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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2104215

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2104215

mardi 18 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2104215
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantLANDOT & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 26 mars 2021 et le 14 septembre 2022, Mme A B, représentée par Me Bonnin, demande au tribunal :

1°) de condamner le GRETA " métiers techniques économiques " de la Seine-Saint-Denis (GRETA MTE 93) à lui verser une somme de 3 000 euros en réparation des préjudices causés par son accident de travail ;

2°) de condamner le GRETA MTE 93 à lui verser une somme de 28 000 euros en réparation des préjudices causés par les faits de harcèlement moral dont elle est victime ;

3°) de condamner le GRETA MTE 93 à lui verser la somme qu'elle aurait dû percevoir pour la période comprise entre le 1er janvier 2016 et le 31 décembre 2020 en étant positionnée à un indice nouveau majoré de 498 au 1er janvier 2015 et de 530 au 1er janvier 2018 ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'accident de travail :

- elle a été victime d'un accident de travail à la suite du déplacement de volumes importants d'archives alors qu'une telle tâche n'est pas au nombre de ses attributions ;

- son accident de travail n'est pas consolidé et engendre des troubles dans les conditions d'existence ainsi que des souffrances physiques pouvant être réparés à hauteur de 3 000 euros ;

En ce qui concerne le harcèlement moral :

- les agissements de sa supérieure fonctionnelle sont la cause d'une dépression sévère chronique pour laquelle elle a été placée en arrêt maladie entre le 12 juin et le 2 octobre 2020 ;

- son état de santé, jugé très inquiétant par la médecine du travail, a été signalé à son supérieur hiérarchique le 25 septembre 2020 ;

- sa nouvelle affectation sur un autre site, dans un poste de catégorie B, s'apparente à une " mise au placard " ;

- la dégradation de ses conditions de travail, l'atteinte à ses droits, à sa dignité, à sa santé physique et mentale et à son avenir professionnel compromis, lui causent un préjudice pouvant être évalué à la somme de 28 000 euros ;

En ce qui concerne le calcul de sa rémunération :

- sur la base du règlement " Recrutement et évolution indiciaire des personnels contractuels du Greta MTE 93 ", elle aurait dû être positionnée sur l'indice 498 à compter du 1er janvier 2015 et faire l'objet d'un avancement accéléré ;

- la méconnaissance des règles internes du Greta MTE 93 lui a causé un préjudice financier de 18 000 euros entre le 1er janvier 2016 et le 31 décembre 2020.

Par des mémoires en défense enregistrés le 10 juin 2022 et le 5 mai 2023, le GRETA MTE 93, représenté par Me Landot, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de Mme B une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que la requête, dépourvue de moyens de droit, est irrecevable et que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 9 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n°2006-814 du 7 juillet 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courneil,

- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,

- les observations de Me Bonnin, représentant Mme B,

- et les observations de Me Fouace, représentant le Greta MTE 93.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B a été recrutée au sein du Greta MTE 93 (groupe d'établissements publics locaux d'enseignement des métiers techniques économiques) par différents contrats à durée déterminée du 13 mai 2013 au 31 décembre 2014 pour occuper des fonctions d'assistante de gestion, assimilées à la catégorie B, avant d'être recrutée en qualité d'adjointe de l'agent comptable puis de gestionnaire administrative et financière du Greta sur des emplois de catégorie A, du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2020. Par un jugement n° 2011440 du 16 décembre 2022, devenu définitif, le présent tribunal a annulé la décision du 14 septembre 2020 par laquelle le proviseur de l'établissement support du Greta a informé Mme B du non-renouvellement de son contrat et lui a enjoint de procéder à sa réintégration juridique à compter du 1er janvier 2021. Par lettre recommandée avec accusé de réception du 17 décembre 2020, notifiée le 30 décembre 2020, Mme B a présenté une demande indemnitaire préalable en réparation de préjudices dont elle se dit victime et qui aurait été causés par son accident de travail survenu lors du déplacement d'archives en mars 2020, les faits de harcèlement moral dont elle aurait fait l'objet et l'absence de prise en compte de ses diplômes et de son ancienneté dans sa rémunération. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur une telle demande. Dans le cadre de la présente instance, Mme B demande l'indemnisation de ses préjudices.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 411-1 du code de justice administrative : " La juridiction est saisie par requête. () Elle contient l'exposé des faits et moyens, ainsi que l'énoncé des conclusions soumises au juge. "

3. La requête de Mme B, qui demande l'engagement de la responsabilité du Greta MTE 93 en raison de la faute qu'il a commise pour l'avoir sollicitée pour assurer un transport d'archives, au titre du harcèlement moral qu'elle estime avoir subi et au titre d'un échelonnement indiciaire erroné, répond aux exigences de motivation de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense à ce titre doit être écartée.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne l'accident du 6 mars 2020 :

4. Il est constant que Mme B a été placée en arrêt de travail du 6 au 20 mars 2020 en raison d'une discopathie de la région lambo-sacrée et d'une lambo-sciatique causée par le port de charges lourdes dans le cadre du déplacement de volumes importants d'archives du GRETA de Montreuil vers une benne située sur le site de Neuilly-sur-Marne les 2 et 5 mars 2020. Il est constant que de telles missions de manutention ne relevaient pas des missions de Mme B. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction que l'autorité responsable ait mis à la disposition des agents mobilisés les équipements adaptés ni qu'elle les ait informés des gestes à adopter pour effectuer de telles tâches ayant nécessité, eu égard à la quantité et au poids des volumes à déplacer, deux journées de travail collectif. Dans ces conditions, alors même que la participation à de telles opérations aurait été fondée, selon le Greta MTE 93, sur la base du volontariat et dans une atmosphère conviviale, l'administration a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en sollicitant, dans les conditions décrites ci-dessus, Mme B pour le transport d'archives.

5. Eu égard à la douleur physique causée par l'accident de service, pour laquelle la prise d'antidouleurs a été prescrite à Mme B en mars, avril et décembre 2020, ainsi qu'à la gêne occasionnée par les maux décrits au point précédent ayant requis vingt séances de kinésithérapie à compter de septembre 2020, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi au titre des troubles dans les conditions d'existence et des souffrances physiques en condamnant le Greta MTE 93 à verser à Mme B une indemnité réparatrice de 1 000 euros.

En ce qui concerne le harcèlement moral :

6. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais repris aux articles L. 133-2 et L. 133-3 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : /1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus ".

7. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

8. Mme B soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral entre mars et décembre 2020, de la part de sa supérieure fonctionnelle, agent comptable arrivée en poste le 1er février 2019. En premier lieu, si elle reproche à cette dernière de lui avoir demandé de déplacer des archives les 2 et 5 mars 2020, il résulte de l'instruction que les déplacements et ports de charges ont été exécutés collectivement par les agents du Greta, sans que Mme B ait fait l'objet d'un traitement particulier. Par suite, ces faits ne sont pas de nature à faire présumer l'existence d'agissements constitutifs d'une situation de harcèlement moral. En deuxième lieu, si l'intéressée soutient avoir été destinataire d'une remarque sarcastique de la part de sa supérieure fonctionnelle en juin 2019 et qu'il lui aurait été demandé, le 18 octobre 2019, d'assumer la charge de deux postes du service facturier venant d'être supprimé, de telles circonstances ne sont établies par aucune pièce. En troisième lieu, Mme B soutient avoir fait l'objet de " pressions " pour exécuter ses missions en présentiel pendant le confinement alors que son état de santé y faisait obstacle. Il résulte de l'instruction qu'au cours d'échanges de courriels, datés des 20 et 21 avril 2020, entre l'intéressée et sa supérieure, cette dernière lui a reproché de ne plus exécuter les liquidations et paiements dont elle avait la charge et de devoir alors suppléer à son absence depuis le début de la période de confinement. Toutefois, de telles remarques de la part de la supérieure de Mme B, qui se bornent à s'interroger sur l'investissement professionnel et l'organisation du travail de l'intéressée en des termes neutres, relèvent de l'exercice normal de son pouvoir hiérarchique et d'organisation du travail alors, qu'au demeurant, Mme B n'a disposé d'un certificat médical attestant que son état de santé et ses antécédents médicaux requéraient un positionnement en télétravail face au risque d'une évolution défavorable en cas d'infection au Covid-19, qu'à compter du 16 mai 2020. La requérante produit par ailleurs des échanges de courriels en date du 28 mai 2020 dans lesquels sa supérieure relève à nouveau que Mme B n'exécute pas l'intégralité de ses tâches, qu'elle est contrainte d'effectuer à sa place ses missions depuis son premier congé maladie et indique par ailleurs qu'elle estime que la direction des services informatiques doit doter en priorité d'outils et d'accès sécurisés pour le télétravail l'agent comptable travaillant sur site depuis le début du confinement. Si de tels échanges contiennent effectivement des insinuations relatives à l'état de santé de Mme B et une remise en cause de son investissement depuis le début de la crise sanitaire, ces échanges, qui traduisent seulement une certaine lassitude et agacement de sa supérieure hiérarchique causés par le manque d'investissement de la requérante, ne constituent pas à eux-seuls, en raison du ton professionnel employé et de leur justification par des considérations d'organisation et de répartition des tâches au sein du collectif de travail, des faits permettant de faire présumer l'existence d'agissements de harcèlement moral. Au demeurant, il résulte des pièces produites en défense que quatre agents du service de Mme B, attestent n'avoir jamais été témoins d'agissements d'harcèlement moral de la part de leur supérieure hiérarchique envers Mme B alors qu'ils ont, en revanche, constaté chez cette dernière un manque d'investissement ainsi qu'un transfert de ses tâches auprès d'autres collègues. En quatrième et dernier lieu, Mme B soutient qu'elle a été " mise au placard " lorsqu'elle a été affectée sur un poste relevant de la catégorie B dans un nouveau lycée à compter du 7 octobre 2020. Il résulte toutefois de l'instruction que, ainsi que le fait valoir le Greta MTE 93 en défense, une telle affectation, qui fait suite à l'arrêt de travail de Mme B en raison d'un trouble dépressif sévère chronique initialement causé par ses difficultés professionnelles, et à sa visite de pré-reprise auprès du médecin du travail recommandant un emploi à mi-temps thérapeutique, permettait d'assurer la réalisation de telles préconisations médicales jusqu'au terme de son contrat en décembre 2020. Par suite, cette affectation n'est pas constitutive d'un harcèlement moral.

En ce qui concerne l'échelonnement indiciaire :

9. Ainsi que l'a jugé le présent tribunal par son jugement susvisé n° 2011440 du 16 décembre 2022, devenu définitif, la requérante devait être regardée comme ayant occupé un emploi de catégorie A à compter du 13 mai 2013, cette circonstance emportant des conséquences rétroactives sur le niveau d'indice applicable pour déterminer sa rémunération.

10. Mme B n'établit cependant pas que son niveau de qualification ou son parcours auraient justifié, lors de son recrutement, un positionnement indiciaire supérieur au premier échelon de la grille applicable au personnel contractuel enseignant et administratif de catégorie A du Greta MTE 93. De même, elle n'apporte pas d'éléments suffisants, ni en droit ni en fait, permet d'établir que sa situation ouvrait droit à un avancement indiciaire accéléré.

11. Eu égard aux points précédents, en application de la grille indiciaire et du règlement de recrutement et évolution indiciaire des personnels contractuels du Greta MTE 93, il résulte de l'instruction que Mme B aurait dû être positionnée à l'indice 403 à la date de son recrutement et, en raison d'un avancement automatique, être placée à l'indice 434 en mai 2015, à l'indice 466 en mai 2017 puis, enfin, atteindre l'indice 498 en mai 2020. En ne positionnant pas Mme B aux échelons indiciaires auxquels elle pouvait prétendre, le Greta MTE 93 a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.

12. Il y ainsi lieu de condamner le Greta MTE 93 à réparer le préjudice financier dont se prévaut Mme B, constitué par la différence de rémunération indiciaire à laquelle elle avait droit, telle que déterminée au point précédent, et celle qu'elle a effectivement perçue entre le 1er janvier 2016 et le 31 décembre 2020.

Sur les frais de l'instance :

13. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du Greta MTE 93, partie perdante à l'instance, une somme de 1 500 euros à verser à Mme B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de rejeter les conclusions présentées par le Greta MTE 93 sur ce même fondement.

D E C I D E :

Article 1er : Le Greta MTE 93 est condamné à verser à Mme B une somme de 1 000 (mille) euros en réparation du préjudice subi au titre des souffrances physiques et des troubles dans les conditions d'existence.

Article 2 : Le Greta MTE 93 est condamné à verser à Mme B la somme correspondant à la différence entre le montant de la rémunération indiciaire qu'elle a perçu entre le 1er janvier 2016 et le 31 décembre 2020 et le montant de la rémunération indiciaire auquel elle avait droit par application des indices déterminés au point 11 du présent jugement.

Article 3 : Le Greta MTE 93 versera à Mme B une somme de 1 500 (mille cinq cents) euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Les conclusions présentées par le Greta MTE 93 en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'établissement support du Greta MTE 93.

Copie en sera adressée au recteur de l'académie de Créteil et au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2023.

La rapporteure,

L. Courneil

La présidente,

N. Ribeiro-MengoliLa greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui le concerne, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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