mercredi 2 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2104246 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | COURTILLAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 25 mars 2021 et le 30 septembre 2021, la société Paribat (SARL), représentée par Me Courtillat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler, en premier lieu, le titre de perception émis à son encontre le 11 juin 2020 par la direction générale des finances publiques de l'Essonne pour le recouvrement de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, en deuxième lieu, le titre de perception émis par la direction générale des finances publiques de l'Essonne à la même date à son encontre pour le recouvrement de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et en troisième lieu, la décision née du silence gardé par l'administration sur la réclamation dirigée contre ces titres de perception ;
2°) à titre principal, de la décharger de son obligation de payer ces contributions et, à titre subsidiaire, de réduire le montant de la contribution spéciale prévue par l'article L. 8253-1 du code du travail à la somme de 7 240 euros ;
3°) de mettre à la charge de l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :
- les titres de perception ont été émis par une personne n'exerçant pas de fonction d'encadrement et n'étant donc pas au nombre des agents de l'OFII auquel le directeur général pouvait déléguer sa signature ;
- s'agissant du titre de perception d'un montant de 4 618 euros, les deux travailleurs étrangers ont regagné leur pays d'origine à leurs frais ; il n'est pas démontré que l'office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) si bien qu'il convient de la décharger du recouvrement de cette somme.
En ce qui concerne les conclusions à fin de décharge :
- les éléments retenus à son encontre sont liés à une période d'absence du dirigeant ; les deux travailleurs étrangers ont été recrutés par un collaborateur durant une période de surcharge de travail ; leur intervention sur le chantier était récente ; dans ce contexte, en l'absence de précédent, et alors qu'elle est très impactée par la crise sanitaire, la somme exigée est disproportionnée et doit être ramenée à un montant de 7 240 euros ;
- il convient de la décharger en totalité de la somme sollicitée au titre de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que les deux étrangers en situation de travail irrégulier ont regagné leur pays d'origine à leur frais.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2021, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête :
- est irrecevable en raison de l'absence de production des décisions attaquées et du défaut d'avocat ;
- est infondée car la matérialité des faits et le caractère intentionnel sont établis.
Par un courrier du 6 septembre 2024, les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'abrogation par la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 des articles L. 822-2 et L. 822-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement codifiés aux articles L. 626-1 et suivants de ce code avant le 1er mai 2021, et de ce qu'il appartient au juge administratif, statuant comme juge de plein contentieux sur une contestation portant sur une créance fondée sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de faire application, le cas échéant, d'une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l'infraction a été commise et celle à laquelle il statue.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 2024-642 du 26 janvier 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;
- les conclusions de M. Bernabeu, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Paribat a fait l'objet, le 1er juillet 2019, d'un contrôle de police sur un chantier de construction, au cours duquel a été constatée, par un procès-verbal dressé le même jour, la présence en action de travail de deux ressortissants turcs, dépourvus de titre de séjour et de travail. Par une décision du 5 février 2020, le directeur général de l'OFII, a mis à la charge de la société, d'une part, la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, pour un montant de 36 200 euros, d'autre part, la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement, pour un montant de 4 618 euros. Deux titres de perception ont été émis le 11 juin 2020 par la direction générale des finances publiques de l'Essonne. La société Paribat a présenté le 17 juillet 2020 une réclamation contre ces titres de perception, qui a été rejetée implicitement. Elle doit être regardée comme demandant, à titre principal, l'annulation des deux titres de perception émis le 11 juin 2020 et de la décision née du silence gardé par l'administration sur la réclamation dirigée contre ces titres de perception, ainsi que la décharge des sommes correspondant, subsidiairement, la réduction du montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail à la somme de 7 240 euros.
Sur les fins de non-recevoir opposées en défense :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / () ".
3. La société requérante a produit à l'instance les titres de perception émis le 11 juin 2020 ainsi qu'un courrier du 3 mars 2021 par lequel le directeur départemental des finances public a fait état de la réclamation formée par la société contre ces deux titres de perception, reçue le 28 juillet 2020, et lui a indiqué que sa contestation avait fait l'objet d'un rejet implicite. Dans ces conditions, la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité de la requête faute de production de la décision attaquée doit être écartée.
4. En second lieu, aux termes de l'article R. 431-2 du code de justice administrative : " Les requêtes et les mémoires doivent, à peine d'irrecevabilité, être présentés soit par un avocat, soit par un avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, lorsque les conclusions de la demande tendent au paiement d'une somme d'argent, à la décharge ou à la réduction de sommes dont le paiement est réclamé au requérant ou à la solution d'un litige né de l'exécution d'un contrat () ".
5. La société Paribat est représentée à l'instance par un avocat. Par suite, la fin de non-recevoir tirée du défaut de ministère d'avocat doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge relatives à la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement :
6. D'une part, dans sa version en vigueur au moment des faits, l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, codifié à partir du 1er mai 2021 à l'article L. 822-2 du même code, dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui pourront être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui aura occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquittera une contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement de l'étranger dans son pays d'origine () ". Aux termes du VII de l'article 34 de la loi du 26 janvier 2024 : " La section 2 du chapitre II du titre II du livre VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est abrogée ".
7. Il appartient au juge administratif, statuant comme juge de plein contentieux sur une contestation portant sur une créance fondée sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de faire application, le cas échéant, d'une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l'infraction a été commise et celle à laquelle il statue.
8. Les sanctions encourues en vertu de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France, ultérieurement codifiées aux articles L. 822-2 et L. 822-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, ont le caractère d'une sanction que l'administration inflige à un administré. Il y a lieu pour le tribunal de relever d'office que ces dispositions, qui fondent la sanction correspondant à la créance en litige, ont été abrogées par la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024.
9. Il s'ensuit que le titre de perception émis le 11 juin 2020 pour le recouvrement de la contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français doit être annulé pour ce motif, sans qu'il soit besoin de statuer sur les moyens de la requête dirigés à son encontre, et il y a lieu de décharge la société Paribat de son obligation de payer la somme de 4 618 euros à laquelle elle a été assujettie au titre de cette contribution.
Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge relatives à la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail :
10. En premier lieu, par une décision du 19 décembre 2019, régulièrement publiée sur le site internet de l'OFII le même jour, et entrée en vigueur le 1er janvier 2020, le directeur général de l'OFII a donné délégation de signature à " Mme C A, chef du service juridique et contentieux, conseillère juridique auprès du directeur général et, en cas d'absence ou d'empêchement, à Mme D B , adjointe, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, tous actes, décisions et correspondances relevant du champ de compétences du service juridique et contentieux, tel que défini par la décision du 31 décembre 2013, notamment les mémoires en défense devant les juridictions et les décisions prises sur recours gracieux, ainsi que l'ensemble des décisions relatives aux contributions spéciale et forfaitaire et aux créances salariales, y compris les remises et admissions en non-valeur ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 5 février 2020 d'appliquer à la société Paribat la contribution spéciale, sur la base de laquelle a été émis le titre de perception attaqué est, en tout état de cause, infondé.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail, dans sa version applicable au litige : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention () ". Aux termes de l'article R. 8253-2 de ce code : " I. Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231 12. / II. Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III. Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. / () ".
12. Le juge administratif peut décider, après avoir exercé son plein contrôle sur les faits invoqués et la qualification retenue par l'administration, soit de maintenir la sanction prononcée, soit d'en diminuer le montant jusqu'au minimum prévu par l'article L. 8253-1 du code du travail, soit d'en décharger l'employeur, mais ne peut moduler l'application du barème fixé par les dispositions précitées.
13. Il ressort du procès-verbal d'infraction du 1er juillet 2019, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que la présence de deux ressortissants turcs en position de travail pour la société Paribat a été constatée sur un chantier de construction, lesquels étaient démunis de titre autorisant le séjour et le travail. La société requérante, qui ne conteste pas la matérialité des faits ni leur qualification, sollicite la décharge, à tout le moins partielle, de son obligation portant sur les sommes mises à sa charge au titre de la contribution spéciale, en faisant état de ses dix-sept années d'existence sans avoir employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions précitées, ainsi que d'une situation particulière de surcharge de travail et d'absence de son dirigeant. Toutefois, compte tenu de la nature des infractions commises et alors que la société n'établit ni les difficultés de recrutement invoquées, ni sa trésorerie " fragile ", elle n'est pas fondée à soutenir que le montant de la contribution spéciale mis à sa charge par l'OFII présenterait un caractère disproportionné et à en solliciter la décharge partielle.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société Paribat dirigées contre la créance qui a été mise à sa charge au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail doivent être rejetées dans leur ensemble.
Sur les frais d'instance :
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : Le titre de perception émis le 11 juin 2020 par la direction générale des finances publiques de l'Essonne pour le recouvrement de la somme de 4 618 euros auprès de la société Paribat au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement est annulé.
Article 2 : La société Paribat est déchargée du paiement de la somme de 4 618 euros.
Article 3 : Le surplus de la requête de la société Paribat est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Paribat et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Copie en sera adressée à la direction départementale des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 18 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Baffray, président,
- Mme Lançon, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 octobre 2024.
La rapporteure,Le président,
N. Gaullier-ChatagnerJ.-F. BaffrayLa greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026