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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2113103

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2113103

jeudi 28 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2113103
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation1ère chambre
Avocat requérantCHOPIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2113103 et un mémoire, respectivement enregistrés les 24 septembre 2021 et 25 octobre 2022, la société d'assurance mutuelle (SAM) CAPMA-CAPMI, représentée par Me Chopin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, la décharge, en droits et pénalités, des rappels de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, de taxe additionnelle et de frais de gestion mis à sa charge au titre des années 2016 et 2017, assortie des intérêts moratoires.

Elle soutient que les reprises effectuées sur la réserve de capitalisation correspondant à la charge théorique de l'impôt sur les sociétés constituent des provisions non techniques exclues du calcul de la valeur ajoutée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2022, le directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé n'est pas fondé.

II. Par une requête n° 2116887 et un mémoire, respectivement enregistrés les 6 décembre 2021 et 25 octobre 2022, la société d'assurance mutuelle (SAM) CAPMA-CAPMI, représentée par Me Chopin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, la décharge, en droits et en pénalités, des rappels de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, de taxe additionnelle et de frais de gestion mis à sa charge au titre des années 2018 et 2019, assortie des intérêts moratoires.

Elle soutient que les reprises effectuées sur la réserve de capitalisation correspondant à la charge théorique de l'impôt sur les sociétés constituent des provisions non techniques exclues du calcul de la valeur ajoutée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2022, le directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales conclut au rejet de la requête.

Il soutient que le moyen soulevé n'est pas fondé.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales,

- le code des assurances,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ghazi Fakhr, rapporteure ;

- et les conclusions de M. Iss, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société d'assurance mutuelle CAPMA-CAPMI, qui exerce notamment une activité d'assurance sur la vie, a primitivement déclaré et liquidé la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, au titre des années 2016, 2017, 2018 et 2019, en excluant de son chiffre d'affaires les reprises effectuées sur sa réserve de capitalisation au motif d'une charge théorique d'impôt sur les sociétés et en déduisant les dotations effectuées sur cette même réserve du fait d'un produit théorique d'impôt sur les sociétés. A la suite de vérifications de comptabilité diligentées au titre desdites années, l'administration, pour le calcul de la valeur ajoutée prévu à l'article 1586 sexies du code général des impôts, a remis en cause la déductibilité desdites dotations et a réintégré au chiffre d'affaires de la société les reprises ainsi effectuées. La société CAPMA-CAPMI demande au tribunal de lui accorder la décharge, en droits et pénalités, des rappels de cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises, de taxe additionnelle et de frais de gestion auxquels elle a été consécutivement assujettie au titre de ces quatre années.

Sur les conclusions à fin de décharge :

2. D'une part, l'article 1586 octies du code général des impôts prévoit : " I. - 1. La cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises est due par le redevable qui exerce l'activité au 1er janvier de l'année d'imposition () ". Aux termes de l'article 1586 ter du même code : " () II. - 1. La cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises est égale à une fraction de la valeur ajoutée produite par l'entreprise, telle que définie à l'article 1586 sexies () ". Aux termes de l'article 1586 sexies du même code, dans sa rédaction alors applicable : " () VI. Pour () les entreprises d'assurance et de réassurance régies par le code des assurances : / 1. Le chiffre d'affaires comprend : / - les primes ou cotisations ; / -les autres produits techniques ; / -les commissions reçues des réassureurs ; / -les produits non techniques, à l'exception de l'utilisation ou de reprises des provisions () 4. La valeur ajoutée est égale à la différence entre : / a) D'une part, le chiffre d'affaires tel qu'il est défini au 1 () / b) Et, d'autre part, sous réserve des précisions mentionnées aux alinéas suivants, les prestations et frais payés, les achats, le montant des secours exceptionnels accordés par décision du conseil d'administration ou de la commission des secours lorsque celle-ci existe, les autres charges externes, les autres charges de gestion courante, les variations des provisions pour sinistres ou prestations à payer et des autres provisions techniques, y compris les provisions pour risque d'exigibilité pour la seule partie qui n'est pas admise en déduction du résultat imposable en application du 5° du 1 de l'article 39, la participation aux résultats, les charges des placements à l'exception des moins-values de cession des placements dans des entreprises liées ou avec lien de participation et des moins-values de cession d'immeubles d'exploitation ; / Ne sont toutefois pas déductibles de la valeur ajoutée : / () -les dotations aux provisions autres que les provisions techniques () ". Ces dispositions fixent la liste limitative des catégories d'éléments comptables qui doivent être pris en compte dans le calcul de la valeur ajoutée. Pour déterminer si une charge ou un produit se rattache à l'une de ces catégories, il y a lieu de se reporter aux normes comptables dans leur rédaction en vigueur lors de l'année d'imposition concernée.

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 343-3 du code des assurances, dans sa rédaction alors applicable : " Les provisions techniques correspondant aux opérations d'assurance sur la vie, d'assurance nuptialité-natalité et de capitalisation, sont les suivantes : () 3° Réserve de capitalisation : réserve destinée à parer à la dépréciation des valeurs comprises dans l'actif de l'entreprise et à la diminution de leur revenu () ". Aux termes de l'article 39 quinquies GE du code général des impôts : " Les dotations sur la réserve de capitalisation admises en charge sur le plan comptable et leurs reprises que les [sociétés d'assurance] effectuent () ne sont pas prises en compte pour la détermination de leur résultat imposable ".

4. Enfin, aux termes de l'article A 343-3-1 du code des assurances : " Lors de la vente ou de la conversion d'une obligation, l'opération est appliquée au titre le plus ancien du portefeuille. / () Lorsque le prix de vente est supérieur à la valeur actuelle, diminuée le cas échéant de la dépréciation mentionnée au premier alinéa de l'article R. 343-9, l'excédent est versé à la réserve de capitalisation ; lorsqu'il est inférieur à la valeur actuelle, diminuée le cas échéant de la dépréciation mentionnée au premier alinéa de l'article R. 343-9, la différence est prélevée sur la réserve de capitalisation, dans la limite du montant de celle-ci. / La charge ou le produit théorique d'impôts lié à la non-prise en compte, dans le résultat imposable de l'entreprise, des versements ou prélèvements mentionnées à l'alinéa précédent donne lieu à respectivement une reprise non technique sur la réserve de capitalisation ou à une dotation non technique à la réserve de capitalisation, pour un montant équivalent. Cette reprise ou cette dotation contribue au résultat non technique de l'entreprise ".

5. Les dotations et reprises effectuées sur la réserve de capitalisation en application du dernier alinéa de l'article A 343-3-1 du code des assurances ne constituent pas des provisions techniques dès lors qu'elles n'ont ni pour objet ni pour effet de prévenir une charge théorique liée à un engagement de la société envers un assuré. A cet égard, il résulte de ce même article que les reprises et dotations ainsi effectuées sur la réserve de capitalisation contribuent au résultat non technique de l'entreprise. En application du règlement n° 2015-11 du 26 novembre 2015 relatif aux comptes annuels des entreprises d'assurance de l'autorité des normes comptables, les mouvements litigieux ne peuvent être comptabilisés qu'au sein des comptes " charges non techniques " (compte 65) et " produits non techniques " (compte 75). Dès lors, c'est à bon droit que l'administration a réintégré dans le calcul de la valeur ajoutée de la société CAPMA-CAPMI les reprises effectuées sur la réserve de capitalisation en application du dernier alinéa de l'article A 343-3-1 du code des assurances, ces reprises constituant des produits non techniques au sens du 1 du VI de l'article 1586 sexies du code général des impôts.

6. Il résulte de ce qui précède que la SAM CAPMI-CAPMA n'est pas fondée à solliciter la décharge, en droits et pénalités, des rappels en litige, ni davantage le versement d'intérêts moratoires.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la SAM CAPMA-CAPMI sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société d'assurance mutuelle CAPMA-CAPMI et au directeur chargé de la direction des vérifications nationales et internationales.

Délibéré après l'audience du 7 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Toutain, président,

- M. Aymard, premier conseiller,

- Mme Ghazi Fakhr, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2024.

La rapporteure,Le président,SignéSigné A. Ghazi FakhrE. Toutain

La greffière,

SignéC. Yen Pon

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie et au ministre auprès du Premier ministre, chargé du budget et des comptes publics, en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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