mercredi 14 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2103928 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | HUMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 22 mars 2021 et 27 mars 2023, la société anonyme Generali Vie, représentée par Me Sappin puis la société Generali Vie, représentée par Me Lorber Lance, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 14 janvier 2021, par laquelle la ministre du travail a rejeté son recours hiérarchique contre la décision de l'inspecteur du travail du 17 mars 2020 lui ayant refusé l'autorisation de licencier Mme B ;
2°) d'autoriser le licenciement de Mme B ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
La société Generali Vie soutient que :
- la décision du ministre du travail est entachée d'incompétence de son signataire ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation dès lors que la procédure de licenciement suivie par la société n'est entachée d'aucun vice ;
-les faits reprochés à la salariée sont avérés et suffisamment graves pour justifier son licenciement.
Un mémoire présenté par la société Generali Iard a été enregistré le 5 mai 2023, postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a, par suite pas été communiqué.
Par des mémoires enregistrés les 28 juillet 2021 et 23 avril 2023, Mme B, représentée par Me Humbert, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Generali Vie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable, dès lors que l'employeur de Mme B est la société Générali IARD et non la société Générali Vie, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par des mémoires en intervention, enregistrés les 28 juillet 2021, 27 mars et 23 avril 2023, la Fédération des Employés et Cadres Force Ouvrière, représentée par Me Humbert, conclut au rejet de la requête et, dans le dernier état de ses écritures, à ce qu'une somme de 3 600 euros soit mise à la charge de la société Generali Vie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir, à titre principal, que la requête est irrecevable, à titre subsidiaire, qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une lettre en date du 17 mars 2023, le tribunal a informé les parties, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il n'appartient pas au tribunal administratif d'autoriser le licenciement d'un salarié.
Par un mémoire enregistré le 24 mars 2023, le ministre du travail conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- la convention collective nationale des société d'assurances du 27 mai 1992, étendue par arrêté du 12 juillet 1993 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Marias, rapporteur,
- les conclusions de Mme Cayla, rapporteure publique,
- les observations de Me Dopir pour la société requérante ;
- les observations de Me Humbert pour Mme B et pour la Fédération des Employés et Cadres Force Ouvrière.
Le ministre du travail n'étant ni présent ni représenté.
1. Par décision du 17 mars 2020, l'inspecteur du travail a refusé à la société Generali, l'autorisation de procéder au licenciement pour motif disciplinaire de Mme A B, chargée de relations clientèle et exerçant le mandat de déléguée syndicale. Le recours hiérarchique de la société Generali a été implicitement rejeté par la ministre du travail par une décision née le 21 novembre 2020. Par décision expresse du 14 janvier 2021, la ministre du travail a retiré sa décision implicite, annulé la décision de l'inspecteur du travail et refusé d'autoriser le licenciement de Mme B. Par la requête susvisée, la société Generali demande l'annulation de cette décision.
Sur l'intervention de la Fédération des employés et cadres Force Ouvrière :
2. En l'espèce, la Fédération des employés et cadres Force Ouvrière qui, aux termes de ses statuts, a pour objet la défense des droits et intérêts matériels et moraux tant individuels que collectifs des salariés à tous niveaux géographiques est, eu égard à l'objet du litige, recevable à intervenir au soutien des écritures en défense de Mme B.
Sur les conclusions de la requête :
3. Par une décision du 3 janvier 2020 publiée au Journal officiel de la République française le 5 janvier 2020, délégation est donnée à Alexandra Chaloyard, directrice adjointe du travail, adjointe au chef du bureau du statut protecteur, à l'effet de signer, dans la liste des attributions du statut protecteur et au nom de la ministre chargée du travail tous actes, décision sou conventions à l'exclusion des décrets. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision contestée doit être écarté.
4. D'une part, aux termes de l'article L. 2421-1 du code du travail : " " La demande d'autorisation de licenciement d'un délégué syndical, d'un salarié mandaté ou d'un conseiller du salarié ou d'un membre de la délégation du personnel au comité social et économique interentreprises est adressée à l'inspecteur du travail. / En cas de faute grave, l'employeur peut prononcer la mise à pied immédiate de l'intéressé dans l'attente de la décision définitive. / Cette décision est, à peine de nullité, motivée et notifiée à l'inspecteur du travail dans le délai de quarante-huit heures à compter de sa prise d'effet. () ". Aux termes de l'article L. 2421-3 de ce code : " En cas de faute grave, l'employeur peut prononcer la mise à pied immédiate de l'intéressé dans l'attente de la décision définitive ". L'article R. 2421-14 dispose que : " En cas de faute grave, l'employeur peut prononcer la mise à pied immédiate de l'intéressé jusqu'à la décision de l'inspecteur du travail. La consultation du comité social et économique a lieu dans un délai de dix jours à compter de la date de la mise à pied. La demande d'autorisation de licenciement est présentée dans les quarante-huit heures suivant la délibération du comité social et économique. () ".
5. D'autre part, l'article 90 de la convention collective nationale des sociétés d'assurances du 27 mai 1992 susvisée prévoit que, lorsqu'un salarié ayant plus d'un an d'ancienneté dans l'entreprise est informé par l'employeur que son licenciement est envisagé, il a la faculté de demander la réunion d'un conseil constitué de trois représentants de l'employeur et de trois représentants du personnel de l'établissement, mais que ce conseil est obligatoirement réuni à l'initiative de l'employeur lorsque celui-ci envisage, à l'issue de l'entretien préalable, un licenciement pour faute. Enfin, l'employeur ne prend sa décision qu'après avoir pris connaissance des avis exprimés au conseil et communique celle-ci à ses membres en même temps qu'au salarié.
6. Enfin, aux termes du cinquième alinéa de l'article L. 1235-2 du code du travail, dans sa rédaction en vigueur à compter du 1er janvier 2018 : " Lorsqu'une irrégularité a été commise au cours de la procédure, notamment si le licenciement d'un salarié intervient sans que () la procédure conventionnelle ou statutaire () ait été respectée, mais pour une cause réelle et sérieuse, le juge accorde au salarié, à la charge de l'employeur, une indemnité qui ne peut être supérieure à un mois de salaire ".
7. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la demande d'autorisation de licenciement pour motif disciplinaire de Mme B, dont l'ancienneté dans l'entreprise remonte au 15 juin 2011, a été présentée à l'inspecteur du travail le 17 mars 2020 alors que la société Generali Vie n'a convoqué la salariée que le 20 mars 2020 à une réunion du Conseil mentionné à l'article 90 de la Convention collective nationale, fixée au 26 mars 2020. Si la société Generali Vie fait valoir que les dispositions précitées de l'article R. 2421-14 du code du travail lui imposaient de saisir l'inspection du travail de sa demande d'autorisation de licenciement dans les huit jours suivant la notification à Mme B de sa mise à pied, les délais dans lesquels la demande d'autorisation de licenciement d'un salarié mis à pied doit être présentée ne sont pas prescrits à peine de nullité de la procédure de licenciement, l'employeur n'étant tenu que de respecter un délai aussi court que possible pour la présenter. Si la société requérante soutient également que le non-respect d'une procédure conventionnelle de licenciement, comme en l'espèce la réunion d'un conseil paritaire dont le rôle est purement consultatif, est seulement de nature à entraîner l'octroi d'une indemnité, il n'appartient pas au juge de l'excès de pouvoir de se prononcer sur le caractère réel et sérieux du licenciement, mais uniquement de contrôler la légalité d'un acte administratif au regard des éléments de droit et de fait existant à la date de son édiction et, plus particulièrement l'appréciation portée par l'autorité administrative, saisie d'une demande d'autorisation de licenciement d'un salarié protégé, sur le respect par l'employeur de la procédure interne à l'entreprise. En l'occurrence, les dispositions précitées de l'article 90 de la Convention collective nationale constituent une formalité substantielle, qui contribue au respect des droits de la défense. Il s'ensuit que la méconnaissance d'une telle formalité a vicié la procédure de licenciement et était de nature à fonder un refus d'autorisation de licenciement de Mme B, sans que la société Generali Vie puisse utilement soutenir qu'elle aurait suivi, pour mettre en œuvre la procédure de licenciement, une recommandation de l'inspecteur du travail ou invoquer la circonstance, postérieure à la saisine de l'inspecteur du travail, qu'un procès-verbal de carence de la réunion de ce conseil paritaire a été dressé le 26 mars 2020.
8. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense tirée de l'absence de qualité et d'intérêt pour agir de la société requérante et sur les faits reprochés à Mme B, que la requête de la société Generali Vie doit être rejetée en toutes ses conclusions.
Sur les conclusions de Mme B et de la Fédération des Employés et Cadres Force Ouvrière tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Generali Vie une somme de 1 500 euros, à verser à Mme B sur le fondement de ces dispositions. En revanche, les conclusions de la Fédération des Employés et cadres Force Ouvrière, présentées sur le fondement des mêmes dispositions, doivent être rejetées dès lors que l'auteur d'une intervention n'a pas la qualité de partie à l'instance.
D E C I D E:
Article 1er : L'intervention de la Fédération des employés et cadres Force Ouvrière est admise.
Article 2 : La requête de la société Generali Vie est rejetée.
Article 3 : La société Generali Vie versera à Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions de la Fédération des Employés et cadres Force Ouvrière présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Generali Vie, au ministre du travail du plein emploi et de l'insertion, à Mme A B et à la Fédération des Employés et cadres Force Ouvrière.
Délibéré après l'audience du 9 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Myara, président,
M. Marias, premier conseiller,
Mme Parent, première conseillère
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 juin 2023.
Le rapporteur,
H. Marias
Le président,
A. Myara
La greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026