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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2108725

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2108725

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2108725
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème chambre
Avocat requérantHIRSCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistré le 25 juin 2021, la société CBRE Loan Ltd, représentée par Me Hirsch, demande au tribunal :

1°) de prononcer le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée d'un montant de 55 900 euros au titre de la période courue entre le 1er janvier 2019 et le 30 septembre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient qu'elle a droit au remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée, dès lors qu'elle n'a pas la qualité d'assujettie en France.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2021, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le traité sur le fonctionnement sur l'Union européenne ;

- la directive 2006/112/CE du Conseil du 28 novembre 2006 relative au système commun de taxe sur la valeur ajoutée et la directive 2008/9/CE du Conseil du 12 février 2008 définissant les modalités du remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre,

- et les conclusions de M. Khiat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société CBRE Loan Ltd, dont le siège est situé au Royaume-Uni, a sollicité, les 27 août 2020, 3 mars 2021, 29 mars 2021 et 30 mars 2021, le remboursement d'un crédit de taxe sur la valeur ajoutée au titre du 1er janvier 2019 au 31 décembre 2020. A la suite du rejet de ces demandes, elle demande au tribunal le remboursement de 55 900 euros au titre de cette même période.

Sur les conclusions à fin de remboursement :

2. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts : " I. - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. () V. - Ouvrent droit à déduction dans les mêmes conditions que s'ils étaient soumis à la taxe sur la valeur ajoutée : () d) Les opérations non imposables en France réalisées par des assujettis dans la mesure où elles ouvriraient droit à déduction si leur lieu d'imposition se situait en France. Un décret en Conseil d'Etat fixe les modalités et les limites du remboursement de la taxe déductible au titre de ces opérations ; ce décret peut instituer des règles différentes suivant que les assujettis sont domiciliés ou établis dans les Etats membres de l'Union européenne ou dans d'autres pays ". En outre, aux termes de l'article 242-0 N de l'annexe II du même code : " Un assujetti non établi en France peut obtenir le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé () les services qui lui ont été fournis en France par d'autres assujettis (), dans la mesure où ces () services sont utilisés pour les besoins des opérations suivantes : / 1° les opérations dont le lieu d'imposition se situe hors de France mais qui ouvriraient droit à déduction si ce lieu d'imposition était situé en France ". Et, aux termes de l'article 242-0 R au l'annexe II du code général des impôts, dans sa rédaction en vigueur depuis le 10 octobre 2018 : " I. - Pour bénéficier du remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée, l'assujetti non établi en France doit adresser au service des impôts une demande de remboursement. Cette demande est introduite par voie électronique au moyen du portail mis à sa disposition par l'Etat de l'Union européenne où l'assujetti est établi. La demande de remboursement est introduite au plus tard le 30 septembre de l'année civile qui suit la période à laquelle elle s'applique. / La demande n'est réputée introduite qu'à la condition que le requérant ait fourni toutes les informations prévues au second alinéa de l'article 242-0 T. () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article 259 du code général des impôts : " Le lieu des prestations de services est situé en France : / 1° Lorsque le preneur est un assujetti agissant en tant que tel et qu'il a en France : / a) Le siège de son activité économique () ". Aux termes de l'article 259 A du même code : " Par dérogation à l'article 259, est situé en France le lieu des prestations de services suivantes : () 2° Les prestations de services se rattachant à un bien immeuble situé en France, y compris les prestations d'experts et d'agents immobiliers () ".

4. Pour refuser le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée en litige, l'administration fait valoir que la société requérante n'était pas fondée à demander le remboursement de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les prestations en litige selon la procédure dérogatoire, dès lors qu'elle réalise des opérations imposables en France, sur le fondement des dispositions précitées du 2° du 259 A du code général des impôts.

5. Il résulte de l'instruction que la société CBRE Loan Ltd a exercé au cours de la période au titre de laquelle elle sollicite un remboursement de taxe sur la valeur ajoutée a sollicité le remboursement de la taxe ayant une activité de services qu'elle décrit comme des activités de " security agent " dont l'objet est de s'assurer qu'un prêteur est en mesure de faire valoir ses droits en cas de défaillance d'emprunteur, en l'espèce relativement à un projet de construction d'un ensemble immobilier situé en France servant de garantie au prêt permettant son financement, de telle sorte que ces prestation doivent être regardées comme se rattachant à un bien immeuble situé en France et relèvent du 2° de l'article 259 A du code général des impôts. Il en résulte en outre que le client de la société n'ayant pas lui-même la qualité d'assujetti en France, la dérogation prévue au second alinéa du 1 de l'article 283 du code général des impôts ne trouve pas à s'appliquer, de telle sorte que la requérante est redevable de la taxe sur la valeur ajoutée grevant les prestations qu'elle effectue. Il s'ensuit que, ainsi que le fait valoir l'administration, elle présente la qualité d'assujettie en France pour l'application de l'article 271 du code général des impôts et ne peut présenter ses demandes de remboursement de taxe selon la procédure dite dérogatoire prévue pour les non-assujettis. La société requérante n'était donc pas fondée à demander le remboursement de ladite taxe sur le fondement de l'article 242-0 N de l'annexe II au code général des impôts. Ses conclusions à fin de remboursement doivent en conséquence être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société CBRE Loan Ltd est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société CBRE Loan Ltd et à la directrice en charge de la direction des impôts des non-résidents.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Garzic, président,

Mme Syndique, première conseillère,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure,

A.-L. Fabre Le président,

P. Le Garzic

La greffière,

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N° 2108275

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