lundi 6 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2107283 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 8ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | BEN DJABALLAH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 31 mai 2021, Mme C A, représentée par Me Bendjaballah, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande indemnitaire préalable réceptionnée le 25 février 2021 ;
2°) de condamner l'Etat à lui payer une somme de 15 000 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;
3°) à défaut, d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer sa demande dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
- la décision implicite de rejet née le 25 avril 2021 est insuffisamment motivée ;
- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'elle n'a reçu qu'une proposition de logement mais que le logement a finalement été attribué à un autre demandeur, alors qu'elle a été reconnue prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 18 décembre 2018 et que le jugement du tribunal administratif de Montreuil du 31 décembre 2019 n'a pas été exécuté ;
- elle est hébergée chez ses sœurs, qui elles-mêmes ont déjà plusieurs enfants, dans des logements trop étroits ;
- elle et ses deux enfants subissent des troubles de toute nature dans leurs conditions d'existence.
La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par un courrier du 26 décembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office, tirés de :
- l'irrecevabilité des conclusions à fin d'injonction présentées, qui concernent un litige distinct de la requête mettant en cause la responsabilité de l'État à raison de sa carence dans la mise en œuvre du droit au logement opposable, et qui tendent à ce que le juge administratif procède par voie d'injonction à titre principal, hors des cas prévus aux articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative ;
- l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision de rejet de la demande indemnitaire préalable, qui ne fait pas grief dès lors qu'elle se borne à lier le contentieux.
Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 11 janvier 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur ces litiges.
En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 18 décembre 2018, désigné Mme A comme prioritaire et devant être logée en urgence. Par un jugement du 31 décembre 2019, le tribunal, saisi par l'intéressée sur le fondement de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, a enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis d'assurer son relogement sous astreinte de 550 euros par mois de retard. Si elle a été proposée pour un logement avec un autre candidat le 6 août 2020 et a été placée en première position pour ce logement le 20 août suivant, elle a finalement été placée au rang 2 le 10 septembre 2020. Mme A a saisi le préfet d'une demande indemnitaire préalable par un courrier reçu le 25 février 2021. Cette demande a été implicitement rejetée. Mme A demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 15 000 euros en réparation des préjudices subis.
Sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction.
2. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a implicitement rejeté la demande indemnitaire formulée par Mme A se borner à lier le contentieux et ne fait pas grief. Les conclusions à fin d'annulation de cette décision sont donc irrecevables et doivent être rejetés.
3. En second lieu, les conclusions tendant à ce que le tribunal réexamine la demande indemnitaire préalable ou de logement tendent à ce que le juge administratif procède par voie d'injonction à titre principal, hors des cas prévus aux articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative, et concernent également un litige distinct de la présente requête mettant en cause la responsabilité de l'Etat à raison de sa carence dans la mise en œuvre du droit au logement opposable. Par suite, les conclusions présentées en ce sens doivent être rejetées comme irrecevables.
Sur la responsabilité :
4. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".
5. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.
6. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de 18 décembre 2018 au motif qu'elle était dépourvue de logement ou hébergée chez un particulier. Cependant, en dépit d'une mesure d'instruction réalisée à cet effet et datée du 11 juin 2021, la requérante, qui verse son acte de naissance attestant de ce qu'elle est née en France en 1991, n'établit ni même n'allègue qu'elle aurait la nationalité française, ni qu'à défaut, elle séjournerait régulièrement en France. Ses conclusions indemnitaires doivent donc, eu égard aux dispositions précitées de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, être rejetées. Il y a lieu de rejeter également, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Bendjaballah et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 février 2023.
Le magistrat désigné
Signé
L. BLa greffière
Signé
S. Jarrin
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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