vendredi 8 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2113188 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL GOZLAN & PARLANTI ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 septembre 2021 et le 25 avril 2022, M. B, représenté par Me Parlanti, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles il a été assujetti au titre des années 2016 et 2017 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 6 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'article 155 A du code général des impôts ne lui est pas applicable dès lors qu'il conduit à une double imposition des salaires versés par la SAS Diaphore qu'il a déclarés ;
- l'article 155 A du code général des impôts ne lui est pas applicable en vertu de l'article 7.1 de la convention fiscale franco-lettone en l'absence d'établissement stable en France de la société Eurowebwest ;
- à titre subsidiaire, les revenus rehaussés n'auraient pas dû être imposés dans la catégorie des bénéfices non commerciaux mais celle des traitements et salaires eu égard au lien de subordination entre lui et la société ayant bénéficié de ses services.
Par des mémoires en défense enregistrés le 23 mars 2022 et 31 mai 2022, l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 8 décembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Lettonie en vue d'éviter les doubles impositions et de prévenir l'évasion et la fraude fiscales en matière d'impôts sur le revenu et sur la fortune signée le 14 avril 1997 ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Courneil,
- et les conclusions de Mme Therby-Vale, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. A la suite d'une vérification de comptabilité de la société SA Vision It Group, de l'exercice d'un droit de communication auprès de la société Ividata Value et d'une mesure d'assistance administrative internationale auprès des autorités lettones, M. B a fait l'objet d'un contrôle sur pièces au terme duquel une proposition de rectification, en date du 16 décembre 2019, lui a été notifiée. Par une décision du 26 juillet 2021, l'administration fiscale a rejeté sa réclamation préalable en date du 18 février 2020. Dans le cadre de la présente instance, le requérant demande de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu pour les années 2016 et 2017.
Sur les conclusions aux fins de décharge :
2. Si une convention bilatérale conclue en vue d'éviter les doubles impositions peut, en vertu de l'article 55 de la Constitution, conduire à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale, elle ne peut pas, par elle-même, directement servir de base légale à une décision fondant l'imposition. Par suite, il incombe au juge de l'impôt, lorsqu'il est saisi d'une contestation relative à une telle convention, de se placer d'abord au regard de la loi fiscale nationale pour rechercher si, à ce titre, l'imposition contestée a été valablement établie et, dans l'affirmative, sur le fondement de quelle qualification. Il lui appartient ensuite, le cas échéant, en rapprochant cette qualification des stipulations de la convention, de déterminer en fonction des moyens invoqués devant lui ou même, s'agissant de déterminer le champ d'application de la loi d'office, si cette convention fait ou non obstacle à l'application de la loi fiscale.
S'agissant de l'application de la loi fiscale :
3. Aux termes de l'article 155 A du code général des impôts : " I. Les sommes perçues par une personne domiciliée ou établie hors de France en rémunération de services rendus par une ou plusieurs personnes domiciliées ou établies en France sont imposables au nom de ces dernières : / - soit, lorsque celles-ci contrôlent directement ou indirectement la personne qui perçoit la rémunération des services ; / - soit, lorsqu'elles n'établissent pas que cette personne exerce, de manière prépondérante, une activité industrielle ou commerciale, autre que la prestation de services ; / - soit, en tout état de cause, lorsque la personne qui perçoit la rémunération des services est domiciliée ou établie dans un Etat étranger ou un territoire situé hors de France où elle est soumise à un régime fiscal privilégié au sens mentionné à l'article 238 A. / II. Les règles prévues au I ci-dessus sont également applicables aux personnes domiciliées hors de France pour les services rendus en France. ". Dans le cas où la personne domiciliée ou établie à l'étranger reverse en France au contribuable tout ou partie des sommes rémunérant les prestations réalisées par ce dernier, les dispositions précitées ne sauraient conduire à ce que ce contribuable soit assujetti à une double imposition au titre d'un même impôt.
4. En premier lieu, l'administration fiscale apporte la preuve que des sommes perçues par une personne domiciliée ou établie hors de France en rémunération de services rendus par une ou plusieurs personnes domiciliées ou établies en France sont imposables au nom de ces dernières en vertu du I de l'article 155 A du code général des impôts par la production d'éléments attestant de ce que ces personnes ont réalisé les prestations de services en cause et de ce qu'elles contrôlent la personne qui perçoit la rémunération de ces services. Dans l'hypothèse où l'administration s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au contribuable d'apporter des éléments permettant d'établir que la facturation de ces prestations par la société établie hors de France aurait trouvé une contrepartie réelle dans une intervention qui lui aurait été propre et de regarder le service ainsi rendu comme l'ayant été pour son compte.
5. Il résulte de l'instruction, en particulier de la proposition de rectification en date du 16 décembre 2019, que les services ont constaté que la société Eurowebwest IT SIA, domiciliée en Lettonie, a réalisé des prestations informatiques pour deux entreprises domiciliées en France, SA Vision It Group et Ividata Value, pour lesquelles elle a été rémunérée par des virements bancaires. Les services ont par ailleurs relevé que ces prestations, réalisées par M. B, constituaient l'unique activité de la société Eurowebwest IT SIA dont M. B détient l'intégralité du capital, en est le représentant légal et l'unique salarié. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, alors que le requérant n'apporte aucun élément de nature à les remettre en cause, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve que M. B a été rémunéré pour des services rendus par une société établie hors de France et sur laquelle il exerce un contrôle direct permettant, en application des dispositions précitées, d'imposer dans les mains du requérant les rémunérations perçues pour la réalisation des prestations précitées.
6. En deuxième lieu, M. B soutient que l'imposition des rémunérations perçues pour les prestations auprès des sociétés SA Vision It Group et Ividata Value constitue une double imposition dès lors qu'il avait déclaré, pour l'année 2016, 11 216 euros de revenus versés comme salaire par la SAS Diaphore. Toutefois, ni les factures produites, qui ont été émises de septembre 2016 à octobre 2017 par la société Diaphore à l'adresse de la société Eurowebwest IT SIA sans précisément désigner les destinataires finaux des prestations informatiques réalisées, ni les deux bulletins de salaire établis en novembre 2016 et décembre 2017 par la société Diaphore pour M. B, pour des montants nets imposables respectifs de 3 728,81 et 2 667,31 euros, ne permettent d'établir que M. B aurait perçu des salaires en rémunération des prestations réalisées pour Vision It Group et Ividata Value. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 92 du même code, dans sa version applicable au litige : " 1. Sont considérés comme provenant de l'exercice d'une profession non commerciale ou comme revenus assimilés aux bénéfices non commerciaux, les bénéfices des professions libérales, des charges et offices dont les titulaires n'ont pas la qualité de commerçants et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits ne se rattachant pas à une autre catégorie de bénéfices ou de revenus ".
8. Les dispositions de l'article 155 A du code général des impôts ne dispensent pas l'administration, pour soumettre cette rémunération à l'impôt sur le revenu entre les mains de la personne ayant rendu les services, de faire application des règles de taxation relatives à la catégorie de revenus dont elle relève. La détermination de cette catégorie ne saurait dépendre que de l'analyse des relations existant entre la personne domiciliée ou établie en France qui a rendu pour l'essentiel les services facturés et le bénéficiaire de ces services.
9. M. B soutient qu'à supposer fondées, les impositions auraient dû être rangées dans la catégorie traitements et salaires et non dans celle des bénéfices non commerciaux. Toutefois, en se prévalant uniquement de la précision avec laquelle les prestations étaient décrites dans le contrat de prestation signé avec la société Vision It Group, qu'il ne produit pas dans le cadre de la présente instance, M. B ne démontre pas que la société exerçait des pouvoirs effectifs de direction et de contrôle sur lui ni qu'il existait ainsi une véritable relation de subordination telle qu'il aurait dû être regardé par l'administration comme ayant été dans une relation salariale avec cette société. Par suite, le moyen doit être écarté.
S'agissant de la convention franco-lettone :
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 7 de la convention franco-lettone susvisée : " 1. Les bénéfices d'une entreprise d'un Etat contractant ne sont imposables que dans cet Etat, à moins que l'entreprise n'exerce son activité dans l'autre Etat contractant par l'intermédiaire d'un établissement stable qui y est situé. Si l'entreprise exerce son activité d'une telle façon, les bénéfices de l'entreprise sont imposables dans l'autre Etat mais uniquement dans la mesure où ils sont imputables à cet établissement stable ".
11. Eu égard au montage décrit au point 5 du présent jugement, il résulte de l'instruction que l'entreprise Eurowebwest IT SIA, uniquement signataire de deux conventions de prestation dont M. B doit être regardé le réel exécutant, sans intervention de la société qui lui aurait été propre, ne peut être regardée comme ayant réalisé des bénéfices en Lettonie. Par suite, M. B n'est pas fondé à se prévaloir de l'application des stipulations précitées.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge doivent être rejetées.
Sur les frais d'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et l'administrateur général des finances publiques de la direction spécialisée de contrôle fiscal d'Île-de-France.
Délibéré après l'audience du 20 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Charret, président,
Mme Nguër, première conseillère
Mme Courneil, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition du greffe le 8 décembre 2023.
La rapporteure,
L. Courneil
Le président,
J. CharretLa greffière,
L. Valcy
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026