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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2112865

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2112865

lundi 5 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2112865
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCMS FRANCIS LEFEBVRE AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et trois mémoires complémentaires, enregistrés respectivement les 20 septembre 2021, 22 juillet 2022, 9 janvier 2023 et 7 février 2023, la société Kelenn Finance, représentée par Me Peters et Me Benois, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de la contribution sociale additionnelle auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2011 et 2012 ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 10 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les dépens.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la procédure d'imposition :

- les propositions de rectification sont entachées d'une insuffisance de motivation dès lors qu'elles comportent des contrariétés de motifs s'agissant de la qualification retenue par l'administration sur la nature du contrôle exercé par les associés de la société Dossen Investissements sur celle-ci ;

- compte tenu de cette irrégularité, les propositions de rectification n'ont pas interrompu le délai de prescription au sens de l'article L. 189 du livre des procédures fiscales ;

- les réponses aux observations du contribuable qui, sur ce point, contiennent les mêmes contradictions de motifs que les propositions de rectification, sont insuffisamment motivées ;

- l'administration a employé une stratégie déloyale en s'abstenant de faire mention des références d'une décision du Conseil d'Etat qu'elle avait pourtant citée, en effectuant un détournement de procédure afin d'obtenir les informations nécessaires au chiffrage du résultat d'ensemble, lequel lui a été notifié en sa qualité de société mère, et en s'abstenant de mentionner l'application de la majoration pour manquement délibéré lors de l'entretien de fin de contrôle ;

- l'administration a méconnu le principe du contradictoire, la privant ainsi des garanties qui lui sont accordées par la loi et la charte du contribuable vérifié, dès lors qu'en dépit de ses demandes renouvelées, elle s'est abstenue de justifier de la qualification retenue du contrôle assuré par les associés sur la société, à savoir un contrôle exclusif ou conjoint ; qu'ainsi, elle l'a empêché de contester utilement les rehaussements s'agissant de l'amendement " Charasse " et du dispositif de lutte contre la sous-capitalisation ;

- le service l'a ainsi privé d'un débat contradictoire sur ce point ;

En ce qui concerne le bien fondé des impositions :

- elle renverse la présomption de sous-capitalisation, induite par le non-respect des trois limites légales fixées par le II de l'article 212 du code général des impôts, dès lors qu'elle apporte la preuve de l'application de la " clause de sauvegarde ", à savoir que le ratio d'endettement du groupe fiscalement intégré auquel elle appartient est supérieur ou égal à son propre ratio d'endettement au titre de l'exercice concerné conformément au III du même article ;

- la " clause de sauvegarde " s'apprécie au niveau des comptes consolidés de son groupe, et non pas, comme lui oppose l'administration, au niveau de son associé majoritaire, à savoir la société de droit luxembourgeois Dossen Participations SCA ;

- l'analyse de l'administration est erronée car, d'une part, bien que majoritaire au capital de Dossen Investissements, la société Dossen Participations SCA ne détient pas le contrôle exclusif sur celle-ci au sens des dispositions de l'article L. 233-16 du code de commerce en raison des restrictions importantes qui s'imposent, notamment en matière de transfert de fonds de Dossen Investissements vers Dossen Participations SCA, au sens de l'article L. 233-19 du même code et du paragraphe 101 du règlement CRC n°99-02 ;

- d'autre part, compte tenu des règles comptables luxembourgeoises, ni la société Dossen Participations SCA, ni son associé, la société JLM Actions, n'établissent de comptes consolidés incluant la société Dossen Investissements et ses filiales ;

- enfin, tant en droit français qu'en droit luxembourgeois, le principe de consolidation est exclu en cas de détention de titres en vue de leur cession ultérieure, comme c'est le cas en l'espèce de la société Dossen Participations SCA et de son associé en raison de leur nature de fonds d'investissement ;

- ainsi, la société Dossen Participations SCA devant être exclue du périmètre de consolidation et donc de l'application de la " clause de sauvegarde ", elle est fondée à conserver son droit à déduction des intérêts supportés au titre du prêt consenti par la société Dossen Finance à la société Dossen Investissements.

Par trois mémoires en défense, enregistrés les 24 février 2022, 22 septembre 2022 et 17 janvier 2023, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest conclut au rejet de la requête.

Il soutient d'une part, que les conclusions à fin de décharge des impositions afférentes à l'exercice clos en 2012 sont irrecevables eu égard aux dégrèvements prononcés, d'autre part, que les conclusions à fin de décharge de la contribution sociale additionnelle au titre de l'exercice clos en 2011 sont irrecevables en l'absence de moyens invoqués, et enfin qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 26 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 14 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,

- le code de commerce,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Nguër, rapporteure,

- les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure publique,

- et les observations de Me Benois, représentant la société Kelenn Finance, l'administration fiscale n'étant ni présente, ni représentée.

La société Kelenn Finance a produit une note en délibéré, enregistrée le 27 janvier 2024, qui n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. De 2013 à 2014, la société Dossen Investissements, qui exerce une activité de holding mixte, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, portant sur la période du 1er juin 2010 au 31 décembre 2012, en sa qualité de membre du groupe fiscalement intégré Sermeta, lequel comprend les sociétés Simeti, Sermeta Atom, Financière Le Mer et Giannoni France devenue Sermeta. Elle a également fait l'objet d'un contrôle sur pièces en sa qualité de société mère du même groupe. Par deux propositions de rectification du 14 octobre 2014, l'administration fiscale lui a notifié des rehaussements en matière d'impôt sur les sociétés et de contribution sociale additionnelle, assortis de pénalités, pour les exercices clos en 2011 et 2012. Le service a remis en cause le caractère déductible du résultat taxable de la société des intérêts supportés par la société Dossen Investissements au titre du prêt qui lui avait été consenti par la société Dossen Finance en 2010 lors de sa constitution en vue d'acquérir les filiales précitées. La société Kelenn Finance, venant aux droits et obligations de la société Dossen Investissements, qu'elle a absorbé par décision du 31 juillet 2015, avec effet rétroactif au 1er janvier 2015, a formé une réclamation contentieuse le 4 avril 2018 qui a été partiellement admise par une décision de l'administration du 20 juillet 2021. La société requérante demande au tribunal de prononcer la décharge des impositions supplémentaires ainsi laissées à sa charge au titre des exercices clos en 2011 et 2012.

Sur l'étendue du litige :

2. Par la décision précitée du 20 juillet 2021, l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscale Centre-Ouest a prononcé le dégrèvement, en droits et pénalités, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de la contribution sociale additionnelle au titre de l'exercice clos en 2012. Dès lors, les conclusions de la requête relatives à ces impositions sont, dans cette mesure, irrecevables, ainsi que l'oppose à bon droit l'administration fiscale.

Sur les conclusions à fin de décharge des impositions :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () / Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ". Aux termes de l'article L. 189 du même livre : " La prescription est interrompue par la notification d'une proposition de rectification, () ".

4. D'une part, il résulte de l'instruction que les deux propositions de rectification du 14 octobre 2014 indiquent, outre les périodes concernées, la nature, le montant, les motifs de droit et les considérations de fait pour chaque redressement. La société Kelenn Finance soutient que les propositions de rectification comportent des contrariétés de motifs s'agissant de la qualification retenue par l'administration quant à la nature du contrôle exercé par les associés de la société Dossen Investissements, révélant ainsi une insuffisance de motivation. En l'occurrence, les deux principaux associés de la société Dossen Investissements sont la société Dossen Participations SCA qui détient 63,59% des parts, et la société JLM Actions qui en détient 34,24%. Il résulte des termes de la proposition de rectification, adressée à la société Dossen Investissements en sa qualité de membre du groupe fiscalement intégré Sermeta, que l'administration a retenu la nature de contrôle exclusif pour déterminer celui exercé par la société Dossen Participations SCA sur Dossen Investissements. C'est dans la proposition de rectification faisant suite au contrôle sur pièces de la société Dossen Investissements, en sa qualité de société mère du groupe, que l'administration a qualifié de contrôle conjoint celui exercé sur celle-ci par les sociétés Dossen Participations SCA et JLM Actions. En outre, le service a retenu cette qualification eu égard à la forme juridique de JLM Actions en société par actions simplifiées, et aux clauses du pacte d'actionnaires conclu entre les deux sociétés associées s'agissant de la détermination du résultat d'ensemble dans les conditions des dispositions de l'article 223 B du code général des impôts. Ainsi l'administration fiscale a entendu retenir la qualification de contrôle exclusif exercé conjointement, sur la société Dossen Investissements, par les sociétés Dossen Participations SCA et JLM Actions. Il résulte, par ailleurs, des termes de cette proposition de rectification, qui ne sont pas contestés, que par lettre du 15 juillet 2014, la société Dossen Investissements a contesté la qualification de contrôle conjoint exercé sur elle par les propres associés de la société JLM Actions. Dans ces conditions, la société Kelenn Finance, qui en outre a pu utilement présenter ses observations, n'est pas fondée à soutenir que les propositions de rectification contiennent une contrariété de motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la proposition de rectification, qui résulterait de cette contrariété de motifs, doit être écarté. Par ailleurs, les propositions de rectification n'étant pas entachées d'irrégularité, elles ont pu valablement interrompre le délai de prescription dans les conditions fixées à l'article L. 189 du livre des procédures fiscales.

5. D'autre part, il résulte des termes de la réponse aux observations de la contribuable, adressée à la société Dossen Investissements en sa qualité de société mère du groupe, que l'administration confirme l'analyse qu'elle avait retenue dans la proposition de rectification en ce qui concerne le caractère conjoint du contrôle exercé par les deux associés de la société Dossen Investissements au sens de l'article L. 233-3 du code de commerce. Il résulte également des termes de la seconde réponse aux observations du contribuable, adressée à Dossen Investissements en sa qualité de membre du groupe fiscalement intégré, que l'administration a fait usage de la qualification de contrôle exclusif de Dossen Participations SCA sur Dossen Investissements, au sens de l'article L. 233-16 du même code. L'administration fiscale a ainsi entendu, comme le confirme d'ailleurs la réponse du 27 octobre 2017 de l'interlocuteur interrégional, retenir la qualification de contrôle exclusif exercé conjointement, sur la société Dossen Investissements, par les sociétés Dossen Participations SCA et JLM Actions. Dans ces conditions, aucune contrariété de motifs ne peut être opposée à l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des réponses aux observations du contribuable, résultant d'une contrariété de motifs, doit être écarté.

6. En second lieu, aux termes de l'article L. 80 CA du livre des procédures fiscales : " La juridiction saisie peut, lorsqu'une erreur non substantielle a été commise dans la procédure d'imposition, prononcer, sur ce seul motif, la décharge des majorations et amendes, à l'exclusion des droits dus en principal et des intérêts de retard. / Elle prononce la décharge de l'ensemble lorsque l'erreur a eu pour effet de porter atteinte aux droits de la défense ou lorsqu'elle est de celles pour lesquelles la nullité est expressément prévue par la loi ou par les engagements internationaux conclus par la France ".

7. Lorsque la vérification a lieu au siège de l'entreprise, il appartient au contribuable d'apporter la preuve qu'il a été privé de la possibilité d'un débat oral et contradictoire avec le vérificateur.

8. D'une part, si la société requérante soutient qu'elle a été privée d'un débat oral et contradictoire, il résulte cependant de l'instruction, ainsi qu'il a été dit aux points 4. et 5. du présent jugement, que l'administration fiscale s'est prononcée, dans la proposition de rectification et dans la réponse aux observations du contribuable, adressées à la société Dossen Investissements en sa qualité de société mère du groupe, sur la nature conjointe du contrôle exercé sur elle par ses deux associés. Ainsi, la société n'a pas été empêchée de contester utilement les rehaussements litigieux. Par suite, la société requérante n'établit pas avoir été privée d'un débat oral et contradictoire.

9. D'autre part, si la société requérante soutient que l'administration a adopté une stratégie déloyale à son encontre, cependant aucune disposition législative ou réglementaire, pas plus que la charte du contribuable vérifié, dans sa version applicable au litige, n'imposent au vérificateur de donner au contribuable, avant l'envoi de la proposition de rectification, une information sur les redressements et majorations qu'il pourrait envisager. Par ailleurs, l'administration peut légalement faire usage à la fois d'une procédure de vérification de comptabilité s'agissant d'une société membre d'un groupe fiscalement intégré et d'un contrôle sur pièces s'agissant de la même société en sa qualité de société mère du groupe, sans que cette circonstance puisse être regardée comme un détournement de procédure. Enfin, le défaut de mention des références d'une décision du Conseil d'Etat ne saurait en l'espèce révéler une déloyauté de l'administration ni un manquement aux droits de la défense.

10. Il résulte de ce qui précède que la société Kelenn Finance n'est pas fondée à soutenir que la procédure d'imposition est entachée d'irrégularités.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

11. S'agissant de la loi fiscale, d'une part, aux termes de l'article 39 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable au litige : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : / () / 3° Les intérêts servis aux associés à raison des sommes qu'ils laissent ou mettent à la disposition de la société, en sus de leur part du capital, quelle que soit la forme de la société, dans la limite de ceux calculés à un taux égal à la moyenne annuelle des taux effectifs moyens pratiqués par les établissements de crédit pour des prêts à taux variable aux entreprises, d'une durée initiale supérieure à deux ans. / () / 12. () / Des liens de dépendance sont réputés exister entre deux entreprises : / a-lorsque l'une détient directement ou par personne interposée la majorité du capital social de l'autre ou y exerce en fait le pouvoir de décision ; / () ". Aux termes de l'article 212 du même code, dans sa rédaction applicable au litige : " I.-Les intérêts afférents aux sommes laissées ou mises à disposition d'une entreprise par une entreprise liée directement ou indirectement au sens du 12 de l'article 39 sont déductibles dans la limite de ceux calculés d'après le taux prévu au premier alinéa du 3° du 1 de l'article 39 ou, s'ils sont supérieurs, d'après le taux que cette entreprise emprunteuse aurait pu obtenir d'établissements ou d'organismes financiers indépendants dans des conditions analogues. / II.-1. Lorsque le montant des intérêts servis par une entreprise à l'ensemble des entreprises liées directement ou indirectement au sens du 12 de l'article 39 et déductibles conformément au I excède simultanément au titre d'un même exercice les trois limites suivantes : / a) Le produit correspondant au montant desdits intérêts multiplié par le rapport existant entre une fois et demie le montant des capitaux propres, apprécié au choix de l'entreprise à l'ouverture ou à la clôture de l'exercice et le montant moyen des sommes laissées ou mises à disposition par l'ensemble des entreprises liées directement ou indirectement au sens du 12 de l'article 39 au cours de l'exercice, / b) 25 % du résultat courant avant impôts préalablement majoré desdits intérêts, des amortissements pris en compte pour la détermination de ce même résultat et de la quote-part de loyers de crédit-bail prise en compte pour la détermination du prix de cession du bien à l'issue du contrat, / c) Le montant des intérêts servis à cette entreprise par des entreprises liées directement ou indirectement au sens du 12 de l'article 39, la fraction des intérêts excédant la plus élevée de ces limites ne peut être déduite au titre de cet exercice, sauf si cette fraction est inférieure à 150 000 €. / () / III.- Les dispositions du II ne s'appliquent pas si l'entreprise apporte la preuve que le ratio d'endettement du groupe auquel elle appartient est supérieur ou égal à son propre ratio d'endettement au titre de l'exercice mentionné au II. / Pour l'application des dispositions du premier alinéa, le groupe s'entend de l'ensemble des entreprises françaises ou étrangères placées sous le contrôle exclusif d'une même société ou personne morale, au sens du II de l'article L. 233-16 du code de commerce. L'appréciation des droits de vote détenus indirectement par la société ou personne morale s'opère en additionnant les pourcentages de droits de vote détenus par chaque entreprise du groupe. / Le ratio d'endettement de l'entreprise mentionné au premier alinéa correspond au rapport existant entre le montant total de ses dettes et le montant de ses capitaux propres. Le ratio d'endettement du groupe est déterminé en tenant compte des dettes, à l'exception de celles envers des entreprises appartenant au groupe, et des capitaux propres, minorés du coût d'acquisition des titres des entreprises contrôlées et retraités des opérations réciproques réalisées entre les entreprises appartenant au groupe, figurant au bilan du dernier exercice clos de l'ensemble des entreprises appartenant au groupe. / () ".

12. D'autre part, aux termes de l'article L. 233-16 du code de commerce, dans sa rédaction applicable au litige : " () / II. - Le contrôle exclusif par une société résulte : / 1° Soit de la détention directe ou indirecte de la majorité des droits de vote dans une autre entreprise ; / 2° Soit de la désignation, pendant deux exercices successifs, de la majorité des membres des organes d'administration, de direction ou de surveillance d'une autre entreprise. La société consolidante est présumée avoir effectué cette désignation lorsqu'elle a disposé au cours de cette période, directement ou indirectement, d'une fraction supérieure à 40 % des droits de vote, et qu'aucun autre associé ou actionnaire ne détenait, directement ou indirectement, une fraction supérieure à la sienne ; / 3° Soit du droit d'exercer une influence dominante sur une entreprise en vertu d'un contrat ou de clauses statutaires, lorsque le droit applicable le permet. / () ". Aux termes de l'article L. 233-19 du même code : " I.- Sous réserve d'en justifier dans l'annexe établie par la société consolidante, une filiale ou une participation est laissée en dehors de la consolidation lorsque des restrictions sévères et durables remettent en cause substantiellement le contrôle ou l'influence exercée par la société consolidante sur la filiale ou la participation ou les possibilités de transfert de fonds par la filiale ou la participation. / II.-Sous la même réserve, une filiale ou une participation peut être laissée en dehors de la consolidation lorsque : / 1° Les actions ou parts de cette filiale ou participation ne sont détenues qu'en vue de leur cession ultérieure ; / 2° La filiale ou la participation ne représente, seule ou avec d'autres, qu'un intérêt négligeable par rapport à l'objectif défini à l'article L. 233-21 ; / 3° Les informations nécessaires à l'établissement des comptes consolidés ne peuvent être obtenues sans frais excessifs ou dans des délais compatibles avec ceux qui sont fixés en application des dispositions de l'article L. 233-27 ".

13. Il résulte de l'instruction que la société Dossen Participations SCA détient l'intégralité des parts sociales de la société Dossen Finance et 63,59% de celles de la société Dossen Investissements, faisant de ces deux dernières des entreprises liées au sens du point 12 de l'article 39 du code général des impôts. En 2010, la société Dossen Investissements a souscrit, auprès de la société Dossen Finance, un emprunt obligataire de 151 662 857 euros portant intérêt au taux fixe annuel de 12% avec capitalisation des intérêts. Au titre de l'exercice clos en 2011 restant en litige, la société Dossen Investissements a entendu bénéficier des dispositions des articles 39 1. 3° et 212 I du code général des impôts en inscrivant en charges déductibles les intérêts d'emprunt versés à la société Dossen Finance. A l'issue des deux procédures de contrôle fiscal, dirigés contre la société Dossen Investissements, l'administration a remis en cause cette déductibilité au motif que le taux d'intérêt supporté par cette dernière ne correspondait pas à un taux de marché au sens du I de l'article 212 précité. L'administration a également relevé que la société Dossen Investissements avait fait l'objet d'une sous-capitalisation au sens des dispositions du II de l'article 212. Dans le cadre de la présente instance, la société requérante entend démontrer que la société Dossen Investissements n'était pas sous-capitalisée dès lors que sa situation répond aux conditions fixées par le III de l'article 212. Elle soutient ainsi que la notion de groupe qui permet l'application de ces dispositions doit s'entendre comme étant celle du groupe dont la société Dossen Investissements est à la tête en sa qualité de société mère dès lors qu'elle détient un contrôle exclusif sur les sociétés qui le composent, au sens du II de l'article L. 233-16 du code de commerce. En outre, au sens de ces dernières dispositions, le contrôle exclusif résulte notamment de la détention directe ou indirecte de la majorité des droits de vote dans une autre entreprise, ce qui est le cas lorsque plus de la moitié du capital est détenu par une même entreprise. L'administration fiscale oppose la circonstance que le groupe correspond à celui dont la société Dossen Participations SCA est à la tête dès lors qu'elle détient un contrôle exclusif sur la société Dossen Investissements dont elle détient 63,59% du capital. Il résulte, en effet, de la combinaison du III de l'article 212 du code général des impôts et du II de l'article L. 233-16 du code de commerce que le groupe s'entend de celui constitué par les sociétés Dossen Investissements et Dossen Participations SCA, cette dernière ayant le contrôle exclusif sur la première.

14. Pour faire échec au raisonnement exposé au point précédent, et exclure ainsi la société Dossen Participations SCA du périmètre de la consolidation, la société requérante invoque les dispositions de l'article L. 233-19 du code de commerce ainsi que le droit luxembourgeois. Toutefois, par les éléments qu'elle produit, elle n'établit pas que Dossen Participations SCA subit des restrictions sévères et durables qui remettent en cause substantiellement le contrôle ou l'influence exercée par la société consolidante sur la filiale ou la participation ou les possibilités de transfert de fonds par la filiale ou la participation, au sens du I de l'article L. 233-19 précité. Elle n'établit pas davantage que les actions ou parts de cette filiale ou participation ne sont détenues qu'en vue de leur cession ultérieure, au sens du 1° du II de l'article L. 233-19. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la société Dossen Participations SCA ne peut être regardée comme étant la société consolidante à la tête du groupe en raison de restrictions sévères et durables remettant en cause substantiellement le contrôle qu'elle exerce sur sa filiale Dossen Investissements ainsi qu'en raison de la détention des parts sociales de cette filiale dans le seul but de leur cession ultérieure. En l'occurrence, la société Kelenn Finance, qui se borne à produire le bilan de la société Dossen Investissements ainsi qu'un tableau des comptes consolidés en 2011 réalisé par ses soins, n'établit pas que le ratio d'endettement du groupe, constitué par Dossen Participations SCA et Dossen Investissements, est supérieur ou égal au ratio d'endettement de la société Dossen Investissements. En outre, elle ne peut utilement se prévaloir du droit luxembourgeois notamment en matière de consolidation des comptes. Par suite, la société Kelenn Finance n'est pas fondée à déduire les intérêts d'emprunt versés à la société Dossen Finance au titre de l'exercice clos en 2011 ni, par voie de conséquence, à obtenir, la décharge des impositions supplémentaires y afférents sur le terrain de la loi fiscale.

15. S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale, le paragraphe 101 du règlement CRC n°99-02, qui porte sur les exclusions du périmètre de consolidation, ne fait pas de la loi une interprétation différente de celle retenue dans le présent jugement.

16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge, présentées par la société Kelenn Finance, doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres fins de non-recevoir opposées par l'administration fiscale.

Sur les conclusions accessoires :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, supporte la charge des frais exposés par la société requérante et non compris dans les dépens. Les conclusions présentées sur le fondement de ces dispositions doivent, dans ces conditions, être rejetées. Doivent également être rejetées les conclusions fondées sur les dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Kelenn Finance est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Kelenn Finance et à l'administrateur général des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Centre-Ouest.

Délibéré après l'audience du 22 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Charret, président,

Mme Nguër, première conseillère,

Mme Courneil, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 février 2024.

La rapporteure,

M. Nguër

Le président,

J. Charret

La greffière,

D. Ferreira

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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