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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2111442

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2111442

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2111442
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation8ème chambre (J.U)
Avocat requérantLUBAKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 13 août 2021, Mme C B A, agissant en son nom propre et en sa qualité de représentante légale de ses deux enfants mineurs, et M. D A, représentés par Me Lubaki, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à leur verser une somme de 40 000 euros, à parfaire, en réparation des préjudices résultant de l'inexécution de l'obligation par le préfet de la Seine-Saint-Denis de procéder à leur relogement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de mettre en œuvre le dispositif d'accompagnement vers et dans le logement (" AVDL ") en procédant notamment à la désignation d'une association agréée aux fins d'établissement d'un diagnostic social et de la mise en œuvre d'un contrat d'accompagnement vers le logement.

Ils font valoir que :

- la demande de logement social a été reconnue comme prioritaire et urgente par une décision de la commission de médiation de Seine-Saint-Denis du 18 octobre 2017 ;

- aucun logement ne leur a été proposé ;

- le logement est inadapté à la composition familiale ;

- l'Etat a commis une carence fautive en ne lui proposant pas un logement, avec ses trois enfants, dans les délais impartis ;

- ils sont fondés à obtenir la somme de 40 000 euros en raison d'un préjudice moral, eu égard à l'impossibilité de mettre en place un dispositif aidant et à la période de confinement, et de troubles dans les conditions d'existence, notamment la promiscuité, les horaires décalés de M. F B A et l'état de santé de Mme C B A ;

- le dispositif AVDL doit être mis en œuvre.

La procédure a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Mme B A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 juin 2021.

Vu :

- l'ordonnance n° 1812458 du 16 janvier 2019 du tribunal administratif de Montreuil rejetant pour tardiveté la requête de Mme B A tendant à enjoindre au préfet de lui attribuer un logement en application de la décision de la commission de médiation du droit au logement opposable de la Seine-Saint-Denis du 18 octobre 2017 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme E pour statuer sur ce litige visé à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la magistrate désignée a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a, par une décision du 18 octobre 2017, désigné Mme C B A comme prioritaire et devant être logée en urgence dans un logement répondant à ses besoins et à ses capacités. En l'absence de proposition de logement, Mme B A a saisi le tribunal qui a, par une ordonnance du 16 janvier 2019 visée ci-dessus, rejeté pour tardiveté sa requête tendant à enjoindre au préfet de lui attribuer un logement en application de la décision de la commission de médiation précitée. N'ayant toujours pas été relogée, Mme B A a, par un courrier du 1er octobre 2020 reçu le lendemain, demandé au préfet de la Seine-Saint-Denis l'indemnisation des préjudices subis. Cette demande ayant été implicitement rejetée, Mme B A doit être regardée comme demandant au tribunal la condamnation de l'Etat à lui verser la somme de 40 000 euros.

Sur les conclusions indemnitaires :

2. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et comme devant être logée ou relogée d'urgence par une commission de médiation, en application des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter ces décisions dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du seul demandeur, au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission, que l'intéressé ait ou non fait usage du recours en injonction contre l'Etat prévu par l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation. Ces troubles doivent être appréciés en fonction des conditions de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat, qui court à l'expiration du délai de six mois à compter de la décision de la commission de médiation que l'article R. 441-16-1 du code de la construction et de l'habitation impartit au préfet pour provoquer une offre de logement.

3. Dans le cas où le demandeur a été reconnu prioritaire au seul motif que sa demande de logement social n'avait pas reçu de réponse dans le délai réglementaire, son maintien dans le logement où il réside ne peut être regardé comme entraînant des troubles dans ses conditions d'existence lui ouvrant droit à réparation que si ce logement est inadapté au regard notamment de ses capacités financières et de ses besoins. La circonstance que l'absence de relogement a contraint le demandeur à supporter un loyer manifestement disproportionné au regard de ses ressources, si elle ne peut donner lieu à l'indemnisation d'un préjudice pécuniaire égal à la différence entre le montant du loyer qu'il a payé durant cette période et celui qu'il aurait acquitté si un logement social lui avait été attribué, doit, si elle est établie, être prise en compte pour évaluer le préjudice résultant des troubles dans les conditions d'existence.

4. D'une part, il résulte du point 2 que les conclusions indemnitaires présentées par Mme C B A en sa qualité de représentante légale de ses deux enfants mineurs et par M. D A doivent être rejetées.

5. D'autre part, il résulte de l'instruction que la commission de médiation de la Seine-Saint-Denis a reconnu, le 18 octobre 2017, le caractère urgent et prioritaire de la demande de logement de Mme B A au motif suivant : " attente d'un logement social depuis un délai supérieur au délai fixé par arrêté préfectoral ". Mme B A ne démontre pas, eu égard particulièrement à la surface du logement figurant dans le contrat de location produit et au nombre d'occupants tel que visé ci-avant, que l'appartement serait sur-occupé. Elle n'établit pas plus que ce logement constituerait un obstacle à sa prise en charge médicale et serait, ainsi, inadapté à ses besoins.

6. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires de Mme B A doivent être rejetées. Par suite, ses conclusions d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B A et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

La magistrate désignée,

C. ELa greffière,

I. Dad

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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