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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2105511

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2105511

jeudi 2 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2105511
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantBOUQUET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 avril 2021, et des mémoires, enregistrés le 20 décembre 2021 et le 21 mars 2022, la société civile immobilière (SCI) ANSI, représentée par Me Bouquet, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée qui lui ont été réclamés au titre de la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le remboursement des dépens, ainsi que la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'usage du droit d'option à la taxe sur la valeur ajoutée prévu à l'article 260 du code général des impôts ne s'applique pas à sa situation dans la mesure où elle exerce une activité économique ;

- l'activité d'exploitation et de location de chambres en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) n'est pas exonéré de taxe sur la valeur ajoutée ;

- la déduction de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé ses frais généraux lui est permise en application de l'article 271 du code général des impôts.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 octobre 2021, le 3 février 2022 et le 23 mars 2022, le directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) au non-lieu à statuer à hauteur de la restitution prononcée par une décision du 3 février 2022, d'un montant de 2 205 euros de droits, 3 198 euros de pénalités et 255 euros d'intérêts de retard au titre des dégrèvements prononcés au titre de l'année 2013, d'un montant de 4 372 euros de droits, 1 749 euros de pénalités et 297 euros d'intérêts de retard au titre des dégrèvements prononcés au titre de l'année 2014 et d'un montant de 13 293 euros de droits, 5 317 euros de pénalités et 266 euros d'intérêts de retard au titre des dégrèvements prononcés au titre de l'année 2015 ;

2°) au rejet du surplus des conclusions de la requête, en soutenant que les moyens qu'elle comporte concernant la déductibilité des honoraires de commercialisation ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 mai 2022, la clôture de l'instruction a été prononcée avec effet immédiat en application des dispositions des articles R. 611-11-1 et R. 613-1 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive n° 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle ont été entendus le rapport de M. David et les conclusions de M. Iss, rapporteur public, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile immobilière (SCI) ANSI, propriétaire d'un ensemble immobilier à usage d'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) à

Saint-Palais-sur-Mer (Charente-Maritime), a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 2 mars au 27 mai 2016 portant, en matière de taxe sur la valeur ajoutée, sur la période du 1er janvier 2013 au 31 décembre 2015, à la suite de laquelle le directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales lui a adressé, le 20 juin 2016, une proposition de rectification remettant en cause la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé certaines de ses opérations. Elle demande au tribunal de prononcer la décharge de ces rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre des années 2013, 2014 et 2015.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision du 3 février 2022 postérieure à l'introduction de la requête, le directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales a prononcé un dégrèvement partiel d'un montant total de 30 952 euros, au titre de la période comprise entre le 1er janvier 2013 et le 31 décembre 2015, dont 19 870 euros de taxe sur la valeur ajoutée, 10 264 euros de pénalités et 818 euros d'intérêts de retard. Par suite, les conclusions à fin de décharge sont, dans cette mesure, devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions à fin de décharge :

3. Aux termes du I de l'article 271 du code général des impôts : " La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération () ". Il résulte de ces dispositions, interprétées à la lumière de directive n° 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006, que l'existence d'un lien direct et immédiat entre une opération particulière en amont et une ou plusieurs opérations en aval ouvrant droit à déduction est, en principe, nécessaire pour qu'un droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée en amont soit reconnu à l'assujetti et pour déterminer l'étendue d'un tel droit ; le droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée grevant l'acquisition de biens ou de services en amont suppose que les dépenses effectuées pour acquérir ceux-ci fassent partie des éléments constitutifs du prix des opérations taxées en aval ouvrant droit à déduction. En l'absence d'un tel lien, un assujetti est toutefois fondé à déduire l'intégralité de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé des biens et services en amont, lorsque les dépenses liées à l'acquisition de ces biens et services font partie de ses frais généraux et sont, en tant que telles, des éléments constitutifs du prix des biens produits ou des services fournis par cet assujetti.

4. En l'espèce, la SCI ANSI soutient qu'elle était fondée à déduire la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les honoraires de commercialisation qu'elle a versés à la société Cerenicimo, dans la mesure où ces frais entretiennent un lien direct et immédiat avec l'ensemble de son activité économique et doivent donc être regardés comme faisant partie de ses frais généraux. Dès lors qu'il est constant que les dépenses en cause sont inhérentes à des opérations de cessions immobilières, la SCI ANSI ayant conclu une convention de commercialisation avec la société Cerenicimo en vue de céder des chambres en établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes, et, par suite, présumées entretenir un lien direct et immédiat avec ces opérations de vente exonérées de taxe sur la valeur ajoutée, il incombe à la SCI ANSI d'établir, par tout élément probant, que ces dépenses n'ont pas été incorporées dans le prix de vente, qu'elles peuvent donc être regardées comme faisant partie de ses frais généraux, et qu'ainsi, la taxe litigieuse est en définitive déductible comme ayant grevé des dépenses en lien direct et immédiat avec l'ensemble de son activité économique.

5. Pour établir, ainsi qu'il lui incombe, que les frais de commercialisation n'ont pas été incorporés dans le prix de cession et qu'ils peuvent être regardés ainsi comme faisant partie de ses frais généraux, la SCI ANSI se borne à produire une copie de la convention de commercialisation qu'elle a conclue avec la société Cerenicimo en 2013, qui stipule que ces honoraires sont à la charge de la requérante. Toutefois, à défaut de fournir les actes de cession, qui n'ont pas été versés au dossier, ou de tout autre élément établissant les modalités de calcul de la valeur vénale du bien ou de la transcription en comptabilité de ces frais dans les frais généraux, la requérante ne peut être regardée comme démontrant que le prix de cession en cause ne comprenait pas les honoraires de commercialisation inhérents à cette cession. Dès lors, la SCI ANSI n'est pas fondée à soutenir que les honoraires de commercialisation ont été incorporées dans le prix de la cession des chambres et, par suite, que la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé de telles dépenses était déductible.

6. Il résulte de tout ce qui précède que le surplus des conclusions à fin de décharge présentées par la SCI ANSI doit être rejeté.

Sur les frais liés à l'instance :

7. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme au titre des articles R. 761-1 et L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge présentées par la SCI ANSI à hauteur des dégrèvements prononcés le 3 février 2022 au titre des années 2013, 2014 et 2015.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière ANSI et au directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Toutain, président,

M. Doyelle, premier conseiller,

M. David, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2024.

Le rapporteur,

A. David

Le président,

E. Toutain

La greffière,

S. Desplan

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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