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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109147

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109147

jeudi 28 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109147
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème chambre
Avocat requérantSCHNEIDER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juillet 2021 et le 6 avril 2022, M. A et Mme C B, représentés par Me Schneider, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge assortie des intérêts moratoires, de la cotisation d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre des années 2016, 2017 et 2018 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Dans le dernier état de leurs écritures, ils soutiennent que :

- les frais professionnels déclarés doivent être déduits intégralement de la base des revenus imposables ;

- les pensions versées par l'Institution de retraite complémentaire des agents non titulaires de l'Etat et des collectivités publiques (Ircantec) ne sont pas imposables en France ;

- ils auraient dû bénéficier crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement et n'auraient pas dû être redevables de l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2018, dès lors qu'ils n'ont perçu aucun revenu exceptionnel et qu'une fraction de leurs revenus a été soumise à l'impôt sur le revenu ;

Par des mémoires en défense, enregistrés les 5 janvier 2022 et 10 octobre 2022, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents conclut au conclut au non-lieu à statuer à concurrence du dégrèvement prononcé en cours d'instance et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient, pour le surplus, que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre la République française et la République fédérale d'Allemagne en vue d'éviter les doubles impositions et d'établir des règles d'assistance administrative et juridique réciproques en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune ainsi qu'en matière de contribution des patentes et de contributions foncières signée à Paris le 21 juillet 1959 ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- la loi n° 2016-1917 du 29 décembre 2016 portant loi de finances pour 2017 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Fabre,

- et les conclusions de M. Khiat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B, qui résident en Allemagne, ont perçu au titre des années 2016 à 2018 des pensions et salaires de source française qui ont été soumis à la retenue à la source ainsi qu'à l'impôt sur le revenu pour la part excédant la fraction libératoire. L'administration ayant partiellement rejeté leur réclamation par une décision du 8 mars 2021, ils demandent la décharge, à hauteur de 11 356 euros au titre de l'année 2016, 11 229 euros au titre de l'année 2017 et 11 606 euros au titre de l'année 2018 des cotisations d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au tire de ces années.

Sur l'étendue du litige :

2. Par décision du 5 janvier 2022, postérieure à l'introduction de la requête, la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents a prononcé le dégrèvement d'un montant de 1 432 euros des cotisations d'impôt sur le revenu auquel M. et Mme B ont été assujettis au titre de l'année 2016. Les conclusions de la requête sont, dans cette mesure, devenues sans objet, de sorte qu'il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le bien-fondé de l'imposition :

En ce qui concerne les frais professionnels :

3. Aux termes de l'article 182 A bis du code général des impôts, dans sa rédaction applicable : " I. - Donnent lieu à l'application d'une retenue à la source les sommes payées, y compris les salaires, en contrepartie de prestations artistiques fournies ou utilisées en France, par un débiteur qui exerce une activité en France à des personnes ou des sociétés, relevant de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, qui n'ont pas dans ce pays d'installation professionnelle permanente. / II. - La base de cette retenue est constituée par le montant brut des sommes versées après déduction d'un abattement de 10 % au titre des frais professionnels. / III. - Le taux de la retenue est fixé à 15 %. / IV. - La retenue s'impute sur le montant de l'impôt sur le revenu établi dans les conditions prévues au a de l'article 197 A. Pour l'application de cette disposition, le revenu net imposable servant au calcul de l'impôt sur le revenu est déterminé dans les conditions de droit commun. / V. - Les dispositions du premier alinéa de l'article 197 B sont applicables pour la fraction des rémunérations déterminée conformément au II qui n'excède pas annuellement la limite supérieure fixée par les III et IV de l'article 182 A. () ".

4. Aux termes de l'article 197 B du code général des impôts : " Pour la fraction n'excédant pas la limite supérieure, fixée par l'article 182 A III, des traitements, salaires, pensions et rentes viagères de source française servis à des personnes de nationalité française qui n'ont pas leur domicile fiscal en France, l'imposition établie dans les conditions prévues à l'article 197 A a ne peut excéder la retenue à la source applicable en vertu de l'article 182 A. En outre, cette fraction n'est pas prise en compte pour le calcul de l'impôt sur le revenu établi en vertu de l'article 197 A a et la retenue à laquelle elle a donné lieu n'est pas imputable. Toutefois, le contribuable peut demander le remboursement de l'excédent de retenue à la source opérée lorsque la totalité de cette retenue excède le montant de l'impôt qui résulterait de l'application des dispositions du a de l'article 197 A à la totalité de la rémunération. ()".

5. Aux termes de l'article 83 du code général des impôts : " Le montant net du revenu imposable est déterminé en déduisant du montant brut des sommes payées et des avantages en argent ou en nature accordés : / () 3° Les frais inhérents à la fonction ou à l'emploi lorsqu'ils ne sont pas couverts par des allocations spéciales. La déduction à effectuer du chef des frais professionnels est calculée forfaitairement en fonction du revenu brut, après défalcation des cotisations, contributions et intérêts mentionnés aux 1° à 2° ter ; elle est fixée à 10 % du montant de ce revenu. () ".

6. Il résulte des dispositions des articles 182 A, 182 A bis et 197 B du code général des impôts que la part des salaires perçus par M. et Mme B n'excédant pas les montants de 41 909 euros, 41 951 euros et 42 818 euros respectivement pour les années 2016, 2017 et 2018 n'a pas été soumis à l'impôt sur le revenu. C'est par conséquent à juste titre que l'administration a refusé de prendre en compte la part des frais réels supposée exposés en vue de l'acquisition de ces revenus, exclus du revenu imposable, et dont la déduction n'est pas prévue par l'article 83 du code général des impôts. Par suite, M. et Mme B ne sont pas fondés à demander la réduction de la base imposable retenue par l'administration au titre des frais professionnels qu'ils ont perçus.

En ce qui concerne les pensions versées par l'Ircantec :

7. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision relative à l'imposition. Il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une convention fiscale, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer - en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi, d'office - si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.

S'agissant de l'application de la loi fiscale :

8. Aux termes du II de l'article 164 B du code général des impôts : " Sont également considérés comme revenus de source française lorsque le débiteur des revenus a son domicile fiscal ou est établi en France : / a. Les pensions et rentes viagères () ".

9. Les pensions de retraite de Mme B en litige ont été versées par l'Ircantec, organisme établi en France. Par suite, elles sont soumises à la retenue à la source prévue à l'article 182 A du code général des impôts. L'administration était en conséquence fondée à les imposer sur ces revenus de source française sur le fondement des dispositions citées au point précédent.

S'agissant de l'application de la convention fiscale franco-allemande :

10. Aux termes de l'article 13, paragraphe (8) de la convention fiscale franco-allemande : " Les pensions de retraite privées et les rentes viagères ne sont imposables que dans l'Etat contractant dont le bénéficiaire est résident ". Aux termes de l'article 14 de cette même convention : " Les traitements, salaires et rémunérations analogues, ainsi que les pensions de retraite versés par un des Etats contractants, un Land ou par une personne morale de droit public de cet Etat ou Land à des personnes physiques résidents de l'autre Etat en considération de services administratifs ou militaires actuels ou antérieurs, ne sont imposables que dans le premier Etat. () ".

11. Il résulte des stipulations précitées de l'article 13, paragraphe (8) de la convention fiscale franco-allemande que les pensions de retraite privées sont imposables dans l'Etat de résidence du bénéficiaire. Ainsi, et sans que les stipulations de l'article 14 de la convention relatives aux pensions versées par les personnes morales de droit public y fassent obstacle, les pensions de retraite versées par l'Ircantec, personne morale de droit privé, aux requérants ne sont imposables qu'en Allemagne. Il suit de là que les requérants sont fondés, pour ce motif, à demander la réduction de leur base d'imposition à hauteur du montant des pensions versées par l'Ircantec et retenues par l'administration et à demander la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu correspondant à cette réduction au titre des années 2016 à 2018.

En ce qui concerne l'application du crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement :

12. Aux termes du A du II de l'article 60 de la loi susvisée du 29 décembre 2016 : " Les contribuables bénéficient, à raison des revenus non exceptionnels entrant dans le champ du prélèvement mentionné à l'article 204 A du code général des impôts, tel qu'il résulte de la présente loi, perçus ou réalisés en 2018, d'un crédit d'impôt modernisation du recouvrement destiné à assurer, pour ces revenus, l'absence de double contribution aux charges publiques en 2019 au titre de l'impôt sur le revenu ". Aux termes du 1 de l'article 204 A du code général des impôts : " Les revenus imposables à l'impôt sur le revenu suivant les règles applicables aux salaires, aux pensions ou aux rentes viagères ou dans les catégories des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles, des bénéfices non commerciaux et des revenus fonciers, à l'exception des revenus mentionnés à l'article 204 D, donnent lieu, l'année au cours de laquelle le contribuable en a la disposition ou de leur réalisation, à un prélèvement. () ". Aux termes de l'article 204 D du même code : " Ne sont pas soumis au prélèvement prévu à l'article 204 A les indemnités, avantages, distributions, gains nets ou revenus mentionnés au dernier alinéa de l'article 80, aux I et II de l'article 80 bis, au I de l'article 80 quaterdecies et aux articles 80 quindecies, au 2° du b quinquies du 5 de l'article 158 et à l'article 163 bis G, les revenus soumis aux retenues à la source prévues aux articles 182 A, 182 A bis, 182 A ter et 182 B ainsi que les revenus de source étrangère qui ouvrent droit, en application d'une convention fiscale internationale, à un crédit d'impôt égal à l'impôt français correspondant à ces revenus ". Aux termes du I de l'article 182 A du même code : " A l'exception des salaires entrant dans le champ d'application de l'article 182 A bis, les traitements, salaires, pensions et rentes viagères, de source française, servis à des personnes qui ne sont pas fiscalement domiciliées en France donnent lieu à l'application d'une retenue à la source ". Il résulte de ces dispositions que les revenus objet d'une retenue à la source sur le fondement de l'article 182 A du code général des impôts, n'entrant pas, conformément à l'article 204 D du même code, dans le champ d'application des dispositions de l'article 204 A, ne peuvent faire bénéficier du crédit d'impôt institué par le II de l'article 60 de la loi du 29 décembre 2016.

13. Dès lors que les revenus de M. et Mme B entrent dans le champ d'application de la retenue à la source visée à l'article 182 A du code général des impôts, ils ne peuvent solliciter le bénéfice du crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement, afin de diminuer le montant de la retenue à la source à laquelle ils ont été soumis.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B sont seulement fondés à demander la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu au titre des pensions versées par l'Ircantec, qui ont été mises à leur charge au titre des années 2016 à 2018.

Sur les frais liés à l'instance :

15. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État, partie perdante dans la présente instance, le versement d'une somme de 1 500 euros à M. et Mme B au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme B à concurrence du dégrèvement d'un montant de 1 432 euros prononcé le 5 janvier 2022.

Article 2 : La base d'imposition à l'impôt sur le revenu de M. et Mme B au titre des années 2016, 2017 et 2018 est réduite du montant des pensions versées par l'Ircantec qui y ont été intégrées. M. et Mme B sont déchargés des cotisations d'impôt sur le revenu correspondant à cette rédution.

Article 3 : L'Etat versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A et Mme C B et à la directrice chargée de la direction des impôts des non-résidents.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Garzic, président,

Mme Syndique, première conseillère,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 mars 2024.

La rapporteure,

A.-L. Fabre Le président,

P. Le Garzic

La greffière,

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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