jeudi 8 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2103157 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | CABINET FREGET GLASER & ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 5 mars 2021 et un mémoire complémentaire du 3 février 2022, la société Akka Technologies, en qualité de société mère de l'intégration fiscale comprenant la société Akka Ingénierie Produit, représentée par Me Glaser, demande au tribunal :
1°) à titre principal, de prononcer la restitution d'une créance de crédit d'impôt recherche (CIR) déclaré au titre de l'année 2013 pour un montant de 3.321.279 euros ;
2°) à titre subsidiaire, de prononcer la restitution d'une créance de crédit d'impôt recherche déclaré au titre de l'année 2013 pour un montant de 1.284.432 euros, calculé en neutralisant dans le calcul du CIR les dépenses de recherche effectuées pour le compte de donneurs d'ordre ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5.000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- à titre principal, que la société Akka Ingénierie Produit a exposé des dépenses de recherche éligibles au crédit d'impôt recherche, pour son propre compte, dans le cadre de travaux réalisés pour ses clients ne relevant pas de la recherche ;
- à titre subsidiaire, que si on devait admettre que cette société est tenue de déduire de l'assiette de son propre CIR, les sommes reçues de ses donneurs d'ordre, cette déduction devrait, en tout état de cause, être plafonnée, au titre des opérations concernées, au montant des dépenses qu'elle a intégrées dans l'assiette de son CIR, conformément à la décision du Conseil d'Etat du 9 septembre 2020 n° 440523 Takima.
Par des mémoires en défense, enregistré le 23 septembre 2021 et le 1er mars 2022, le directeur chargé de la direction des vérifications fiscales nationales et internationales conclut au non-lieu à statuer à hauteur du dégrèvement d'un montant de 1.284.432 euros prononcé par une décision du 1er mars 2022, correspondant à la restitution demandée dans les conclusions subsidiaires de la requête, et au rejet du surplus des conclusions de celle-ci, en soutenant que les moyens de la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Thobaty, premier conseiller,
- les conclusions de M. Iss, rapporteur public,
- les observations de Me Glaser, représentant la société Akka Technologies, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens,
- les observations de M. A, expert, qui soutient que les clauses des contrats conclus avec la société Airbus excluent la qualification de dépenses de recherche.
Après avoir pris connaissance de la note en délibéré présentée par Me Glaser, représentant la société Akka Technologies, enregistrée le 24 novembre 2022.
Considérant ce qui suit :
1. Le 6 décembre 2017, la société Akka Technologies, en qualité de société mère de l'intégration fiscale comprenant notamment la société Akka Ingénierie Produit, a demandé le remboursement d'un crédit d'impôt recherche (CIR) d'un montant de 17.102.932 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2013. A l'issue de la vérification de la comptabilité de la société Akka Ingénierie Produit, l'administration a remis en cause le crédit d'impôt recherche déclaré par cette société au titre de l'année 2013. Par cette requête, la société Akka Technologies demande, à titre principal, la restitution d'une créance de CIR d'un montant de 3.321.279 euros déclarée au titre de l'année 2013 et, à titre subsidiaire, la restitution d'une créance de CIR déclarée au titre de l'année 2013 pour un montant de 1.284.432 euros, calculé en neutralisant les dépenses de recherche effectuées pour le compte de donneurs d'ordre.
Sur l'étendue du litige :
2. Par une décision du 1er mars 2022, la directrice chargée de la direction des grandes entreprises a accordé à la société requérante la restitution d'un montant de 1.284.432 euros, qui correspond au quantum de la demande présentée à titre subsidiaire par la société requérante et tendant à la neutralisation dans le calcul du CIR des dépenses de recherches réalisées pour un donneur d'ordre. A hauteur de cette restitution, les conclusions sont devenues sans objet et il n'y a donc plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par la société requérante à titre subsidiaire.
Sur les conclusions principales tendant à la restitution d'une créance de crédit d'impôt recherche au titre de dépenses de recherche propre à une filiale du groupe :
3. Aux termes de l'article 244 quater B du code général des impôts : " I. - Les entreprises industrielles et commerciales () peuvent bénéficier d'un crédit d'impôt au titre des dépenses de recherche qu'elles exposent au cours de l'année. () / II. - Les dépenses de recherche ouvrant droit au crédit d'impôt sont : / () d bis) Les dépenses exposées pour la réalisation d'opérations de même nature confiées à des organismes de recherche privés agréés par le ministre chargé de la recherche, ou à des experts scientifiques ou techniques agréés dans les mêmes conditions. () / d ter) () Les dépenses mentionnées aux d et d bis entrent dans la base de calcul du crédit d'impôt recherche dans la limite globale de 2 millions d'euros par an. Cette limite est portée à 10 millions d'euros pour les dépenses de recherche correspondant à des opérations confiées aux organismes mentionnés aux d et d bis, à la condition qu'il n'existe pas de lien de dépendance au sens du 12 de l'article 39 entre l'entreprise qui bénéficie du crédit d'impôt et ces organismes () ".
4. Il résulte de ces dispositions que les sommes reçues par les organismes de recherche privés agréés mentionnés au d bis du II de l'article 244 quater B du CGI pour la réalisation d'opérations de recherche qui leur sont confiées par des entreprises entrant elles-mêmes dans le champ des bénéficiaires du crédit d'impôt recherche constituent, pour ces entreprises donneuses d'ordre, des dépenses éligibles à ce crédit. S'agissant des organismes de recherche sous-traitants, ils ne peuvent inclure les dépenses exposées pour réaliser de telles opérations dans la base de calcul de leur crédit d'impôt recherche. En revanche, lorsqu'un tel organisme engage des dépenses de recherche pour son propre compte, y compris dans l'hypothèse où elles sont suscitées par l'exécution de prestations pour le compte d'un tiers dont l'objet ne porte pas sur la réalisation d'opérations de recherche, cet organisme peut inclure ces dépenses dans la base de calcul de son crédit d'impôt si elles satisfont aux exigences posées par l'article 244 quater B du CGI, sans que ces dispositions ne lui imposent de déduire de cette assiette les sommes facturées au bénéficiaire des prestations, qui ne constituent pas, pour ce dernier, des dépenses éligibles à ce crédit d'impôt.
5. Il appartient au juge de l'impôt de constater, au vu de l'instruction dont le litige qui lui est soumis a fait l'objet, qu'une entreprise remplit ou non les conditions lui permettant de se prévaloir de l'avantage fiscal institué par l'article 244 quater B du code général des impôts.
6. Aux termes de l'article 49 septies F de l'annexe III au code général des impôts : " Pour l'application des dispositions de l'article 244 quater B du code général des impôts, sont considérées comme opérations de recherche scientifique ou technique : / a. Les activités ayant un caractère de recherche fondamentale, qui pour apporter une contribution théorique ou expérimentale à la résolution des problèmes techniques, concourent à l'analyse des propriétés, des structures, des phénomènes physiques et naturels, en vue d'organiser, au moyen de schémas explicatifs ou de théories interprétatives, les faits dégagés de cette analyse ; / b. Les activités ayant le caractère de recherche appliquée qui visent à discerner les applications possibles des résultats d'une recherche fondamentale ou à trouver des solutions nouvelles permettant à l'entreprise d'atteindre un objectif déterminé choisi à l'avance. / Le résultat d'une recherche appliquée consiste en un modèle probatoire de produit, d'opération ou de méthode ; / c. Les activités ayant le caractère d'opérations de développement expérimental effectuées, au moyen de prototypes ou d'installations pilotes, dans le but de réunir toutes les informations nécessaires pour fournir les éléments techniques des décisions, en vue de la production de nouveaux matériaux, dispositifs, produits, procédés, systèmes, services ou en vue de leur amélioration substantielle. Par amélioration substantielle, on entend les modifications qui ne découlent pas d'une simple utilisation de l'état des techniques existantes et qui présentent un caractère de nouveauté ".Il appartient au contribuable qui sollicite le bénéfice du crédit d'impôt recherche d'établir que les recherches qu'il a entreprises ont apporté une amélioration substantielle par rapport à l'état de l'art et aux techniques existant à cette date et ont permis de réaliser un progrès significatif dans le domaine concerné.
7. La société Akka Technologies soutient que la société Akka Ingénierie Produit, filiale rattachée à l'intégration fiscale dont elle est la tête du groupe et qui bénéficie de l'agrément visé au d bis) du II de l'article 244 quater B du code général des impôts, a exposé des dépenses de recherche éligibles au crédit d'impôt recherche, pour son propre compte, dans le cadre de travaux réalisés pour son client ne relevant pas de la recherche.
8. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification adressée le 11 décembre 2015 à la SAS Akka Ingénierie Produit indique que les sociétés du groupe ont présenté les mêmes dossiers techniques des projets lors des contrôles de plusieurs filiales du groupe, qui détaillent les travaux de recherche et développement à réaliser, sans qu'il soit opéré une distinction entre les travaux exécutés par chacune des sociétés du groupe pour répondre à la commande du client, alors que six filiales du groupe ont déposé des déclarations de CIR : les sociétés Akka Ingénierie Produit, Akka Ingénierie Process, Akka IetS, Akka Informatique et Systèmes, Aéroconseil et Casciope. Le schéma d'organisation du groupe consiste à affecter des salariés de différentes sociétés dans une " agence " qui est une entité créée pour chaque projet qui regroupe différents salariés des sociétés du groupe et suit les travaux entrepris et les coûts engagés. L'administration indique les filiales contrôlées n'ont pas été en mesure de présenter des contrats ou des bons de commandes entre les entités du groupe définissant la prise en charge des prestations par projet et que les mentions des factures internes au groupe intitulées " refacturation pour compte " se limitent à porter des mentions comme, par exemple, " frais juillet " ou " assistance technique ", qui ne permettent ni de les rattacher à un projet de recherche décrit dans la documentation technique, ni de définir la nature et le contenu des travaux concernés et de les distinguer des autres prestations de services fournies par les différentes sociétés du groupe.
9. Pour justifier de la prise en compte des sommes reçues de ses clients dans les bases de calcul du crédit d'impôt recherche, la société requérante se prévaut du rapport établi le 2 décembre 2020 et complété le 12 janvier 2022 par M. B A, relatif aux prestations commandées par la société EADS devenue AIRBUS. Or cette étude porte essentiellement sur l'analyse des clauses du contrat-cadre et ne permet pas de s'assurer que des dépenses et des travaux de recherche et développement ont été réalisés par la SAS Akka Ingénierie Produit et ne figurent pas dans les déclarations des autres sociétés du groupe. En outre, ce rapport ne concerne que les relations entre le groupe Akka Technologies et la société EADS devenue AIRBUS, alors qu'il résulte de l'instruction que les projets déclarés au titre du CIR concernent de nombreux donneurs d'ordres. En outre, il est stipulé à l'article 5.5 intitulé " Property and exploitation of work results", pouvant être traduit par " Propriété et exploitation des résultats " du contrat-cadre produit an pièce jointe n° 1 du mémoire du 10 décembre 2020, entré en vigueur le 1er janvier 2008, intitulé " Master Supplier Agreement ", soit " Contrat-cadre fournisseur ", conclu entre la société EADS Deutschland GmbH en qualité de " Acheteuse " et la société Akka Technologies, en qualité de " Prestataire de services " en vue de commandes futures de services d'ingénierie que : " AIRBUS France, sous réserve des droits antérieurs du fournisseur de services et des tiers, détiendra l'entière propriété de tous les résultats des travaux spécifiés dans le présent cahier des charges, sans que cette liste soit restrictive: []. AIRBUS France acquiert le droit exclusif d'exploiter ces résultats et cette connaissance sous toutes ses formes ". Ainsi, les filiales de Akka Technologies ne conservent pas la propriété des résultats d'éventuels travaux de recherche et développement accomplis dans le cadre des commandes réalisées pour le compte des sociétés du groupe EADS. En outre, il est constant que, dans le contrat-cadre conclu entre EADS Deutschland et Akka Technologies, les articles 2.3 et 2.4.2 stipulent expressément une exclusion des conditions générales d'achat de Akka et de EADS. S'agissant des relations avec Renault, si la société requérante se prévaut des conditions générales d'achat de Renault et de factures émises par la société Renault, celles-ci ne concernent pas les projets en cause et ne renvoient qu'à une partie des conditions générales d'achats de Renault relatives aux seules conditions de paiement.
10. Il résulte de l'instruction qu'à supposer même que des travaux de recherches soient réalisés pour le propre compte du groupe Akka technologies, la documentation technique et les factures présentées au cours des opérations de contrôle et l'étude produite devant le tribunal ne permettent pas d'identifier, parmi les travaux menés par l'ensemble du groupe Akka Technologies, ceux effectivement réalisés par la société Akka Ingénierie Produit ou leur lien avec les dépenses que celle-ci a intégrées dans l'assiette du crédit d'impôt recherche.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la société Akka Technologies n'est pas, à hauteur des sommes restant en litige, fondée à demander le remboursement d'une créance de crédit d'impôt recherche au titre de l'année 2013.
Sur les frais liés au litige :
12. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à la société Akka Technologies d'une somme de 1.500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées à titre subsidiaire par la société Akka Technologies.
Article 2: L'Etat versera à la société Akka Technologies la somme de 1.500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3: Le surplus des conclusions de la requête présentée par la société Akka Technologies est rejeté.
Article 4: Le présent jugement sera notifié à la société Akka Technologies et au directeur chargé de la direction des vérifications fiscales nationales et internationales.
Délibéré après l'audience du 17 novembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Toutain, président,
- M. Thobaty, premier conseiller,
- M. Puechbroussou, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.
Le rapporteur,
Signé
G. Thobaty
Le président,
Signé
E. Toutain
La greffière,
Signé
S. Desplan
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026