vendredi 24 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2107818 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | D |
| Formation | 9ème chambre (J.U) |
| Avocat requérant | SEBAN ET ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 juin 2021, Mme A B épouse D, représentée par Me Delpla, demande au tribunal :
1°) d'annuler les titres de recettes n° 2526 et n° 2527 du 23 juillet 2019 par lesquels la commune de Saint-Denis a mis à sa charge les sommes de 2 248,68 euros et de 28 108,45 euros ;
2°) de condamner la commune de Saint-Denis à lui verser une indemnité de 30 000 euros en réparation du préjudice subi ;
3°) de mettre à la charge la commune de Saint-Denis une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
- aucun délai de recours ne lui est opposable dès lors que les titres exécutoires en litige ne lui ont pas été notifiés ;
- ces titres sont insuffisamment motivés ;
- ces titres ne comportent pas de signature ni de nom, en méconnaissance de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
- la créance invoquée par la commune est dépourvue de fondement en ce qui la concerne ;
- la responsabilité de la commune est engagée compte tenu des fautes que celle-ci a commises en mettant à sa charge des travaux lui incombant par le biais de l'établissement public territorial Plaine Commune, en émettant abusivement les titres exécutoires en litige, en faisant procéder à la saisie de son compte bancaire sans lui notifier préalablement les nouveaux titres exécutoires et en maintenant cette saisie.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 février 2022, la commune de Saint-Denis, représentée par Me Gauch, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la requérante une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable compte tenu de sa tardiveté ;
- à titre subsidiaire, les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que les conclusions tendant à la réparation par la commune de Saint-Denis d'un préjudice résultant de la saisie administrative à tiers détenteur sur le compte bancaire de la requérante et du maintien de cette saisie sont mal dirigées.
Par une ordonnance du 5 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 24 octobre 2022 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. C en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les conclusions de M. Combes, rapporteur public,
- et les observations de Me Rasamoelina, substituant Me Gauch, représentant la commune de Saint-Denis, la requérante n'étant ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D est la propriétaire des lots 1, 3, 5, 7 et 9 du bâtiment A inclus dans un ensemble immobilier situé 29 boulevard Jules Guesdes dans la commune de Saint-Denis. Par un arrêté du 4 mars 2015, modifié et complété par un arrêté du 7 juillet 2015, le maire de la commune de Saint-Denis a déclaré le bâtiment A en état de péril imminent, ordonné aux propriétaires de l'ensemble immobilier d'effectuer certaines opérations visant à mettre fin à ce péril et décidé notamment qu'à défaut d'exécution par ces derniers des mesures prescrites dans les délais impartis, celles-ci seraient réalisées d'office et les frais correspondants mis à leur charge, assortis de la majoration forfaitaire de 8% prévue par l'article L. 543-2 du code de la construction et de l'habitation. Par des titres exécutoires n° 3577 et n° 3575 du 25 août 2017, le maire de la commune de Saint-Denis a mis à la charge de la requérante les sommes respectives de 28 108,45 euros et de 2 248,68 euros, correspondant à sa quote-part des frais engagés par la commune pour réaliser les travaux prévus par les arrêtés des 4 mars 2015 et 7 juillet 2015 et à la majoration de 8% mentionnée ci-dessus. Ces titres exécutoires ont été annulés par un jugement du tribunal administratif de Montreuil n° 1710035 du 17 janvier 2019. Par des titres exécutoires n° 2527 et n° 2526 et du 23 juillet 2019, le maire de la commune de Saint-Denis a de nouveau mis à la charge de la requérante les sommes respectives de 28 108,45 euros et de 2 248,68 euros, correspondant à ces mêmes dépenses. Mme D demande au tribunal l'annulation des titres exécutoires n° 2527 et n° 2526 et du 23 juillet 2019.
Sur la fin de non-recevoir soulevée par la commune de Saint-Denis :
2. D'une part, aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. () "
3. D'autre part, le principe de sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause sans condition de délai des situations consolidées par l'effet du temps, fait obstacle à ce que puisse être contestée indéfiniment une décision administrative individuelle qui a été notifiée à son destinataire, ou dont il est établi, à défaut d'une telle notification, que celui-ci a eu connaissance. En une telle hypothèse, si le non-respect de l'obligation d'informer l'intéressé sur les voies et les délais de recours, ou l'absence de preuve qu'une telle information a bien été fournie, ne permet pas que lui soient opposés les délais de recours fixés par le code de justice administrative, le destinataire de la décision ne peut exercer de recours juridictionnel au-delà d'un délai raisonnable. En règle générale et sauf circonstances particulières dont se prévaudrait le requérant, ce délai ne saurait, sous réserve de l'exercice de recours administratifs pour lesquels les textes prévoient des délais particuliers, excéder un an à compter de la date à laquelle une décision expresse lui a été notifiée ou de la date à laquelle il est établi qu'il en a eu connaissance.
4. La commune de Saint-Denis soutient que la demande d'annulation des titres exécutoires en litige est tardive. Il résulte de l'instruction que Mme D a sollicité l'annulation de ces deux titres par un courriel en date du 10 décembre 2019 adressé aux services de la commune de Saint-Denis. Ainsi, la requérante doit être regardée comme eu notification au plus tard à cette date de ces deux titres. En outre, ces titres comportent la mention des voies et délais de recours applicables à leur contestation. Dès lors, en application des dispositions précitées de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, la requête à fin d'annulation de ces titres devait être présentée avant l'expiration du délai de deux mois suivant le 10 décembre 2019. En tout état de cause, Mme D ne pouvait contester le bien-fondé de la créance de la commune, au-delà du délai raisonnable d'un an courant à compter du 10 décembre 2019. En l'espèce, la requête de Mme D a été enregistrée au greffe du tribunal administratif de Montreuil au-delà du délai de deux mois prévu par l'article R. 421-1 précité mais aussi au-delà du délai raisonnable d'un an courant à compter de la date à laquelle elle a eu connaissance des titres exécutoires en litige. Il suit de là que la commune de Saint-Denis est fondée à soutenir que la demande d'annulation de ces titres est tardive et, par suite, irrecevable et qu'elle doit être rejetée pour ce motif.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les conclusions mal dirigées :
5. Aux termes de l'article L. 262 du livre des procédures fiscales : " 1. Les créances dont les comptables publics sont chargés du recouvrement peuvent faire l'objet d'une saisie administrative à tiers détenteur notifiée aux dépositaires, détenteurs ou débiteurs de sommes appartenant ou devant revenir aux redevables. () ".
6. Mme D soutient que la commune de Saint-Denis a commis une faute en faisant procéder à une saisie administrative à tiers détenteur sur son compte bancaire et en maintenant cette saisie en dépit de ses contestations. Toutefois, l'action en réparation du préjudice que la requérante prétend ainsi avoir subi et qui se fonde sur l'action du comptable public, met en cause la responsabilité de l'Etat. Elle est, par suite, mal dirigée et ne peut dès lors qu'être rejetée.
En ce qui concerne les autres demandes :
7. En premier lieu, Mme D soutient que la commune de Saint-Denis a commis une faute en mettant à sa charge les frais correspondant à des travaux réalisés d'office sur l'ensemble immobilier mentionné au point 1, alors qu'il incombait à l'établissement public territorial Plaine Commune, qui avait acquis le 26 juillet 2016 les lots appartenant auparavant à son frère, de réaliser ces travaux. Toutefois, il résulte de l'instruction que la requérante et son frère étaient co-indivisaires de cet ensemble immobilier jusqu'au partage successoral réalisé le 24 septembre 2015. En outre, il résulte également de l'instruction que les dépenses mises à la charge de la requérante par les titres exécutoires en litige résultent de prescriptions édictées par le maire de la commune de Saint-Denis qui devaient être exécutés par les propriétaires ou leurs ayants droits, au plus tard dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'arrêté, pour ce qui concerne celles figurant dans l'arrêté du 4 mars 2015 et dans un délai de quinze jours suivant la notification de l'arrêté, pour ce qui concerne celles figurant dans l'arrêté du 7 juillet 2015. Dans ces conditions, alors qu'il n'est pas soutenu que ces délais d'exécution n'étaient pas écoulés à la date d'effet du partage successoral du 24 septembre 2015, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'elle n'était pas tenue d'exécuter les prescriptions édictées par ces arrêtés.
8. En second lieu, si Mme D invoque le caractère abusif des titres exécutoires en litige et le " bricolage " de titres exécutoires elle ne justifie pas, par ces seules allégations dépourvues des précisions nécessaires permettant d'en apprécier le bien-fondé, que ces titres présenteraient un caractère fautif.
9. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'établit pas qu'en émettant les deux titres exécutoires en litige, la commune de Saint-Denis aurait commis une faute susceptible d'engager sa responsabilité. Par suite, ses conclusions indemnitaires ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application des articles L.761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative :
10. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Saint-Denis, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par Mme D, au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. En revanche il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme D la somme demandée par la commune de Saint-Denis, au même titre.
11. D'autre part, la présente instance n'ayant entraîné aucun dépens, les conclusions mentionnées ci-dessus tendant à ce que les dépens soient mis à la charge de la commune de Saint-Denis doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme D, est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Saint-Denis tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B épouse D et à la commune de Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.
Le magistrat désigné,
D. CLa greffière,
S. Séguéla
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2107818
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026