mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2110270 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème chambre |
| Avocat requérant | PAEZ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 juillet 2021, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Ozita, représentée par Me Paëz, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 juin 2021 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis à sa charge, d'une part, la somme de 14 600 euros au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail et, d'autre part, la somme de 4 248 euros au titre la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement prévue à l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision est entachée d'une insuffisance de motivation ; les éléments de fait sont absents ;
- la décision est prise sur un simple procès-verbal de police, sans aucune appréciation des faits ;
- ni la société ni son dirigeant n'ont fait l'objet de poursuites pénales ; l'OFII a pris sa décision en se basant sur un procès-verbal de police, qui est un acte d'enquête ; les deux salariés ont fait l'objet de déclarations d'embauche et ont conclu un contrat de travail avant leur premier jour de travail ;
- elle n'avait aucune obligation de contrôler la validité de leur titre de séjour et il ne lui appartenait pas davantage de contrôler la validité de la carte nationale d'identité italienne des deux salariés car une telle obligation n'est pas prévue par les textes ; le président de la société a eu les cartes d'identité en main ; l'amende prononcée porte atteinte à l'existence même de la société.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 septembre 2021, l'OFII conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par la requérante sont infondés.
Par une ordonnance du 24 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au
12 février 2024 à 12h00.
Par un courrier du 23 septembre 2024, les parties ont été informées, sur le fondement de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'abrogation par la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 des articles L. 822-2 et L. 822-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, anciennement codifiés aux articles L. 626-1 et suivants de ce code avant le 1er mai 2021, et de ce qu'il appartient au juge administratif, statuant comme juge de plein contentieux sur une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de faire application, le cas échéant, d'une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l'infraction a été commise et celle à laquelle il statue.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code du travail ;
- la loi n° 2024-642 du 26 janvier 2024 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;
- et les conclusions de M. Bernabeu, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Ozita a fait l'objet, le 13 octobre 2020, d'un contrôle de police dans des locaux à l'enseigne " Snack Jules Ferry ", à Bagnolet, au cours duquel a été constatée, par un procès-verbal dressé le même jour, la présence en action de travail d'un ressortissant algérien et d'un ressortissant tunisien, dépourvus de titre de séjour et de travail et faisant chacun l'usage d'une fausse carte nationale d'identité italienne. Par une décision du 2 juin 2021, le directeur général de l'OFII, a mis à la charge de la société, d'une part, la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, pour un montant de 14 600 euros et, d'autre part, la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement, pour un montant de 4 248 euros. C'est la décision dont la société sollicite l'annulation.
Sur la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement :
2. D'une part, l'article L. 822-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, codifié avant le 1er mai 2021 à l'article L. 626-1 du même code, dispose que : " Sans préjudice des poursuites judiciaires qui peuvent être engagées à son encontre et de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail, l'employeur qui a occupé un travailleur étranger en situation de séjour irrégulier acquitte une contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français de cet étranger. () ". Aux termes du VII de l'article 34 de la loi du 26 janvier 2024 : " La section 2 du chapitre II du titre II du livre VIII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est abrogée ".
3. Il appartient au juge administratif, statuant comme juge de plein contentieux sur une contestation portant sur une sanction que l'administration inflige à un administré, de faire application, le cas échéant, d'une loi nouvelle plus douce entrée en vigueur entre la date à laquelle l'infraction a été commise et celle à laquelle il statue.
4. Les sanctions encourues en vertu de l'article L. 626-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France, ultérieurement codifiées aux articles L. 822-2 et L. 822-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers, ont le caractère d'une sanction que l'administration inflige à un administré. Ces dispositions, qui fondent la sanction correspondant à la créance en litige, ont toutefois été abrogées par la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024.
5. Il s'ensuit, sans qu'il soit besoin de statuer sur les moyens de la requête relatifs à la contribution forfaitaire représentative des frais d'éloignement du territoire français, que la décision du 2 juin 2021 doit être annulée pour ce motif, en tant qu'elle met à la charge de la société requérante la somme de 4 248 euros au titre de cette contribution.
Sur la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 2° Infligent une sanction ".
7. La décision mettant à la charge de la société la contribution spéciale mentionne expressément les textes applicables, notamment les dispositions de l'article R. 8253-2 du code du travail explicitant les modalités de calcul du montant de cette contribution. Elle vise le procès-verbal établi à son encontre le 13 octobre 2020 par les services de police de la Seine-Saint-Denis et précise, en annexe jointe à la décision, le nom des deux salariés démunis de titre autorisant le travail et autorisant le séjour dont la présence est à l'origine de l'amende infligée. La décision comporte ainsi les éléments de droit et de fait qui en constituent le fondement. La circonstance que la décision vise un procès-verbal de police ayant abouti à un rappel à la loi par officier de police judiciaire est sans incidence sur le caractère suffisant de sa motivation.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 8253-1 du code du travail, dans sa version applicable au litige : " Sans préjudice des poursuites judiciaires pouvant être intentées à son encontre, l'employeur qui a employé un travailleur étranger en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 acquitte, pour chaque travailleur étranger non autorisé à travailler, une contribution spéciale. Le montant de cette contribution spéciale est déterminé dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat. Il est, au plus, égal à 5 000 fois le taux horaire du minimum garanti prévu à l'article L. 3231-12. Ce montant peut être minoré en cas de non-cumul d'infractions ou en cas de paiement spontané par l'employeur des salaires et indemnités dus au salarié étranger non autorisé à travailler mentionné à l'article R. 8252-6. Il est alors, au plus, égal à 2 000 fois ce même taux. Il peut être majoré en cas de réitération et est alors, au plus, égal à 15 000 fois ce même taux. / L'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de constater et fixer le montant de cette contribution pour le compte de l'Etat selon des modalités définies par convention () ". Aux termes de l'article R. 8253-2 de ce code : " I. Le montant de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 est égal à 5 000 fois le taux horaire, à la date de la constatation de l'infraction, du minimum garanti prévu à l'article L. 3231 12. / II. Ce montant est réduit à 2 000 fois le taux horaire du minimum garanti dans l'un ou l'autre des cas suivants : / 1° Lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne pas d'autre infraction commise à l'occasion de l'emploi du salarié étranger en cause que la méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 ; / 2° Lorsque l'employeur s'est acquitté des salaires et indemnités mentionnés à l'article L. 8252-2 dans les conditions prévues par les articles R. 8252-6 et R. 8252-7. / III. Dans l'hypothèse mentionnée au 2° du II, le montant de la contribution spéciale est réduit à 1 000 fois le taux horaire du minimum garanti lorsque le procès-verbal d'infraction ne mentionne l'emploi que d'un seul étranger sans titre l'autorisant à exercer une activité salariée en France. / () ".
9. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 8253-1 du code du travail que la contribution qu'il prévoit ont pour objet de sanctionner les faits d'emploi d'un travailleur étranger séjournant irrégulièrement sur le territoire français ou démuni de titre l'autorisant à exercer une activité salariée, sans qu'un élément intentionnel soit nécessaire à la caractérisation du manquement. Lorsqu'un salarié s'est prévalu lors de son embauche de la nationalité française ou de sa qualité de ressortissant d'un Etat pour lequel une autorisation de travail n'est pas exigée, l'employeur ne peut être sanctionné s'il s'est assuré que ce salarié disposait d'un document d'identité de nature à en justifier et s'il n'était pas en mesure de savoir que ce document revêtait un caractère frauduleux ou procédait d'une usurpation d'identité.
10. De première part, la circonstance que le gérant de la société requérante n'a fait l'objet que d'un rappel à la loi, le 9 décembre 2020, pour le fait d'emploi, le 13 octobre 2020, de deux étrangers non munis d'un titre les autorisant à exercer une activité salariée, est à elle seule sans incidence sur la matérialité et la qualification des faits retenues par l'OFII.
11. De deuxième part, il résulte de l'instruction, notamment du procès-verbal du
13 octobre 2020, qu'un officier de police judiciaire en résidence à Bobigny a constaté la présence en action de travail, au sein de l'établissement à l'enseigne " Snack Jules Ferry ", de deux personnes n'étant ni autorisées à séjourner, ni à travailler sur le territoire français. Lors de leurs auditions, les deux salariés ont indiqué que la société avait seulement sollicité, lors de leur embauche, la production d'une copie de leur carte d'identité italienne, laquelle s'est avérée être fausse pour chacun d'eux. Si la société soutient que son président a eu les cartes d'identité italiennes de ses salariés en mains, elle ne le démontre pas, et n'établit pas qu'elle se serait assurée, ainsi que cela lui incombait, de ce que ces salariés disposaient effectivement d'une carte d'identité italienne pour vérifier qu'elle ne revêtait pas un caractère frauduleux. Dans ces conditions, la société ne prouve pas sa bonne foi.
12. En dernier lieu, si la société soutient que le montant de l'amende mise à sa charge est particulièrement élevé et porterait atteinte à son existence même, il apparaît que ce montant a été calculé conformément aux dispositions citées au point 6, pour l'emploi avéré de deux travailleurs en méconnaissance des dispositions du premier alinéa de l'article L. 8251-1 du code du travail, tandis qu'elle ne fournit aucun document permettant d'apprécier ses conséquences au regard de sa situation financière. Les moyens tirés de ce que le montant de l'amende ne serait pas légalement justifié ou, en admettant qu'elle le soutienne, serait disproportionné doivent également être écartés.
13. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de droit, de fait ou d'appréciation que le directeur général de l'OFII a, par la décision du 2 juin 2021, mis à la charge de la société Ozita la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 14 600 euros.
14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la société Ozita dirigées contre la décision du 2 juin 2021 en tant qu'elle a mis sa charge au titre de la contribution spéciale prévue à l'article L. 8253-1 du code du travail pour un montant de 14 600 euros doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision du 2 juin 2021 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration est annulée en tant qu'elle a mis à la charge de la société Ozita la somme de
4 248 euros au titre de la contribution forfaitaire représentative des frais de réacheminement.
Article 2 : Le surplus de la requête de la société Ozita est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Ozita et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- M. Baffray, président,
- Mme Lançon, première conseillère,
- Mme Gaullier-Chatagner, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
La rapporteure,Le président,
N. Gaullier-ChatagnerJ.-F. BaffrayLa greffière,
S. Le Bourdiec
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026