jeudi 30 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2106067 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 9ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | DES LIGNERIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 mai 2021 et le 27 mars 2024, M. B C, représenté par Me des Ligneris et Me Montcel, demande au tribunal :
1°) à titre principal, d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Vaujours a implicitement rejeté sa demande de lui communiquer un ensemble de pièces relatives à plusieurs lignes de dépenses figurant dans le compte administratif de l'année 2012 de la commune, à titre subsidiaire, d'annuler la décision du 23 mars 2021 par laquelle le maire de la commune de Vaujours a expressément rejeté cette demande ;
2°) d'enjoindre à la commune de Vaujours de lui communiquer les factures et devis justifiant les honoraires d'un montant total de 727 740,55 euros, relatifs à la rénovation du stade Jules Ferry, référencés sur les lignes budgétaires " Honoraires rénov. StadeJFerry- Mdt n°318 " dans le compte administratif voté par nature du " Budget communal Ml 4 (3) année 2012 ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Vaujours la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;
- le refus de lui communiquer les documents sollicités, en dépit de l'avis favorable de la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA), est illégal ;
- les décisions attaquées méconnaissent le principe de sincérité budgétaire et comptable.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 février 2024, la commune de Vaujours, représentée par Me Landot, conclut au rejet de la requête à titre principal et au non-lieu à statuer à titre subsidiaire et demande et à ce que soit mise à la charge du requérant la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable, étant tardive ;
- à titre subsidiaire, elle est devenue sans objet ;
- à titre infiniment subsidiaire, les autres moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 28 février 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Combes, rapporteur public,
- et les observations de M. C.
La commune de Vaujours n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. M. C a demandé, le 10 mars 2020, au maire de la commune de Vaujours, de lui communiquer les factures et devis justifiant les honoraires d'un montant total de 727 740,55 euros, relatifs à la rénovation du stade Jules Ferry, référencés sur les lignes budgétaires " Honoraires rénov. StadeJFerry- Mdt n°318 " dans le compte administratif voté par nature du " Budget communal Ml 4 (3) année 2012 ". Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par le maire de la commune de Vaujours sur cette demande. Par une demande enregistrée le 16 novembre 2020, M. C a saisi la Commission d'accès aux documents administratifs consécutivement à ce refus. Le 1er février 2021, la Commission d'accès aux documents administratifs a émis un avis favorable à la communication des documents demandés. En dépit de cet avis favorable, la commune de Vaujours a refusé de lui communiquer les documents sollicités. M. C demande l'annulation des décisions lui opposant ce refus.
Sur l'étendue du litige :
2. Le maire de la commune de Vaujours fait valoir qu'il a communiqué au requérant l'intégralité des dossiers de lots du marché de rénovation du stade Jules Ferry, y compris les factures s'y rapportant, et se prévaut d'un bordereau de ces documents remis en mains propres, le 31 août 2018, au requérant. Or, le dossier de la requête ne comporte pas une telle pièce. En outre, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier, notamment des échanges de courriers de l'année 2018 entre la commune et le requérant, que les factures que celui-ci a sollicitées lui auraient été communiquées. Par suite, le litige conserve son objet et il y a lieu de statuer sur la requête.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
3. D'une part, aux termes de l'article L. 342-1 du code des relations entre le public et l'administration prévoit que : " La Commission d'accès aux documents administratifs émet des avis lorsqu'elle est saisie par une personne à qui est opposé un refus de communication ou un refus de publication d'un document administratif en application du titre Ier () ". Aux termes de l'article R. 343-3 du code des relations entre le public et l'administration : " La commission notifie son avis à l'intéressé et à l'administration mise en cause, dans un délai d'un mois à compter de l'enregistrement de la demande au secrétariat. Cette administration informe la commission, dans le délai d'un mois qui suit la réception de cet avis, de la suite qu'elle entend donner à la demande ". Selon l'article R. 343-4 du même code : " Le silence gardé pendant le délai prévu à l'article R. 343-5 par l'administration mise en cause vaut décision de refus ". Aux termes de l'article R. 343-5 du même code : " Le délai au terme duquel intervient la décision implicite de refus mentionnée à l'article R. 343-4 est de deux mois à compter de l'enregistrement de la demande de l'intéressé par la commission ".
4. D'autre part, aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. " Aux termes de son article L. 112-6 : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation () ". Aux termes de son article R. 112-5 : " L'accusé de réception prévu par l'article L. 112-3 () indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision () ". Aux termes de l'article R 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
5. Il ressort des pièces du dossier qu'une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration pendant deux mois à la suite de la saisine de la CADA par M. C, le 16 novembre 2020. Contrairement à ce que soutient le requérant, le courriel du 23 mars 2021 que lui a adressé la commune de Vaujours ne comportait aucune décision, dès lors que ce courriel se bornait à lui indiquer que les renseignements qu'il avait communiqués ne permettaient pas de lui apporter les documents demandés et que les comptes n'étant pas dématérialisés en 2012, cela " rendait les recherches plus longues ". Ainsi, la commune n'a pris aucune décision expresse postérieurement à l'intervention de la décision implicite de rejet précitée. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que l'administration aurait notifié à l'intéressé les voies et délais de recours. Ainsi, la requête, enregistrée le 5 mai 2021, n'est pas tardive. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de l'irrecevabilité de la requête, doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs ". Aux termes de l'article L. 300-2 du code précité : " Sont considérés comme documents administratifs () les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, (). Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions, codes sources et décisions ". Selon l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 2121-26 du code général des collectivités territoriales : " Toute personne physique ou morale a le droit de demander communication des délibérations et des procès-verbaux du conseil municipal, des budgets et des comptes de la commune et des arrêtés municipaux () ".
8. Il résulte des dispositions de l'article L. 2121-26 du code général des collectivités territoriales que les comptes de la commune, ainsi que les pièces qui y sont, le cas échéant, annexées, constituent des documents administratifs communicables à toute personne qui en fait la demande. Il en va de même des pièces justificatives des dépenses exposées dans les comptes de la commune qui sont communicables en application de ces mêmes dispositions ainsi que des dispositions de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.
9. Les documents demandés par M. C et mentionnés au point 1 du présent jugement sont, ainsi que le relève la Commission d'accès aux documents administratifs (CADA), des documents administratifs communicables de plein droit au sens des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration et du code général des collectivités territoriales. Il ne ressort en outre d'aucune pièce du dossier, ainsi que le relève la CADA dans son avis du 1er février 2021, que cette demande, eu égard la nature des documents demandés, du destinataire de la demande et des éléments portés à sa connaissance aurait un caractère abusif, dès lors qu'une telle demande n'a pas été satisfaite précédemment, comme exposé au point 2, et qu'elle n'a pas pour objet ni pour effet de perturber délibérément le fonctionnement d'une administration ou de faire peser sur elle une charge excessive au regard des moyens dont elle dispose. En outre, la circonstance que plusieurs demandes aient été présentées par une même personne à la même autorité publique ne constitue pas, en elle-même, un obstacle à la communication de tels documents. Par suite, M. C est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le maire de la commune de Vaujours a implicitement rejeté sa demande de lui communiquer les factures et devis justifiant les honoraires d'un montant total de 727 740,55 euros, relatifs à la rénovation du stade Jules Ferry.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
11. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au maire de la commune de Vaujours de communiquer à M. C les documents mentionnés au point 1 du présent jugement, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. En revanche, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais de l'instance :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. C d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, les conclusions présentées à ce titre par la commune de Vaujours, partie perdante, doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite de rejet résultant du silence gardé par le maire de la commune de Vaujours pendant plus de deux mois à compter de l'enregistrement de la demande de M. C, auprès de la Commission d'accès aux documents administratifs, tendant à ce que lui soient communiqués les factures et devis justifiant les honoraires d'un montant total de 727 740,55 euros, relatifs à la rénovation du stade Jules Ferry, référencés sur les lignes budgétaires " Honoraires rénov. StadeJFerry- Mdt n°318 " dans le compte administratif voté par nature du " Budget communal Ml 4 (3) année 2012 " est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au maire de la commune de Vaujours de communiquer à M. C les documents cités à l'article 1er, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Vaujours versera à M. C une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au maire de la commune de Vaujours.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2024.
La magistrate désignée,
C. ALe greffier,
C. Chauvey
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026