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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109217

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109217

jeudi 27 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109217
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCHAUMONT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 5 juillet 2021 et le 6 novembre 2023, ainsi qu'un mémoire complémentaire, non communiqué, enregistré le 6 mars 2024, la commune du Blanc-Mesnil demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 6 mai 2021 par laquelle le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis a exonéré la société Pamier de la taxe sur les friches commerciales pour l'année 2021 à raison des locaux dont elle est propriétaire sur son territoire au sein du centre d'affaires Paris-Nord ;

2°) d'enjoindre au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis d'assujettir la société Pamier à cette taxe pour les locaux précités.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est insuffisamment motivée en méconnaissance de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales et de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle se fonde sur le critère géographique mentionné à l'amendement A ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que l'absence d'exploitation des locaux en litige n'est pas indépendante de la volonté de la société Pamier ;

- est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 octobre 2023, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par deux mémoires, enregistrés le 31 juillet 2023 et le 21 février 2024, la société Pamier, représentée par la société d'avocats Villemot Chaumont Quéré, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que l'absence d'exploitation des locaux en litige est indépendante de sa volonté.

La société Foncière Paris Nord n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance du 23 février 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nguër, rapporteure,

- les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure publique,

- et les observations de M. B, représentant le directeur départemental des finances publiques et de Me Chaumont, représentant la société Pamier.

Le maire de la commune du Blanc-Mesnil et la société Foncière Paris Nord n'étaient ni présents, ni représentés.

Considérant ce qui suit :

1. La société Pamier dispose de locaux d'environ 40 000 m2 au sein du centre d'affaires Paris-Nord sur le territoire de la commune du Blanc-Mesnil. Ceux-ci sont répartis en trois bâtiments dénommés " Ampère ", " Bonaparte " et " Continental ". Par une délibération n°2018-09-77 du 27 septembre 2018 la commune du Blanc Mesnil a instauré une taxe annuelle sur les friches commerciales situées sur son territoire à compter du 1er janvier 2019. En 2020, elle a transmis à l'administration fiscale, sur le fondement du II de l'article 1530 du code général des impôts, la liste des adresses des biens susceptibles d'être imposés au titre de cette taxe pour l'année 2021, au nombre desquels figurent ceux appartenant à la société Pamier. Cependant, la direction départementale des finances publiques de la Seine-Saint-Denis a exclu de cette liste les locaux précités de la société Pamier au motif qu'ils n'entraient pas dans les conditions d'assujettissement à cette taxe. La commune du Blanc-Mesnil a formé un recours administratif tendant à obtenir l'assujettissement des locaux en litige à la taxe sur les friches commerciales. Par une décision du 6 mai 2021, dont elle demande l'annulation, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis a rejeté le recours de la commune et a confirmé l'exonération des locaux de la société Pamier à cette taxe locale.

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales : " () / En cas de rejet total ou partiel de la réclamation, la décision doit être motivée. / () ".

3. Il ressort des termes de la décision attaquée que celle-ci a été édictée en réponse à la réclamation de la commune du Blanc-Mesnil en date du 23 décembre 2020 et qu'elle confirme l'analyse initiale réalisée par l'administration fiscale le 15 décembre 2020 quant à l'assujettissement des locaux de la société Pamier à la taxe sur les fiches commerciales. Ainsi, cette décision comporte les motifs de droit et les considérations de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, en indiquant de manière surabondante l'interprétation qui est la sienne de l'amendement présenté par le député M. A, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis n'a pas fondé la décision attaquée sur un nouveau motif portant sur un critère géographique. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 1530 du code général des impôts : " I. - Les communes peuvent, par une délibération prise dans les conditions prévues au I de l'article 1639 A bis, instituer une taxe annuelle sur les friches commerciales situées sur leur territoire. / () / II. - La taxe est due pour les biens évalués en application de l'article 1498, à l'exception de ceux visés à l'article 1500, qui ne sont plus affectés à une activité entrant dans le champ de la cotisation foncière des entreprises défini à l'article 1447 depuis au moins deux ans au 1er janvier de l'année d'imposition et qui sont restés inoccupés au cours de la même période. / III. - La taxe est acquittée par le redevable de la taxe foncière au sens de l'article 1400. / () / VI. - La taxe n'est pas due lorsque l'absence d'exploitation des biens est indépendante de la volonté du contribuable. / () ".

6. D'une part, il ressort des pièces du dossier que, s'agissant du bâtiment " Ampère ", la société Pamier a déposé une demande de permis de démolir intégral pour l'immeuble abritant le restaurant interentreprise le 19 novembre 2020, ainsi qu'une seconde demande identique pour l'immeuble principal " Ampère " le 20 novembre 2020. Ces deux demandes de permis de démolir ont été refusées par deux arrêtés du maire de la commune du Blanc-Mesnil en date du 7 janvier 2021. En outre, le motif de refus retenu dans les deux arrêtés est que " les constructions nouvelles et aménagements projetés doivent présenter un aspect compatible avec le caractère de la zone ". Dans ces conditions, l'intention de la société requérante étant de faire disparaître ces biens dans un délai proche de l'année d'imposition en litige, le défaut d'exploitation dont ils ont fait l'objet a été indépendant de sa volonté.

7. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le 12 juin 2019, la société Pamier a présenté une demande de permis de démolir intégral du bâtiment " Continental " qui lui a été accordée par un arrêté du 7 août 2019. Il ressort par ailleurs de ses déclarations, non contestées, qu'elle a obtenu un permis de démolir tacite s'agissant du bâtiment " Bonaparte " en raison du silence de la commune sur sa demande formulée le 16 juillet 2019. Pour justifier des raisons pour lesquelles aucun de ces deux bâtiments n'a été démoli, l'administration fiscale et la société Pamier font valoir le changement du règlement du plan local d'urbanisme intervenu en juillet 2016 assorti d'un gel de construction pour une durée de cinq ans, fixée par une délibération du 1er mars 2021 du conseil du territoire Paris Terres d'Envol. Une telle circonstance a en conséquence rendu impossible toute opération individuelle d'urbanisme sur la zone en cause, le temps de cette suspension. En outre, la société fait également valoir la circonstance selon laquelle des promoteurs immobiliers intéressés pour construire sur le site en litige se sont fait éconduire après avoir interrogé les services de la mairie quant à la possibilité d'obtenir un permis de construire en cas de démolition totale des deux bâtiments " Continental " et " Bonaparte ". Ces motifs auraient alors conduit les potentiels acquéreurs du terrain à se retirer de la vente faute de levée de la condition suspensive d'obtention d'un permis de construire. Dans ces conditions, les deux biens précités doivent être regardés comme ayant vocation à disparaitre dans un délai proche de l'année 2021 d'imposition à la taxe sur les friches commerciales dans les rôles de la commune du Blanc-Mesnil. Par suite, leur défaut d'exploitation est indépendant de la volonté de la société contribuable.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la commune du Blanc-Mesnil doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la commune du Blanc-Mesnil est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune du Blanc-Mesnil, au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis, à la société Pamier et à la société Foncière Paris Nord.

Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Nguër, première conseillère,

Mme Nour, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.

La rapporteure,

M. Nguër

Le président,

J. Charret

La greffière,

D. Ferreira

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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