lundi 29 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2110719 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET GOUTAL, ALIBERT & ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 2 août 2021 et le 5 avril 2022, ainsi qu'un mémoire non communiqué enregistré le 6 mai 2024, la société Immocare, représentée par Me Schiano Gentiletti, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) à laquelle elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 à raison de locaux dont elle est propriétaire dans les rôles de la commune de Villemomble ;
2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- pour les années 2019 et 2020 le produit de la TEOM perçu par l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est est manifestement disproportionné par rapport aux dépenses réellement supportées pour la collecte et le traitement des déchets ;
- les délibérations ayant fixé les taux de la TEOM pour les années 2019 et 2020 sont illégales dès lors qu'elles méconnaissent les dispositions de l'article 1520 du code général des impôts et qu'elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'intégration des dépenses d'investissement implique nécessairement de les mettre en rapport avec les recettes d'investissement ;
- la substitution de base légale sollicitée par l'administration fiscale ne saurait être accueillie dès lors que le taux de TEOM de l'année antérieure est lui-même manifestement disproportionné pour les deux années en litige.
Par trois mémoires en défense, enregistrés le 25 mars 2022, le 22 mars 2024 et le 24 mai 2024, dont les deux derniers n'ont pas été communiqués, le directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé, que le budget primitif de l'année 2020 contient une dépense complémentaire prévisionnelle de 7 300 000 euros qu'il y a lieu de prendre en compte, et sollicite, à titre subsidiaire, une substitution de base légale s'agissant du taux de la TEOM pour l'année 2020.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2024, l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est, représenté par Me Goutal, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société requérante la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la requête est irrecevable, que les taux de TEOM en litige ne sont pas manifestement disproportionnés et que les dépenses réelles de fonctionnement doivent inclure la somme de 7 300 000 euros inscrite au budget supplémentaire.
Par une ordonnance du 9 avril 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 6 mai 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,
- le code général des collectivités territoriales,
- le code de justice administrative.
L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application des dispositions de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Nguër,
- les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure publique,
- et les observations de Me Kermarrec, substituant Me Goutal, représentant l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est.
Les autres parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. La société Immocare a été assujettie à la taxe d'enlèvement des ordures ménagères des années 2019 et 2020 à raison de locaux dont elle est propriétaire dans les rôles de la commune de Villemomble. Le 18 décembre 2020, elle a formé une réclamation contentieuse devant l'administration fiscale. L'absence de réponse de cette dernière a fait ainsi naître une décision implicite de rejet. La société requérante demande la décharge de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères ainsi mise à sa charge au titre des deux années précitées.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa rédaction issue de la loi n° 2018-1317 du 28 décembre 2018 : " I. - Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales ainsi qu'aux dépenses directement liées à la définition et aux évaluations du programme local de prévention des déchets ménagers et assimilés mentionné à l'article L. 541-15-1 du code de l'environnement, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal. / Les dépenses du service de collecte et de traitement des déchets mentionnées au premier alinéa du présent I comprennent : / 1° Les dépenses réelles de fonctionnement ; / 2° Les dépenses d'ordre de fonctionnement au titre des dotations aux amortissements des immobilisations lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure ; / 3° Les dépenses réelles d'investissement lorsque, pour un investissement, la taxe n'a pas pourvu aux dépenses d'ordre de fonctionnement constituées des dotations aux amortissements des immobilisations correspondantes, au titre de la même année ou d'une année antérieure. / () ".
3. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement public de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour ce service, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales, relatives à ces opérations.
4. Les dépenses susceptibles d'être prises en compte sont constituées de la somme, telle qu'elle peut être estimée à la date du vote de la délibération fixant le taux de la taxe, de toutes les dépenses de fonctionnement réelles exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales et des dotations aux amortissements des immobilisations qui lui sont affectées lorsque la taxe n'a pas pourvu aux dépenses réelles d'investissement correspondantes ou des dépenses réelles d'investissement lorsque la taxe n'a pas pourvu aux dotations aux amortissements.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que par une délibération du 26 mars 2019, l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est a établi le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) de l'année 2019 des communes qui le composent, et que ce taux a été fixé à 6,39% pour la commune de Villemomble. Il résulte également de l'instruction, et notamment des annexes au budget primitif relatives à l'état de répartition de la TEOM, que le produit attendu de la taxe pour l'établissement public de coopération intercommunale en 2019 s'élève à 37 036 643 euros et celui des autres recettes non fiscales à 610 595 euros, aucune redevance spéciale n'ayant été votée. Les dépenses réelles de fonctionnement afférentes au service public de collecte et de traitement des déchets s'élèvent, quant à elles, à 31 974 496 euros. Si aucune dotation aux amortissements des immobilisations n'a été prévue, il résulte néanmoins de l'instruction que des dépenses réelles d'investissement d'un montant de 1 951 204 euros ont été inscrites au budget. Ainsi, à la date de la délibération, les dépenses réelles, des sections de fonctionnement et d'investissement, pour ce service public, étaient estimées à 33 315 105 euros, après soustraction de celles intégralement couvertes par les autres recettes non fiscales précitées. Ce faisant, compte tenu du taux fixé par la délibération, le produit de la TEOM excède de 3 721 538 euros, soit de 11,17%, le montant des charges qu'il a vocation à couvrir. Dans ces conditions, le produit de la TEOM et, par voie de conséquence, son taux de 6,39%, fixé au niveau intercommunal pour la commune de Villemomble, ne peuvent être regardés comme manifestement disproportionnés. Par suite, la société Immocare, qui ne peut utilement se prévaloir des recettes d'investissement attendues pour l'année en litige, n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la délibération du 26 mars 2019 pour obtenir la décharge de la TEOM à laquelle elle a été assujettie en 2019.
6. D'autre part, en ce qui concerne le taux de la TEOM de l'année 2020, celui-ci a également été fixé à 6,39% pour la commune de Villemomble, par une délibération de l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est en date du 4 février 2020. Il résulte de l'instruction, et notamment des annexes au budget primitif relatives à l'état de répartition de la TEOM, que le produit attendu de la taxe pour 2020 s'élève à 37 410 000 euros et celui des autres recettes non fiscales à 820 053 euros. Les dépenses réelles de fonctionnement afférentes au service public de collecte et de traitement des déchets s'élèvent, quant à elles, à 30 527 964 euros dont 7 300 000 euros de dépenses inscrites dans le budget supplémentaire de la collectivité. Il résulte, en effet, de l'instruction qu'à la date du vote du budget primitif la collectivité ne disposait pas des résultats de l'exercice budgétaire de l'année précédente et se trouvait alors dans l'impossibilité de chiffrer avec précision l'excédent 2019 et, par voie de conséquence, l'intégralité des dépenses de fonctionnements affectées à la collecte et au traitement des déchets. La collectivité avait cependant précisé dans le rapport de présentation du budget primitif que le montant des dépenses de fonctionnement complémentaires ferait l'objet d'une inscription dans le budget supplémentaire, elle doit ainsi être regardée comme ayant eu une connaissance suffisante de ses dépenses à la date du vote du taux de la TEOM. Par ailleurs, si aucune dotation aux amortissements des immobilisations n'a été prévue, il résulte néanmoins de l'instruction que des dépenses réelles d'investissement d'un montant de 4 228 730 euros ont été inscrites au budget. Ainsi, à la date de la délibération, les dépenses réelles, des sections de fonctionnement et d'investissement, pour ce service public, doivent être regardées comme ayant été estimées à 33 936 641 euros, après soustraction de celles intégralement couvertes par les autres recettes non fiscales précitées. Ce faisant, le produit de la TEOM excède de 3 473 359 euros, soit de 10,23%, le montant des charges qu'il a vocation à couvrir. Dans ces conditions, le produit de la TEOM et, par voie de conséquence, son taux de 6,39%, ne peuvent être davantage regardés comme manifestement disproportionnés. Par suite, la société Immocare, qui ne peut utilement se prévaloir des recettes d'investissement attendues pour l'année en litige, n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la délibération du 4 février 2020 pour obtenir la décharge de la TEOM à laquelle elle a été assujettie en 2020.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par la société Immocare doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la demande de substitution de base légale, ni sur la fin de non-recevoir opposée par l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est.
Sur les frais liés au litige :
8. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, supporte la charge des frais exposés par la société Immocare et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la société Immocare une somme de 1 500 euros au profit de l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est sur le fondement de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Immocare est rejetée.
Article 2 : La société Immocare versera à l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société Immocare, au directeur départemental des finances publiques de la Seine-Saint-Denis et à l'établissement public territorial Grand Paris-Grand Est.
Délibéré après l'audience du 24 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Charret, président,
M. Charageat, premier conseiller,
Mme Nguër, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2024.
La rapporteure,
M. Nguër
Le président,
J. Charret
Le greffier,
C. Chauvey
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026