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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2103072

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2103072

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2103072
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantLASSERRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 mars 2021 et le 11 avril 2022, M. A C et Mme B C, représentés par Me Lasserre, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) la décharge partielle des prélèvements sociaux, pour la fraction résultant de l'application du coefficient multiplicateur de 1,25 à leur base de calcul, ainsi que la décharge de la majoration de 40% pour manquement délibéré, auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) l'octroi du sursis de paiement des impositions en litige, en application de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales.

Ils soutiennent que :

- ils ont justifié de l'existence du compte courant de M. C, dans le cadre de l'instance juridictionnelle engagée par la SELARL Pharmacie Pasteur ;

- la majoration de 1,25 n'est pas applicable dès lors que la SELARL Pharmacie Pasteur fait appel à un expert-comptable et que M. et Mme C avaient la qualité, le premier, de gérant salarié, la seconde, de simple salariée ;

- la majoration de 1,25 ne peut s'appliquer qu'à l'impôt sur le revenu et non aux prélèvements sociaux ;

- la majoration de 40% pour manquement délibéré est infondée et constitue une double peine dès lors que celle-ci a été appliquée pour la même cause à la SELARL Pharmacie Pasteur et que le compte courant de M. C est justifié.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 25 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 11 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- les décisions n° 2016-610 QPC du 10 février 2017 et n° 2017-643/650 QPC du 7 juillet 2017 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Charageat,

- les conclusions de M. Combes, rapporteur public,

- et les observations de Me Lasserre, représentant M. et Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C était durant les années 2015 et 2016 l'associé unique et le gérant de la SELARL Pharmacie Pasteur, qui exploite une officine pharmaceutique. Cette société a fait l'objet au titre de cette période d'une vérification de comptabilité qui a conduit l'administration à rectifier son résultat de ces deux années. Tirant les conséquences de cette procédure, après avoir relevé que M. C devait être regardé comme ayant bénéficié de revenus distribués par cette société au sens de l'article 109 du code général des impôts, qui n'avaient pas été déclarés, l'administration a notifié à M. et Mme C des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre des années 2015 et 2016 assorties d'une majoration de 40% pour manquement délibéré, par une proposition de rectification en date du 20 décembre 2018. M. et Mme C ont contesté ces impositions par une réclamation en date du 6 novembre 2020. Cette réclamation a fait l'objet d'une décision implicite de rejet. M. et Mme C demandent, dans le dernier état de leurs écritures, la décharge partielle des prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016, pour la fraction résultant de l'application du coefficient multiplicateur de 1,25 à leur base de calcul ainsi que la décharge de la majoration de 40% mentionnée ci-dessus.

Sur l'assiette de calcul des contributions sociales :

2. Aux termes de l'article 1A du code général des impôts : " Il est établi un impôt annuel unique sur le revenu des personnes physiques désigné sous le nom d'impôt sur le revenu. Cet impôt frappe le revenu net global du contribuable déterminé conformément aux dispositions des articles 156 à 168. / Ce revenu net global est constitué par le total des revenus nets des catégories suivantes : () / - Revenus de capitaux mobiliers () ". Aux termes de l'article 158 du même code : " () 7. Le montant des revenus et charges énumérés ci-après, retenu pour le calcul de l'impôt selon les modalités prévues à l'article 197, est multiplié par 1,25. Ces dispositions s'appliquent : () / 2° Aux revenus distribués mentionnés () à l'article 109 résultant d'une rectification des résultats de la société distributrice () ". Aux termes du I de l'article L. 136-6 du code de la sécurité sociale relatif à la contribution sociale sur les revenus du patrimoine : " Les personnes physiques fiscalement domiciliées en France () sont assujetties à une contribution sur les revenus du patrimoine assise sur le montant net retenu pour l'établissement de l'impôt sur le revenu () / c) Des revenus de capitaux mobiliers () ".

3. Il résulte des décisions du conseil constitutionnel n° 2016-610 QPC du 10 février 2017 et n° 2017-643/650 QPC du 7 juillet 2017 que l'application, aux revenus distribués visés par le 2° du 7 de l'article 158 du code général des impôts, d'un coefficient de 1,25 est contraire à la Constitution en tant qu'elle s'applique aux contributions sociales assises sur ces revenus.

4. L'administration ne conteste pas avoir déterminé les prélèvements sociaux en litige en appliquant la majoration d'assiette de 1,25 mentionnée au 7 de l'article 158 du code général des impôts. Par suite, il y a lieu de prononcer la décharge, en droits et pénalités, de la part des prélèvements sociaux établis au titre des années 2015 et 2016 ayant résulté de cette majoration de la base imposable.

Sur la majoration de 40% pour manquement délibéré :

5. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré () ".

6. Pour déterminer la majoration en litige, l'administration s'est fondée sur la circonstance que M. C, qui était le représentant légal de la SELARL Pharmacie Pasteur et la seule personne capable d'engager juridiquement et économiquement cette société, avait la qualité de maître de l'affaire, et qu'il ne pouvait ignorer avoir ainsi perçu des sommes qu'il aurait dû déclarer à l'impôt sur le revenu. Si les requérants soutiennent que les sommes inscrites au crédit du compte courant d'associé que M. C détenait dans cette société correspondent à des apports faits par celui-ci lors de la création de cette société ainsi qu'à des salaires ou à des distributions non perçues, ils n'apportent aucun élément permettant de l'établir, alors que le service vérificateur a relevé pour sa part que la somme de 94 688 euros inscrite à l'ouverture de la période vérifiée et la somme de 35 000 euros comptabilisée le 30 juin 2016 n'ont pas été justifiées. En outre, en dépit de ce qu'ils allèguent, cette majoration ne peut être regardée comme une double peine quand bien même M. C est l'associé unique de cette société et que les rectifications dont celle-ci a fait l'objet ont été assorties d'une majoration prononcée sur le même fondement juridique. Dans ces conditions, eu égard aux pouvoirs détenus par M. C dans la gestion de la société distributrice ainsi qu'aux montants des revenus distribués, l'administration justifie du bien-fondé de l'application de la majoration de 40 % prévue par les dispositions de l'article 1729 du code général des impôts.

Sur le sursis de paiement :

7. En application des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales l'exigibilité de la créance en litige est suspendue jusqu'à la décision du tribunal. Il résulte de ce qui précède que les conclusions des requérants tendant au maintien du sursis de paiement prévu par ce texte doivent en tout état de cause être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La base de calcul des prélèvements sociaux auxquels les requérants ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 est réduite du montant correspondant à la majoration d'assiette de 1,25.

Article 2 : M. et Mme C sont déchargés de la différence entre le montant des prélèvements sociaux auxquels ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 et celui qui résulte de la réduction en base mentionnée à l'article 1er.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Mme B C et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 29 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

Le rapporteur,

D. Charageat

La présidente,

J. JimenezLe greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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