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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109254

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109254

mercredi 19 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109254
TypeDécision
RecoursExécution d'un jugement
PublicationD
Formation6ème chambre
Avocat requérantLANGLOIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par un jugement n° 1912435 du 4 juin 2020, le tribunal administratif de Montreuil a notamment, d'une part, enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de délivrer à Mme A B un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement et, d'autre part, condamné l'Etat à verser à Me Justine Langlois, avocat de Mme A B une somme de 1 000 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Par une demande d'exécution, présentée sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative et enregistrée le 23 octobre 2020, Mme A B, représentée par Me Langlois, avocat, demande au tribunal :

1°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre les mesures qu'implique l'exécution du jugement du 4 juin 2020 en lui délivrant un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sans délai, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et en procédant au versement à son conseil de la somme de 1 000 euros au titre du paiement des frais d'instance avec intérêts au taux légal ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 900 euros au titre de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A B soutient que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas exécuté le jugement du tribunal dès lors que celui-ci lui a délivré un titre de séjour portant la mention " étudiant ", et non " vie privée et familiale ", et ne lui a pas réglé les sommes dues au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Par une ordonnance du 16 mars 2021, le président du tribunal administratif de Montreuil a décidé l'ouverture d'une procédure juridictionnelle sur le fondement des articles L. 911-4 et R. 921-6 du code de justice administrative.

Par un mémoire, enregistré le 26 mars 2021, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au non-lieu à statuer ou, à défaut, au rejet de la demande de Mme A B.

Il fait valoir que :

- une carte de séjour temporaire a été délivrée à l'intéressée ;

- ses services financiers ont été saisis afin de permettre une mise à exécution de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Vu :

- le jugement n° 1912435 du 4 juin 2020 dont l'exécution est demandée,

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- la loi n° 80-539 du 16 juillet 1980,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

- et les observations de Me Langlois, représentant Mme A B.

Le préfet n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Selon l'article L. 911-4 du même code : " En cas d'inexécution d'un jugement ou d'un arrêt, la partie intéressée peut demander à la juridiction, une fois la décision rendue, d'en assurer l'exécution. / Si le jugement ou l'arrêt dont l'exécution est demandée n'a pas défini les mesures d'exécution, la juridiction saisie procède à cette définition. Elle peut fixer un délai d'exécution et prononcer une astreinte. ".

2. Il résulte de ces dispositions, d'une part, qu'en l'absence de définition, par la décision juridictionnelle dont l'exécution lui est demandée, des mesures qu'implique nécessairement cette décision, il appartient au juge, saisi sur le fondement de l'article L. 911-4 du code de justice administrative, d'y procéder lui-même en tenant compte des situations de droit et de fait existant à la date de sa décision. Si la décision faisant l'objet de la demande d'exécution prescrit déjà de telles mesures en application de l'article L. 911-1 du même code, il peut, dans l'hypothèse où elles seraient entachées d'une obscurité ou d'une ambigüité, en préciser la portée. Le cas échéant, il lui appartient aussi d'en édicter de nouvelles en se plaçant, de même, à la date de sa décision, sans toutefois pouvoir remettre en cause celles qui ont précédemment été prescrites, ni méconnaître l'autorité qui s'attache aux motifs qui sont le soutien nécessaire du dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution lui est demandée.

3. Mme A B demande que soient prescrites sous astreinte les mesures d'exécution du jugement du 4 juin 2020 par lequel le tribunal administratif a notamment, d'une part, enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement (article 2 du jugement) et, d'autre part, condamné l'Etat à verser à son conseil une somme de 1 000 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat (article 3 du jugement).

Sur la demande d'exécution de l'article 2 du jugement :

4. Le tribunal a, à l'article 2 du jugement du 4 juin 2020, défini les mesures qu'il impliquait nécessairement et enjoint au préfet, sur le fondement de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, de délivrer à Mme A B un titre de séjour. L'intéressée n'invoque aucune circonstance de droit ou de fait nouvelle susceptible de remettre en cause l'appréciation qui a été portée par le jugement dont l'exécution est demandée.

5. En outre, il ressort des motifs du jugement dont l'exécution est réclamée, qui viennent au soutien de son dispositif, que l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 19 juin 2019 refusant la délivrance d'un titre de séjour à Mme A B a été annulé au seul moyen tiré de l'existence d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle de l'intéressée et non au moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 de ce même code. Eu égard, d'une part, aux motifs de fait retenus par ce jugement, qui constituent le support nécessaire du dispositif, tirés notamment du parcours scolaire assidu et sérieux de la requérante et du fait qu'elle souhaitait poursuivre ses études en présentant un brevet de technicien supérieur, et, d'autre part, de la circonstance que la requérante a indiqué au préfet, dans le cadre de la procédure d'exécution du jugement du 4 juin 2020, poursuivre ses études en France, ainsi qu'elle le fait valoir dans ses écritures, le préfet a pu, sans méconnaître la portée de l'injonction qu'a ordonnée le tribunal, décider de délivrer à Mme A B un titre de séjour d'une durée d'un an portant mention " étudiant ", quand bien même l'intéressée aurait initialement sollicité la délivrance d'un titre de séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 313-14. Il n'y a donc pas lieu d'édicter une nouvelle injonction ni de prononcer une astreinte.

Sur la demande d'exécution de l'article 3 du jugement :

6. A l'article 3 du jugement du 4 juin 2020, le tribunal administratif a condamné l'Etat à verser à Me Justine Langlois, avocat de Mme A B, une somme de 1 000 euros au titre du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Par suite, Mme A B, qui n'est pas la bénéficiaire de la condamnation, n'est pas fondée à réclamer le versement de cette somme en exécution du jugement. En outre, à supposer que Mme A B soit regardée comme agissant en qualité de mandataire de son propre avocat et demandant l'exécution de l'article 3 du jugement au nom et pour le compte de celui-ci, Mme A B, qui n'est elle-même pas avocat, n'a pas qualité pour représenter Me Langlois. Par suite, la demande de Mme A B tendant à d'exécution de l'article 3 du jugement du 4 juin 2020 ne peut qu'être rejetée.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à ce que le tribunal prescrive les mesures qu'implique l'exécution du jugement du 4 juin 2020 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La demande de Mme A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 12 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Romnicianu, président,

Mme Dupuy-Bardot, première conseillère,

M. Khiat, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre.

La rapporteure,

Signé

N. Dupuy-Bardot

Le président,

Signé

M. C

La greffière,

Signé

S. Le Bourdiec

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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