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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2102655

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2102655

jeudi 26 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2102655
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantC/M/S/ BUREAU FRANCIS LEFEBVRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 24 mars et 17 novembre 2021, la société anonyme (SA) Crédit Industriel et Commercial, représentée par Me Bussac, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des suppléments de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2011 et 2012 ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 8 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Dans le dernier état de ses écritures, elle soutient que les subventions accordées à ses filiales ont un caractère normal et courant, qu'elles pouvaient ainsi être inscrites au compte 6099 " charges diverses d'exploitation bancaire ", ou au compte 628 " divers " du plan comptable général, plutôt qu'au compte 68 " charges exceptionnelles ", qu'il convient d'appliquer le principe de parallélisme des produits et des charges pour obvier toute qualification hybride de la subvention d'exploitation ainsi que le prévoient l'instruction référencée 6 E-11-05 du 21 octobre 2005 et le rescrit fiscal n° 2005/47 IDL, que la subvention d'exploitation doit être traitée comme un abandon de créance conformément à la doctrine administrative référencée BOFIP-BIC-BASE-50-10-20130129, paragraphe 1, du 29 janvier 2013 et au rescrit fiscal n° 2005/08 IDL du 6 septembre 2005.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 octobre 2021, le directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.

Une ordonnance du 19 novembre 2021 a fixé la clôture d'instruction au 1er février 2022.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, des pièces ont été demandées à l'administration le 13 septembre 2023 pour compléter l'instruction. L'administration fiscale a présenté ces pièces le 15 septembre 2023 qui ont été communiquées le même jour à la société requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

­ le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

­ le règlement n° 99-03 du comité de la réglementation comptable du 29 avril 1999 ;

­ le règlement n° 91-01 du 16 janvier 1991 du comité de la réglementation bancaire ;

­ le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

­ le rapport de M. Doyelle, premier conseiller,

­ les conclusions de M. Iss, rapporteur public,

­ et les observations de Me Bussac, avocat, représentant la société requérante.

Considérant ce qui suit :

1. La SA Crédit Industriel et Commercial (CIC), qui est une entreprise du secteur bancaire développant une activité de banque de détail en Île-de-France et actionnaires de banques régionales ayant la même activité, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité sur la période courant du 1er janvier 2011 au 31 décembre 2012. Par des propositions de rectification des 24 décembre 2014 et 30 juin 2015, l'administration fiscale a remis en cause la déduction de la valeur ajoutée de subventions que la société a accordées à ses filiales pour le calcul de la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, au motif que ces subventions constituent une charge exceptionnelle (compte 68) qui ne pouvaient pas faire l'objet d'une inscription comptable au compte 6099 " charges diverses d'exploitation bancaire ". Ces rappels ont été mis en recouvrement le 29 janvier 2016 pour des montants, en droits et intérêts de retard, de 678 775 euros au titre de l'année 2011 et de 704 674 euros au titre de l'année 2012. La société requérante demande au tribunal la décharge de ces cotisations supplémentaires à la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises.

Sur l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 1586 sexies du code général des impôts : " () III.- Pour les établissements de crédit et, lorsqu'elles sont agréées par l'Autorité de contrôle prudentiel, les entreprises mentionnées à l'article L. 531-4 du code monétaire et financier : / () 2. La valeur ajoutée est égale à la différence entre : / a) D'une part, le chiffre d'affaires tel qu'il est défini au 1, majoré des reprises de provisions spéciales et des récupérations sur créances amorties lorsqu'elles se rapportent aux produits d'exploitation bancaire ; / b) Et, d'autre part : / - les charges d'exploitation bancaires autres que les dotations aux provisions sur immobilisations données en crédit-bail ou en location simple ; / - les services extérieurs, à l'exception des loyers ou redevances afférents aux biens corporels pris en location ou en sous-location pour une durée de plus de six mois ou en crédit-bail ainsi que les redevances afférentes à ces biens lorsqu'elles résultent d'une convention de location-gérance ; toutefois, lorsque les biens pris en location par le redevable sont donnés en sous-location pour une durée de plus de six mois, les loyers sont retenus à concurrence du produit de cette sous-location ; / - les charges diverses d'exploitation, à l'exception des moins-values de cession sur immobilisations autres que celles portant sur les autres titres détenus à long terme et des quotes-parts de résultat sur opérations faites en commun ; / - les pertes sur créances irrécouvrables lorsqu'elles se rapportent aux produits d'exploitation bancaire. / () ". Les dispositions de l'article 1586 sexies du code général des impôts fixent la liste limitative des catégories d'éléments comptables qui doivent être pris en compte dans le calcul de la valeur ajoutée servant de base à la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises. Il y a lieu, pour déterminer si une charge ou un produit se rattache à l'une de ces catégories, de se reporter aux normes comptables, dans leur rédaction en vigueur lors de l'année d'imposition concernée, dont l'application est obligatoire pour l'entreprise en cause. La norme applicable est, pour un établissement de crédit, le règlement du comité de la réglementation bancaire du 16 janvier 1991 relatif à l'établissement et à la publication des comptes des établissements de crédit. Lorsqu'un poste comptable applicable aux établissements de crédit n'est pas spécifique aux activités de ces établissements, il y a lieu de l'interpréter à la lumière des dispositions équivalentes du plan comptable général, tel qu'il est défini par le règlement du comité de la réglementation comptable du 29 avril 1999.

3. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre d'une convention de financement du plan de développement du groupe CIC sur cinq ans (2007 à 2012) prolongé jusqu'en 2014, la société Crédit Industriel et Commercial a souhaité verser une contribution financière à ses filiales en vue d'assurer le développement commercial du réseau CIC dans les zones géographiques où le groupe est insuffisamment implanté. Cette subvention avait pour objet, d'une part, de prendre dégressivement en charge les frais de personnel dans les agences bancaires créées et dans la limite maximale du résultat déficitaire de l'agence, d'autre part, de valoriser sous la forme d'une bonifications les nouvelles agences atteignant certains objectifs d'activité en matière d'épargne, de crédit et d'assurance. La contribution financière versée aux nouvelles agences a ainsi pour finalité de leur permettre de faire face à certaines charges d'exploitation ou de développer certains de leurs produits d'exploitation.

4. Dès lors que les inscriptions comptables au compte 6099 " charges diverses d'exploitation bancaire " ou au compte 68 " charges exceptionnelles " ne constituent pas des dispositions spécifiques dans le règlement du 16 janvier 1991 susvisé pour la comptabilisation des charges résultant du versement de la subvention en cause, il y a lieu de rattacher ces dépenses au plan comptable général, tel qu'il est défini par le règlement du comité de la réglementation comptable du 29 avril 1999 susvisé, et notamment au sous-compte 6715 dénommé " Subventions accordées ", compris dans le compte 671 dénommé " Charges exceptionnelles sur opérations de gestion ", le sous-compte 6281 dénommé " concours direct (cotisations) " compris dans le compte 62 " Autres services extérieurs " n'étant pas suffisamment spécifique. Il s'ensuit que de telles dépenses n'entrent dans aucune des catégories limitativement énumérées par les dispositions précitées de 1586 sexies du code général des impôts, à retenir en déduction pour le calcul de la valeur ajoutée de l'entreprise qui les alloue, peu important la circonstance que les subventions d'exploitation soient mentionnées à cet article comme devant concourir à la détermination de la production de l'exercice de l'entreprise bénéficiaire, la société requérante n'étant, à cet égard, pas fondée à se prévaloir du principe de parallélisme des produits et des charges qu'aucune disposition du code général des impôts applicable ne prévoit.

Sur l'application de la doctrine administrative :

5. D'une part, la société requérante ne saurait pertinemment se prévaloir de la définition du chiffre d'affaires figurant dans l'instruction administrative du 21 octobre 2005 référencée 6 E-11-05 et dans le rescrit n° 2005/47 IDL qui concernent uniquement la production immobilisée qui doit, selon cette doctrine, n'être retenue dans la valeur ajoutée, pour la généralité des redevables, qu'à hauteur des charges qui, ayant servi à déterminer le montant de cette production, ont été déduites de la valeur ajoutée.

6. D'autre part, la société requérante ne saurait davantage se prévaloir de la doctrine administrative référencée BOFIP-BIC-BASE-50-10-20130129, paragraphe 1, du 29 janvier 2013 qui est postérieure aux impositions en litige et qui concerne le traitement des abandons de créance et des subventions pour la détermination de la base imposable en matière de bénéfice industriel et commercial.

7. Enfin, la société requérante se prévaut du rescrit fiscal n° 2005/08 IDL du 6 septembre 2005 qui prévoit que les sommes comptabilisées dans des comptes de subventions d'exploitation ou d'équilibre et assimilables par définition à des abandons de créances, qu'ils soient de nature commerciale ou financière, suivent le même traitement que ces derniers au regard de la valeur ajoutée. Cependant, alors que ce rescrit n'a pas spécifiquement pour objet de rattacher l'abandon de créance à caractère commercial à un compte de charge autre qu'exceptionnelle, la société n'apporte aucun élément sur son traitement comptable et sur ses conséquences au regard de la valeur ajoutée, étant précisé que l'abandon de créance auquel s'assimilerait la subvention accordée n'entre, en tant que tel, dans aucune des catégories limitativement énumérées par les dispositions précitées de 1586 sexies du code général des impôts à retenir en déduction pour le calcul de la valeur ajoutée de l'entreprise.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la SA Crédit Industriel et Commercial doivent être rejetées, de même, par voie de conséquence, que les conclusions de l'intéressée tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de la SA Crédit Industriel et Commercial est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme Crédit Industriel et Commercial et au directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales.

Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

­ M. Toutain, président,

­ M. Doyelle, premier conseiller,

­ M. Puechbroussou, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 octobre 2023.

Le rapporteur,Le président,G. DoyelleE. Toutain La greffière,A. Diallo

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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