lundi 24 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2110355 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | ARTOIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 23 juillet 2021, la société Guerrault et Cie, représentée par Me Padovani, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de la taxe foncière à laquelle elle a été assujettie au titre de l'année 2014 ;
2°) de prononcer la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2010, 2011, 2012 et 2013 ;
3°) de prononcer la décharge des majorations et intérêts de retard mis à sa charge au titre de la taxe foncière des années 2015 et 2016 ;
4°) d'annuler les titres de perception émis par la commune de Drancy ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la procédure de recouvrement engagée par la commune de Drancy est irrégulière ;
- elle n'est pas redevable de la taxe foncière pour l'année 2014 dès lors qu'elle bénéficie de l'exonération prévue pour les locaux situés en zone franche urbaine conformément à l'article 1466 A I sexies du code général des impôts et à l'instruction fiscale référencée BOI-IF-CFE-10-30-50-50 du 3 janvier 2018 ;
- elle bénéficie, sur le fondement de l'article L. 80 du LPF, d'une prise de position de l'administration en ce qui concerne l'exonération de taxe foncière pour l'année 2014 ;
- aucune majoration, ni aucun intérêt de retard ne peuvent être mis à sa charge s'agissant de la taxe foncière des années 2015 et 2016 dès lors que le non-paiement de ces impositions est indépendant de sa volonté ;
- les avis reçus en matière de TEOM sont entachés d'un vice de procédure dès lors qu'ils ont été établis simultanément pour quatre années antérieures avec une demande de paiement immédiat ;
- l'évaluation de la TEOM est manifestement erronée compte tenu des variations des sommes réclamées entre 2010 et 2013 ;
- la TEOM des années 2010 et 2011 est prescrite.
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 décembre 2022, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête est irrecevable en raison de sa tardiveté et de la nature des conclusions relatives au contentieux du recouvrement.
Par lettre du 28 mai 2024, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du défaut d'intérêt à agir de la société requérante.
La société Guerrault et Cie a produit un mémoire en réponse à ce moyen susceptible d'être relevé d'office. Ce mémoire, enregistré le 1er juin 2024, n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nguër, rapporteure,
- les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure publique,
- et les observations de M. A, représentant le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.
La société Guerrault et Cie n'était ni présente, ni représentée.
Considérant ce qui suit :
1. Le 1er octobre 2008, la société Guerrault et Cie a conclu un bail commercial avec la commune de Drancy pour un local situé 145, rue Diderot dans la zone industrielle de l'Energie Parc de la ville. Après réception des avis de mise en recouvrement de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères des années 2010 à 2013 et de la taxe foncière des années 2014 à 2016 dont elle est redevable en sa qualité de propriétaire de ce local, la commune de Drancy a procédé à une récupération des cotisations correspondantes en émettant quatre titres de perception à l'encontre de la société Guerrault et Cie, en 2014 et en 2017, au titre des charges locatives dues par cette dernière. Le 12 novembre 2020, la société a formé une réclamation contentieuse auprès de l'administration fiscale, par l'entremise de son conseil, afin d'obtenir le dégrèvement de la taxe foncière de l'année 2014, de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères des années 2010, 2011, 2012 et 2013, des majorations et intérêts de retard afférents à la taxe foncière des années 2015 et 2016. L'absence de réponse de l'administration a fait naître une décision implicite de rejet. La société Guerrault et Cie demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions précitées.
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 197-4 du livre des procédures fiscales : " Toute personne qui introduit ou soutient une réclamation pour autrui doit justifier d'un mandat régulier. Le mandat doit, à peine de nullité, être produit en même temps que l'acte qui l'autorise ou enregistré avant l'exécution de cet acte. / Toutefois, il n'est pas exigé de mandat des avocats inscrits au barreau ni des personnes qui, en raison de leurs fonctions ou de leur qualité, ont le droit d'agir au nom du contribuable. Il en est de même si le signataire de la réclamation a été mis personnellement en demeure d'acquitter les impositions mentionnées dans cette réclamation. / Les officiers publics ou ministériels désignés aux 1° à 3° de l'article 1705 du code général des impôts sont autorisés à présenter ou soutenir sans mandat exprès une réclamation relative aux impôts, droits ou taxes qu'ils sont tenus d'acquitter en application de cet article ".
3. Il résulte de l'instruction que la société Guerrault et Cie est locataire des locaux en litige, lesquels sont propriétés de la commune de Drancy. Si cette dernière a reporté dans les charges locatives de la société les cotisations dont elle était redevable au titre des impositions locales en litige, cependant cette seule circonstance ne saurait octroyer à la société requérante un intérêt à agir pour réclamer la décharge de celles-ci alors qu'elle ne dispose d'aucun mandat de la commune qui demeure l'unique contribuable redevable des taxes en litige. Dans ces conditions, en l'absence de qualité lui donnant intérêt à agir, les conclusions à fin de décharge présentées par la société Guerrault et Cie doivent être rejetées comme étant irrecevables, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration fiscale quant à la tardiveté partielle de la réclamation.
4. En second lieu, c'est à bon droit que l'administration fiscale oppose à la société requérante l'irrecevabilité des conclusions relevant du contentieux du recouvrement alors que sa réclamation relevait exclusivement de l'assiette des impositions en litige.
5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par la société Guerrault et Cie doivent être rejetées y compris celles portant sur les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Guerrault et Cie est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Guerrault et Cie et au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis.
Délibéré après l'audience du 10 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Charret, président,
Mme Nguër, première conseillère,
Mme Nour, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 juin 2024.
La rapporteure,
M. Nguër
Le président,
J. Charret
La greffière,
D. Ferreira
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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