mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2110960 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | DESFARGES PIERRE-HENRY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 août 2021, M. C E, représenté par Me Desfarges, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 28 juin 2021 par le département de la Seine-Saint-Denis en vue du recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 26 551,01 euros ;
2°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 26 551,01 euros ;
3°) de mettre à la charge du président du conseil départemental de Seine-Saint-Denis, à son bénéfice, la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- à défaut de production d'une copie du bordereau du titre dûment signée, la décision méconnait l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales ;
- la motivation du titre est sibylline et ne lui permet pas de comprendre son fondement ni pourquoi le RSA serait indu ; il ne s'est pas vu notifier une décision l'informant de l'existence d'un indu au titre du RSA ;
- il n'a pas été mis en mesure de présenter ses observations sur la décision lui retirant le bénéfice du RSA ; l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration est méconnu.
Par un mémoire enregistré le 18 juillet 2024, le directeur de la CAF de la Seine-Saint-Denis conclut à titre principal, à sa mise hors de cause et, à titre subsidiaire, au rejet des conclusions de la requête.
Il fait valoir que :
- en travaillant plus d'une année aux Etats-Unis comme consultant à compter de l'année 2014, puis comme gérant d'une chaine de restaurant, M. E a violé les dispositions des articles L. 262-2 et R. 262-5 du code de l'action sociale et des familles ;
- au vu des déclarations mensongères réalisées par le requérant dans le but de percevoir indument les prestations sociales, une plainte a été déposée par la CAF ;
- l'indu litigieux a été cédé au conseil départemental ; les indus de prime exceptionnelle de fin d'années ont été entièrement remboursés par le demandeur.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Gaullier-Chatagner, conseillère, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;
- et les observations de Mme B, représentant la caisse d'allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.
La clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E a perçu des allocations correspondant au revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 26 551,01 euros au cours de la période courant du mois de mai 2015 au mois de décembre 2019. A la suite d'une enquête relative à la situation de l'allocataire, M. E s'est vu notifier, par un courrier du 6 mai 2020, un indu de " prestations familiales " pour la période courant du mois de mai 2015 au mois de décembre 2019, correspondant à un montant de 27 008,36 euros. Le 29 juin 2021, le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis a émis un avis des sommes à payer en vue du recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 26 551,01 euros. M. E demande l'annulation du titre exécutoire émis par le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis.
Sur la régularité du titre exécutoire en litige :
2. Aux termes de l'article L. 100-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Au sens du présent code et sauf disposition contraire de celui-ci, on entend par : / 1° Administration : () les collectivités () ". Aux termes de l'article L. 111-2 du même code : " Toute personne a le droit de connaître le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administratives de l'agent chargé d'instruire sa demande ou de traiter l'affaire qui la concerne ; ces éléments figurent sur les correspondances qui lui sont adressées () ". Aux termes de l'article L. 212-1 du même code : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, dans sa version applicable au litige : " () Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. () ".
3. Ainsi que le soutient M. E, l'avis des sommes à payer en litige ne porte pas de signature mais seulement la mention de son signataire, Mme D A, directrice adjointe, dont il est indiqué qu'elle agit par délégation du président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis. Alors que ce point est contesté par le requérant, le département de la Seine-Saint-Denis n'a pas produit le bordereau de titre de recette relatif à la somme mise à la charge de M. E, et ne justifie donc pas de la signature de ce bordereau. Il s'ensuit que M. E est fondé à demander, pour le motif tiré de la méconnaissance de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, l'annulation du titre attaqué.
Sur le bien-fondé de l'indu :
4. D'une part, aux termes de l'article L. 262-46 du code de l'action sociale et des familles : " Tout paiement indu de revenu de solidarité active est récupéré par l'organisme chargé du service de celui-ci ainsi que, dans les conditions définies au présent article, par les collectivités débitrices du revenu de solidarité active. / Toute réclamation dirigée contre une décision de récupération de l'indu, le dépôt d'une demande de remise ou de réduction de créance ainsi que les recours administratifs et contentieux, y compris en appel, contre les décisions prises sur ces réclamations et demandes ont un caractère suspensif. / Sauf si le bénéficiaire opte pour le remboursement de l'indu en une seule fois, l'organisme mentionné au premier alinéa procède au recouvrement de tout paiement indu de revenu de solidarité active par retenues sur les montants à échoir. / A défaut, l'organisme mentionné au premier alinéa peut également, dans des conditions fixées par décret, procéder à la récupération de l'indu par retenues sur les échéances à venir dues au titre [d'autres] prestations (). / () / Après la mise en œuvre de la procédure de recouvrement sur prestations à échoir, l'organisme chargé du service du revenu de solidarité active transmet, dans des conditions définies par la convention mentionnée au I de l'article L. 262-25 du présent code, les créances du département au président du conseil général. () Le président du conseil général constate la créance du département et transmet au payeur départemental le titre de recettes correspondant pour le recouvrement () ". Aux termes de l'article L. 262-47 du même code : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " () / 1° En l'absence de contestation, le titre de recettes individuel ou collectif émis par la collectivité territoriale ou l'établissement public local permet l'exécution forcée d'office contre le débiteur. / Toutefois, l'introduction devant une juridiction de l'instance ayant pour objet de contester le bien-fondé d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local suspend la force exécutoire du titre. / L'action dont dispose le débiteur d'une créance assise et liquidée par une collectivité territoriale ou un établissement public local pour contester directement devant la juridiction compétente le bien-fondé de ladite créance se prescrit dans le délai de deux mois à compter de la réception du titre exécutoire ou, à défaut, du premier acte procédant de ce titre ou de la notification d'un acte de poursuite () ".
6. Il résulte des dispositions citées au point 6 qu'une décision de récupération d'un indu de revenu de solidarité active prise par le président du conseil départemental, ou par délégation de celui-ci, ne peut, à peine d'irrecevabilité, faire l'objet d'un recours contentieux sans qu'ait été préalablement exercé un recours administratif auprès de cette autorité. Si la recevabilité d'un recours contentieux dirigé contre le titre exécutoire émis pour recouvrer un indu de revenu de solidarité active n'est pas, en application des dispositions citées au point 5, subordonnée à l'exercice d'un recours administratif préalable, le débiteur ne peut toutefois, à l'occasion d'un tel recours, contester devant le juge administratif le bien-fondé de cet indu en l'absence de tout recours préalable saisissant de cette contestation le président du conseil départemental. En revanche, une telle contestation reste possible à l'occasion d'un recours contre les actes de poursuite qui procèdent du titre exécutoire exercé conformément aux dispositions précitées de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales, même en l'absence de recours administratif préalable.
7. M. E soutient à l'appui de sa requête que le titre querellé, qui n'indique pas la base de la liquidation, ne lui permet pas de le contester utilement, et qu'en tout état de cause il n'a perçu aucune somme indue. Toutefois, le titre exécutoire en litige mentionne expressément qu'il correspond au recouvrement d'une allocation perçue au titre du RSA pour la période courant du 1er mai 2015 au 21 décembre 2019 et indique ainsi la base de la liquidation. En outre, il résulte de l'instruction que M. E, bénéficiaire du RSA, a validé plusieurs déclarations trimestrielles depuis l'étranger, a omis de faire état de sa résidence et de ses activités professionnelles aux Etats-Unis, et ne s'est pas présenté durant l'enquête dont il a fait l'objet, malgré les demandes du contrôleur assermenté. Si M. E indique au soutien de sa requête qu'il " affirme n'avoir perçu aucune somme indue ", il n'apporte au soutien de sa requête aucun élément de nature à contester le bien-fondé du titre en litige.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer la somme en litige :
8. D'une part, en cas d'annulation par le juge administratif, saisi d'un recours dirigé contre celle-ci, d'une décision qui, remettant en cause des paiements déjà effectués, ordonne la récupération d'un indu de RSA, il est loisible à l'administration, si elle s'y croit fondée et si, en particulier, aucune règle de prescription n'y fait obstacle, de reprendre régulièrement et dans le respect de l'autorité de la chose jugée, sous le contrôle du juge, une nouvelle décision.
9. D'autre part, l'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions aux fins de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge.
10. Le présent jugement qui écarte les moyens de M. E mettant en cause le bien-fondé de l'indu de RSA et n'annule le titre de recettes attaqué que pour un motif de régularité en la forme, n'implique pas l'extinction de l'obligation pour M. E de rembourser cet indu. Dès lors, si le département ne peut en poursuivre le recouvrement sur la base du titre de recettes annulé, les conclusions de M. E tendant à la décharge de l'obligation de payer la somme de 26 551,01 euros correspondant au montant de l'indu de RSA ne peuvent qu'être rejetées.
11. Il résulte de tout ce qui précède que l'avis de sommes à payer émis et rendu exécutoire le 28 juin 2021 doit être annulé. En revanche, les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer la somme de 26 551,01 présentées par M. E doivent être rejetées.
Sur les frais de procès :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au bénéfice de M. E.
DÉCIDE:
Article 1er: L'avis de sommes à payer émis le 28 juin 2021 par le département de la Seine-Saint-Denis en vue du recouvrement d'un indu de revenu de solidarité active (RSA) d'un montant de 26 551,01 euros est annulé.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, au président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis et au directeur de la caisse des allocations familiales de la Seine-Saint-Denis.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
La magistrate désignée,
N. Gaullier-Chatagner
La greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne au ministre des solidarités de l'autonomie et de l'égalité entre les femmes et les hommes, et au préfet de la Seine-Saint-Denis ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui les concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026