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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2110604

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2110604

vendredi 14 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2110604
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantZEGHLOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2021, M. B C, représenté par Me Zeghloul, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui payer la somme de 23 310,16 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de son absence de relogement ;

2°) d'ordonner la liquidation de l'astreinte prononcée par le jugement n° 1909219 du 19 décembre 2019 ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. C soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée dès lors qu'il n'a reçu aucune proposition de logement, alors qu'il a été reconnu prioritaire par la commission de médiation du droit au logement opposable le 30 janvier 2019 ;

- il occupe avec son épouse, qui est enceinte, et leurs deux enfants, un logement d'une superficie de 35 m² insalubre ;

- il subit un préjudice économique et un préjudice moral.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur ces litiges.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 30 janvier 2019, désigné M. C comme prioritaire et devant être logé en urgence. N'ayant pas reçu de proposition de logement, M. C a saisi le préfet de la Seine-Saint-Denis d'une demande indemnitaire préalable par un courrier du 5 mars 2020. Cette demande a été implicitement rejetée. M. C demande au tribunal de condamner l'État à lui verser une somme de 23 310,16 euros en réparation des préjudices subis.

Sur les conclusions tendant à la liquidation de l'astreinte prononcée par le jugement n° 1909219 du 19 décembre 2019 :

2. Il n'appartient pas au juge saisi dans le cadre de la mise en cause de la responsabilité de l'État de liquider l'astreinte prévue par le jugement du 19 décembre 2019, dès lors qu'une procédure particulière est prévue à cette fin par les dispositions de l'article R. 778-8 du code de justice administrative. Par suite, les conclusions présentées en ce sens sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur la responsabilité :

3. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

4. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de trois ou six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'a pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard, notamment, de ses capacités financières et de ses besoins.

5. La commission de médiation a reconnu le caractère urgent et prioritaire de la demande de M. C le 30 janvier 2019 au motif qu'il n'avait pas reçu de proposition de logement dans le délai fixé en application des dispositions de l'article L. 441-1-4 du code de la construction et de l'habitation. Il résulte de l'instruction que le logement qu'occupe M. C depuis 2017, en compagnie de son épouse et de leurs deux enfants, présente une superficie de 32 m², contrairement à ce qu'indique le contrat de location qui mentionne une superficie de 35 m², et est donc inadapté à ses besoins. La persistance de cette situation, à compter du 30 juillet 2019, date à laquelle la carence de l'État a revêtu un caractère fautif, a causé à M. C des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence. En revanche, il ne résulte pas de l'instruction, malgré les mentions du rapport de visite établi par l'organisme Soliha, que ce logement serait insalubre. Enfin, en dépit d'une mesure d'instruction réalisée à cet effet, M. C n'a justifié de la régularité de son séjour que jusqu'au 17 septembre 2022. La période d'indemnisation s'étend donc du 30 juillet 2019 au 17 septembre 2022. Dans les circonstances de l'espèce, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi en évaluant l'indemnisation due à la somme de 3 100 euros.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu de condamner l'État à verser à M. C la somme de 3 100 euros, tous intérêts confondus au jour du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

7. M. C, qui a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale, n'allègue pas avoir exposé des frais autres que ceux pris en charge à ce titre. Par suite, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C la somme de 3 100 euros.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 avril 2023.

Le magistrat désigné

D. ALa greffière

I. Dad

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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N°2110604

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