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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2110076

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2110076

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2110076
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation9ème chambre
Avocat requérantSOCIETE CIVILE PROFESSIONNELLE D'AVOCAT MARGER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 juillet 2021 et le 8 décembre 2022, le centre Prévention Auto Conseils, représenté par Me Marger, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2021-1305 du 20 mai 2021 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis a procédé à la suspension, pour une période de deux mois, de l'agrément des installations du centre de contrôle technique de véhicules Prévention Auto Conseils ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- le caractère contradictoire de la procédure a été méconnu ;

- le caractère équitable de la procédure a été méconnu ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation en ce que le manquement reproché ne pouvait justifier la sanction infligée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en ce que la sanction ne pouvait être imputée qu'aux contrôleurs, non au centre lui-même ;

- elle est manifestement disproportionnée ;

- le préfet n'apporte pas la preuve de l'intention frauduleuse du titulaire de l'agrément ;

- la décision attaquée méconnaît les articles 4, 47 et 107 de la loi du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés ;

- les logiciels de gestion nominative des contrôleurs, des résultats des contrôles techniques et des compteurs d'exception sont illicites ;

- l'absence de séparation des autorités de poursuites et de jugement n'est pas assurée ;

- la décision attaquée méconnaît le principe d'égalité ;

- elle méconnaît le principe de loyauté.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2022, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 16 janvier 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 6 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 ;

- l'arrêté du 18 juin 1991 relatif à la mise en place et à l'organisation du contrôle technique des véhicules dont le poids n'excède pas 3,5 tonnes ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nour,

- et les conclusions de M. Combes, rapporteur public.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Le centre Prévention Auto Conseils exerce une activité de contrôle technique de véhicules. Il est situé au 18 rue Danielle Casanova à Aubervilliers (département de la Seine-Saint-Denis). Ce centre de contrôle est titulaire d'un agrément pour le contrôle technique de véhicules délivré par le préfet de la Seine-Saint-Denis depuis le 2 juillet 2019. Les services de la direction régionale et interdépartementale de l'environnement et de l'énergie (DRIEE) d'Ile-de-France ont effectué le 9 mars 2021 une visite de surveillance de l'activité de contrôle exercée par le centre Prévention Auto Conseils. Tirant les conséquences de cette visite, le préfet de la Seine-Saint-Denis a prononcé la suspension pour une période de deux mois de l'agrément du centre Prévention Auto Conseils par un arrêté du 20 mai 2021. Le centre Prévention Auto Conseils demande l'annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de la route ainsi que celles de l'arrêté du 18 juin 1991 susvisé, expose avec suffisamment de précision les éléments de fait pris en compte par le préfet de la Seine-Saint-Denis pour prononcer la sanction en litige. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 17-1 de l'arrêté du 18 juin 1991 relatif à la mise en place et à l'organisation du contrôle technique des véhicules dont le poids n'excède pas 3,5 tonnes : " L'agrément du centre de contrôle peut être retiré ou suspendu pour tout ou partie des catégories de contrôles techniques couvertes par l'agrément, conformément aux dispositions du IV de l'article R. 323-14 du code de la route, par le préfet du département du centre. Les mesures de retrait ou suspension sont notamment applicables en cas de non-respect des articles R. 323-13 à R. 323-17 du code de la route. Avant toute décision, le préfet informe par écrit l'exploitant du centre de contrôle et son réseau de rattachement, le cas échéant, de son intention de suspendre ou de retirer l'agrément du centre, pour tout ou partie des catégories de contrôles, en indiquant les faits qui lui sont reprochés et en lui communiquant ou en lui permettant d'accéder au dossier sur la base duquel la procédure est initiée. L'exploitant du centre de contrôle et son réseau de rattachement, le cas échéant, disposent d'un délai d'un mois, à compter de la présentation du courrier, pour faire part de leurs observations par écrit. Si le préfet de département envisage de suspendre ou retirer l'agrément, il organise une réunion contradictoire à laquelle sont invités l'exploitant du centre de contrôle où les faits ont été constatés ainsi que le réseau éventuellement concerné avant que la sanction ne soit prononcée. Cette réunion est tenue postérieurement au délai d'un mois accordé pour faire part des observations. En application des dispositions de l'article R. 323-14 du code de la route, l'agrément du centre peut être retiré en cas de non-respect d'une décision administrative suspendant l'activité du centre. Toute décision de suspension ou de retrait d'agrément est notifiée à l'exploitant du centre de contrôle, au réseau de rattachement éventuel et à l'organisme technique central ".

4. Il ressort des pièces du dossier, notamment d'un courrier du préfet de la Seine-Saint-Denis en date du 25 mars 2021, que celui-ci a transmis au centre Prévention Auto Conseils la copie du rapport en date du 17 mars 2021 établi à la suite de la visite des services de la DRIEE le 9 mars 2021 et l'a invité à présenter ses observations dans le délai d'un mois à compter de la réception de ce courrier. Le requérant a également été entendu lors d'une réunion contradictoire en date du 27 avril 2021 sur les manquements qui lui étaient reprochés. Il ne ressort pas des observations présentées par le centre Prévention Auto Conseils par un courrier du 14 avril 2021 qu'il aurait demandé accès à des informations détenues par les services du préfet et qui ne lui auraient pas été communiquées. En outre, le requérant n'allègue pas avoir demandé l'accès à de telles informations lors de la réunion contradictoire du 27 avril 2021, ni que l'accès à ces éléments lui aurait été refusé. Enfin, contrairement à ce que soutient le centre Prévention Auto Conseils, les informations communiquées lors des contrôles des véhicules au moyen de la liaison informatique prévue par les dispositions de l'arrêté du 18 juin 1991 mentionné ci-dessus ne constituent pas des données à caractère personnel qui pourraient relever en tant que telles de la loi du 6 janvier 1978 susvisée relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés. Par suite, doivent être écartés les moyens tirés de la méconnaissance du droit à une procédure contradictoire et de la méconnaissance de cette loi.

5. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le requérant n'a pas été empêché d'accéder aux informations sur lesquelles le préfet s'est fondé pour prononcer la sanction en litige et que celles-ci n'ont pas le caractère de données personnelles au sens de la loi du 6 janvier 1978. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le logiciel serait illicite au motif qu'il n'a jamais eu accès aux données en cause et que celles-ci revêtent le caractère de données personnelles.

6. En quatrième lieu, le requérant soutient que l'équité de la procédure n'est pas respectée, l'action de l'administration n'étant pas objective dès lors qu'elle se " limite à dresser des constats ponctuels et négatifs ". Toutefois, ces seuls éléments ne suffisent pas à caractériser le caractère inéquitable de la procédure en cause. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à une procédure équitable doit être écarté.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 18 juin 1991 susvisé : " Il est dressé un procès-verbal de chaque contrôle technique. Ce document, qui est conforme aux dispositions de l'annexe II du présent arrêté, décrit les défaillances constatées () ". Aux termes de l'article 7 du même arrêté : " L'annexe I du présent arrêté définit : / - les défaillances mineures n'ayant aucune incidence notable sur la sécurité du véhicule ou sur l'environnement / - les défaillances majeures susceptibles de compromettre la sécurité du véhicule, d'avoir une incidence négative sur l'environnement, ou de mettre en danger les autres usagers de la route ; / - les défaillances critiques constituant un danger direct et immédiat pour la sécurité routière ou ayant une incidence grave sur l'environnement. () ". En outre, il résulte des dispositions du paragraphe 7.11.1. a. 1. du D de l'annexe I de cet arrêté que constitue une défaillance mineure le " kilométrage relevé inférieur à celui relevé lors d'un précédent contrôle ".

8. Pour prononcer la sanction en litige, le préfet de la Seine-Saint-Denis s'est fondé sur la circonstance que la visite de surveillance de l'activité de contrôle technique du centre Prévention Auto Conseils effectuée le 9 mars 2021 avait révélé que, du 1er janvier 2020 au 23 février 2021, ce centre avait procédé au contrôle de cinquante-six véhicules au cours de périodes durant lesquelles la liaison informatique entre ce centre et le réseau Autosécurité était rompue, ce qui faisait obstacle à ce que la mention portant sur la défaillance relative à la minoration kilométrique figure le cas échéant sur le procès-verbal de contrôle des véhicules concernés. Le préfet de la Seine-Saint-Denis a en outre constaté que, parmi ces véhicules, dix d'entre eux auraient dû faire l'objet d'une telle mention sur le procès-verbal de contrôle, soit une proportion de 17,86 %, très supérieure au taux moyen de 2,2% au taux moyen observé en ce qui concerne l'activité de ce centre. Ces faits ne sont pas contestés par le centre Prévention Auto Conseils. En outre, si ce dernier fait valoir que l'existence d'une réduction du kilométrage d'un véhicule constitue, selon les termes de l'arrêté du 18 juin 1991 déjà mentionné, une défaillance mineure et qu'elle ne peut provoquer aucun danger, l'absence de mention d'une telle défaillance est néanmoins de nature à tromper les futurs acquéreurs des véhicules concernés sur la valeur de ces biens ainsi que sur la réalité de leur état d'usure. Ce défaut d'information peut ainsi entraîner pour ces derniers non seulement un préjudice financier mais aussi un risque pour leur sécurité. Or, quand bien même aucun élément versé aux débats ne permet d'affirmer que ces ruptures de liaison informatique seraient volontaires, il appartenait, en tout état de cause, au centre de contrôle agréé, de vérifier cette liaison avant de procéder au contrôle d'un véhicule. En outre, contrairement à ce que soutient le centre, le nombre important de ruptures de liaison constaté entre le centre de contrôle et le réseau Autosécurité, couplé à l'accroissement très significatif du nombre de défaillances relatives à la minoration kilométrique relevées pendant les périodes de rupture, sans signalement sur le procès-verbal de contrôle, sont de nature à démontrer le caractère volontaire de cette pratique. Dans ces conditions, le manquement reproché justifie la suspension de l'agrément en litige et sa durée de deux mois ne présente pas un caractère disproportionné. Ainsi, le préfet de la Seine-Saint-Denis, n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant la suspension de l'agrément du centre Prévention Auto Conseils pendant une durée de deux mois. Doit également être écarté le moyen tiré de ce que le préfet n'apporte pas la preuve de l'intention du centre de dissimuler le manquement reproché.

9. En sixième lieu, le centre Prévention Auto Conseils soutient qu'à supposer même que les manquements en cause soient graves, ils ne sont imputables qu'aux contrôleurs dont l'agrément a été suspendu. Or, les dispositions du IV de l'article R. 323-14 du code de la route habilitent l'administration à retirer ou suspendre l'agrément d'une installation d'un centre de contrôle technique en cas de méconnaissance des conditions de bon fonctionnement des installations ou des prescriptions qui leur sont imposées. Des manquements graves relevés à l'encontre de contrôleurs à la réglementation du contrôle technique des véhicules peuvent révéler par eux-mêmes des défaillances de l'exploitant à organiser et mettre en œuvre ces contrôles dans des conditions conformes à la réglementation applicable et sont, dès lors, de nature à affecter le bon fonctionnement de l'installation. En l'espèce, le centre Prévention Auto Conseils n'emploie que deux contrôleurs techniques, lesquels ont été tous deux sanctionnés à raison des faits cités au point 8, lesquels s révèlent un dysfonctionnement structurel du centre Prévention Auto Conseils en ce qui concerne le contrôle de la liaison informatique le reliant au réseau Autosécurité. En outre, contrairement à ce que soutient le centre Prévention Auto Conseils, le gérant de celui-ci ne pouvait ignorer de tels agissements dès lors qu'il en était pour partie l'auteur. Par suite, ce moyen doit être écarté.

10. En septième lieu, le requérant, qui se borne à soutenir que le principe d'égalité de traitement n'a pas été respecté et que " les mêmes manquements sont sanctionnés de façon très différentes selon les régions ou les faits sont appréciés ", ne précise pas, en l'espèce, en quoi ce principe a été méconnu, de sorte que ce moyen ne peut qu'être écarté.

11. En huitième lieu, aux termes de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement, publiquement et dans un délai raisonnable, par un tribunal indépendant et impartial, établi par la loi, qui décidera, soit des contestations sur ses droits et obligations de caractère civil, soit du bien-fondé de toute accusation en matière pénale dirigée contre elle () ".

12. Le préfet de la Seine-Saint-Denis, auteur de la sanction en litige, ne peut être regardé comme un tribunal au sens de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de sorte que le requérant ne peut utilement se prévaloir du moyen tiré de ce que le principe de séparation des autorités de poursuite et de jugement aurait été méconnu. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté.

13. En dernier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, l'administration n'a pas réalisé des statistiques sur le fondement d'un échantillonnage correspondant à la période du 1er janvier 2020 au 23 février 2021, mais a relevé qu'au cours de cette période, les défaillances relatives à la minoration kilométrique de plusieurs véhicules n'étaient pas mentionnées dans les procès-verbaux établis par le centre. Le requérant ne peut donc utilement invoquer le défaut de loyauté du préfet au motif d'un échantillon qui ne serait pas représentatif. En outre, la circonstance que le préfet n'ait pas mentionné que plusieurs procès-verbaux faisaient état de défaillances majeures, relevées par les contrôleurs techniques, ainsi que la panne de liaison avec l'organisme technique central (OTC) qu'a connue le centre requérant le 12 février 2020, et que trois des " procès-verbaux relèvent une différence kilométrique minime, ce qui induit une erreur de saisie et écarte toute volonté de fraude ", ne révèle pas un défaut de loyauté du préfet. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du principe de loyauté doit être écarté.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête du centre Prévention Auto Conseils doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête du centre Prévention Auto Conseils est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié au centre Prévention Auto Conseils et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Jimenez, présidente,

M. Charageat, premier conseiller,

Mme Nour, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

La rapporteure,

C. Nour

La présidente,

J. Jimenez Le greffier,

C. Chauvey

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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