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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2110117

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2110117

vendredi 2 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2110117
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantSELAFA CABINET CASSEL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°2107270 du 16 juillet 2021, la présidente du tribunal administratif de Cergy-Pontoise, a transmis au Tribunal la requête de Mme A C, initialement enregistrée le 31 mai 2021, en application des dispositions de l'alinéa 1 de l'article R. 351-3 du code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 31 mai 2021, Mme A C, représentée par Me Cassel, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 20 mars 2021 par laquelle le directeur interrégional des douanes et droits indirects de Paris-Aéroports à réduit de moitié sa rémunération sur la période du 13 mars au 16 mars 2021 ;

2°) d'enjoindre à la direction interrégionale des douanes et droits indirects de Paris-Aéroports de procéder au paiement à plein traitement de ladite période ou, à tout le moins, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de deux mois suivant le jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de la direction interrégionale des douanes et droits indirects de Paris-Aéroports la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- la décision litigieuse est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'elle a bien respecté le délai de 48 heures prescrit par l'article 25 du décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- elle constitue une sanction disciplinaire déguisée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juin 2022, le ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 6 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Caro,

- et les conclusions de Mme de Bouttemont, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, adjointe au receveur interrégional des douanes et droits indirects au sein de la direction interrégionale des douanes et droits indirects de Paris-Aéroports, demande au tribunal d'annuler la décision du 20 mars 2021 par laquelle le directeur interrégional des douanes et droits indirects de Paris-Aéroports à réduit de moitié sa rémunération sur la période du 13 mars au 16 mars 2021, en application de l'article 25 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 34 de la loi du 11 janvier 1984 alors applicable : " Le fonctionnaire en activité a droit : () 2° A des congés de maladie dont la durée totale peut atteindre un an pendant une période de douze mois consécutifs en cas de maladie dûment constatée mettant l'intéressé dans l'impossibilité d'exercer ses fonctions. Celui-ci conserve alors l'intégralité de son traitement pendant une durée de trois mois ; ce traitement est réduit de moitié pendant les neuf mois suivants. Le fonctionnaire conserve, en outre, ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence. Le bénéfice de ces dispositions est subordonné à la transmission par le fonctionnaire, à son administration, de l'avis d'arrêt de travail justifiant du bien-fondé du congé de maladie, dans un délai et selon les sanctions prévues en application de l'article 35 () ". Aux termes de l'article 35 de cette loi alors applicable : " Des décrets en Conseil d'Etat : / 1° Fixent les modalités des différents régimes de congé, déterminent leurs effets sur la situation administrative du fonctionnaire et prévoient les obligations auxquelles le fonctionnaire demandant le bénéfice ou bénéficiant des congés prévus aux 2°, 3° et 4° de l'article 34 est tenu de se soumettre en vue de l'octroi ou du maintien de ces congés, sous peine de voir réduire ou supprimer le traitement qui lui avait été conservé () ". Et aux termes de l'article 25 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dans sa version alors applicable : " Pour obtenir un congé de maladie ainsi que le renouvellement du congé initialement accordé, le fonctionnaire adresse à l'administration dont il relève, dans un délai de quarante-huit heures suivant son établissement, un avis d'interruption de travail. (). / En cas d'envoi de l'avis d'interruption de travail au-delà du délai prévu à l'alinéa précédent, l'administration informe par courrier le fonctionnaire du retard constaté et de la réduction de la rémunération à laquelle il s'expose en cas de nouvel envoi tardif dans les vingt-quatre mois suivant l'établissement du premier arrêt de travail considéré. / En cas de nouvel envoi tardif dans le délai mentionné à l'alinéa précédent, le montant de la rémunération afférente à la période écoulée entre la date d'établissement de l'avis d'interruption de travail et la date d'envoi de celui-ci à l'administration est réduit de moitié. / Cette réduction de la rémunération n'est pas appliquée si le fonctionnaire justifie d'une hospitalisation ou, dans un délai de huit jours suivant l'établissement de l'avis d'interruption de travail, de l'impossibilité d'envoyer cet avis en temps utile.() "

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme C a été placée en congé de maladie ordinaire du 16 au 27 mars 2020 inclus, puis à la suite de deux prolongations de ses arrêts de travail, jusqu'au 16 mai 2020. Estimant que les certificats médicaux afférents lui avaient été transmis tardivement par la requérante, sa hiérarchie lui a adressé deux notes le 25 mai 2020, lui rappelant, conformément à ce que prévoient les dispositions susmentionnées de l'article 25 du décret du 14 mars 1986, ses obligations et lui indiquant qu'en cas de nouvel envoi tardif, dans les 24 mois, elle s'exposerait à une réduction de moitié du montant de sa rémunération entre la date de prescription de l'arrêt et sa date d'envoi.

4. A supposer que Mme C puisse être regardée comme contestant le caractère tardif de l'envoi de son premier arrêt maladie à son supérieur hiérarchique, M. B, chef du service de la recette interrégionale, il ressort des pièces du dossier qu'elle ne lui a adressé, le 16 mars 2020, que deux sms pour lui indiquer avoir été placée par son médecin traitant en arrêt de travail du 16 mars au 27 mars 2020 inclus, que si parallèlement elle lui adressé le 17 mars 2020 le certificat afférent par voie électronique celui-ci n'était pas complet et qu'en dépit de plusieurs relances faites par son supérieur hiérarchique afin qu'elle lui adresse ses arrêts de travail, au besoin en lui faisant parvenir un scan ou une photo de ceux-ci, la requérante n'a adressé un courrier que le 16 avril 2020, comportant les volets 3 du premier arrêt du 16 au 27 mars 2020 puis des deux prolongations du 28 mars 2020 au 13 avril 2020 puis du 14 avril 2020 au 7 mai 2020. Si la requérante fait état des circonstances liées au contexte du premier confinement de la crise sanitaire du Covid, en particulier aux difficultés d'acheminement par voie postale, pour expliquer les raisons pour lesquelles elle n'a pas été en mesure de poster les certificats médicaux avant le 16 avril 2020, elle ne justifie pas de l'impossibilité d'envoyer ces avis d'interruption de travail, en temps utile, alors qu'il lui était possible de les transmettre par courriel, ainsi que le lui a demandé à de nombreuses reprises son supérieur hiérarchique. Ainsi, il est constant que les certificats médicaux ont été transmis bien après le délai de quarante-huit heures prescrit par les dispositions précitées de l'article 25 du décret du 14 mars 1986, la circonstance que Mme C ait informé son employeur de sa situation ne pouvant pallier l'absence d'arrêt de travail adressé à son administration dans le délai réglementaire.

5. D'autre part, Mme C a de nouveau été placée en arrêt de travail du 13 au 16 mars 2021. Si elle affirme avoir respecté le délai de quarante-huit heures prévu par les dispositions précitées de l'article 25 du décret du 14 mars 1986 lors de la transmission de son arrêt de travail prescrit le samedi 13 mars 2021, le ministre verse à l'instance la copie de l'enveloppe envoyée par l'intéressée qui démontre que celle-ci a été oblitérée le mardi 16 mars 2021, soit au-delà du délai de quarante-huit heures qui expirait le lundi 15 mars 2021. Il s'ensuit que cette prescription médicale a été transmise au-delà du délai imparti, le décompte s'effectuant en jours calendaires. Dès lors qu'il est constant qu'il s'agissait là de la deuxième occurrence d'un envoi tardif d'avis d'interruption de travail par Mme C, laquelle avait été précédemment informée de la réduction de rémunération à laquelle elle s'exposait, ainsi qu'il a été dit au point 4, l'administration pouvait, sans méconnaître l'article 25 du décret du 14 mars 1986, procéder à une retenue de la moitié de son traitement du 13 au 16 mars 2021.

6. Enfin, la requérante considère que la décision litigieuse du 8 février 2021 constitue en réalité une sanction disciplinaire déguisée et procède d'une mesure de rétorsion liée à la dégradation de ses relations avec son supérieur hiérarchique depuis son retour de congé maladie le 11 mai 2020. Or, il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'en prenant la décision en litige l'administration aurait entendu sanctionner l'intéressée, à qui il n'est reproché aucune faute, la décision du 20 mars 2021 se bornant à tirer les conséquences, en application des dispositions de l'article 25 du décret du 14 mars 1986 susvisé, de l'envoi tardif par Mme C de ses arrêts de travail. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision du 8 février 2021 serait une sanction disciplinaire déguisée manque en fait et doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme C, n'appelle aucune mesure particulière d'exécution. Il s'ensuit que ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être également rejetées.

Sur les frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, verse à Mme C la somme que celle-ci réclame au titre des frais qu'elle y a exposés.

10. La présente instance n'a entraîné aucun dépens au sens des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions de Mme C relatives à la condamnation aux dépens doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Van Maele, première conseillère,

Mme Caro, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 février 2024.

La rapporteure,

N. CARO

La présidente,

N. RIBEIRO-MENGOLI

La greffière,

P. DEMOL

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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