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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2107999

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2107999

jeudi 16 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2107999
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantBROCHARD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 juin 2021, M. A E et Mme C D, agissant en leur nom propre et au nom de leurs enfants mineurs, représentés F, demandent au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à leur payer la somme de 158 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de leur absence de relogement, assortie des intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 700 euros à verser à leur conseil, sur le fondement de dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ainsi qu'une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. E et Mme D soutiennent que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'ils n'ont reçu aucune proposition de logement, alors que M. E a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 2 avril 2014 ;

- ils ont été hébergés chez un tiers jusqu'au mois de janvier 2019 dans un logement inadapté à la composition familiale ;

- ils occupent depuis janvier 2019 un logement qui est également inadapté à la composition familiale, dès lors qu'il s'agit d'un T3, et dont le loyer est disproportionné au regard de leurs ressources ;

- ils subissent des troubles de toute nature dans leurs conditions d'existence.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25% par une décision du 29 mars 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur ces litiges.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Nagy, substituant Me Brochard, représentant M. E et Mme D.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du

2 avril 2014, désigné M. E comme prioritaire et devant être logé en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. E et Mme D ont saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 6 novembre 2002. Cette demande a été implicitement rejetée. M. E et Mme D demandent au tribunal de condamner l'État à leur verser une somme de 158 000 euros en réparation des préjudices subis.

Sur la responsabilité :

2. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles

L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article

L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

4. La circonstance que, postérieurement à la décision de la commission de médiation, l'intéressé est parvenu à se procurer un logement par ses propres recherches ne saurait être regardée comme exonérant l'Etat de sa responsabilité lorsque, compte tenu des caractéristiques de ce logement, le demandeur continue de se trouver dans une situation lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence en application des dispositions de l'article

R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. Il en va de même dans l'hypothèse où le logement ne répond manifestement pas aux besoins de l'intéressé, excède notablement ses capacités financières ou présente un caractère précaire.

5. La carence fautive de l'Etat à assurer le logement du bénéficiaire de la décision de la commission de médiation dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence qu'elle a entraînés pour ce dernier. Il résulte de ce qui vient d'être dit que les conclusions indemnitaires présentées par M. E et Mme D au nom de leurs enfants mineurs et celles présentées par Mme D doivent être rejetées.

6. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. E le 2 avril 2014 au motif qu'il était dépourvu de logement ou hébergé chez un particulier. La persistance de cette situation, à compter du 2 octobre 2014, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à M. E des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. M. E et Mme D ont conclu le 5 janvier 2019 un bail concernant un logement dont ils indiquent qu'il est de type T3. D'une part, il ne résulte pas de l'instruction que postérieurement à cette date, M. E aurait continué de se trouver dans une situation lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence en application des dispositions de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation, à défaut de toute précision concernant notamment la superficie ou l'état de ce logement. D'autre part, il ne résulte pas davantage de l'instruction que ce logement ne répondrait manifestement pas aux besoins du requérant, la circonstance qu'il soit de type T3 n'étant pas établie par les pièces versées, ni que son loyer, de 1 000 euros, excèderait notablement les capacités financières du ménage, qui comprennent le salaire de M. E, lequel se monte à près de 1 800 euros depuis mars 2020 ainsi que 1 500 euros mensuels de prestations servies par la caisse d'allocations familiales, et près de 2 000 euros lorsque le requérant percevait le RSA. Enfin, il n'est pas soutenu et il ne résulte pas de l'instruction que ce logement présenterait un caractère précaire. La période d'indemnisation s'étend donc du 2 octobre 2014 au 5 janvier 2019. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme de 7 500 euros.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. E la somme de 7 500 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

8. M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 25%. Par suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Brochard, conseil de M. E et Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Brochard de la somme de 255 euros, ainsi que le versement aux requérants de la somme de 750 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. E la somme de 7 500 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Article 2 : Il est mis à la charge de l'Etat la somme de 255 euros à verser à Me Brochard, conseil de M. E et Mme D, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Il est mis à la charge de l'État la somme de 750 euros au bénéfice des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Mme C D, à Me Brochard et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2023.

Le magistrat désigné

Signé

D. BLa greffière

Signé

I. Dad

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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