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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2103099

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2103099

mardi 12 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2103099
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème chambre
Avocat requérantCHANLAIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrés les 5 mars, 14 avril et 10 mai 2021, Mme B A, représentée par Me Mouret, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de condamner la commune de Rosny-sous-Bois à lui verser une somme totale de 54 586,96 euros euros au titre des préjudices qu'elle estime avoir subis, assortie des intérêts au taux légal capitalisés ;

2°) d'enjoindre à ladite commune de procéder à la régularisation des déclarations réalisées à la caisse de retraite au titre de l'année 2019 et concernant Mme A au jour de la notification du présent jugement sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) et de mettre à la charge de la commune de Rosny-sous-Bois le versement à son conseil d'une somme de 3 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que la commune de Rosny-sous-Bois a commis plusieurs fautes de nature à engager sa responsabilité :

- c'est à tort qu'elle a été engagée en qualité de vacataire, son emploi correspondant à un besoin permanent de la collectivité ; à ce titre, elle a subi un préjudice moral et un préjudice financier ;

- la rupture anticipée de son contrat de travail est illégale ; cette rupture doit s'analyser comme un licenciement ; la décision de licenciement n'est pas motivée et constitue une rupture abusive de son contrat de travail ; elle a ainsi subi plusieurs préjudices financiers ainsi qu'un préjudice moral ;

- la commune de Rosny-sous-Bois a commis une faute en s'abstenant de lui remettre les attestations destinées à Pôle Emploi ; elle n'a pas pu, du fait de cette abstention, percevoir des allocations chômage ;

- c'est à tort que la commune ne lui a pas rémunéré ses droits d'exploitation ; elle a donc subi un préjudice financier ;

- son employeur a déclaré des éléments de rémunération la concernant erronés à sa caisse de retraite.

Un mémoire a été enregistré pour le compte de Mme A le 1er juin 2021, il n'a pas été communiqué.

Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés les 7 et 10 mai 2021, la commune de Rosny-sous-Bois, représentée par Me Chanlair, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de Mme A une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont partiellement irrecevables, certains chefs de préjudice n'ayant pas été invoqués au sein de la demande indemnitaire préalable ;

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables, le quantum de l'indemnisation demandée étant supérieure à celui mentionné dans la demande indemnitaire préalable ;

- les conclusions tendant à ce que la décision de licenciement de Mme A soit reconnue illégale sont irrecevables, cette décision étant inexistante ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 décembre 2022.

En application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées que le tribunal était susceptible de soulever d'office l'irrecevabilité des conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint à la commune de Rosny-sous-Bois de procéder à la régularisation des déclarations réalisées à la caisse de retraite au titre de l'année 2019 au motif qu'il s'agit de conclusions à fin d'injonction présentées à titre principal.

Par un mémoire, enregistré le 12 février 2024, la commune de Rosny-sous-Bois soutient que lesdites conclusions sont irrecevables.

Par un mémoire, enregistré le 22 février 2024, Mme A soutient que lesdites conclusions sont recevables dès lors qu'elles sont présentées à titre accessoire de la demande tendant à ce que le tribunal constate l'erreur manifeste entachant les déclarations litigieuses.

Par une décision du 10 mars 2021, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à concurrence de 25%.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la propriété intellectuelle,

- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984,

- le décret n° 88-145 du 15 février 1988,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghazi, rapporteur ;

- les conclusions de M. Colera, rapporteur public ;

- les observations de Me Mouret, représentant Mme A ;

- et les observations de Me Chanlair, représentant la commune de Rosny-sous-Bois.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a été recrutée en qualité de vacataire par la commune de Rosny-sous-Bois pour exercer des missions de photographe par trois contrats du 1er octobre 2017 au

30 septembre 2018, du 1er octobre 2018 au 30 septembre 2019 puis du 1er octobre 2019 au

30 septembre 2020. Par une lettre du 17 septembre 2020, Mme A a présenté une demande indemnitaire préalable. Celle-ci a été rejetée par la commune de Rosny-sous-Bois par une lettre du 31 décembre 2020, notifiée le 5 janvier 2021. Par la présente requête, Mme A sollicite la condamnation de ladite commune à lui verser une somme totale de 54 586,96 euros, en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.

Sur les fins de non-recevoir soulevées en défense :

2. En premier lieu, la commune de Rosny-sous-Bois soutient que les conclusions indemnitaires présentées par Mme A sont partiellement irrecevables dans la mesure où elle invoque des chefs de préjudice nouveaux, distincts de ceux invoqués dans sa demande indemnitaire préalable. Toutefois, contrairement à ce que soutient la commune, Mme A est recevable à demander la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté des mêmes faits générateurs que ceux invoqués dans sa demande indemnitaire préalable, y compris en invoquant de nouveaux chefs de préjudice. En l'espèce, les chefs de préjudice litigieux se rapportent aux mêmes faits générateurs, la fin de non-recevoir doit nécessairement être écartée.

3. En deuxième lieu, la commune de Rosny-sous-Bois soutient que les conclusions indemnitaires sont irrecevables dès lors que le montant total d'indemnisation sollicité par

Mme A dans sa requête introductive d'instance est supérieur à celui mentionné dans sa demande indemnitaire préalable. Toutefois, Mme A est recevable à solliciter une indemnisation supérieure à celle à laquelle elle prétendait dans le cadre de sa réclamation dès lors que lesdits préjudices se rattachent aux mêmes faits générateurs, ce qui est le cas en l'espèce. La fin de non-recevoir doit donc être écartée.

4. En dernier lieu, la commune de Rosny-sous-Bois estime que, faute de contrat à durée déterminée et de décision de licenciement, Mme A n'est pas recevable à solliciter sa condamnation pour rupture illégale dudit contrat. Toutefois, il est loisible à Mme A de rechercher l'engagement de la responsabilité de la commune défenderesse en raison de la mauvaise qualification de son contrat de travail. La circonstance, à la supposer avérée, que ledit contrat ait été correctement qualifié par la commune relève du bien-fondé et non de la recevabilité desdites conclusions. Cette fin de non-recevoir doit donc également être écartée.

Sur les conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité pour faute de la commune de Rosny-sous-Bois :

En ce qui concerne la qualification du contrat de travail de Mme A :

S'agissant de la faute :

5. Un agent de droit public employé par une collectivité territoriale doit être regardé comme ayant été engagé pour exécuter un acte déterminé lorsqu'il a été recruté pour répondre ponctuellement à un besoin de l'administration. La circonstance que cet agent a été recruté plusieurs fois pour exécuter des actes déterminés n'a pas pour effet, à elle seule, de lui conférer la qualité d'agent contractuel. En revanche, lorsque l'exécution d'actes déterminés multiples répond à un besoin permanent de l'administration, l'agent doit être regardé comme ayant la qualité d'agent non titulaire de l'administration.

6. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme A a été recrutée pour exercer les fonctions de photographe pour le compte du magazine communal " Rosny Mag " ainsi que pour la réalisation de plaquettes à destination des administrés de la commune de Rosny-sous-Bois. A ce titre, les contrats successifs dont elle a été titulaire, qui se bornent à lui confier cette fonction, ne permettent pas d'estimer que Mme A a été engagée pour réaliser une tâche précise, ponctuelle et limitée à l'exécution d'actes déterminés. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que l'emploi de photographe était auparavant regardé comme un emploi permanent occupé par un agent titulaire de la commune, que ces fonctions ont été par la suite occupées par cinq agents recrutés en qualité de vacataires de septembre 2018 à décembre 2019 et que, postérieurement à la fin des missions de Mme A, trois à quatre vacataires continuent d'exercer lesdites missions. De plus, Mme A allègue, sans être contredite sur ce point par la commune de Rosny-sous-Bois ni démentie par l'instruction, que, lorsqu'elle était employée par ladite commune, elle a participé tous les mois à la publication du magazine communal. A cet égard, il ressort des bulletins de paie produits que Mme A a perçu, en moyenne, une rémunération nette mensuelle de 1 512 euros de janvier 2018 à novembre 2019. Enfin, contrairement à ce que soutient la commune en défense, les circonstances que les contrats successifs n'avaient des durées d'emploi que d'une année et que la création de postes de vacataires ait été motivée par des motifs budgétaires sont sans incidence sur l'appréciation de l'existence d'un besoin permanent de la commune. Dans le même sens, si la commune de Rosny-sous-Bois soutient que le recrutement de Mme A répondait à un besoin ponctuel dès lors que la commune devait seulement reconstituer son portefeuille de photographies, elle n'apporte aucun élément tendant à démontrer la réalité de cette allégation. Dans ces conditions, Mme A doit être regardée comme ayant été recrutée sur un emploi répondant à un besoin permanent de la commune de Rosny-sous-Bois. Elle est donc fondée à soutenir qu'elle aurait dû être recrutée en qualité d'agent non titulaire de la collectivité et non comme vacataire.

S'agissant des préjudices :

7. En premier lieu, Mme A soutient que, du fait de la qualification erronée des contrats litigieux, elle a subi un préjudice financier et moral, qu'elle évalue à 5 000 euros. Toutefois, s'agissant du préjudice moral, Mme A n'établit pas la réalité de ce préjudice. S'agissant du préjudice financier, si Mme A estime avoir perdu une chance d'exercer un second emploi, elle n'établit pas le caractère certain de ce préjudice dès lors qu'elle ne démontre pas avoir été empêchée d'exercer un second emploi. En tout état de cause, en qualité d'agent contractuel de la commune de Rosny-sous-Bois, celle-ci était tenue d'obtenir une autorisation de cumul d'emploi, qui n'est délivrée que sous réserve des nécessités de service. Par suite, le caractère certain du préjudice financier allégué n'est pas démontré.

8. En second lieu, Mme A estime avoir subi un second préjudice financier tiré de ce qu'elle n'a pas perçu d'indemnités de fin de contrat. Toutefois, si l'article L. 554-3 du code général de la fonction publique prévoit désormais que les agents contractuels des collectivités territoriales peuvent percevoir des indemnités à la fin de leur contrat, ces dispositions n'étaient pas en vigueur à la date de fin des contrats de Mme A. La requérante ne peut donc pas se prévaloir de leur bénéfice.

En ce qui concerne la fin anticipée dudit contrat :

S'agissant de la faute :

9. Les contrats passés par les collectivités et établissements publics territoriaux en vue de recruter des agents non titulaires doivent, sauf disposition législative spéciale contraire, être conclus pour une durée déterminée et ne peuvent être renouvelés que par reconduction expresse. Toutefois, le maintien en fonctions d'un agent à l'issue de son contrat initial a pour effet de donner naissance à un nouveau contrat, conclu lui aussi pour une période déterminée et dont la durée est celle assignée au contrat initial. Ainsi, sauf circonstance particulière, la décision par laquelle l'autorité administrative compétente met fin aux relations contractuelles doit être regardée comme un refus de renouvellement de contrat si elle intervient à l'échéance du nouveau contrat et comme un licenciement si elle intervient au cours de ce nouveau contrat.

10. En l'espèce, il résulte de l'instruction que Mme A a été rémunérée au titre des missions réalisées pour le compte de la commune de Rosny-sous-Bois jusqu'au mois de novembre 2019, mois au titre duquel elle bénéficie d'un bulletin de paie mentionnant la réalisation de sept heures et la perception d'un revenu net de 1 427 euros. Il n'est, en revanche, pas contesté par la commune que Mme A n'a plus bénéficié de l'attribution de missions à compter de cette date. La requérante, qui était titulaire d'un contrat de vacation jusqu'au

30 septembre 2020, doit donc être regardée comme ayant été licenciée à compter du

1er décembre 2019.

11. D'une part, l'article 42-1 du décret susvisé du 15 février 1988 dispose : " Lorsqu'à l'issue de l'entretien prévu à l'article 42 et de la consultation de la commission consultative paritaire prévue à l'article L. 272-1 du code général de la fonction publique, l'autorité territoriale décide de licencier un agent, elle lui notifie sa décision par lettre recommandée avec demande d'avis de réception ou par lettre remise en main propre contre signature. Cette lettre précise le ou les motifs du licenciement, ainsi que la date à laquelle celui-ci doit intervenir compte tenu des droits à congés annuels restant à courir et de la durée du préavis. () ". En l'espèce, Mme A est fondée à soutenir que la décision procédant à son licenciement à compter du 1er décembre 2019 est dépourvue de motivation. La commune de Rosny-sous-Bois a donc commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité.

12. D'autre part, si Mme A soutient que la rupture de son contrat est nécessairement abusive dans la mesure où elle est intervenue près de dix mois avant le terme dudit contrat, cette circonstance, à elle seule, ne suffit pas à établir l'illégalité du licenciement.

S'agissant des préjudices :

13. Mme A allègue avoir subi un préjudice moral et des préjudices financiers, tirés de l'absence de perception de l'indemnité compensatrice de préavis, de l'indemnité de licenciement et de la rémunération à laquelle elle avait droit au titre de la période d'éviction irrégulière, du fait de la rupture abusive de son contrat de travail.

Quant au caractère direct des préjudices :

14. Toute illégalité est constitutive d'une faute susceptible d'engager la responsabilité de l'administration. Toutefois, seuls les préjudices causés directement par l'illégalité engagent la responsabilité de la collectivité. Un vice de légalité externe n'ouvre pas droit à réparation s'il apparaît que l'administration pouvait légalement fonder la décision sur un autre motif ou s'il apparaît que les préjudices invoqués découlent exclusivement de la situation irrégulière dans laquelle la victime s'est elle-même placée.

15. En l'espèce, il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 11 que si la décision de licenciement de Mme A est illégale en raison d'un défaut de motivation, il ne résulte pas de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas allégué en défense par la commune de Rosny-sous-Bois, que le licenciement de Mme A aurait pu être légalement fondé. Enfin, il ne résulte également pas de l'instruction que Mme A se soit placée dans une situation irrégulière de nature à causer les préjudices invoqués. Il s'ensuit que la requérante est fondée à solliciter la réparation des préjudices nés de son licenciement.

Quant aux préjudices financiers :

16. En premier lieu, la circonstance que Mme A n'ait pas bénéficié de préavis de licenciement n'est de nature à lui ouvrir droit à la perception d'une indemnité compensatrice dudit préavis dès lors que cette indemnité n'est prévue par aucun texte applicable aux agents non titulaires des collectivités territoriales. La réalité du préjudice n'est donc pas établie.

17. En deuxième lieu, l'article 43 du décret du 15 février 1988, dans sa rédaction applicable à la date du licenciement : " En cas de licenciement n'intervenant pas à titre de sanction disciplinaire, une indemnité de licenciement est versée () à l'agent recruté pour une durée déterminée et licencié avant le terme de son contrat. () ". L'article 45 du même décret prévoit : " La rémunération servant de base au calcul de l'indemnité de licenciement est la dernière rémunération nette des cotisations de la sécurité sociale et, le cas échéant, des cotisations d'un régime de prévoyance complémentaire, effectivement perçue au cours du mois civil précédant le licenciement. Elle ne comprend ni les prestations familiales, ni le supplément familial de traitement, ni les indemnités pour travaux supplémentaires ou autres indemnités accessoires. () ". Aux termes de l'article 46 du même décret : " L'indemnité de licenciement est égale à la moitié de la rémunération de base définie à l'article précédent pour chacune des douze premières années de services, au tiers de la même rémunération pour chacune des années suivantes, sans pouvoir excéder douze fois la rémunération de base. Elle est réduite de moitié en cas de licenciement pour insuffisance professionnelle. / En cas de rupture avant son terme d'un engagement à durée déterminée, le nombre d'années pris en compte ne peut excéder le nombre des mois qui restaient à courir jusqu'au terme normal de l'engagement. () ".

18. En l'espèce, Mme A sollicite une somme de 1 542 euros au motif qu'elle n'a pas perçu d'indemnité de licenciement. Il y a lieu de condamner la commune de Rosny-sous-Bois à lui verser cette somme, dès lors que celle-ci n'en conteste pas le montant et se borne à contester l'existence dudit licenciement ainsi que sa date.

19. En troisième lieu, un agent public irrégulièrement évincé a droit, non pas au versement du traitement dont il a été privé, mais à la réparation du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre.

20. En l'espèce, Mme A doit être regardée comme ayant été titulaire d'un contrat à durée déterminée expirant le 30 septembre 2020. A la date de son licenciement, elle a donc été privée d'une rémunération pendant dix mois. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que du mois de janvier 2019 au mois de novembre 2020, Mme A a perçu une rémunération mensuelle moyenne nette de 1 512 euros. Il sera donc fait une juste appréciation du préjudice subi en condamnation la commune de Rosny-sous-Bois à lui verser une somme de 15 120 euros.

21. En dernier lieu, Mme A estime avoir subi un préjudice moral qu'elle évalue à 5 000 euros. Dès lors que celle-ci a été privée d'emploi pendant une durée de dix mois et que le renouvellement dudit contrat n'était pas de plein droit, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant celui-ci à 1 000 euros.

En ce qui concerne le défaut de remise des attestations de travail destinées à Pôle Emploi :

22. En l'espèce, Mme A soutient que la commune de Rosny-sous-Bois ne lui aurait pas remis les attestations destinées à Pôle Emploi au terme de chacun de ses contrats et aurait, de ce fait, commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Toutefois, il ressort de la demande indemnitaire préalable du 17 septembre 2020, au demeurant produite par Mme A, que ces attestations lui ont été remises au cours du mois de novembre 2019. Le moyen doit donc être écarté comme manquant en fait. En tout état de cause, à supposer que la commune se soit abstenue de remettre lesdites attestations à la requérante en temps utile, l'intéressée n'établit pas que cette faute lui aurait effectivement causé un préjudice, notamment en ne lui permettant pas de percevoir d'allocation au titre de la privation d'emploi.

En ce qui concerne les droits d'exploitation des photographies réalisées par

Mme A :

23. L'article L. 131-3-1 du code de la propriété intellectuelle, rendu applicable aux collectivités territoriales par l'article L. 131-3-2 du même code prévoit : " Dans la mesure strictement nécessaire à l'accomplissement d'une mission de service public, le droit d'exploitation d'une œuvre créée par un agent de l'Etat dans l'exercice de ses fonctions ou d'après les instructions reçues est, dès la création, cédé de plein droit à l'Etat. () ".

24. En l'espèce, Mme A soutient qu'elle n'a pas été rémunérée de la cession de ses droits d'exploitation et que le montant des vacations, trop peu important, ne peut inclure cette rémunération. Or, l'intéressée, en prenant des clichés photographiques contribuant à l'élaboration du magazine municipal et à la réalisation de plaquettes informatives à destination des administrés de la commune, a accompli une mission de service public. En vertu de l'article L. 131-3-1 précité du code de la propriété intellectuelle, le droit d'utiliser ces œuvres a donc été transféré de plein droit et sans contrepartie à la collectivité, dès lors que ni ce texte ni le contrat de travail de Mme A ne prévoit de rémunération spécifique des droits d'exploitation de ses œuvres. Mme A n'est donc pas fondée à demander réparation du préjudice résultant pour elle du transfert de droits patrimoniaux attachés à ces œuvres.

En ce qui concerne les déclarations réalisées par la commune de Rosny-sous-Bois aux caisses de retraite :

25. En l'espèce, Mme A soutient que la commune de Rosny-sous-Bois a déclaré des éléments erronés, s'agissant de sa rémunération, à sa caisse de retraite. Il résulte de l'instruction que la commune de Rosny-sous-Bois admet avoir commis une erreur dans lesdites déclarations. Par suite, Mme A est fondée à soutenir qu'une faute a été, en l'espèce, commise par la commune de Rosny-sous-Bois. Toutefois, Mme A ne soulève aucun préjudice à ce titre et ne sollicite aucune indemnisation.

26. Il résulte de ce qui précède que Mme A est fondée à demander la condamnation de la commune de Rosny-sous-Bois à lui verser une somme de 17 662 euros. Il sera fait une juste appréciation des préjudices subis par l'intéressée en condamnant la commune de Rosny-sous-Bois à lui verser une somme totale de 18 000 euros, intérêts et capitalisation inclus.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

27. Mme A sollicite qu'il soit enjoint à la commune de Rosny-sous-Bois de procéder à la régularisation des déclarations réalisées à la caisse de retraite au titre de l'année 2019. Toutefois, ces conclusions sont irrecevables dès lors qu'elles sont présentées à titre principal. Elles doivent donc nécessairement être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

28. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

29. En l'espèce, et dans la mesure où Mme A bénéficie de l'aide juridictionnelle partielle à concurrence de 25 %, il y a lieu de mettre à la charge de la commune de Rosny-sous-Bois une somme de 500 euros à verser à Me Mouret, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

30. En revanche, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative présentées par la commune de Rosny-sous-Bois doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La commune de Rosny-sous-Bois est condamnée à verser à Mme A une somme de 18 000 euros, intérêts et capitalisation inclus.

Article 2 : La commune de Rosny-sous-Bois versera une somme de 500 euros à Me Mouret, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part correspondant à la part contributive de l'Etat, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Rosny-sous-Bois et tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Mouret et à la commune de Rosny-sous-Bois.

Délibéré après l'audience du 27 février 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- Mme Ghazi, première conseillère,

- Mme Bazin, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2024.

Le président,La première conseillère,SignéSigné J-C. TruilhéA. GhaziLa greffière,

SignéA. Capelle

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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