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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2104677

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2104677

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2104677
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantGUEZ GUEZ SEFIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 7 avril 2021 et le 2 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Guez Guez, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 45 000 euros en réparation du préjudice qu'il a subi à la suite de faits de harcèlement moral ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de le réintégrer au sein de son unité de sûreté auprès de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle - Le Bourget ;

3°) d'enjoindre à l'Etat de procéder à la destruction de son " dossier de service " ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il a subi des faits de harcèlement moral en 2017 au regard des conditions de déroulement de la procédure de notation au titre de l'année 2016 ;

- il a subi des faits de harcèlement moral en 2018 du fait des obstacles opposés par sa hiérarchie à deux reprises pour poursuivre des investigations relatives à des failles de sécurité et de l'irrégularité de la décision de désarmement dont il a fait l'objet ;

- il a subi des faits de harcèlement moral en 2019 et 2020 dès lors qu'il a été le seul agent à avoir été auditionné par les services de la DGSI dans le cadre de sa demande d'habilitation, que n'a pas été pris en compte son signalement d'octobre 2019, que sa signature a été usurpée pendant ses congés, qu'il a fait l'objet d'une tentative d'extorsion au cours d'un entretien le 13 décembre 2019, qu'il a fait l'objet de sollicitations abusives pendant ses périodes de congés, que sa carte d'identification aéroportuaire a été désactivée sans qu'il en ait été informé au préalable, qu'il a fait l'objet d'un second désarmement le 31 mars 2020 levé après un entretien médical, qu'il a fait l'objet d'un changement d'affectation et que le contenu de son dossier administratif comporte de nombreuses irrégularités ;

- cette situation de harcèlement moral a conduit à une dégradation de ses conditions de travail et de sa santé, ce qui lui a causé un préjudice moral de 45 000 euros.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2022, le ministre de l'intérieur, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir, à titre principal, que les conclusions à fin d'indemnisation sont irrecevables en raison de leur tardiveté et, à titre subsidiaire, que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 13 janvier 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courneil,

- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,

- et les observations de Me Guez Guez, représentant M. B, présent.

Considérant ce qui suit :

1. Gardien de la paix affecté au sein de l'unité de sûreté de la direction de la police aux frontières de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle - Le Bourget depuis le 19 janvier 2017, M. B a, par un courrier daté du 24 septembre 2020, sollicité auprès du ministre de l'intérieur l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait du harcèlement moral dont il se dit victime.

2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. Toutefois, lorsqu'une décision explicite de rejet intervient avant l'expiration de cette période, elle fait à nouveau courir le délai de recours ".

3. D'autre part, en vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui disposent que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ". En outre, l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents. Il résulte de l'ensemble de ces dispositions qu'en cas de naissance d'une décision implicite de rejet du fait du silence gardé par l'administration pendant la période de deux mois suivant la réception d'une demande, le délai de deux mois pour se pourvoir contre une telle décision implicite court dès sa naissance à l'encontre d'un agent public. Ce n'est qu'au cas où, dans le délai de deux mois ainsi décompté, l'auteur de la demande adressée à l'administration reçoit notification d'une décision expresse de rejet qu'il dispose alors, à compter de cette notification, d'un nouveau délai pour se pourvoir.

4. Enfin, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; 2° Infligent une sanction ; 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; 5° Opposent une prescription, une forclusion ou une déchéance ; 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; 8° Rejettent un recours administratif dont la présentation est obligatoire préalablement à tout recours contentieux en application d'une disposition législative ou réglementaire. ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

5. En l'espèce, il résulte de l'instruction que M. B a présenté une demande indemnitaire préalable le 24 septembre 2020 par courrier réceptionné par le bureau du cabinet du ministre de l'intérieur le 30 septembre 2020. En application des dispositions précitées, une décision implicite de rejet est née le 30 novembre 2020, date à laquelle le délai de deux mois de recours réglementaire a commencé à courir, alors même que l'administration n'a pas accusé réception de la demande de cet agent, les dispositions de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration n'étant pas applicables aux agents publics. En outre, il ne résulte pas de l'instruction, et n'est au demeurant pas allégué, qu'une décision expresse de rejet serait intervenue dans le délai de recours ainsi décompté ni du reste que le requérant aurait exercé un recours gracieux contre le rejet implicite de sa demande indemnitaire, s'étant borné à demander la communication des motifs de rejet de celle-ci, démarche qui, s'agissant d'une décision de rejet d'une demande indemnitaire préalable qui n'entre dans le champ d'application d'aucune disposition de l'article L. 211-2 du code de relations entre le public et l'administration, n'a pu avoir pour effet de proroger le délai de recours contentieux. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne peut utilement faire valoir avoir engagé son recours contentieux dans le délai raisonnable d'un an à compter de la naissance implicite de rejet litigieuse, le ministre de l'intérieur fait valoir à bon droit que la requête enregistrée le 7 avril 2021 est irrecevable en raison de sa tardiveté.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 22 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 juin 2023.

La rapporteure,

L. Courneil

La présidente,

N. Ribeiro-MengoliLa greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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