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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2104557

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2104557

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2104557
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantJOSEPH AGUERA & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 avril 2021, et un mémoire complémentaire du 8 novembre 2021, la société Etablissements Nicolas, représentée par Me Boisadam, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de contribution à la formation professionnelle continue (FPC) qui lui ont été assignées au titre des années 2013 et 2014, à la suite d'une déclaration complémentaire de régularisation déposée le 19 juillet 2016, assortie des intérêts moratoires ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3.000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- l'indemnité compensatrice et forfaitaire perçue par les gérants non-salariés des succursales de commerce de détail alimentaire qui se voient confier la gestion des magasins de la société, en application de l'article 29 de l'accord collectif des maisons d'alimentation à succursales, supermarchés, hypermarchés "gérants mandataires" du 18 juillet 1963 étendu par arrêté du 25 avril 1985, qui ne bénéficient pas de la mise à disposition gratuite d'un logement ne constitue pas une rémunération, au sens de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale, dès lors que cette somme n'est pas perçue à l'occasion du travail mais en vertu d'un accord collectif ;

- les dispositions de l'article L. 7322-2 du code du travail ne visent que la rémunération constituée par les remises proportionnelles au montant des ventes, ce qui ne correspond pas à la nature de l'indemnité compensatrice versée en vertu d'un accord collectif et en raison de l'absence d'attribution d'un logement.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 8 septembre et 23 novembre 2021, le directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Thobaty, premier conseiller,

- les conclusions de M. Puechbroussou, rapporteur public,

- les observations de Me Herb, substituant Me Boisadam, pour la société Etablissements Nicolas, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une vérification de comptabilité, les services de la direction des vérification nationales et internationales ont rehaussé, par une proposition de rectification du 26 juillet 2016, la base d'imposition de la contribution à la formation professionnelle continue prévue à l'article 235 ter D du code général des impôts au titre des années 2013 et 2014, en substituant au montant forfaitaire déclaré en fonction du barème des avantages en nature la somme réellement versée aux gérants non-salariés de la société Etablissements Nicolas en vue de compenser l'absence de mise à disposition d'un logement de fonction. L'administration a réintégré dans l'assiette de la participation pour la formation professionnelle continue, la différence entre le montant de l'indemnité et la valeur déclarée en tant qu'avantage en nature, soit la somme de 2.793.520 euros pour l'année 2013 et 2.897.129 euros pour l'année 2014. La société requérante a mis en œuvre la procédure de régularisation prévue à l'article L. 62 du livre des procédures fiscales et a déposé une déclaration complémentaire de régularisation, le 19 juillet 2016, et payé les droits complémentaires le 5 septembre 2016, en bénéficiant d'un taux réduit d'intérêts de retard. Par cette requête, la société Etablissements Nicolas demande la décharge de ces impositions primitives.

Sur l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes de l'article 235 ter C du code général des impôts: " Conformément aux dispositions de l'article L. 6331-1 du code du travail, tout employeur, à l'exception de l'État, des collectivités locales et de leurs établissements publics à caractère administratif, concourt au développement de la formation professionnelle continue dans les conditions définies par ce même article ". Aux termes de l'article 235 ter D de ce code : " Conformément aux dispositions de l'article L. 6331-9 du code du travail, les employeurs d'au moins dix salariés consacrent au financement des actions de formation professionnelle continue un pourcentage au moins égal à 1,60 % du montant des rémunérations versées ". Aux termes de l'article L. 6331-9 du code du travail : " les rémunérations sont entendues au sens des règles prévues aux chapitres 1er et II du titre IV du livre II du code de la sécurité sociale ". Aux termes de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale, dans sa version alors en vigueur : "Pour le calcul des cotisations des assurances sociales, des accidents du travail et des allocations familiales, sont considérées comme rémunérations toutes les sommes versées aux travailleurs en contrepartie ou à l'occasion du travail, notamment les salaires ou gains, les indemnités de congés payés, le montant des retenues pour cotisations ouvrières, les indemnités, primes, gratifications et tous autres avantages en argent, les avantages en nature, ainsi que les sommes perçues directement ou par l'entremise d'un tiers à titre de pourboire ()".

3. Aux termes de l'article L. 311-2 du code de la sécurité sociale : " Sont affiliées obligatoirement aux assurances sociales du régime général, quel que soit leur âge et même si elles sont titulaires d'une pension, toutes les personnes quelle que soit leur nationalité, de l'un ou de l'autre sexe, salariées ou travaillant à quelque titre ou en quelque lieu que ce soit, pour un ou plusieurs employeurs et quels que soient le montant et la nature de leur rémunération, la forme, la nature ou la validité de leur contrat ". Aux termes du 6° de l'article L. 311-3 de ce code : " Sont notamment compris parmi les personnes auxquelles s'impose l'obligation prévue à l'article L. 311-2, même s'ils ne sont pas occupés dans l'établissement de l'employeur ou du chef d'entreprise, même s'ils .possèdent tout ou partie de l'outillage nécessaire à leur travail et même s'ils sont rétribués en totalité ou en partie à l'aide de pourboires () les gérants non-salariés des coopératives et les gérants de dépôts de sociétés à succursales multiples ou d'autres établissements commerciaux ou industriels ()".

4. Aux termes de l'article 29 de l'accord collectif national du 18 juillet 1963 concernant les gérants non-salariés des maisons d'alimentation à succursales, supermarchés, hypermarchés "gérants mandataires" du 18 juillet 1963, étendu par arrêté du 25 avril 1985 publié au journal officiel de la République française le 14 mai 1985 : " Le logement est assuré gratuitement à tous les gérants mandataires non-salariés et ne peut venir sous aucune forme en déduction du minimum garanti ou du montant des commissions. A défaut de logement gratuit, les gérants mandataires non-salariés recevront une indemnité compensatrice et forfaitaire négociée paritairement. () Les charges et taxes incombant normalement aux propriétaires sont supportées par les sociétés qu'elles soient ou non propriétaires des locaux. / Le logement constituant un accessoire du contrat de gérance, les gérants mandataires non-salariés en conservent le bénéfice pendant les périodes de suspension du contrat () ".

5. Il résulte de ces dispositions que l'assiette de la contribution à la formation professionnelle continue prévue à l'article 235 ter D du code général des impôts, qui est déterminée par référence à celle des cotisations du régime général de sécurité sociale, comprend la rémunération versée aux gérants non-salariés constituée par toutes les sommes versées aux travailleurs en contrepartie ou à l'occasion du travail, notamment les salaires ou gains et les avantages en nature. L'indemnité compensatrice versée obligatoirement par les employeurs, en application de l'article 29 de l'accord collectif national du 18 juillet 1963, à défaut de fourniture de logement gratuit, constitue selon cet accord un accessoire du contrat de gérance et doit être regardée comme une rémunération versée aux gérants non-salariés en contrepartie ou à l'occasion du travail, au sens de l'article L. 242-1 du code de la sécurité sociale. Par suite, le moyen tiré de ce que ces sommes ne sont pas perçues à l'occasion du travail doit être écarté.

6. Aux termes de l'article L. 7322-2 du code du travail: " Est gérant non salarié toute personne qui exploite, moyennant des remises proportionnelles au montant des ventes, les succursales des commerces de détail alimentaire ou des coopératives de consommation lorsque le contrat intervenu ne fixe pas les conditions de son travail et lui laisse toute latitude d'embaucher des salariés ou de se faire remplacer à ses frais et sous son entière responsabilité () ".

7. Si la société requérante soutient que la rémunération des gérants non-salariés soumise aux cotisations de sécurité sociale est limitée aux remises proportionnelles au montant des ventes prévues à l'article L. 7322-2 du code du travail et exclut de cette assiette l'indemnité compensatrice versée en l'absence de mise à disposition d'un logement en vertu d'un accord collectif, les dispositions de cet article n'ont pas pour objet de fixer l'assiette des cotisations de sécurité sociale, mais de fixer la définition de la qualité de gérant non-salarié. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

8. Si la société requérante invoque la méconnaissance du principe constitutionnel d'égalité et de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ces moyens, qui d'indiquent pas quelle norme aurait méconnu ce principe et cette charte, sont dépourvus des précisions suffisantes pour permettre d'en apprécier le bien-fondé.

Sur l'application de la doctrine administrative :

9. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales ".

10. A supposer que la société requérante ait entendu se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscale,s de l'interprétation du code de la sécurité sociale figurant au bulletin officiel de la sécurité sociale (BOSS) relatif aux principes d'assujettissement des avantages en nature, de telles énonciations, qui ne sont pas afférentes à un texte fiscal, n'entrent pas dans le champ de cette garantie. En tout état de cause, la société requérante, qui n'a pas fait application de cette doctrine lors de sa déclaration, n'est pas fondée à invoquer cette garantie à l'encontre d'impositions primitives.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la société requérante n'est pas fondée à demander la décharge des impositions en litige, ni davantage, en tout état de cause, le versement d'intérêts moratoires. L'Etat n'étant pas la partie perdante, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 doivent être rejetées.

D E C I D E

Article 1er : La requête de société Etablissements Nicolas est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à la société Etablissements Nicolas et au directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales.

Délibéré après l'audience du 22 juin 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Toutain, président,

- M. Thobaty, premier conseiller,

M. Doyelle, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juillet 2023.

Le rapporteur,

G. Thobaty

Le président,

E. Toutain

La greffière,

A. Diallo

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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