lundi 7 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2107950 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | ALCYA CONSEIL FISCAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés respectivement les 11 juin 2021 et 22 mai 2023, la société LVR Capital, représentée par la SELARL Kelten Fiscal Avocats, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer le remboursement du crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 158 271 euros au titre de la période du 1er au 31 octobre 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient :
- qu'elle est fondée à obtenir la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les dépenses de travaux et d'aménagements engagées, entre les années 2016 et 2019, sur un chalet situé à Megève, dont elle est propriétaire, et qui est affecté à une activité para-hôtelière depuis 2020 ;
- que sa démarche s'inscrit dans le cadre des régularisations globales prévues à l'article 207 III-1 de l'annexe II du code général des impôts et qu'elle remplit les conditions fixées à l'article 261 D 4° b. du même code ;
- qu'ainsi la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé la facture n°1900013 du 28 février 2019 de la société Marboux Parcs et Jardins est intégralement déductible ;
- que le délai légal d'exercice du droit à déduction de la taxe sur la valeur ajoutée ne lui est pas opposable dès lors que les dépenses engagées ne sont pas affectées dès l'origine à une opération ouvrant droit à déduction.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nguër, rapporteure,
- les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure publique,
- et les observations de Me Loisy, représentant la société LVR Capital.
Considérant ce qui suit :
1. La société LVR Capital, anciennement dénommée TLK, est une holding mixte qui exerce notamment des activités de prestation de services et d'assistance, au profit de ses filiales, en matière de finances, comptabilité, commerce et informatique. Elle gère le portefeuille de ses participations, l'achat, la vente, l'échange, et la location de biens meubles et immeubles, ainsi que des prestations de location para-hôtelière. En 2014, la société LVR Capital a acquis un chalet individuel situé à Megève au sein duquel elle a effectué divers travaux, immobiliers puis de décoration, entre les années 2016 et 2019. Le 1er janvier 2020, la société a décidé d'y exercer une activité para-hôtelière. Le 19 novembre 2020, elle a sollicité le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au titre de la période correspondant au mois d'octobre 2020. Il s'agissait, plus particulièrement, pour la société, d'une part, de procéder à la régularisation globale de la TVA déductible sur les travaux immobiliers précités, et d'autre part, d'effectuer une demande d'imputation de cette créance fiscale sur une dette fiscale, d'un montant de 185 110 euros, dont la date de mise en recouvrement était fixée au 30 septembre 2020. Par une décision du 8 avril 2021, l'administration fiscale a rejeté la demande de remboursement du crédit de TVA. La société LVR Capital demande au tribunal de faire droit à sa demande de remboursement pour un montant de crédit de TVA qu'elle fixe à 158 271 euros.
Sur les conclusions à fin de remboursement du crédit de TVA :
En ce qui concerne les travaux réalisés en 2016 et 2017 :
2. D'une part, aux termes de l'article 256 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Sont soumises à la taxe sur la valeur ajoutée les livraisons de biens et les prestations de services effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel. / () / IV. - 1° () les travaux immobiliers (), sont considérés comme des prestations de services ; / () ". Aux termes de l'article 269 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " 2. La taxe est exigible : / () / c) Pour les prestations de services autres que celles visées au b bis, lors de l'encaissement des acomptes, du prix, de la rémunération ou, sur option du redevable, d'après les débits. / () / Les entrepreneurs de travaux immobiliers peuvent, dans des conditions et pour les travaux qui sont fixés par décret, opter pour le paiement de la taxe sur les livraisons. () ". Aux termes de l'article 271 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. / 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. / () / II. - 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : / a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures ; / () ".
3. D'autre part, aux termes de l'article 207 de l'annexe II du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Sous réserve des dispositions qui suivent, la déduction opérée dans les conditions mentionnées aux articles 205 et 206 est définitivement acquise à l'entreprise. / II. - 1. Pour les biens immobilisés, une régularisation de la taxe initialement déduite est opérée chaque année pendant cinq ans, dont celle au cours de laquelle ils ont été acquis, importés, achevés, utilisés pour la première fois ou transférés entre secteurs d'activité constitués en application de l'article 209. / 2. Chaque année, la régularisation est égale au cinquième du produit de la taxe initiale par la différence entre le coefficient de déduction de l'année et le coefficient de déduction de référence mentionné au 2 du V. Elle prend la forme d'une déduction complémentaire si cette différence est positive, d'un reversement dans le cas contraire. / 3. Par dérogation à la durée mentionnée au 1 et à la fraction mentionnée au 2, cette régularisation s'opère pour les immeubles immobilisés par vingtième pendant vingt années. / () / III. - 1. Une régularisation de la taxe initialement déduite et grevant un bien immobilisé est également opérée : / () / 4° Lorsqu'il vient en cours d'utilisation à être utilisé à des opérations ouvrant droit à déduction ou, sous réserve du 5°, lorsqu'il cesse d'être utilisé à des opérations ouvrant droit à déduction ; / () ". Aux termes de l'article 208 de l'annexe II du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " I. - Le montant de la taxe déductible doit être mentionné sur les déclarations déposées pour le paiement de la taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, à condition qu'elle fasse l'objet d'une inscription distincte, la taxe dont la déduction a été omise sur cette déclaration peut figurer sur les déclarations ultérieures déposées avant le 31 décembre de la deuxième année qui suit celle de l'omission. Les régularisations prévues à l'article 207 doivent également être mentionnées distinctement sur ces déclarations. / () ". Il résulte de ces dispositions que le délai imparti pour réparer une omission de déclaration de la taxe sur la valeur ajoutée déductible court à compter de la date d'exigibilité de la taxe chez le redevable - soit, s'agissant d'un immeuble à rénover, pour les besoins d'une opération imposable, à la date du versement des sommes correspondant aux échéances prévues par le contrat en fonction de l'avancement des travaux - et expire le 31 décembre de la deuxième année suivant la date à laquelle la déclaration devait être effectuée.
4. Il résulte de la décision du 8 avril 2021, que pour rejeter la demande de remboursement de crédit de TVA sollicitée par la société LVR Capital, l'administration fiscale lui a opposé la forclusion du délai légal d'exercice du droit à déduction. Il résulte de l'instruction que la société requérante a obtenu le 8 juillet 2016 un permis de construire en vue d'effectuer des travaux immobiliers de rénovation du chalet de Megève dont elle est propriétaire. A l'issue des travaux, effectués au cours des années 2016 et 2017, une déclaration d'achèvement de travaux en date du 14 décembre 2017 a été édictée. Dans ces conditions, eu égard aux dispositions précitées, la société LVR Capital pouvait effectuer une déclaration en vue de l'obtention d'une régularisation de la TVA déductible jusqu'au 14 décembre 2019, sans qu'y fasse obstacle la circonstance alléguée par l'intéressée selon laquelle les dépenses engagées n'étaient pas affectées dès l'origine à une opération ouvrant droit à déduction. Ainsi, en effectuant sa demande de remboursement de crédit de TVA le 19 novembre 2020, la société LVR Capital n'était plus dans le délai légal d'exercice de son droit à déduction.
En ce qui concerne les aménagements réalisés en 2018 et 2019 :
5. Aux termes de l'article 261 D du code général des impôts : " Sont exonérées de la taxe sur la valeur ajoutée : / () / 4° Les locations occasionnelles, permanentes ou saisonnières de logements meublés ou garnis à usage d'habitation. / Toutefois, l'exonération ne s'applique pas : / () / b. Aux prestations de mise à disposition d'un local meublé ou garni effectuées à titre onéreux et de manière habituelle, comportant en sus de l'hébergement au moins trois des prestations suivantes, rendues dans des conditions similaires à celles proposées par les établissements d'hébergement à caractère hôtelier exploités de manière professionnelle : le petit déjeuner, le nettoyage régulier des locaux, la fourniture de linge de maison et la réception, même non personnalisée, de la clientèle ".
6. Il est constant que la société LVR Capital est propriétaire d'un chalet situé à Megève, affecté depuis le 1er janvier 2020 à une activité para-hôtelière comprenant notamment l'hébergement, le petit-déjeuner, le nettoyage régulier des locaux ainsi que la fourniture du linge de maison dans les conditions similaires à celles proposées par les établissements d'hébergement à caractère hôtelier exploités de manière professionnelle. Pour lui refuser le remboursement du crédit de TVA afférent à la taxe ayant grevé les travaux d'aménagement que la société a effectués sur ce bien au cours des années 2018 et 2019, l'administration fiscale lui a opposé, pour la première fois dans son mémoire en défense, l'exonération de TVA dont bénéficierait, selon elle, la prestation para-hôtelière. L'administration a, en effet, remis en cause le caractère habituel de cette prestation. Toutefois, la société LVR Capital fait valoir que si elle n'a effectué qu'une seule opération de location du chalet au cours de l'année 2020, c'est en raison de l'état d'urgence sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 qui a donné lieu à une réduction drastique des activités touristiques et locatives en France. Les mesures sanitaires en vigueur en 2020 et 2021 ont, en outre, limité la commercialisation des séjours. Ce n'est qu'à compter du mois de janvier 2022 que la société requérante, qui a alors confié la gestion du chalet à une autre société de services, a, de nouveau, loué le bien pour une période de 73 jours. Eu égard à l'ensemble de ces éléments, la prestation para-hôtelière en litige doit être regardée comme délivrée par la société LVR Capital de manière habituelle au sens des dispositions précitées de l'article 261 D 4° b. du code général des impôts. Par suite, l'activité para-hôtelière exercée sur le chalet de Megève étant soumise à la TVA, la société requérante est fondée à obtenir un droit à déduction de la TVA ayant grevé les travaux d'aménagements effectués sur ce chalet, et par voie de conséquence un remboursement du crédit de TVA correspondant.
7. En l'espèce, la société LVR Capital sollicite le bénéfice de la déduction de l'intégralité de la TVA ayant grevé les dépenses d'aménagement paysager objets de la facture du 28 février 2019 de la société Marboux Parcs et Jardins, d'un montant de 360 euros. L'administration lui oppose cependant le bénéfice d'une déduction de la TVA qu'à hauteur de 17/20ème en raison de la date de la facture. En effet, eu égard aux dispositions citées au point 3. du présent jugement de l'article 207 II 3. de l'annexe II du code général des impôts, la régularisation du droit à déduction s'opère pour les immeubles immobilisés par vingtième pendant vingt années. Ainsi, la société LVR Capital ne peut prétendre au remboursement intégral de la TVA à hauteur de 60 euros, mais seulement au remboursement à hauteur de 17/20ème, soit la somme de 51 euros.
8. Il résulte de tout ce qui précède que doivent être accueillies les seules conclusions de la société LVR Capital à fin de remboursement du crédit de TVA afférent à la facture du 28 février 2019 à hauteur de la seule somme de 51 euros. Le surplus des conclusions de la requérante doit quant à lui être rejeté.
Sur les frais liés au litige :
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de la société LVR Capital au titre des frais non compris dans les dépens prévus à l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat remboursera à la société LVR Capital le crédit de taxe sur la valeur ajoutée de 51 (cinquante et un) euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société LVR Capital et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 3 juillet 2023, à laquelle siégeaient :
M. Charret, président,
M. A, magistrat honoraire faisant fonction de premier conseiller,
Mme Nguër, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 août 2023.
La rapporteure,
M. Nguër
Le président,
J. Charret
La greffière,
T. Chonville
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026