jeudi 8 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2103577 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | ARIES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 15 mars 2021, 15 juin et 20 octobre 2023, la société BC.n, représentée par Me Lagier (SELARL Aries avocats), demande au tribunal :
1°) à titre principal, de condamner le Musée de l'air et de l'espace à lui verser, au titre du solde du marché conclu le 20 avril 2016, la somme de 3 787 159,88 euros, assortie des intérêts moratoires au taux appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement majoré de 8 points à compter du 30 août 2020 et de la capitalisation des intérêts, ainsi que la somme de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de ce solde ;
2°) à titre subsidiaire, de fixer le décompte du marché à la somme de 5 197 849,98 euros TTC et de condamner le Musée de l'Air et de l'Espace à lui payer, au titre du solde du marché, la somme de 2 460 009,25 euros TTC, assortie des intérêts au taux appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement majoré de 8 points à compter du 19 août 2020 et de la capitalisation des intérêts, ainsi que la somme de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement de ce solde ;
3°) de mettre à la charge du Musée de l'air et de l'espace la somme de 25 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le projet de décompte général qu'elle a notifié le 21 juillet 2020 au Musée de l'air et de l'espace, en application des stipulations de l'article 13.4.4 du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de travaux (CCAG-Travaux), est devenu le décompte général définitif le 30 juillet 2020, à l'expiration d'un délai de dix jours ayant commencé à courir le jour de sa notification, dès lors que le Musée ne lui a pas notifié le décompte général avant l'expiration de ce délai ; ce décompte faisant apparaître un solde à percevoir de 3 787 159,88 euros TTC, elle est fondée à demander le paiement de cette somme au Musée ;
- à titre subsidiaire, elle demande au tribunal d'arrêter les comptes entre les parties au marché ;
- l'addendum " Structures S02B ", qui induisait des travaux de réalisation d'acrotères, de faux plafonds et de flocage supplémentaires, est dépourvu de valeur contractuelle ; cet addendum ne lui a pas été communiqué lors de la procédure de consultation des entreprises avant la remise de son offre ; la société STEL, qui a présenté son offre le 2 février 2016, n'a pas reçu le mail du 19 janvier 2016 par lequel le Musée lui aurait transmis l'addendum dès lors qu'il a été adressé à une adresse mail de la société La Parisienne du Bâtiment qui n'était plus utilisée, que les documents qui y étaient joints étaient trop lourds pour être envoyés par mail et qu'il n'est pas établi que l'addendum " Structures S02B " figurait parmi elles ; contrairement à ce que soutient le Musée, l'addendum " Structures S02B " ne lui a pas été communiqué le 10 février 2016 ; si les plans constituant l'addendum ont été signés par le représentant de la société STEL le 13 avril 2016, avant l'attribution du marché, sa signature a été apposée à son insu, dès lors qu'il lui avait été indiqué que les documents qu'il signaient étaient strictement les mêmes que ceux reçus lors de la consultation ; les travaux en cause ne figurant pas au marché et ayant été demandés par ordre de service, elle est fondée à demander l'inscription au décompte de la somme de 650 687,58 euros HT soit 780 825,10 euros TTC ;
- au titre des autres travaux supplémentaires qu'elle a réalisés, elle est fondée à demander l'inscription au décompte des sommes de :
' 23 728,67 euros HT (28 474,40 euros TTC) au titre des travaux supplémentaires liés à la découverte, en cours de chantier, de fissures sur la façade des 1er et 2eeme étages de l'aile Sud, non repérées dans le diagnostic joint au dossier de consultation des entreprises et lors de la visite du site, laquelle permettait uniquement des repérages visuels ; les fissures n'étaient pas visibles car elles étaient masquées par les revêtements existants des façades ; la réalisation de ces travaux a été demandée par ordre de service et présentaient un caractère indispensable ;
' 24 050 euros HT (28 860 euros TTC) au titre d'essais complémentaires commandés par le maître d'œuvre pour déterminer si les fuites d'eau constatées à l'intérieur des bâtiments provenaient des appuis de fenêtre qu'elle avait réalisés, ce qui n'était pas le cas ; ces essais doivent être payés conformément aux stipulations de l'article 24.7 du CCAG-Travaux ;
' 331 200 euros HT (397 440 euros TTC) au titre des travaux de traitement des fissures entre les acrotères existants et les acrotères neufs, inhérentes à la conception de l'ouvrage ;
- la validation tardive par le maître d'œuvre des dalles " Ductal " le 14 mars 2017 a engendré un surcoût de fabrication de 9 171,62 euros HT (11 005,95 euros TTC) dont elle est fondée à demander l'inscription au décompte ;
- au titre de la révision du prix des travaux supplémentaires, elle est fondée à demander, par application de la formule 0,15+,85BT06m/BT06 de janvier 2016, une somme de 80 525,44 euros HT (96 630,53 euros TTC) ; contrairement à ce que soutient le Musée, cette demande figurait bien dans son mémoire en réclamation et est donc recevable ;
- le prix du marché excluait le prix du prorata lié à son lot ainsi qu'elle l'avait précisé lors de la remise de son offre ; elle est donc fondée à demander l'inscription au décompte d'une somme de 109 360 euros HT (131 232 euros TTC) au titre des frais qu'elle a engagés pour les charges communes figurant au compte prorata ; en outre, elle est fondée à demander le remboursement de la somme de 200 015,09 euros HT soit 240 018,11 euros TTC qu'elle a dû avancer au titre des dépenses communes impayées par les titulaires des autres lots du marché, dès lors que le Musée n'a engagé aucune des mesures coercitives prévues au marché pour assurer le règlement du prorata comme prévu par les pièces contractuelles et que sa responsabilité est engagée à ce titre ;
- l'allongement de vingt-et-un mois de la durée d'exécution des travaux a entrainé pour elle un surcoût des frais d'encadrement de 244 224 euros TTC ; cet allongement est dû aux fautes du Musée qui, d'une part, ne lui avait pas transmis l'addendum " Structures S02B " avant la signature du marché, d'autre part, avait fourni des plans erronés et, enfin, n'a pas mis en œuvre ses pouvoirs coercitifs pour maîtriser les retards des autres intervenant au chantier, malgré ses alertes ;
- les pénalités de retard que lui a infligées le Musée (3 165 000,40 euros) ne sont pas cohérentes avec la somme figurant dans le courrier accompagnant le décompte (394 000 euros) ; le document établi par le maître d'œuvre sur lequel s'est fondé le Musée pour le calcul des pénalités est en partie illisible et incohérent, se fonde sur un planning ré-indicé obsolète qui n'est au demeurant pas le calendrier figurant au marché et qui comprend 391 taches non prévues au marché, pénalise à tort l'intégralité des retards alors que seuls les retards par rapport aux délais intermédiaires sont sanctionnables, et considère sans justification que la quasi-totalité des prestations mentionnées dans le calendrier général constituerait une tâche située sur le chemin critique, justifiant que la pénalité maximale soit infligée ; en outre, les retards mentionnés dans ce rapport ne sont pas justifiés et ne lui sont pas imputables, dès lors qu'elle n'est pas responsable de l'allongement des délais d'exécution du chantier, imputable aux titulaires des autres lots et au Musée qui n'a pas mise en œuvre les mesures coercitives dont il dispose ; elle est donc fondée à demander la décharge de toute pénalité de retard ; à titre subsidiaire, le montant des pénalités, qui s'élève à 120 % du montant du marché, présente un caractère manifestement excessif et doit être ramené à de plus justes proportions ;
- s'agissant des retenues appliquées :
' le Musée ne justifie pas de la non-réalisation de travaux ayant conduit à l'application d'une retenue pour " travaux non réalisés ", dès lors que les travaux ont été réceptionnés et qu'aucun des travaux et prestations prétendument non réalisés n'a fait l'objet de réserves lors de la réception de l'ouvrage ; les travaux qui font l'objet de cette retenue ayant en réalité été réalisés, aucune retenue n'est justifiée à ce titre ; la retenue n'est pas non plus justifiée dans son quantum ;
' si le Musée a procédé à une " retenue pour dégradations causées par les fuites d'eau répétées ", ces fuites ne lui sont pas imputables et sont principalement liées à l'engorgement et à la vétusté des collecteurs d'eau existants pour lesquels des bouchons de calcaire se sont formés, créant des engorgements ; en outre, le montant de la retenue n'est pas justifié ;
' les retenues au titre des trois factures d'entreprises tierces, dont le paiement n'est pas établi par le Musée, ne sont pas justifiées dans leur principe, le Musée ne justifiant pas que les interventions des trois entreprises seraient liées à un fait quelconque de sa part ou qu'elles seraient imputables aux travaux qu'elle a réalisés ; les sommes demandées ne sont pas justifiées par les factures produites, qui mentionnent des sommes différentes, et la preuve de leur paiement n'est pas rapportée ;
- s'agissant des provisions imputées au décompte :
' la provision imputée " en attente du règlement du sous-traitant ASSAR BAT " n'est pas en cohérence avec le tableau récapitulatif des règlements du titulaire et des sous-traitants, aucune somme n'étant plus due à la société ASSAR BAT ; au demeurant, ce sous-traitant a été défaillant et elle a dû faire appel à un autre sous-traitant pour achever les travaux ;
' la provision imputée " en attente de régularisation du sous-traitant COMISO " n'est pas justifiée dès lots que cette société a été intégralement payée ;
' aucune somme n'est due à la société TENE ;
- le montant de la révision au titre du marché de base doit être réévalué à la somme de 68 223,42 euros HT (au lieu de 64 761,54 euros HT), soit 81 868,10 euros TTC ; pour évaluer le montant de la révision contractuelle, le Musée a appliqué un indice de révision unique au décompte mensuel n°14 et au " solde " qui correspond, en réalité, aux décomptes mensuels n°15, 16, 17 et 18, alors que le Musée aurait dû calculer individuellement la révision liée à chacun de ces décomptes mensuels ;
- le montant des intérêts moratoires dus au titre des retards de paiement des décomptes mensuels, actualisé au 24 juillet 2019, date de l'établissement du projet de décompte final, doit être réévalué à la somme de 94 610,46 euros (au lieu de 93 718,47 euros).
Par des mémoires en défense, enregistrés les 3 mars, 14 septembre et 28 novembre 2023, le Musée de l'air et de l'espace, représenté par Me Noel (SELARL Parme Avocats), conclut au rejet de la requête de la société BC.n et à ce que soit mise à la charge de celle-ci la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le projet décompte général notifié par la société Campenon Bernard Construction le 21 juillet 2020 n'est pas devenu le décompte général et définitif, dès lors qu'elle a notifié le décompte général le 31 juillet 2020, avant l'expiration du délai de dix jours mentionné à l'article 13.4.4 du CCAG-Travaux, lequel a commencé à courir le 22 juillet 2020, le lendemain du jour de la notification du projet de décompte général ; en outre, dès lors que la société Campenon Bernard Construction a formé une réclamation à l'encontre du décompte général notifié le 31 juillet 2020, celle-ci doit être regardée comme s'en étant estimée valablement saisie ;
- l'addendum " Structures " faisait partie non seulement des documents de la consultation mais surtout des documents contractuels entre les parties dès lors qu'il a été communiqué à la société STEL le 19 janvier 2016 via la plate-forme PLACE pendant la consultation des entreprises puis de nouveau par mail le 10 février 2016, que la société STEL a confirmé à plusieurs reprises l'avoir pris en compte et qu'il a été signé par le représentant de cette société ; les travaux prévus par l'addendum figuraient en conséquence dans les prévisions contractuelles initiales et ne sauraient aucunement donner lieu à un surcroît de rémunération sur le fondement des travaux supplémentaires ;
- la responsabilité du maître d'ouvrage ne peut aucunement être recherchée s'agissant de la gestion du compte de prorata dès lors que celle-ci incombe uniquement et exclusivement aux titulaires des différents lots en vertu de l'article 3.2.8 du cahier des clauses administratives particulières (CCAP), sans que le maître d'ouvrage n'exerce aucune supervision ; le prix du marché étant global et forfaitaire (article 3.2.3 du CCAP), la société requérante ne peut désormais prétendre à une quelconque indemnisation de frais liés au compte de prorata qu'il appartenait à la société STEL d'inclure ab initio dans son offre ;
- les travaux de reprise des façades étaient contractuellement prévus :
' s'agissant des travaux liés à la découverte de fissures en façade de l'ouvrage, le diagnostic structurel établi par le bureau d'études LERM figurant au dossier de consultation des entreprises ne lui est pas opposable, le plan graphique 1.317 prévoyait qu'il était réalisé sans sondages visuels et qu'il incombait à l'entreprise de procéder aux vérifications jugées nécessaires avant la remise des offres, et la société STEL, qui a participé à la visite du site et a pu faire ses propres constations, n'a formulé aucune remarque ou question à ce sujet durant la phase de préparation de son offre ;
' s'agissant des essais, l'article 1.14 du CCTP prévoit que les vérifications, contrôles et essais sont pris en charge par l'entrepreneur dans les conditions du DTU 21, et la société n'établit pas que les essaient dont elle demande le paiement ne relevaient pas de ces stipulations ;
' les fissures entre les acrotères existants et les acrotères neufs sont liées à l'intervention de la société STEL et en particulier au non-respect de la demande de réfection des bandeaux d'acrotères qui ne devaient pas présenter de surépaisseurs alors que la société a procédé à des reprises grossières ; ces fissures portaient atteinte à l'intégrité des bâtiments et il appartenait à la société de remédier à ces désordres ;
- le surcoût lié à la fourniture des dalles " Ductal " ne lui est pas imputable dès lors que la société requérante n'établit pas la faute qu'elle aurait commise en validant tardivement l'opération le 14 mars 2017, faute pour elle de justifier de la date de transmission des propositions ;
- la demande de révision des prix des travaux complémentaires est irrecevable dès lors qu'elle ne figurait pas dans le mémoire en réclamation ; en tout état de cause, même si le CCAP prévoit l'application d'un coefficient de révision des prix, l'indemnisation des travaux supplémentaires n'ouvre pas droit à l'application d'une révision des prix en l'absence de dispositions écrites dans les documents contractuels ;
- s'agissant de la demande au titre des surcoûts liés au retard du chantier, sa responsabilité ne saurait être engagée :
' aucune faute ne peut lui être reprochée s'agissant de la communication de l'addendum, la société ne démontrant au demeurant pas avoir subi de retard à raison de la réalisation des travaux correspondants ;
' la société n'établit pas les imprécisions ou erreurs dans les plans des travaux d'acrotères qu'elle invoque ;
' elle ne peut être tenue responsable des retards liés aux autres intervenants, et la société n'apporte pas la preuve qu'elle aurait commis une faute dans l'exercice de son pouvoir de direction et de contrôle ;
' la société titulaire du lot a elle-même contribué au retard du chantier, et elle n'établit pas la preuve de la réalité des surcoûts qu'elle prétend avoir subis ;
- les pénalités ont été établies dans le respect des stipulations du CCAP et correspondent à des retards qui sont imputables à la société requérante ; si leur montant est élevé, il n'est pas pour autant disproportionné et correspond au préjudice qu'il a subi, évalué à 1 038 978,01 euros TTC ; leur montant ne saurait donc être inférieur à ce chiffre ;
- s'agissant des retenues appliquées :
' la liste des travaux non réalisés figure en annexe du décompte et la société n'établit pas que les travaux auraient été réalisés ;
' tout dommage causé par le titulaire aux biens du maître d'ouvrage du fait de la conduite des travaux ou des modalités de leur exécution étant imputable au titulaire, les fuites d'eau répétées sont imputables à la société requérante ;
' trois sociétés sont intervenues au titre de diverses dégradations imputables à la société requérante, ayant justifié des retenues ;
- la société requérante ne démontre pas qu'aucune somme ne resterait due à ses deux sous-traitants, de sorte que les provisions figurant au décompte à ce titre sont fondées ;
- c'est dans le respect des stipulations du CCAP que le montant de la révision des prix a été établi en application de l'indice BT 06 dont la valeur était alors de 101,7, et ce une seule fois lors de l'établissement du solde du marché.
Par courrier du 31 juillet 2023, les parties ont été informées de ce que l'instruction était susceptible d'être immédiatement close à compter du 15 septembre 2023.
Un mémoire présenté pour la société BC.n a été enregistré le 15 décembre 2023, et n'a pas été communiqué.
Par une ordonnance du 18 décembre 2023, l'instruction a été immédiatement close.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des marchés publics,
- le décret n° 2013-269 du 29 mars 2013,
- le cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux (CCAG-Travaux) approuvé par l'arrêté du 8 septembre 2009 modifié par l'arrêté du 3 mars 2014 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,
- les conclusions de M. Breuille, rapporteur public,
- les observations de Me Rebibo, représentant la société BC.n,
- et les observations de Me Chehab substituant Me Noel, représentant le Musée de l'air et de l'espace.
Considérant ce qui suit :
1. Le Musée de l'air et de l'espace a décidé la réalisation de travaux de réhabilitation de la façade ouest de l'ancienne aérogare du Bourget (93) qui abrite ses collections. Ces travaux comprenaient notamment la réhabilitation de l'ancienne tour de contrôle, la rénovation d'une partie des locaux, avec création d'une ventilation double-flux dans les locaux situés à l'arrière de la façade réhabilitée, ainsi que la rénovation des terrasses et des espaces extérieurs. Pour ce faire, le Musée de l'air et de l'espace a publié un avis d'appel public à concurrence le 9 décembre 2015 et alloti les travaux projetés. Le lot n° 2, portant sur le " Gros œuvre / Ravalement ", a été attribué à la société STEL par un acte d'engagement signé le 20 avril 2016. Par un avenant du 29 mars 2017, le marché a été transféré à la société Campenon Bernard Construction, désormais dénommée " BC.n ", celle-ci ayant acquis la société STEL, à laquelle la société BC.n s'est donc substituée dans l'exécution du marché.
2. Par pli remis en main propre le 25 juillet 2019, la société Campenon Bernard Construction a transmis au maître de l'ouvrage et au maître d'œuvre son projet de décompte final. En l'absence de réaction du Musée, un an plus tard, elle lui a remis en main propre, le 21 juillet 2020, son projet de décompte général en application de l'article 13.4.4 du cahier des clauses administratives générales applicable au marchés publics de travaux (CCAG-Travaux), arrêté à la somme de 6 457 258,96 euros TTC et faisant apparaître un solde à percevoir de 3 787 159,88 euros TTC. Par lettre recommandée avec accusé de réception reçue par la société le 31 juillet 2020, le Musée de l'air et de l'espace a notifié à la société Campenon Bernard Construction le décompte général, qui s'élevait à la somme négative de 79 930,98 euros TTC, en faveur donc du Musée. Par pli remis en main propre le 19 août 2020 au Musée et au maître d'œuvre de l'opération, la société Campenon Bernard Construction a contesté ce décompte. Par la présente requête, la société Campenon Bernard Construction, désormais dénommée BC.n, demande au tribunal, à titre principal, de condamner le Musée de l'air et de l'espace à lui verser la somme de 3 787 159,88 euros TTC au titre du solde du marché, en se prévalant du caractère définitif du décompte qu'elle a notifié au Musée le 21 juillet 2020, ou, à titre subsidiaire, d'arrêter le décompte général à la somme de 5 197 849,98 euros TTC, et de condamner le Musée de l'air et de l'espace à lui payer, au titre du solde du marché, la somme de 2 460 009,25 euros TTC.
Sur les conclusions principales tendant à la condamnation du Musée de l'air et de l'espace à verser la somme de 3 787 159,88 euros TTC au titre du solde du marché :
3. Aux termes de l'article 13.3.2. du cahier des clauses administratives générales applicable aux marchés de travaux (CCAG-Travaux) résultant de l'arrêté du 8 septembre 2009 modifié par l'arrêté du 3 mars 2014 applicable au litige en cause : " 13.3.2. Le titulaire transmet son projet de décompte final, simultanément au maître d'œuvre et au représentant du pouvoir adjudicateur, par tout moyen permettant de donner une date certaine dans un délai de trente jours à compter de la date de notification de la décision de réception des travaux () ". Aux termes de l'article 13.3.4 du même cahier : " En cas de retard dans la transmission du projet de décompte final et après mise en demeure restée sans effet, le maître d'œuvre établit d'office le décompte final aux frais du titulaire. Ce décompte final est alors notifié au titulaire avec le décompte général tel que défini à l'article 13.4 ". Selon l'article 13.4.2. : " Le projet de décompte général est signé par le représentant du pouvoir adjudicateur et devient alors le décompte général. Le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire le décompte général à la plus tardive des deux dates ci-après : - trente jours à compter de la réception par le maître d'œuvre de la demande de paiement finale transmise par le titulaire ; - trente jours à compter de la réception par le représentant du pouvoir adjudicateur de la demande de paiement finale transmise par le titulaire. ". Aux termes de l'article 13.4.3 de ce cahier : " Dans un délai de trente jours compté à partir de la date à laquelle ce décompte général lui a été notifié, le titulaire envoie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, ce décompte revêtu de sa signature, avec ou sans réserves, ou fait connaître les motifs pour lesquels il refuse de le signer. ". Selon l'article 13.4.4, " Si le représentant du pouvoir adjudicateur ne notifie pas au titulaire le décompte général dans les délais stipulés à l'article 13.4.2, le titulaire notifie au représentant du pouvoir adjudicateur, avec copie au maître d'œuvre, un projet de décompte général signé. () Dans un délai de dix jours à compter de la réception de ces documents, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie le décompte général au titulaire. Le décompte général et définitif est alors établi dans les conditions fixées à l'article 13.4.3. Si, dans ce délai de dix jours, le représentant du pouvoir adjudicateur n'a pas notifié au titulaire le décompte général, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif. ". Enfin, aux termes de l'article 13.4.5 de ce cahier : " Dans le cas où le titulaire n'a pas renvoyé le décompte général signé au représentant du pouvoir adjudicateur dans le délai de trente jours fixé à l'article 13.4.3, ou encore dans le cas où, l'ayant renvoyé dans ce délai, il n'a pas motivé son refus ou n'a pas exposé en détail les motifs de ses réserves, en précisant le montant de ses réclamations comme indiqué à l'article 50.1.1, le décompte général notifié par le représentant du pouvoir adjudicateur est réputé être accepté par lui ; il devient alors le décompte général et définitif du marché. ".
4. Il résulte de la combinaison de ces stipulations que, même si elle intervient après l'expiration du délai de trente jours prévu à l'article 13.3.2 du CCAG-Travaux, la réception, par le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre, du projet de décompte final, établi par le titulaire du marché, est le point de départ du délai de trente jours prévu à l'article 13.4.2, dont le dépassement peut donner lieu à l'établissement d'un décompte général et définitif tacite dans les conditions prévues par l'article 13.4.4. L'expiration du délai de trente jours prévu à l'article 13.4.2 étant apprécié au regard de la plus tardive des dates de réception du projet de décompte final respectivement par le maître d'ouvrage et le maître d'œuvre, ce délai ne peut pas courir tant que ceux-ci n'ont pas tous deux reçus le document en cause. Lorsque ce délai est expiré, le titulaire notifie au maître d'ouvrage un projet de décompte général. Le maître de l'ouvrage dispose alors d'un délai de dix jours à compter de sa réception pour notifier le décompte général au titulaire. A défaut, le projet de décompte général transmis par le titulaire devient le décompte général et définitif du marché.
5. Il résulte de l'instruction, que, le 25 juillet 2019, la société Campenon Bernard Construction a adressé au Musée de l'air et de l'espace et au maître d'œuvre son projet de décompte final. En l'absence de notification à la société Campenon Bernard Construction, par le maître d'ouvrage, du décompte général dans un délai de trente jours à compter de cette date, la société Campenon Bernard Construction a transmis au Musée, par pli remis en main propre le 21 juillet 2020, un projet de décompte général signé qu'elle a également adressé au maître d'œuvre le même jour. Contrairement à ce que soutient la société requérante, le délai de dix jours mentionné à l'article 13.4.4 du CAAG-Travaux se décompte sans tenir compte du jour de son déclenchement (" dies a quo "). Ayant ainsi commencé à courir le lendemain de la réception par le maitre d'ouvrage du projet de décompte général, soit le 22 juillet 2020, il expirait donc le 31 juillet suivant à minuit. Or, le 31 juillet 2020, soit avant l'expiration de ce délai, le Musée de l'air et de l'espace a notifié à la société Campenon Bernard Construction le décompte général du marché, faisant ainsi obstacle à la naissance d'un décompte général définitif. Dans ces conditions, la société BC.n n'est pas fondée à soutenir que le projet de décompte général notifié au Musée le 21 juillet 2020 serait devenu le décompte général et définitif du marché en application des stipulations précitées de l'article 13.4.4 du CCAG- Travaux. Ses conclusions tendant au paiement de la somme de 3 787 159,88 euros TTC figurant sur ce décompte au titre du solde du marché doivent donc être rejetées.
Sur les conclusions subsidiaires tendant au règlement des comptes du marché :
6. L'ensemble des opérations auxquelles donne lieu l'exécution d'un marché de travaux est compris dans un compte dont aucun élément ne peut être isolé et dont seul le solde arrêté lors de l'établissement du décompte définitif détermine les droits et obligations définitifs des parties. Il appartient au juge du contrat, en l'absence de décompte général devenu définitif, de statuer sur les réclamations pécuniaires des parties et de déterminer le solde de leurs obligations contractuelles respectives. En l'espèce, eu égard à la contestation élevée par la société CBC le 19 août 2020, soit dans le délai de 30 jours prévu à l'article 13.4.3 du CCAG, le décompte général du marché établi par le Musée de l'Air et de l'Espace le 31 juillet 2020, constituant la société CBC débitrice à hauteur de 79 930,98 €, n'a pas acquis de caractère définitif en application de l'article 13.4.5 du CCAG-Travaux, et la société CBC est donc recevable à demander au juge du contrat d'arrêter celui-ci.
En ce qui concerne l'indemnisation des travaux supplémentaires :
7. Dans le cadre d'un marché à prix global et forfaitaire, l'entrepreneur a le droit d'être indemnisé du coût des travaux supplémentaires, non prévus au contrat, s'ils ont été prescrits par ordre de service ou acceptés par le maître de l'ouvrage ou si à défaut d'ordre de service ou d'acceptation du maître de l'ouvrage, ils présentent un caractère indispensable à la réalisation de l'ouvrage dans les règles de l'art. La charge définitive de l'indemnisation incombe, en principe, au maître de l'ouvrage.
S'agissant des travaux prévus par l'" addendum Structures S02B " :
8. Au cours de la procédure de consultation des entreprises, le Musée de l'air et de l'Espace a souhaité modifier le périmètre des travaux du lot n° 2 pour y ajouter des travaux de renforcement des structures de l'ouvrage, la réalisation de travaux d'acrotères supplémentaires et de travaux de faux-plafonds et de flocage supplémentaires. Le musée a rassemblé les plans de structures relatifs à ces travaux dans un document intitulé " addendum Structures S02B ", faisant lui-même partie d'un addendum général comprenant également un " addendum 13.094 " qui modifiait le CCTP. La société requérante soutient que la société STEL, attributaire du lot n° 2, n'a pas eu connaissance de l' " addendum Structures S02B " avant la conclusion du marché, et que les travaux qui y étaient afférents n'étaient donc pas compris dans le montant global et forfaitaire du marché. Elle demande le paiement des travaux qu'elle a réalisés au titre de cet addendum, qu'elle qualifie de " travaux supplémentaires ".
9. Il résulte de l'instruction que la société " La parisienne du bâtiment et des travaux publics " (LPBTP), à laquelle a succédé la société STEL, a téléchargé à deux reprises le dossier de consultation des entreprises sur la plateforme PLACE le 16 décembre 2015, soit antérieurement à sa modification par le pouvoir adjudicateur pour y ajouter notamment l'addendum " Structures S02B ". Dans ces conditions, le 19 janvier 2016, un courriel électronique a été adressé à l'adresse électronique associée au compte utilisateur de la société LPBTP, afin de l'informer de la modification de la consultation. L'addendum général, comprenant l' " addendum Structures S02B ", était joint à ce courriel. Si la société fait valoir que l'adresse à laquelle ce courriel a été envoyé n'était plus utilisée depuis plusieurs années, elle ne conteste pas utilement que c'était celle associée au compte utilisateur de la société LPBTP, à qui il appartenait, le cas échéant, de mettre à jour son adresse de contact. Elle ne démontre pas davantage que ce courriel n'aurait pas pu être envoyé dès lors que la pièce qui y était jointe mesurait 40 mégaoctets alors que, selon elle, la capacité maximale de réception d'un courriel serait de 25 mégaoctets. Enfin, si à la date d'envoi du courriel, la société LPBTP avait été acquise par la société STEL à la fin du mois de décembre 2015, il appartenait à cette dernière d'en informer le Musée en lui fournissant une adresse de contact actualisée, ce qu'elle ne soutient pas avoir fait.
10. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que, lorsque la société STEL a remis son offre le 2 février 2016, son directeur a signé une attestation confirmant " l'acceptation totale et sans réserve du CCAAP, du CCTP et de leurs annexes ", dont faisait partie l'addendum " Structures S02B ". De plus, le Musée de l'air et de l'espace a demandé à la société STEL, le 5 février suivant, de confirmer que son offre globale et forfaitaire comprenait bien " l'intégralité des incidences de l'addendum au dossier de consultation des entrerpises diffusé le 19 janvier 2016 " sur la plateforme PLACE, ce qu'elle a confirmé. Dans l'hypothèse où elle n'aurait pas eu connaissance de l'addendum diffusé le 19 janvier 2016, il lui appartenait, compte-tenu de la demande du Musée qui appelait son attention sur ce point, de télécharger la version actualisée du dossier de consultation des entreprises comprenant l'addendum, ou d'en demander communication au pouvoir adjudicateur, ce qu'elle n'établit pas avoir fait. A cet égard, si elle produit un courriel du 10 février 2016 par lequel le maitre d'œuvre lui a adressé le seul " addendum 13.094 ", elle n'établit pas que cet email, qui émane au demeurant du maître d'œuvre et non du Musée, répondait à une demande de communication de l'addendum général diffusé le 19 janvier 2016, incluant l'" addendum Structures S02B ".
11. Enfin et surtout, le carnet de plan composant l'" addendum Structures S02B " a été signé le 13 avril 2016 par le dirigeant de la société STEL, avant l'attribution du marché, et il ne résulte pas de l'instruction que ce dernier l'aurait signé à son insu comme le prétend la société requérante.
12. Dans ces conditions, contrairement à ce que soutient la société requérante, l'" addendum Structures S02B " doit être regardé comme constituant une pièce du marché conclu entre la société STEL et le Musée de l'air et de l'espace, et les travaux afférents à ce document faisaient partie du périmètre du marché pour lequel un prix global et forfaitaire avait été convenu. A cet égard, il ne résulte pas de l'instruction que l'offre de la société était anormalement basse par rapport aux offres des autres candidats. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à demander l'intégration au décompte de travaux supplémentaires au titre de l'" addendum Structures S02B ".
S'agissant des travaux de reprise des façades :
Quant aux travaux induits par la présence de fissures non détectées dans le diagnostic structurel :
13. Il résulte de l'instruction que l'article 2.10 du cahier des clauses techniques particulières (CCTP) du marché prévoyait notamment le traitement et la réparation des bétons de la façade Ouest et du pignon Sud, d'après un plan de relevé des pathologies lui-même établi à la suite d'un diagnostic des désordres structurels de l'ouvrage réalisé par laboratoire LERM, ces deux documents constituant des pièces du marché. La société requérante demande le paiement de travaux ayant fait l'objet d'un ordre de service et dont le caractère indispensable n'est pas contesté, sur la façade des premier et deuxième étages de l'aile Sud, liés à la présence de fissures non détectées dans le diagnostic des désordres structurels.
14. Le Musée de l'air et de l'espace conteste que ces travaux soient des travaux supplémentaires en faisant valoir que le document graphique 1.317 auquel renvoie l'article 2.10 du CCTP, d'une valeur supérieure à celle du diagnostic du laboratoire LERM dans les pièces constitutives du marché, indiquait que le relevé des fissures avait été réalisé sans sondages destructifs et qu'il appartenait à l'entreprise de " procéder à toutes les vérifications nécessaires " avant la remise de son offre. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les fissures non détectées lors du diagnostic étaient visibles, dès lors qu'elles étaient masquées par les enduits et revêtements de façade, ni que leur présence pouvait être anticipée. Si le règlement de la consultation prévoyait une obligation pour les entreprises de se rendre sur site pour procéder à des observations visuelles avant d'établir leur offre et permettait aux candidats de formuler des demandes pour obtenir des renseignements techniques d'ordre complémentaire, il résulte de l'instruction que la société requérante, qui a participé une visite du chantier, ne pouvait pas déceler les fissures, ni même en supposer l'existence. En outre, la réalisation, avant la remise des offres, de sondages seuls à même de confirmer la présence des fissures, n'était pas prévue par le règlement de la consultation. Dans ces circonstances, et alors qu'il ressort d'un constat contradictoire établi entre la société LERM et le maitre d'œuvre le 24 novembre 2016 que les désordres masqués par les enduits et revêtements des façades étaient importants, la société est fondée à demander l'inscription au décompte d'une somme de 23 728,67 euros HT euros correspondant aux travaux supplémentaires de traitement des bétons de la façade Sud.
Quant aux essais sur les appuis de fenêtres :
15. Aux termes de l'article 1.14 du CCTP, relatif aux " vérifications - contrôles - essais " : " Les vérifications, contrôles et essais sont pris en charge par l'entrepreneur et sont effectués dans les conditions du DTU 21. / Sont obligatoires et à charge de l'entrepreneur, les vérifications objet du chapitre 6 du DTU 21 et les essais qui en découlent. (.) a) Généralités. Outre les essais prévus aux normes et aux DTU qui peuvent être demandés et qui sont à la charge de l'entrepreneur, les essais définis ci-dessous sont exigés et sont également à la charge de l'entrepreneur ".
16. Aux termes de l'article 9.1.2 du même cahier, relatif aux essais et contrôles des ouvrages en cours de travaux : " Les essais et contrôles d'ouvrage ou parties d'ouvrages prévus par les normes homologuées listées au CCTP sont réalisés dans les conditions fixées par celui-ci à la diligence et aux frais du titulaire. / Les essais et contrôles non prévus au CCTP et demandés par le maître d'œuvre sont à la charge du maître d'ouvrage. Par dérogation à l'article 38 du CCAG, en cas de résultats non conformes aux exigences du CCTP, leur coût est supporté par le titulaire ".
17. La société demande le paiement d'essais portant sur des appuis de fenêtre qu'elle avait remplacés, afin de déterminer si ces appuis étaient à l'origine de fuites d'eau apparues en cours d'exécution de chantier. Les essais se sont révélés négatifs en ce qui concerne les appuis de fenêtre et ont conclu à un défaut d'étanchéité des menuiseries extérieures, imputable à la société Loison, titulaire du lot n° 4 " Menuiseries extérieures / occultations ".
18. Il ne résulte pas de l'instruction que les essais en cause, qui ont été demandés par le maître d'œuvre le 5 février 2018 et présentaient un caractère indispensable afin de déterminer l'origine de fuites d'eau compromettant l'étanchéité de l'ouvrage, relevaient et constituaient des essais à la charge du titulaire selon les stipulations précitées de l'article 1.14 du CCTP. En particulier, il ne résulte pas de l'instruction qu'ils relevaient de la norme DTU 21 relative aux travaux d'exécution des ouvrages en béton. Dans ces conditions, et alors que les essais ont révélé la conformité au CCTP des appuis de fenêtre remplacés par la société requérante, celle-ci est fondée à demander l'inscription au décompte du coût de ces essais, pour un montant de 24 050 euros HT.
Quant aux travaux de traitement de fissures entre les acrotères neufs et les existants :
19. La société requérante demande le paiement de travaux de reprise de fissures apparues sur la jonction entre des acrotères neufs posés par la société STEL sur les façades et ceux existants. Si elle soutient que l'apparition de fissures ne résultait pas d'une mauvaise exécution de ses travaux par la société STEL mais était inhérente à la conception-même de l'ouvrage, dès lors que le marché ne prévoyait aucun traitement de la jonction entre les nouveaux éléments et les façades existantes, elle ne produit aucune pièce à l'appui de cette allégation, alors que le Musée fait valoir, en produisant un courrier du maître d'œuvre daté du 5 février 2018, que la fissuration quasi-généralisée entre les acrotères résultait du non-respect par la société STEL de la demande de réfection des bandeaux d'acrotères qui ne devaient pas présenter de surépaisseurs alors que la société STEL avait procédé à des reprises " grossières ". Au vu de ces échanges, il ne résulte pas de l'instruction que les travaux de reprise n'étaient pas imputables à la mauvaise exécution par la société STEL de ses prestations. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à demander le paiement des travaux de reprise des fissures apparues entre les acrotères neufs et ceux existants.
20. Il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 19 que la société est seulement fondée à demander l'inscription au décompte d'une somme de 23 728,67 € + 24 050 € = 47 778,67 euros HT (57 334,41 euros TTC) au titre des travaux supplémentaires.
En ce qui concerne le surcoût de la fourniture des dalles " Ductal " :
21. La société requérante soutient qu'elle a dû commander en urgence des dalles " Ductal " en vue de la tenue du salon du Bourget de 2017, en raison d'une " validation tardive " par le maître d'œuvre de l'échantillon retenu le 14 mars 2017, entrainant un surcoût de 9 171,62 euros HT. Toutefois, d'une part, la faute qu'elle invoque est imputable au maître d'œuvre, et non au Musée, et, d'autre part, la société ne précisant pas la date à laquelle elle a transmis les échantillons au maître d'œuvre en vue de la validation de l'un d'eux, et n'établit pas le retard qu'elle invoque. Par suite, sa demande tendant au paiement du surcoût de la fourniture des dalles " Ductal " doit être rejetée.
En ce qui concerne les dépenses liées au compte de prorata :
22. D'une part, aux termes de l'article 3.2.1 du CCAP : " Les prix du marché sont hors TVA et sont établis en tenant compte de l'ensemble des prescriptions définies dans les pièces du marché : () • en tenant compte des dépenses communes de chantier, prévues au 3-2.8 ci-après ".
23. D'autre part, aux termes de l'article 3.2.8 du même cahier : " Les dépenses d'intérêt commun qui ne correspondent pas à des travaux prévus au descriptif et qui ne sont pas affectés par les dispositions qui précèdent sont inscrites à un compte spécial dit "compte prorata" établi, géré et réglé par les titulaires. / Le titulaire du lot n°2 procède au règlement des dépenses visées au premier alinéa ; mais il peut demander des avances aux autres titulaires. Il effectue en fin de chantier la répartition desdites dépenses au prorata du montant des situations cumulées de chaque titulaire. / Dans cette répartition, l'action du maître d'œuvre se limite à jouer le rôle d'amiable compositeur, dans le cas où les titulaires lui demanderaient de faciliter le règlement d'un différend qui se serait élevé entre eux ".
24. En premier lieu, la société requérante soutient que le prix du marché excluait le versement des sommes au compte de prorata, et demande donc l'inscription au décompte de la somme 109 360 euros HT correspondant à sa quote-part (29,5892% du coût final du prorata) des dépenses communes. A l'appui de sa demande, elle se prévaut d'un courrier du 10 février 2016 que la société STEL a adressé au Musée au cours de la phase de consultation des entreprises avant la signature du marché, dans lequel son directeur a indiqué que : " nous vous confirmons que notre offre globale et forfaitaire hors prorata comprend bien l'intégralité des incidences de l'addendum au DCE ". Toutefois, alors que les stipulations précitées du CCAP prévoient que les prix du marché incluent des dépenses communes de chantier retracées dans le compte de prorata, la circonstance que soit visée dans le courrier du 10 février 2016, qui ne constitue pas une pièce du marché, un prix " hors prorata " en méconnaissance de ces stipulations, ne saurait permettre à la société requérante de réclamer la somme demandée au titre de dépenses supplémentaires.
25. En second lieu, il résulte des stipulations de l'article 3.2.8 du CCAP qu'il incombait à la société titulaire du lot 2 de prendre en charge les dépenses communes au titre du compte de prorata, le cas échéant en demandant des avances aux titulaires des autres lots, et de fixer en fin de chantier la réparation des dépenses communes. La société requérante, qui fait valoir que trois entreprises sont débitrices de somme au titre du compte de prorata, pour un montant total de 108 786,11 euros TTC, soutient que le Musée de l'air et de l'espace a commis une faute en n'intervenant pas, en cours d'exécution du chantier, pour faire régulariser cette situation, alors qu'elle l'avait alerté sur le fait que plusieurs sociétés refusaient de signer la convention de gestion du compte et de payer les frais liés au prorata à hauteur de la quote-part de leur marché. Cependant, la note d'organisation du chantier, qui prévoit les modalités de gestion de ce compte et qui constitue une pièce contractuelle, charge le titulaire du lot 2 d'en assurer la gestion, sous le contrôle d'un comité de contrôle composé de représentants des lots 2, 4 et 9, et ne prévoit pas l'établissement d'une convention de gestion du compte de prorata entre les titulaires des lots. En outre, aucune stipulation du marché ne fixe une quelconque obligation au maître de l'ouvrage s'agissant de l'établissement, de la gestion et du règlement de ce compte de prorata. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que le Musée aurait commis une faute dans l'exercice de ses pouvoirs de direction et de contrôle de l'exécution des travaux, de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne l'allongement de la durée du chantier :
26. Les difficultés rencontrées dans l'exécution d'un marché à forfait ne peuvent ouvrir droit à indemnité au profit de l'entreprise titulaire du marché que dans la mesure où celle-ci justifie soit que ces difficultés trouvent leur origine dans des sujétions imprévues ayant eu pour effet de bouleverser l'économie du contrat, soit qu'elles sont imputables à une faute de la personne publique commise notamment dans l'exercice de ses pouvoirs de contrôle et de direction du marché, dans l'estimation de ses besoins, dans la conception même du marché ou dans sa mise en œuvre, en particulier dans le cas où plusieurs cocontractants participent à la réalisation de travaux publics.
27. La société requérante demande à être indemnisée des coûts liés à l'allongement de la durée des travaux, qui se sont achevés avec vingt-et-un mois de retard, qu'elle impute à une faute du Musée dans l'exercice de son pouvoir de contrôle et de direction du chantier.
28. Il résulte de l'instruction qu'alors que le chantier devait être achevé le 4 octobre 2017, les travaux ont été réceptionnés le 13 juin 2019. Dans son mémoire en réclamation, la société requérante a notamment fait état de plans architecturaux erronés, d'un retard de libération de zone, de la tardiveté de la notification d'un ordre de service de procéder aux travaux de réalisation de tremies, d'un retard des autres corps d'état à transmettre des plans d'exécution de la tour de contrôle sans intervention du maître d'œuvre, d'un refus fautif du maitre d'œuvre de procéder à la réception des travaux et d'une inaction de ce dernier pour obtenir la pose de l'escalier métallique de la tour de contrôle. Toutefois, ces allégations ne sont que peu étayées et la plupart des fautes évoquées relèvent des missions d'autres acteurs, en particulier du maitre d'œuvre et de la société Kern en charge de la mission OPC. En outre, si la société requérante soutient que les travaux étaient achevés à la fin du mois de décembre 2018, il résulte des comptes rendus de chantier n° 130 et 139 que tel n'était pas le cas. En tout état de cause, si la société soutient qu'elle a dû maintenir un encadrement en place pour le suivi du chantier, le tableau qu'elle produit à l'appui de sa demande, sans aucun justificatif budgétaire ou comptable, ne permet pas d'établir la réalité du préjudice qu'elle invoque. Dans ces conditions, en l'absence de faute établie du maître d'ouvrage dans la direction de l'exécution des travaux, la société requérante n'est pas fondée à demander à être indemnisée par le Musée des coûts supplémentaires que lui aurait causés l'allongement du chantier.
En ce qui concerne le montant de la révision du prix du marché de base et des avenants :
29. Aux termes de l'article 3.3.4 du CCAP, relatif aux modalités de révision des prix : " Le coefficient de révision Cn applicable pour le calcul d'un acompte et du solde est donné par la formule : Cn = 0,15 + 0,85 × (In / Io) avec : Io = Valeur de l'index de référence I prise au mois d'établissement des prix ; In = Valeur de l'index de référence I prise au mois de réalisation des prestations. / La périodicité de la révision suit la périodicité de l'acompte. / En application du premier alinéa de l'article 94 du CMP, la valeur finale des références utilisées pour l'application de cette clause est appréciée au plus tard à la date de réalisation contractuelle des prestations ou à la date de réalisation réelle si celle-ci est antérieure ".
30. Aux termes de l'article 10.4.4 du CCAG-Travaux, auquel les parties n'ont pas entendu déroger : " Si les travaux ne sont pas achevés à l'issue du délai de réalisation des prestations, et si ce délai n'a pas fait l'objet d'une prolongation dans les conditions prévues à l'article 19.2, la révision des règlements ultérieurs à la date contractuelle de fin d'exécution se fait sur la base de la valeur des index de référence à la date d'achèvement contractuelle ".
31. La société requérante reproche au musée d'avoir appliqué un coefficient de révision unique, calculé sur la base de l'indice BT06 ayant comme valeur 105,8, au " solde " qui correspond aux décomptes mensuels n°15, 16, 17 et 18 établis respectivement pour les mois de septembre, octobre et novembre 2017 et mai 2019. Toutefois, la date contractuelle d'exécution du marché étant fixée au 22 octobre 2017 (dix-huit mois après la notification de l'ordre de démarrage des travaux le 21 avril 2016), la révision des règlements des mois de novembre 2017 et mai 2019 devait se faire sur la base de l'indice BT01 du mois d'octobre 2017, soit 105,8 selon le tableau produit par la société requérante, et c'est cette valeur qu'a utilisée le Musée pour déterminer la révision des règlements de ces deux mois. S'agissant des règlements des mois de septembre et octobre 2017, il résulte de l'instruction que l'indice BT06 retenu par le Musée (105,8) est plus favorable ou égal à celui dont la société requérante demande l'application (105,4 pour le mois de septembre et 105,8 pour le mois d'octobre). La société requérante n'étant dès lors pas fondée à se plaindre de la révision des règlements à laquelle a procédé le Musée dans le décompte général, sa demande présentée à ce titre doit être rejetée.
En ce qui concerne la révision des prix des travaux supplémentaires :
32. La société requérante demande que soit inscrite au décompte la révision des travaux supplémentaires indemnisés dans le cadre de la présente instance. Si l'article 3.3 du CCAP prévoit un mécanisme de révision des prix du marché, le coefficient de révision est déterminé au regard notamment du rapport entre la valeur de l'indice de référence prise au mois d'établissement des prix figurant en page 1 de l'acte d'engagement, soit janvier 2016, et le mois de réalisation de la prestation. Cette clause est donc applicable aux seuls travaux qui ont été chiffrés sur la base des prix du marché forfaitaire, et il ne résulte pas de l'instruction que tel serait le cas des travaux supplémentaires réalisés par la société requérante. En outre, aucune clause ne prévoit de façon spécifique la variation des prix des prestations indemnisées au titre des travaux supplémentaires. Par suite, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le Musée, la société requérante n'est pas fondée à demander la révision des prix des travaux supplémentaires qu'elle a réalisés.
En ce qui concerne les intérêts moratoires dus en raison des retards de paiement des acomptes :
33. Aux termes de l'article 3.2.6 du CCAP : " Le délai global de paiement des avances, acomptes, solde et indemnités est fixé à 30 jours. Le défaut de paiement dans ce délai fait courir de plein droit, et sans autre formalité, des intérêts moratoires et l'indemnité forfaitaire pour frais de recouvrement prévus aux articles 39 et 40 de la loi du 28 janvier 2013, au bénéfice du titulaire et des sous-traitants payés directement. Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. (). "
34. La société requérante demande que soit inscrite au décompte une somme de 94 610,46 euros au titre des intérêts moratoires du fait des retards de paiement des acomptes à la date du 24 juillet 2019, date d'établissement de son projet de décompte final. Le Musée ne contestant ni dans son principe ni dans son montant la somme demandée par la société requérante, celle-ci est fondée à demander l'inscription au décompte de la somme de 94 610,46 euros au titre des intérêts moratoires du fait des retards de paiement des acomptes.
En ce qui concerne l'application de pénalités de retard :
35. Aux termes de l'article 4.3.1 du CCAP relatif aux retards dans l'exécution et l'achèvement des prestations des travaux : " Les dispositions de l'article 20 du C.C.A.G TRAVAUX sont applicables. / En complément aux dispositions fixés à l'article 20 du CCAG TRAVAUX, il sera fait application de retenues provisoires en cas de retard constatés par référence aux délais intermédiaires portés sur le calendrier d'exécution des travaux. / Les retenues provisoires s'appliquent à chaque délai intermédiaire porté sur le calendrier contractuel et sont cumulables. / Le montant de ces retenues est égal à : •tâche non critique : 300,00 € HT par jour calendaire de retard et par tâche du calendrier détaillé d'exécution ; •tâche sur le chemin critique : 500,00 € HT par jour calendaire de retard et par tâche du calendrier détaillé d'exécution. / Le montant des retenues provisoires pourra être appliqué sur simple constat du retard par rapport au calendrier des tâches. /Ces retenues provisoires seront annulées ou remplacées par les pénalités définitives suivant la tenue des objectifs intermédiaires ".
36. Les pénalités de retard prévues par les clauses d'un marché public ont pour objet de réparer forfaitairement le préjudice qu'est susceptible de causer au pouvoir adjudicateur le non-respect, par le titulaire du marché, des délais d'exécution contractuellement prévus. Elles sont applicables au seul motif qu'un retard dans l'exécution du marché est constaté et alors même que le pouvoir adjudicateur n'aurait subi aucun préjudice ou que le montant des pénalités mises à la charge du titulaire du marché qui résulte de leur application serait supérieur au préjudice subi. Si, lorsqu'il est saisi d'un litige entre les parties à un marché public, le juge du contrat doit, en principe, appliquer les clauses relatives aux pénalités dont sont convenues les parties en signant le contrat, il peut, à titre exceptionnel, saisi de conclusions en ce sens par une partie, modérer ou augmenter les pénalités de retard résultant du contrat si elles atteignent un montant manifestement excessif ou dérisoire, eu égard au montant du marché et compte tenu de l'ampleur du retard constaté dans l'exécution des prestations. Il en résulte que lorsque le titulaire du marché saisit le juge de conclusions tendant à ce qu'il modère les pénalités mises à sa charge, il ne saurait utilement soutenir que le pouvoir adjudicateur n'a subi aucun préjudice ou que le préjudice qu'il a subi est inférieur au montant des pénalités mises à sa charge. Il lui appartient de fournir aux juges tous éléments, relatifs notamment aux pratiques observées pour des marchés comparables ou aux caractéristiques particulières du marché en litige, de nature à établir dans quelle mesure ces pénalités présentent selon lui un caractère manifestement excessif. Au vu de l'argumentation des parties, il incombe au juge soit de rejeter les conclusions dont il est saisi en faisant application des clauses du contrat relatives aux pénalités, soit de rectifier le montant des pénalités mises à la charge du titulaire du marché dans la seule mesure qu'impose la correction de leur caractère manifestement excessif.
Quant à l'imputabilité des retards :
37. Il résulte de l'instruction que le Musée de l'air et de l'espace a infligé des pénalités de retard d'un montant de 3 165 000,40 euros, en se fondant sur un tableau récapitulatif des retards établi par le maitre d'œuvre, lequel proposait initialement d'infliger des pénalités d'un montant de plus de sept millions d'euros.
38. Les retards ont été constatés sur la base du calendrier détaillé d'exécution, conformément à ce que prévoit l'article 4.3.1 du CCAP. Il ne résulte pas de l'instruction que les retards soient imputables, dans leur totalité, aux autres sociétés titulaires de lots et à la carence du maitre d'œuvre à assurer la direction du chantier, et la société requérante ne conteste utilement le tableau de constatation des retards établi par le maitre d'œuvre qu'en ce qui concerne les pénalités infligées au titre des retards sur les tâches " fin de travaux de création de gaines verticales ", " réfection des façades de l'aile Sud et de l'aile Nord ", " repli des installations pour le salon du Bourget, retard dans la phase études de 8 mois " pour un montant de 190 000 euros, dont elle est ainsi fondée à demander la décharge.
Quant au mode de calcul des retards :
39. Si la société requérante conteste le fait que la quasi-totalité des prestations mentionnées dans le calendrier général constituerait " une tâche sur le chemin critique ", justifiant que la pénalité maximale de 500 euros par jour de retard soit infligée, il résulte de l'instruction que le Musée a réduit de moitié le montant des pénalités tel que calculé par le maitre d'œuvre, et n'a donc pas retenu que la quasi-totalité des prestations relevaient des " taches sur le chemin critique ".
Quant à la demande de modulation des pénalités de retards :
40. En tenant compte de ce qui a dit au point 38, le montant contractuel des pénalités de retards s'élève à la somme de 2 975 000,40 euros (3 165 000,40 - 190 000), représentant 111% du montant total du marché de base et des avenants (2 661 577,78 euros HT), ce qui apparait manifestement excessif. Dans les circonstances de l'espèce et eu égard au montant et aux caractéristiques du marché, il y a lieu de rectifier le montant des pénalités de retard infligées à la société BC.n en le fixant à la somme de 266 000 euros, soit environ 10 % du montant total du marché, étant précisé qu'il ne résulte pas de l'instruction que cette somme serait inférieure au préjudice réellement subi par le Musée du fait des retards imputables à la société requérante.
En ce qui concerne les retenues opérées par le maître d'ouvrage :
S'agissant de la réfaction pour travaux non réalisés :
41. Il résulte de l'instruction que le musée a opéré une réfaction de 76 539 euros au titre de travaux non réalisés, sur la base d'un tableau établi par le maitre d'œuvre et annexé au décompte général. Si la société se borne à contester le non-achèvement de ces travaux, elle ne conteste pas sérieusement la liste précise des travaux non réalisés établie par le maître d'œuvre, ni ne produit aucune pièce attestant la réalisation des travaux en cause. En outre, la circonstance que ces travaux n'auraient pas fait l'objet de réserves lors de la réception ne permet pas d'établir qu'ils ont été réalisés, dès lors que l'article 41.7 du CCAG-Travaux prévoit, en cas de travaux inachevés, une alternative entre la réception sous réserve et la réfaction sur le prix. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande de la société requérante.
S'agissant de la retenue pour dégradations causées par les fuites d'eau répétées :
42. Au titre de l'article 35.1.1 du CCAG-Travaux : " Les dommages de toute nature, causés par le titulaire au personnel ou aux biens du maître de l'ouvrage ou du représentant du pouvoir adjudicateur, du fait de la conduite des travaux ou des modalités de leur exécution, sont à la charge du titulaire, sauf si celui-ci établit que cette conduite ou ces modalités résultent nécessairement de stipulations du marché ou de prescriptions d'ordre de service ".
43. Le Musée de l'air et de l'espace a imputé au décompte une somme de 24 330,60 € TTC au titre de " dégradations causées par les fuites d'eau répétées ", correspondant au coût de la reprise " d'œuvres sinistrées " à hauteur de 18 997,50 € HT et à la reprise d'onduleurs pour un montant de 1 278 € HT. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que les fuites d'eau constatées auraient été causées par la conduite des travaux dont la société BC.n avait la charge ou les modalités de leur exécution, le musée n'apportant sur ce point aucune précision. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'inscrire au décompte de retenue au titre des dégradations causées par des fuites d'eau répétées.
S'agissant des retenues au titre des factures de tierces entreprises (Europarquet, NEPTUN et UTB) :
44. Le Musée de l'air et de l'espace a imputé au décompte trois retenues au titre de factures des sociétés Europarquet, NEPTUN et UTB correspondant à des travaux de remise en état de dégradations causées à un parquet, à la zone " Planète-Pilote " et à un pare-gravier, qu'elle impute totalement ou en partie à la société BC.n. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que ces dégradations auraient été causées par la conduite des travaux dont la société BC.n avait la charge ou les modalités de leur exécution, le musée n'apportant sur ce point aucune précision. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu d'inscrire au décompte de retenue au titre de ces dégradations.
S'agissant des provisions au titre des sommes dues aux sous-traitants ASSAR BAT et COMISO :
45. Le Musée de l'air et de l'espace a imputé deux provisions au décompte au titre de sommes qui seraient dues à des sous-traitants de la société BC.n : une première provision, d'un montant de 3 084,85 € TTC, " en attente du règlement du sous-traitant ASSAR BAT ", et une seconde provision, d'un montant de 7 280 € TTC, " en attente de régularisation du sous-traitant COMISO ". Toutefois, il résulte de l'instruction, d'une part, que le tableau récapitulatif établi au titre des règlements du titulaire et des sous-traitants, annexé au décompte, ne fait état d'aucune somme due à la société ASSAR BAT, ni d'ailleurs à aucun sous-traitant. D'autre part, la société COMISO n'est pas mentionnée comme sous-traitant agréé dans le tableau annexé au décompte, et en tout état de cause, la société BC.n justifie lui avoir versé la somme de 15 050 euros au titre du solde du contrat qui la liait à cette société. Dans ces conditions, et faute pour le Musée d'apporter des justifications sur ces sommes qui lui seraient dues, il n'y a pas lieu d'inscrire au décompte de provision au titre des sommes dues aux sous-traitants ASSAR BAT et COMISO.
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46. Il résulte de ce qui a été dit aux points 7 à 45 que le décompte du marché, détaillé dans le tableau suivant, doit être arrêté à la somme de 3 081 013,05 euros TTC :
Marché initial 2 595 000,00 euros HTAvenants 1 à 8 66 577,78 euros HTMontant total du marché de base et avenants avant révision 2 661 577,78 euros HTrévision du prix du marché64 761,54 euros HTMontant total marché de base et avenants après révision 2 726 339,32 euros HTtravaux supplémentaires
dont :
'23 728,67 euros HT au titre
des travaux de traitement des fissures en façade
'24 050 euros HT au titre des essais47 778,67 euros HTMontant total du marché (inclus les travaux supplémentaires) HT après révision 2 774 117,99 euros HT Montant total du marché TTC (incluant TVA 20%)3 328 941,59 euros TTCIntérêts moratoires sur acomptes94 610,46 euros Total à déduire TTC
Dont :
' 266 000 euros au titre des pénalités de retards
' 76 539 euros TTC au titre de la retenue pour travaux non réalisés342 539,00 euros TTCDécompte général 3 081 013,05 euros TTC
Sur la fixation du solde du marché :
47. Eu égard aux acomptes déjà versés par le maître d'ouvrage, d'un montant non contesté de 2 737 840,73 euros TTC, le solde du décompte général définitif de ce marché doit être fixé à la somme de 3 081 013,05 € - 2 737 840,73 € = 343 172,32 euros TTC en faveur de la société BC.n, qu'il y a lieu de condamner le Musée de l'air et de l'espace à lui verser.
Sur les intérêts moratoires, la capitalisation des intérêts et l'indemnité forfaitaire de recouvrement :
48. D'une part, aux termes de l'article 8 du décret du 29 mars 2013 relatif à la lutte contre les retards de paiement dans les contrats de la commande publique alors applicable : " I. Le taux des intérêts moratoires est égal au taux d'intérêt appliqué par la Banque centrale européenne à ses opérations principales de refinancement les plus récentes, en vigueur au premier jour du semestre de l'année civile au cours duquel les intérêts moratoires ont commencé à courir, majoré de huit points de pourcentage. / () ".
49. D'autre part, il résulte de l'article 2 du même décret, repris à l'article 3.2.6 du CCAP que, " pour les marchés de travaux, le point de départ du délai global de paiement du solde est la date de réception du décompte général et définitif par le maître d'ouvrage ". Pour l'application de ces dispositions, lorsqu'un décompte général fait l'objet d'une réclamation par le cocontractant, le délai de paiement du solde doit être regardé comme ne commençant à courir qu'à compter de la réception de cette réclamation par le maître d'ouvrage. Il suit de là que la société requérante a droit aux intérêts moratoires contractuels à compter du 19 septembre 2020, soit trente jours après la réception par le Musée, le 19 août 2020, de sa réclamation accompagnant le décompte général. Ces intérêts seront capitalisés le 19 septembre 2021, date à laquelle était due plus d'une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque date anniversaire.
50. La société peut prétendre aussi au versement de la somme de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de recouvrement prévue par l'article 3.2.6 du CCAP.
Sur les frais d'instance :
51. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge du Musée de l'air et de l'espace une somme de 2 000 euros au titre des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens.
52. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font en revanche obstacle à ce que soit mise à la charge de la société requérante, qui n'est pas la partie perdante, la somme demandée par le Musée de l'air et de l'espace au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : Le Musée de l'air et de l'espace versera à la société BC.n la somme de 343 172,32 euros TTC, assortie des intérêts moratoires contractuels à compter du 19 septembre 2020 et de la capitalisation des intérêts le 19 septembre 2021 et à chaque date anniversaire, au titre du solde du marché, ainsi que la somme de 40 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de recouvrement.
Article 2 : Le Musée de l'air et de l'espace versera la somme de 2 000 euros à la société BC.n au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par le Musée de l'air et de l'espace au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société BC.n et au Musée de l'air et de l'espace.
Délibéré après l'audience du 18 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Romnicianu, président,
Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,
Mme Boucetta, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 08 février 2024.
La rapporteure,
N. Dupuy-Bardot
Le président,
M. Romnicianu
Le greffier,
Y. El Mamouni
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026