait bénéficié M. C entre le 27 mai et le 10 décembre 2010 ni le ou les établissements qui l'auraient, le cas échéant, pris en charge pour tout ou partie de cette période. Dans ces conditions, en l'absence d'aucune précision sur ce point, le lien entre la survenue du décès et, près de sept mois avant, les fautes commises par les établissements publics de santé, ou même les infections nosocomiales contractées lors de ses hospitalisations, ou encore la nécrose distale, laquelle n'est d'ailleurs la résultante d'aucune faute ainsi qu'il a été dit au point 12, n'est pas établi. Dès lors, les requérants ne sont pas fondés à demander l'indemnisation des préjudices résultant du décès de M. C.
15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par les requérants doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de celles dirigées contre l'AP-HP.
Sur les conclusions de la CPAM de Paris subrogée :
16. Les conclusions de la requête étant rejetées, les conclusions présentées par la CPAM de Paris tendant au remboursement des frais engagés, ainsi que celles tendant au paiement d'une somme de 1 114 euros correspondant à l'indemnité forfaitaire de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, doivent être rejetées.
Sur le surplus :
17. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. () ".
18. Les frais et honoraires de M. L, expert judiciaire, ont été taxés et liquidés à la somme de 1 650 euros hors taxes et mis à la charge des requérants par une ordonnance n° 1906849 du 5 août 2020 du président du tribunal administratif de Paris. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre les frais de l'expertise à la charge définitive du GHI Le Raincy-Montfermeil et de l'AP-HP, à hauteur d'une moitié chacun.
19. Par ailleurs, alors au demeurant que les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative selon lesquelles le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge font obstacle à ce qu'une somme soit allouée à ce titre aux requérants, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative par l'ensemble des parties.
20. Enfin, alors même qu'en cas d'inexécution d'une décision passée en force de chose jugée prononçant la condamnation d'une personne publique au paiement d'une somme d'argent, les dispositions du II de l'article 1er de la loi du 16 juillet 1980 relative aux astreintes prononcées en matière administrative et à l'exécution des jugements par les personnes morales de droit public, reproduites à l'article L. 911-9 du code de justice administrative, permettent au bénéficiaire d'une telle décision d'en obtenir le mandatement d'office, dans les conditions qui y sont prévues, il n'y a pas lieu, le présent jugement rejetant les conclusions indemnitaires de Mme C et des autres requérants, de faire droit à leurs conclusions tendant à ce qu'un délai d'exécution sous astreinte du jugement soit fixé.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C et des autres requérants est rejetée.
Article 2 : La somme totale de 1 650 euros hors taxe, correspondant aux frais d'expertise, est mise à la charge définitive du groupe hospitalier intercommunal Le Raincy-Monfermeil et à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris à hauteur de 50 % chacun.
Article 3 : Les conclusions de la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris et le surplus des conclusions des autres parties sont rejetés.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C, à M. I C, à Mme G C, à Mme H C épouse E, à M. A C, à Mme F J épouse C, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), à l'Assistance publique - Hôpitaux de Paris, au groupe hospitalier intercommunal Le Raincy-Montfermeil, à la Caisse primaire d'assurance maladie de Paris et à la Caisse primaire d'assurance maladie de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 1er décembre 2022, à laquelle siégeaient :
M. Gauchard, président,
M. Charageat, premier conseiller,
M. Breuille, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
L. K
Le président,
Signé
L. GauchardLa greffière,
Signé
S. Jarrin
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026