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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2111117

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2111117

jeudi 15 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2111117
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantCABINET SEKRI VALENTIN ZERROUK

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Montreuil a examiné la demande de la société Norbail Immobilier en restitution de la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, locaux commerciaux et de stockage perçue en Île-de-France pour les années 2016 à 2018. La société soutenait que ses locaux d’enseignement et leurs dépendances immédiates devaient être exonérés sur le fondement de l’article 231 ter du code général des impôts, et que l’exclusion des locaux administratifs des établissements d’enseignement supérieur était contraire à la convention européenne des droits de l’homme. Le tribunal a rejeté la requête, jugeant que les locaux d’enseignement n’étaient pas spécialement aménagés, que les dépendances immédiates ne remplissaient pas les conditions d’exonération, et que la différence de traitement entre établissements privés du premier et second degré et ceux du supérieur était justifiée par un motif d’intérêt général. Les conclusions relatives aux intérêts moratoires ont également été déclarées irrecevables.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 août 2021, et un mémoire, enregistré le 17 décembre 2024, la société Norbail Immobilier, représentée par Me Assouline et Me Dayanithi, demande au tribunal :

1°) de prononcer la restitution des cotisations de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France qu'elle a primitivement acquittées au titre des années 2016, 2017 et 2018, pour respectivement 75 769 euros, 77 428 euros et 78 729 euros, assorties des intérêts moratoires ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat le remboursement des dépens, ainsi que le versement de la somme de 10 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les locaux d'enseignement :

- elle est fondée à être exonérée de la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France en application du 2° du V de l'article 231 ter du code général des impôts, dans la mesure où les locaux d'enseignements qu'elle possède sont spécialement aménagés à cet effet ;

En ce qui concerne les dépendances immédiates aux locaux d'enseignement :

- les dépendances immédiates aux locaux d'enseignement doivent être exonérées de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France en application des dispositions du 2° bis du V de l'article 231 ter du code général des impôts ;

- cette interprétation est confirmée par les énonciations figurant au paragraphe 400 du bulletin officiel des finances publiques - impôts publié le 12 décembre 2013 sous la référence BOI-IF-AUT-50-10, qui sont opposables à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ;

En ce qui concerne les locaux administratifs :

- si le 2° bis du V de l'article 231 ter du code général des impôts prévoit que sont exonérés de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France les locaux administratifs des seuls établissements privés du premier et du second degré sous contrat avec l'Etat au titre des articles L. 442-5 et L. 442-12 du code de l'éducation, de telles dispositions du code général des impôts sont contraires aux stipulations combinées de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 1er du premier protocole additionnel à cette convention dans la mesure où elles instituent, en défaveur des établissements privés d'enseignement supérieur, une différence de traitement avec les établissements privés du premier et du second degré ;

- il ressort des travaux parlementaires relatifs à l'examen de la loi de finances pour 2022 que l'intention du législateur était bien d'exonérer de la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France les locaux administratifs attenants aux locaux d'enseignement de l'intégralité des établissements d'enseignement, et non pas des seuls établissements du premier ou du second degré ;

- en tout état de cause, les énonciations figurant au paragraphe 460 du bulletin officiel des finances publiques - impôts publié le 12 décembre 2013 sous la référence BOI-IF-AUT-50-10, qui sont opposables à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, et commentant les dispositions du 2° bis du V de l'article 231 ter du code général des impôts, prévoient que soient exonérés de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France l'ensemble des locaux des établissements d'enseignement.

La requête a été communiquée à la directrice chargée de la direction des grandes entreprises, puis au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris, qui n'ont pas produit de mémoire en défense, nonobstant la mise en demeure de produire des observations sur la requête dans un délai de deux mois, sous peine d'être réputé avoir acquiescé aux faits exposés par le requérant, qui a été adressé au directeur régional des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris le 15 mai 2024 en application de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par une lettre du 14 mars 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires sur le fondement de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, faute de litige né et actuel avec le comptable chargé le cas échéant de procéder au paiement de tels intérêts.

Par une ordonnance notifiée le 17 décembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 22 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le premier protocole additionnel à cette convention ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience, au cours de laquelle ont été entendus le rapport de M. David et les observations de M. Iss, rapporteur public, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. La société Norbail Immobilier est propriétaire de locaux, situés au 37 quai de Grenelle à Paris et occupés par l'Ecole centrale d'électronique pour son activité d'enseignement. Elle a primitivement acquitté la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France au titre des années 2016 à 2018. Par une réclamation préalable du 27 décembre 2018, elle a demandé à la direction des grandes entreprises de la direction générale des finances publiques la restitution de cette taxe, considérant que les locaux d'enseignement, les dépendances des locaux d'enseignement et les locaux administratifs associés aux activités d'enseignement doivent être exonérés de cette taxe en application des dispositions du 2° et du 2° bis du V de l'article 231 ter du code général des impôts. En l'absence de réponse expresse du service dans le délai de six mois prévu à l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales, cette réclamation a été implicitement rejetée. Par la présente requête, la société Norbail Immobilier demande au tribunal de lui accorder la restitution de la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France qu'elle a primitivement acquittée au titre des années 2016 à 2018.

Sur les conclusions à fin de restitution :

2. Aux termes de l'article 231 ter du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux trois années en litige : " I.- Une taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement annexées à ces catégories de locaux est perçue, dans les limites territoriales de la région d'Ile-de-France, composée de Paris et des départements de l'Essonne, des Hauts-de-Seine, de la Seine-et-Marne, de la Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne, du Val-d'Oise et des Yvelines. / II.- Sont soumises à la taxe les personnes privées ou publiques qui sont propriétaires de locaux imposables ou titulaires d'un droit réel portant sur de tels locaux. / La taxe est acquittée par le propriétaire, l'usufruitier, le preneur à bail à construction, l'emphytéote ou le titulaire d'une autorisation d'occupation temporaire du domaine public constitutive d'un droit réel qui dispose, au 1er janvier de l'année d'imposition, d'un local taxable. / III.- La taxe est due : 1° Pour les locaux à usage de bureaux, qui s'entendent, d'une part, des bureaux proprement dits et de leurs dépendances immédiates et indispensables destinés à l'exercice d'une activité, de quelque nature que ce soit, par des personnes physiques ou morales privées, ou utilisés par l'Etat, les collectivités territoriales, les établissements ou organismes publics et les organismes professionnels, et, d'autre part, des locaux professionnels destinés à l'exercice d'activités libérales ou utilisés par des associations ou organismes privés poursuivant ou non un but lucratif ; / () V.- Sont exonérés de la taxe : / () 2° Les locaux et les surfaces de stationnement appartenant aux fondations et aux associations, reconnues d'utilité publique, dans lesquels elles exercent leur activité, ainsi que les locaux spécialement aménagés pour l'archivage administratif et pour l'exercice d'activités de recherche ou à caractère sanitaire, social, éducatif ou culturel ; / 2° bis Les locaux administratifs et les surfaces de stationnement des établissements publics d'enseignement du premier et du second degré et des établissements privés sous contrat avec l'Etat au titre des articles L. 442-5 et L. 442-12 du code de l'éducation ; / () ".

En ce qui concerne les locaux à usage d'enseignement :

3. Les dispositions du 2° du V de l'article 231 ter du code général des impôts, rappelées au point précédent, prévoient que doivent être regardés comme des locaux spécialement aménagés pour l'exercice d'activités à caractère éducatif les salles de cours, d'étude, et les amphithéâtres des établissements d'enseignement ou de formation initiale ou continue, ainsi que les locaux aménagés pour certains types d'enseignement comme, notamment, les laboratoires de langue ou les salles informatique.

4. La société Norbail Immobilier soutient qu'elle doit être exonérée de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France sur les locaux à usage d'enseignement qu'elle met à disposition de l'Ecole centrale d'électronique, correspondant à une superficie de 1 836 mètres carrés.

5. Il est constant, que la société Norbail Immobilier met à disposition de l'Ecole centrale d'électronique des locaux, composés, comme en atteste le constat dressé le 14 février 2015 par Me Aulibe, commissaire de justice, de dix-neuf salles de classe et de trois salles d'amphithéâtres. Dès lors, il résulte de l'instruction que ces locaux, qui sont spécialement aménagés pour l'exercice d'activités à caractère éducatif menées en leur sein par l'Ecole centrale d'électronique, doivent être exonérés de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France en application du 2° du V de l'article 231 ter du code général des impôts.

6. Il résulte de ce qui précède que la société Norbail Immobilier doit être exonérée de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France sur ses locaux d'enseignement.

En ce qui concerne les dépendances des locaux à usage d'enseignement :

7. En premier lieu, il résulte expressément des dispositions du 2° du V. de l'article 231 ter du code général des impôts, rappelées au point 2 du présent jugement, que l'exonération de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France prévue par le texte concerne exclusivement les locaux à usage d'enseignement. Dans la mesure où les dépendances des locaux à usage d'enseignement, constituées de couloirs, sanitaires, locaux de stockage et de rangement, dont la société Norbail Immobilier sollicite l'exclusion de l'assiette de la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France, ne sont pas spécialement aménagés pour l'exercice d'activité à caractère éducatif, la requérante n'est pas fondée à obtenir cette exonération sur le terrain de la loi fiscale.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. () ". Si ces dispositions instituent une garantie contre les changements de doctrine de l'administration, qui permet aux contribuables de se prévaloir des énonciations contenues dans les notes ou les instructions publiées, qui ajoutent à la loi ou la contredisent, c'est à la condition que les intéressés entrent dans les prévisions de la doctrine, appliquée littéralement, résultant de ces énonciations.

9. Aux termes du paragraphe 400 du bulletin officiel des finances publiques - impôts publié le 12 décembre 2013 sous la référence BOI-IF-AUT-50-10 : " Les locaux spécialement aménagés pour l'exercice d'activités de recherche, ou à caractère sanitaire, social, éducatif ou culturel ainsi que les dépendances immédiates et indispensables à l'exercice de l'activité sont exonérés. / Par dépendances immédiates et indispensables à l'exercice de l'activité, il convient d'entendre notamment les réserves immédiates (rangement ou stockage de proximité), les vestiaires du personnel, les couloirs et dégagements et les locaux sanitaires (lavabos-toilettes) ".

10. Il résulte de l'instruction que la société Norbail Immobilier a souscrit ses déclarations de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France au titre des années 2016, 2017 et 2018 respectivement le 22 février 2016, 22 février 2017 et 20 février 2018, en y incluant une superficie de 1 871 mètres carrés correspondant aux dépendances immédiates aux locaux spécialement aménagés pour des activités éducatives, composées de couloirs, sanitaires, locaux de stockage et de rangement. Si elle a présenté une réclamation contentieuse le 27 décembre 2018, il est toutefois constant que la société requérante avait initialement déposé ses déclarations de taxe sur les bureaux et acquitté ces impositions primitives, dont elle a ensuite demandé la restitution, sans faire application de l'interprétation de la loi fiscale dont elle se prévaut à l'occasion de la présente instance. Par suite, la société Norbail Immobilier, qui n'a pas fait application de cette doctrine, au sens et pour l'application des dispositions du troisième alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, n'est pas fondée à s'en prévaloir à l'appui de ses conclusions à fin de restitution.

11. Il résulte de ce qui précède que la société Norbail Immobilier n'est pas fondée à soutenir qu'elle devrait être exonérée de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France pour les dépendances de ses locaux d'enseignement.

En ce qui concerne les locaux administratifs :

12. Il résulte expressément des dispositions du 2° bis du V. de l'article 231 ter du code général des impôts, rappelées au point 2 du présent jugement, que l'exonération de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France prévue par ce texte concerne exclusivement les locaux administratifs des établissements d'enseignement des premier et second degrés, publics ou privés sous contrat.

13. La société Norbail Immobilier réclame le bénéfice de l'exonération de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France pour les locaux administratifs et bureaux, correspondant à une superficie de 1 052 mètres carrés, qu'elle met à disposition de l'Ecole centrale d'électronique, en soutenant que cette exonération, applicable aux seuls établissements d'enseignement primaires et secondaires publics ou privés sous contrat, devrait également être applicable aux établissements d'enseignement supérieur sous contrat, à l'image de l'Ecole centrale d'électronique, dont le contrat pluriannuel signé avec le ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche le 26 novembre 2013, courrait jusqu'en 2018.

14. En premier lieu, il ne résulte pas des travaux parlementaires que le législateur aurait entendu exonérer de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France les locaux administratifs des établissements privés sous contrat d'enseignement supérieur. En tout état de cause, la société Norbail Immobilier ne peut utilement soutenir que l'article 231 ter serait entaché d'une " erreur de plume " en ce qu'il n'exonère pas les locaux en litige.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " La jouissance des droits et libertés reconnus dans la présente convention doit être assurée, sans distinction aucune, fondée notamment sur le sexe, la race, la couleur, la langue, la religion, les opinions politiques ou toutes autres opinions, l'origine nationale ou sociale, l'appartenance à une minorité nationale, la fortune, la naissance ou toute autre situation ". Aux termes de l'article 1er du premier protocole additionnel à cette convention : " Toute personne physique ou morale a droit au respect de ses biens ". Une distinction entre des personnes placées dans une situation analogue est discriminatoire, au sens de ces stipulations, si elle n'est pas assortie de justifications objectives et raisonnables, c'est-à-dire si elle ne poursuit pas un objectif d'utilité publique ou si elle n'est pas fondée sur des critères objectifs et rationnels en rapport avec les buts de la loi.

16. La société requérante soutient que l'exonération de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France sur les locaux administratifs des établissements d'enseignement primaire et secondaire publics et privés sous contrat, alors que cette exonération n'est pas ouverte aux établissements d'enseignement supérieur, traduit une discrimination au regard du droit au respect des biens, incompatible avec les articles 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales et 14 de cette convention. Toutefois, dès lors que les établissements d'enseignement supérieur se trouvent dans une situation différente des établissements d'enseignement des premier et second degrés, dans la mesure où ces derniers, eu égard au public qu'ils accueillent, soumis au principe de l'instruction obligatoire et à leurs modalités distinctes de financement, alors les établissements d'enseignement supérieur peuvent disposer de ressources propres et percevoir des droits d'inscription, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations combinées des articles 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 1er du premier protocole additionnel à cette convention doit être écarté.

17. En troisième et dernier lieu, si la société Norbail Immobilier se prévaut, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de l'interprétation de l'article 231 ter du code général des impôts figurant dans l'instruction référencée BOI-IF-AUT-50-10 du 12 décembre 2013, dont la dernière phrase du paragraphe 460 prévoit que " Ce dispositif revient à exonérer l'ensemble des locaux des établissements d'enseignement à l'exclusion de ceux qui sont sans rapport avec l'activité éducative ", cette mention n'est pas autonome de la première phrase de ce même paragraphe, qui en définit le périmètre, et que la phrase invoquée par la requérante se borne à expliciter, à savoir " Sont également exonérés les locaux administratifs et les surfaces de stationnement des établissements publics d'enseignement du premier et du second degré et des établissements privés sous contrat avec l'État au titre de l'article L 442-5 du code de l'éducation ou de l'article L 442-12 du code de l'éducation ( ) ". Il en résulte que le bénéfice de l'exonération de la taxe ne concerne que les établissements d'enseignement des premier et second degrés, publics et privés sous contrats. Or, en vertu de ce qui a été dit au point 12 du présent, le bâtiment dont la société Norbail Immobilier sollicite l'exonération de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France est exploité par un établissement d'enseignement supérieur privé sous contrat avec l'Etat, de sorte qu'il n'entre pas dans les prévisions du commentaire administratif précité, lequel, en tout état de cause, ne comporte pas une interprétation du texte fiscal qui serait différente de celle dont il est fait application et qui serait opposable à l'administration sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la société Norbail Immobilier n'est pas fondée à solliciter l'exonération de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France sur les locaux administratifs qu'elle met à disposition de l'Ecole centrale d'électronique ainsi que sur les dépendances aux locaux d'enseignement, mais uniquement sur les locaux d'enseignement, dont il est constant qu'il recouvrent une superficie de 1 836 mètres carrés.

Sur les conclusions tendant au versement d'intérêts moratoires :

19. Aux termes de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales : " Quand l'Etat est condamné à un dégrèvement d'impôt par un tribunal ou quand un dégrèvement est prononcé par l'administration à la suite d'une réclamation tendant à la réparation d'une erreur commise dans l'assiette ou le calcul des impositions, les sommes déjà perçues sont remboursées au contribuable et donnent lieu au paiement d'intérêts moratoires dont le taux est celui de l'intérêt de retard prévu à l'article 1727 du code général des impôts. Les intérêts courent du jour du paiement. Ils ne sont pas capitalisés () ". Il résulte de ces dispositions qu'en cas de remboursements effectués en raison de dégrèvements d'impôt prononcés par un tribunal, les intérêts moratoires dus au contribuable sont, conformément aux dispositions de l'article R. 208-1 du même livre, " payés d'office en même temps que les sommes remboursées au contribuable par le comptable chargé du recouvrement des impôts ". La société Norbail Immobilier ne fait état d'aucun litige né et actuel avec le comptable compétent pour procéder au paiement des intérêts dus sur le fondement de ces dispositions. Dès lors, ses conclusions tendant au paiement de ces intérêts sont sans objet et, par suite, irrecevables.

Sur les frais liés à l'instance :

20. D'une part, la société requérante ne justifiant pas avoir exposé de dépens, au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, les conclusions à fin de remboursement qu'elle a présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.

21. D'autre part, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement la société Norbail Immobilier d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les bases d'imposition de la société Norbail Immobilier à la taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France, au titre des années 2016, 2017 et 2018, sont réduites à raison de l'exonération de cette taxe sur les 1 836 mètres carrés de locaux d'enseignement détenus par la société Norbail Immobilier.

Article 2 : Il est accordé à la société Norbail Immobilier la restitution partielle des cotisations de taxe annuelle sur les locaux à usage de bureaux, les locaux commerciaux, les locaux de stockage et les surfaces de stationnement perçue dans la région Ile-de-France, au titre des années 2016, 2017 et 2018, pour la part formant surtaxe à raison de la réduction de la base d'imposition prononcée à l'article 1er.

Article 3 : L'Etat versera à la société Norbail Immobilier une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la société Norbail Immobilier, au directeur chargé de la direction des grandes entreprises et au directeur chargé de la direction régionale des finances publiques d'Ile-de-France et de Paris.

Délibéré après l'audience du 17 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Toutain, président,

M. Aymard, premier conseiller,

M. David, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mai 2025.

Le rapporteur,

A. DavidLe président,

E. Toutain

La greffière,

C. Yen Pon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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