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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2111191

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2111191

vendredi 8 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2111191
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantBENAYOUN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 août 2021, M. et Mme B, représentés par Me Benayoun, demandent au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu, assorties des majorations et intérêts de retard, auxquels ils ont été assujettis au titre de l'année 2016.

Ils soutiennent que :

- la proposition de rectification est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne fait pas référence aux textes qui justifient selon le service l'imposition en litige ;

- la procédure de contrôle est irrégulière dès lors qu'il leur a été refusé la possibilité d'exercer un recours hiérarchique ;

- le service n'a pas apporté d'éléments probants justifiant la rectification à l'encontre de la société JSB International et, par suite, leur imposition ;

- le montant de la rectification doit être limité à 31 428 euros telle qu'indiqué dans la proposition de rectification ;

- la même somme a fait l'objet d'une double imposition irrégulière dès lors qu'elle a fait l'objet d'une retenue à la source auprès de la société JSB International ainsi que d'une imposition au titre de l'impôt sur le revenu auprès d'eux ;

- l'imposition en litige aurait dû être imposée dans la catégorie des traitements et salaires après un abattement de 10 % ;

- la majoration pour manquement délibéré est infondée.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 février 2022, le directeur du contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'il n'y a pas lieu de statuer à hauteur du dégrèvement accordé à M. et Mme B en cours d'instance et que pour le surplus, aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Par une ordonnance du 24 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courneil,

- et les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une vérification de comptabilité de la JSB International portant sur les exercices du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2016, M. et Mme B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces au terme duquel une proposition de rectification, en date du 20 décembre 2017, leur a été notifiée. Ils ont présenté des observations le 15 février 2018 ayant fait l'objet d'une réponse des services le 17 avril 2018. Enfin, par une décision du 4 juin 2021, l'administration fiscale a rejeté leur réclamation préalable en date du 22 décembre 2020. Les requérants demandent en conséquence de prononcer la décharge de leurs cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour l'année 2016 ainsi que des intérêts de retard et pénalités.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision en date du 17 février 2022, postérieure à l'enregistrement de la requête, l'administrateur général des finances publiques a prononcé le dégrèvement, en droits et pénalités, à concurrence de la somme totale de 14 596 euros, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à la charge de M. et Mme B au titre de l'année 2016, correspondant à la majoration de 1,25 prévue par les dispositions de l'article 158 du code général des impôts appliquée aux revenus distribués. Les conclusions de la requête de M. et Mme B sont, dans cette mesure, devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur le surplus :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. En premier lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. ".

4. M. et Mme B soutiennent que la proposition de rectification du 20 décembre 2017 est insuffisamment motivée dès lors qu'elle ne mentionne pas les textes constituant la base légale fondant les rectifications d'imposition. Toutefois, il ressort de cette proposition de rectification que celle-ci vise et cite notamment les articles 92-1, 4 A, 164 B, 197 A et 1729 du code général des impôts sur lesquels les services se sont fondés pour procéder au rehaussement de l'assiette des revenus de source française des contribuables. En outre, elle se réfère à la proposition de rectification du même jour dont la société JSB International a fait l'objet, laquelle est jointe en annexe, cette dernière citant et appliquant les dispositions de l'article 155 A du code général des impôts, permettant ainsi à M. et Mme B de présenter utilement des observations sur les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu envisagées à leur encontre. Par suite, le moyen manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la garantie de procédure tenant à la faculté pour le contribuable de former un recours hiérarchique, instituée par la charte des droits et obligations du contribuable vérifié mentionnée à l'article L. 10 du livre des procédures fiscales, ne peut être invoquée que dans le cadre d'un litige consécutif aux procédures de vérification de comptabilité et d'examen d'ensemble de la situation fiscale personnelle prévues aux articles L. 12 et L. 13 de ce livre. Les impositions contestées par M. et Mme B procédant d'un contrôle sur pièces de leur dossier fiscal, la circonstance que l'inspecteur principal se serait abstenu de donner suite à leur demande d'entretien est sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition. Est sans incidence, à cet égard, la circonstance que les rehaussements procèderaient de constatations opérées par l'administration lors de la vérification de comptabilité de la société JSB International. Par suite, le moyen doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 155 A du code général des impôts : " I. Les sommes perçues par une personne domiciliée ou établie hors de France en rémunération de services rendus par une ou plusieurs personnes domiciliées ou établies en France sont imposables au nom de ces dernières : / - soit, lorsque celles-ci contrôlent directement ou indirectement la personne qui perçoit la rémunération des services ; / - soit, lorsqu'elles n'établissent pas que cette personne exerce, de manière prépondérante, une activité industrielle ou commerciale, autre que la prestation de services ; / - soit, en tout état de cause, lorsque la personne qui perçoit la rémunération des services est domiciliée ou établie dans un Etat étranger ou un territoire situé hors de France où elle est soumise à un régime fiscal privilégié au sens mentionné à l'article 238 A. / II. Les règles prévues au I ci-dessus sont également applicables aux personnes domiciliées hors de France pour les services rendus en France. ". Aux termes de l'article 92 du même code, dans sa version applicable au litige : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus ".

7. L'administration fiscale apporte la preuve que des sommes perçues par une personne domiciliée ou établie hors de France en rémunération de services rendus par une ou plusieurs personnes domiciliées ou établies en France sont imposables au nom de ces dernières en vertu du I de l'article 155 A du code général des impôts par la production d'éléments attestant de ce que ces personnes ont réalisé les prestations de services en cause et de ce qu'elles contrôlent la personne qui perçoit la rémunération de ces services. Dans l'hypothèse où l'administration s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au contribuable d'apporter des éléments permettant d'établir que la facturation de ces prestations par la société établie hors de France aurait trouvé une contrepartie réelle dans une intervention qui lui aurait été propre et de regarder le service ainsi rendu comme l'ayant été pour son compte.

8. Il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification en date du 20 décembre 2017, que les services ont relevé, au cours de la procédure contradictoire de contrôle de la société JSB international, dont M. B est le représentant légal et associé à hauteur au tiers, qu'alors que cette société avait contracté une convention d'animation avec la société United Textile domiciliée au Luxembourg afin de définir la stratégie globale du groupe de 18 sociétés dont fait partie la société JSB international. Les services ont par ailleurs relevé que M. B, exclusivement chargé de l'exécution de cette convention, s'impliquait dans le suivi d'une marque détenue par la société JSB international, qu'il s'occupait de la direction commerciale, de la prospection de nouveaux clients et de la signature de licences de marque sans réaliser de véritables prestations relatives à la stratégie de groupe pour en déduire que, sous couvert d'une telle convention d'animation, M. B se bornait en réalité à exercer ses fonctions de président de la société JSB international. Enfin, dès lors que M. B est associé au tiers de la société United Textile, les services l'ont regardé comme disposant d'un pouvoir de contrôle direct permettant de le regarder comme ayant perçu la somme de 100 000 euros versée par la société JSB international à United textile au titre de cette convention. Dans ces conditions, alors que les requérants n'apportent aucun élément de nature à remettre en cause de tels constats, l'administration doit être regardée comme établissant que M. B a été rémunéré pour des services rendus par une société établie hors de France et sur laquelle il exerce un contrôle direct, justifiant ainsi, en vertu des dispositions précitées, l'imposition entre ses mains des sommes versées par la société JSB international pour la rémunération de telles prestations.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 182 B du code général des impôts, dans sa version applicable aux impositions en litige : " I. - Donnent lieu à l'application d'une retenue à la source lorsqu'ils sont payés par un débiteur qui exerce une activité en France à des personnes ou des sociétés, relevant de l'impôt sur le revenu ou de l'impôt sur les sociétés, qui n'ont pas dans ce pays d'installation professionnelle permanente : () a. Les sommes versées en rémunération d'une activité déployée en France dans l'exercice de l'une des professions mentionnées à l'article 92 ; (). Ces dispositions prévoient des modalités particulières d'établissement et de recouvrement par voie de retenue à la source de l'imposition du revenu des personnes qui ne sont pas fiscalement domiciliées en France, soit qu'elles perçoivent des traitements, salaires, pensions et rentes viagères de source française, soit qu'elles perçoivent certains revenus de source française sans disposer en France d'une installation professionnelle permanente. Cette retenue à la source est imputable sur l'impôt dû en application de l'article 197 A du code général des impôts.

10. M. et Mme B soutiennent que la somme imposée entre leurs mains fait l'objet d'une double imposition dès lors que la proposition de rectification à destination de la société JSB international l'impose, sur la base de cette même somme, d'une retenue à la source d'un taux de 33 1/3 %. Toutefois, le contribuable ne peut bénéficier de l'imputation d'une retenue à la source qu'à la condition que cette dernière ait été effectivement opérée sur les sommes dont s'agit, par le débiteur de ces dernières et qu'elle ait été versée au centre des impôts. Or, en l'espèce, M. et Mme B n'établissent par aucune pièce que la société JSB international, à la suite de la proposition de rectification dont elle a fait l'objet, se serait acquittée des sommes mises à sa charge par les services en vertu de la retenue à la source prévue par les dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.

11. En cinquième lieu, les dispositions de l'article 155 A du code général des impôts, citées au point 4, ne dispensent pas l'administration, pour soumettre cette rémunération à l'impôt sur le revenu entre les mains de la personne ayant rendu les services, de faire application des règles de taxation relatives à la catégorie de revenus dont elle relève. La détermination de cette catégorie ne saurait dépendre que de l'analyse des relations existant entre la personne domiciliée ou établie en France qui a rendu pour l'essentiel les services facturés et le bénéficiaire de ces services.

12. Il résulte de l'instruction que les services fiscaux ont considéré que M. B remplissait, sous couvert de la convention d'animation signée entre la société United textile et la société JSB international, son rôle de président de cette dernière. Or la rémunération de telles fonctions relève de la catégorie d'impôt sur les revenus des traitements et salaires et non, ainsi que l'a estimé le service, de celle des bénéfices non commerciaux. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration les a imposés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux en application de l'article 92 du code général des impôts.

13. Il résulte de ce qui précède que doit être prononcée la réduction des cotisations supplémentaires d'impôts sur le revenu au titre de l'année 2016, en droits, à concurrence de l'éventuelle différence entre le montant de 21 178 euros mis à la charge de M. et Mme B et les droits tels que calculés dans la catégorie des traitements et salaires.

En ce qui concerne les pénalités :

14. En sixième et dernier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; ".

15. Si M. et Mme B soutiennent qu'ils n'ont pas minoré leurs revenus de 70 %, ainsi que l'a retenu l'administration, dès lors qu'ils ont par ailleurs des revenus qui ne sont pas de source française, cette circonstance est sans incidence sur la caractérisation du manquement délibéré des omissions déclaratives auprès de l'administration fiscale française qui leur sont reprochées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. et Mme B à concurrence du dégrèvement de 14 596 euros prononcé en cours d'instance.

Article 2 : M. et Mme B sont déchargés de l'éventuelle différence entre le montant des cotisations supplémentaires sur le revenu au titre de l'année 2016 mis à leur charge dans la catégorie des bénéfices non commerciaux et le montant des droits devant être calculés, sur la même base imposable, dans la catégorie des traitements et salaires.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme B et à l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal Île-de-France.

Délibéré après l'audience du 20 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Nguër, première conseillère

Mme Courneil, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 décembre 2023.

La rapporteure,

L. Courneil

Le président,

J. CharretLa greffière,

L. Valcy

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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