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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2109558

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2109558

vendredi 20 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2109558
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre
Avocat requérantSELARL ZAMOUR & ASSOCIÉS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 juillet 2021, M. C B, représenté par Me Zamour et Me Goldman, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2015 et 2016 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il soutient que :

- l'administration ne pouvait se fonder sur les déclarations de résultats de l'EURL E-rent premium déposées au greffe du tribunal de commerce de Paris pour reconstituer le résultat imposable de cette société au titre des exercices clos en 2015 et 2016 ;

- le résultat imposable déterminé par l'administration est erroné ;

- le profit sur le Trésor mis à sa charge n'est pas justifié.

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er février 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens du requérant ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. L'entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) E-rent premium, qui exerce une activité d'achat, de vente, d'import-export et de location de véhicules à moteur sans chauffeur, dont M. B était le gérant et l'unique associé, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité au titre des exercices clos en 2015 et 2016, au terme de laquelle l'administration a estimé que la société avait réalisé un bénéfice de 86 619 euros au titre de l'exercice clos en 2015 et de 110 422 euros au titre de l'exercice clos en 2016. Au titre de la période vérifiée, L'EURL E-rent premium n'avait pas opté pour l'imposition à l'impôt sur les sociétés. Ainsi, par une proposition de rectification du 24 avril 2018, l'administration a mis à la charge de M. B des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2015 et 2016. Par la présente requête, M. B demande à être déchargé du paiement de ces suppléments d'imposition.

Sur la détermination du résultat imposable de l'EURL E-rent premium :

2. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " () la charge de la preuve () incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu () ". Aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu par l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge pour la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ".

3. En l'espèce, la charge de la preuve incombe au requérant, en application de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, dès lors qu'il est constant que l'EURL E-rent premium n'a pas été en mesure de présenter sa comptabilité lors du contrôle. En outre, les rectifications d'impôt sur le revenu au titre des deux années vérifiées ayant été notifiées à l'intéressé selon la procédure de taxation d'office, sur le fondement de l'article L. 74 du livre des procédures fiscales, la charge de la preuve de l'exagération des impositions lui incombe également sur le fondement de l'article L. 193 du même livre.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'en l'absence de comptabilité, l'administration s'est fondée, pour reconstituer le résultat imposable de l'EURL E-rent premium, sur les déclarations de résultats déposées, par la société, auprès du greffe du tribunal de commerce de Paris. Si le requérant soutient que ces déclarations de résultats ne sauraient être utilisées au motif qu'il n'aurait ni établi ni approuvé les comptes de la société au titre des années 2015 et 2016, dès lors qu'il n'en était plus le gérant et que sa signature, apparaissant sur ces documents, a été falsifiée, il ne l'établit pas par les pièces qu'il produit, alors qu'au demeurant, il indique avoir porté plainte pour faux auprès d'un juge d'instruction avec constitution de partie civile. En outre, la circonstance que ces documents consistent en des liasses fiscales et non des comptes sociaux ne fait pas obstacle à ce que l'administration puisse prendre en compte les éléments qui en sont issus. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'administration ne pouvait utiliser ces déclarations de résultats pour reconstituer le résultat imposable de la société.

5. En second lieu, ainsi qu'il a été dit au point précédent, l'administration a reconstitué le chiffre d'affaires de l'EURL E-rent premium au titre de des exercices clos en 2015 et en 2016 sur le fondement des déclarations de résultats déposées auprès du greffe du tribunal de commerce de Paris. Elle a retenu un taux de charges, rapporté au chiffre d'affaires, de 80%. L'administration est parvenue à un résultat bénéficiaire reconstitué de 86 619 euros pour 2015 et 110 422 euros pour 2016, résultant de la différence entre le chiffre d'affaires et le montant des charges de la société.

6. Le requérant soutient que l'EURL E-rent premium n'a réalisé aucune opération commerciale et que seul un crédit d'un montant de 20 000 euros apparaît sur les relevés bancaires de la société, communiqués au service. Toutefois, l'administration, non contredite sur ce point, fait valoir que les éléments figurant sur ces déclarations ont été corroborés par ceux obtenus dans le cadre d'une demande d'assistance administrative internationale auprès des autorités allemandes, dont il ressort que l'EURL E-RENT-PREMIUM a acquis auprès d'une autre société des véhicules d'occasion pour un montant de 193 140 euros en 2016 et que l'opération de 20 000 euros figurant sur les relevés bancaires de la société ne reflétait pas son activité économique. En outre, pour contester la méthode retenue par l'administration pour déterminer le montant des charges au titre des exercices en litige, le requérant se borne à soutenir que le fait de ne pas avoir retenu les charges exposées dans les déclarations de résultats alors que le chiffre d'affaires que comportent ces documents a été retenu, est source d'iniquité et qu'il ne peut accepter la méthode appliquée par l'administration. Ainsi, M. B n'établit pas, par ces seules affirmations, l'exagération des rectifications dont ses revenus imposables ont été l'objet.

Sur le profit sur le Trésor :

7. Aux termes du 2° bis du I de l'article 256 bis du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : "Les acquisitions intracommunautaires de biens d'occasion d'œuvres d'art, d'objets de collection ou d'antiquité effectuées à titre onéreux par un assujetti agissant en tant que tel ou par une personne morale non assujettie ne sont pas soumises à la taxe sur la valeur ajoutée lorsque le vendeur ou l'assujetti est un assujetti revendeur qui a appliqué dans l'Etat membre de départ de l'expédition ou du transport du bien les dispositions de la législation de cet Etat prises pour la mise en œuvre des articles 312 à 325 ou 333 à 341 de la directive 2006 / 112 / CE du Conseil du 28 novembre 2006 ". Aux termes du I de l'article 297 A du même code : " 1° La base d'imposition des livraisons par un assujetti revendeur de biens d'occasion, d'œuvres d'art, d'objets de collection ou d'antiquité qui lui ont été livrés par un non redevable de la taxe sur la valeur ajoutée ou par une personne qui n'est pas autorisée à facturer la taxe sur la valeur ajoutée au titre de cette livraison est constituée de la différence entre le prix de vente et le prix d'achat. () ". Aux termes de son article 297 E : " Les assujettis qui appliquent les dispositions de l'article 297 A ne peuvent pas faire apparaître la taxe sur la valeur ajoutée sur leurs factures ".

8. Il résulte des dispositions des articles 256 bis et 297 A du code général des impôts qu'une entreprise française assujettie à la taxe sur la valeur ajoutée a la qualité d'assujetti revendeur et peut appliquer le régime de taxation sur la marge prévu par l'article 297 A du code général des impôts, lorsqu'elle revend un bien d'occasion acquis auprès d'un fournisseur, situé dans un autre Etat membre qui, en sa qualité d'assujetti revendeur, lui a délivré une facture conforme aux dispositions précitées de l'article 297 E du code général des impôts et dont le fournisseur a aussi cette qualité ou n'est pas assujetti à la taxe sur la valeur ajoutée.

9. En l'espèce, l'administration, fait valoir sans être contestée, que l'activité de la société, qui a pour objet, selon ses statuts, l'achat, la vente, l'import-export et la location de véhicules à moteur sans chauffeur, ne se limite pas au commerce de véhicules d'occasion. Par suite, c'est à bon droit que l'administration a estimé que le régime de la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge prévue par l'article 297 A du code général des impôts n'était pas applicable en l'espèce et mis à sa charge le profit sur le Trésor contesté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander la décharge des impositions litigieuses. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin de décharge et celles présentées sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2023.

La rapporteure,

C. A

La présidente,

J. Jimenez Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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