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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2104336

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2104336

vendredi 28 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2104336
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationD
Formation9ème chambre
Avocat requérantADDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés le 30 mars 2021, le 7 juin 2021 et le 17 mai 2022, M. C A, représenté par Me Adda et Me Dalmasso, demande au tribunal :

1°) la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2014 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de lui accorder le sursis de paiement de l'ensemble des rectifications mises à sa charge, en application de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la proposition de rectification qui lui a été adressée est insuffisamment motivée ;

- l'administration ne démontre pas qu'il aurait eu la qualité de maître de l'affaire ;

- le montant correspondant au profit sur le Trésor imputé à la SARL Espoir Service au titre de l'année 2014 n'est pas constitutif de revenus distribués, de sorte que la base imposable doit être réduite de ce montant.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2021, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 13 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 30 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A avait jusqu'au 1er septembre 2014 la qualité de gérant et d'associé de la SARL Espoir Service, dont il détenait 30% des parts sociales. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité qui a porté sur la période du 1er novembre 2013 au 31 décembre 2014. Lors des opérations de vérification l'administration a relevé que cette société avait procédé à la distribution de revenus, d'un montant de 328 427 euros, entrant dans le champ des dispositions du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts. Estimant que M. A était le bénéficiaire de cette distribution, imposable dans la catégorie des revenus mobiliers, elle lui a notifié, au titre de l'année 2014, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et de prélèvements sociaux assortis de pénalités, par une proposition de rectification en date du 31 juillet 2015. M. A a contesté ces impositions supplémentaires, en dernier lieu, par une réclamation en date du 19 décembre 2018. Cette réclamation a été implicitement rejetée. Le requérant demande au Tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu, de la contribution exceptionnelle sur les hauts revenus et des prélèvements sociaux auxquels il a été assujetti au titre de l'année 2014 ainsi que des pénalités correspondantes. Sa requête doit en outre être regardée comme tendant à la réduction de ces impositions proportionnellement à une réduction en base d'un montant correspondant au profit sur le Trésor mis à la charge de la SARL Espoir Service.

Sur la procédure :

2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. S'agissant de revenus distribués, cette motivation peut résulter, soit de la reproduction de la teneur de la proposition de rectification adressée à la société distributrice, soit de la jonction de cette proposition de rectification en annexe du document adressé au bénéficiaire des distributions, dès lors du moins que le document concernant la société est lui-même suffisamment motivé.

3. La proposition de rectification en date du 31 juillet 2015 adressée à M. A énonce, d'abord, qu'elle s'inscrit dans le cadre des conséquences des opérations de contrôle diligentées par le service à l'encontre de la SARL Espoir Service au titre de la période du 1er novembre 2013 au 31 décembre 2014, dont le requérant était le gérant de droit du 1er novembre 2013 au 1er septembre 2014. Elle mentionne, ensuite, que des distributions ont été notifiées à la suite de la vérification de comptabilité dont cette société a fait l'objet, précise les textes sur le fondement desquels les rectifications sont opérées et expose avec suffisamment de précision les motifs qui ont conduit aux rectifications, notamment en ce qui concerne l'origine et la consistance des revenus distribués. En outre, il est constant qu'à cette proposition de rectification était jointe celle en date du 30 juillet 2015 adressée à la SARL Espoir Service. Le requérant, qui a été mis à même de comprendre les liens existant entre ces deux propositions de rectification, a ainsi disposé de l'ensemble des informations nécessaires pour contester utilement les impositions en litige. Il suit de là que les dispositions des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales n'ont pas été méconnues.

Sur le bien-fondé :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

4. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, ayant donné son accord à la rectification ou s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. () ".

5. Il résulte de l'instruction et notamment de la décision du 18 août 2020 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis a rejeté une précédente réclamation relative aux mêmes impositions formée par le requérant, que celui-ci n'a pas présenté d'observations consécutivement à la proposition de rectification en date du 31 juillet 2015 déjà mentionnée. Ce dernier ayant ainsi donné tacitement son accord aux rectifications qui ont conduit aux impositions en litige, il lui incombe de démontrer le caractère exagéré de ces impositions.

En ce qui concerne les distributions :

6. Aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital () ". Aux termes de l'article 110 du même code : " Pour l'application du 1° du 1 de l'article 109, les bénéfices s'entendent de ceux qui ont été retenus pour l'assiette de l'impôt sur les sociétés ". Aux termes de l'article 47 de l'annexe II au même code : " Toute rectification du bénéfice imposable à l'impôt sur les sociétés au titre d'une période sera prise en compte au titre de la même période pour le calcul des sommes distribuées ".

S'agissant de l'appréhension des revenus distribués :

7. L'administration a relevé que la SARL Espoir Service avait procédé, au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2014, à la distribution de bénéfices relevant du 1° du 1 de l'article 109 du code général des impôts, pour un montant total de 328 427 euros. Elle a estimé sur la base d'informations issues de l'exercice de son droit de communication auprès de l'organisme bancaire détenant deux comptes ouverts par cette société, que le requérant était durant toute l'année 2014 la seule personne signataire autorisée à engager les fonds de cette société et détenait les pouvoirs de gestion les plus étendus au sein de la société. Elle en a déduit que celui-ci, qui était le gérant de droit de cette société du 1er janvier au 1er septembre 2014, devait être regardé comme en ayant été le gérant de fait ultérieurement et jusqu'au 31 décembre 2014 et qu'il était le bénéficiaire de l'intégralité des revenus distribués mentionnés ci-dessus. Si le requérant soutient qu'il ne peut être désigné comme le bénéficiaire de ces revenus, il résulte de ce qui est dit au point 5 qu'il lui appartient de l'établir, alors même qu'il n'aurait pas eu la qualité de maître de l'affaire durant la période mentionnée ci-dessus. En l'espèce, il ne rapporte pas la preuve qui lui incombe, dès lors qu'il se borne à faire valoir que c'est à l'administration d'établir que les nouveaux gérant et associés au 1er septembre 2014 n'ont pas exercé leurs droits, qu'il avait conservé la signature sur les comptes bancaires de la société à compter de cette même date et à demander à l'administration de produire de pièces dont il lui appartenait d'ailleurs de demander la communication conformément aux dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales. Ainsi, la circonstance qu'il n'était plus le gérant de droit ni l'associé au 31 décembre 2014 ne s'oppose pas à ce qu'il soit regardé comme le bénéficiaire des revenus distribués par la SARL Espoir Service. Il suit de là que le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il ne peut être regardé comme le bénéficiaire des revenus distribués par la SARL Espoir Service.

S'agissant du montant des revenus distribués :

8. Lorsque, pour procéder au rehaussement des bénéfices imposables d'une société, l'administration procède à la réintégration de la somme correspondant au montant hors taxes de recettes omises puis ajoute à ces bénéfices la somme correspondant au montant de la taxe sur la valeur ajoutée due sur ces recettes calculées hors taxes, cette décomposition ne saurait avoir pour effet de remettre en cause le caractère de revenu distribué de la totalité des recettes. Par suite, l'administration est fondée à regarder comme distribuées les sommes correspondant, d'une part, au montant hors taxes des recettes omises et, d'autre part, au montant de la taxe sur la valeur ajoutée due sur les recettes calculées hors taxes.

9. Il résulte de l'instruction que l'administration a déterminé le montant des revenus distribués par la SARL Espoir Service en ajoutant à la somme de 42 929 euros correspondant au résultat reconstitué de la société au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2014, un montant de 285 498 euros correspondant à un profit sur le Trésor imputé à la société pour ce même exercice. En dépit de ce que soutient le requérant, l'administration était légalement fondée à en déduire que les revenus distribués dont il avait bénéficié étaient d'un montant de 328 427 euros.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de décharge et de réduction des impositions en litige présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur la demande de sursis de paiement :

11. En application des dispositions de l'article L. 277 du livre des procédures fiscales l'exigibilité de la créance en litige est suspendue jusqu'à la décision du tribunal. Il résulte de ce qui précède que les conclusions du requérant tendant à l'octroi du sursis de paiement prévu par ce texte doivent en tout état de cause être rejetées.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions, y compris celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2022.

Le rapporteur,

D. B

La présidente,

J. Jimenez Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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