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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2113193

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2113193

mardi 30 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2113193
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation10ème chambre
Avocat requérantSELARL GRAND EST AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 16 septembre 2021, enregistrée le 28 septembre 2021, au greffe du Tribunal, le président de la 3ème chambre du Tribunal administratif de Strasbourg a transmis au Tribunal la requête présentée par M. et Mme A.

Par cette requête, enregistrée le 10 février 2021 au greffe du Tribunal administratif de Strasbourg, et des mémoires enregistrés les 8 septembre 2023 et 3 novembre 2023, M. et Mme B A, représentés par Me Lachaize, demandent au Tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la proposition de rectification du 17 décembre 2018 est insuffisamment motivée tant en ce qui concerne les dépenses engagées dans l'intérêt de M. A que l'avantage en nature pour utilisation privative d'un véhicule ;

- les cotisations en litige ont été mises en recouvrement de manière prématurée dès lors que les revenus regardés comme distribués n'ont pas pu être déterminés au sens du 1° de l'article 108 du code général des impôts, la vérification de comptabilité de la société étant toujours en cours ;

- les dépenses en litige n'ont pas été engagées dans l'intérêt personnel de M. A ;

- l'imposition ne peut être fondée sur l'absence de mentions non obligatoires sur les factures ;

- la base légale de l'imposition de l'avantage en nature n'est pas précisée dans la proposition de rectification adressée à la société ;

- l'administration n'est pas fondée à les imposer pour un avantage en nature dès lors qu'elle n'établit pas que M. A utilise le véhicule en litige à titre privé et qu'il n'est ni un salarié de la société ni soumis à la législation sur le temps de travail.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 août 2021 au greffe du Tribunal administratif de Strasbourg et les 11 avril 2022 et 12 octobre 2023, la directrice chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est conclut à la compétence du Tribunal administratif de Montreuil et au rejet de la requête. Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Syndique, première conseillère,

- les conclusions de M. Khiat, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est gérant d'une société à responsabilité limitée (SARL) dont le siège social est à Reims. A la suite de la vérification de comptabilité de cette société et d'un examen de leur situation fiscale personnelle, l'administration a adressé à M. et Mme A une proposition de rectification datée du 17 décembre 2018 au titre de leurs revenus de l'année 2015 en conséquence de l'intégration dans ces revenus de sommes regardées comme distribués sur le fondement du c de l'article 111 du code général des impôts. Les requérants ont présenté leurs observations par un courrier du 13 février 2019 auquel l'administration a répondu par un courrier du 8 mars 2019. Leur réclamation du 29 octobre 2020 ayant été rejetée par une décision du 11 décembre 2020, M. et Mme A demandent la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015 dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes du premier alinéa l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter, outre la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base des redressements, ceux des motifs pour lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés qui sont nécessaires pour permettre au contribuable de formuler utilement ses observations.

3. En premier lieu, d'une part, la proposition de rectification du 17 décembre 2018 adressée aux requérants ne comprend, en ce qui concerne les sommes imposées comme des revenus distribués en conséquence de dépenses de la société regardées comme engagées dans l'intérêt personnel de M. A, qu'une annexe 1, correspondant à un extrait de la proposition de rectification de rectification du 7 juin 2018 adressée à la SARL, qui se borne à indiquer le montant global des sommes retenues à ce titre, soit 32 944 euros, et la nature des dépenses en cause par catégorie sans préciser ni la date ni le montant de chacune des dépenses rejetées. D'autre part, si l'administration fait valoir que M. A a été destinataire de la proposition de rectification de la SARL en tant que gérant de cette société, il est constant que cette proposition de rectification n'a pas été adressée personnellement à M. et Mme A, et qu'en tout état de cause l'annexe 2 à cette même proposition de rectification présente le détail de charges non déductibles pour un montant de 58 575,09 euros, ce qui ne permettait pas aux intéressés de déterminer quelles sommes avaient été retenues comme revenus distribués dans la proposition de rectification du 17 décembre 2018 au titre de de ces charges.

4. En deuxième lieu, d'une part, la proposition de rectification du 17 décembre 2018 ne précise pas, en ce qui concerne les sommes imposées comme des revenus distribués au titre d'un avantage en nature pour utilisation privative d'un véhicule de société, les modalités de calcul de cet avantage évalué à 13 623 euros. D'autre part, si l'administration soutient que M. A a été destinataire de la proposition de rectification de la SARL en tant que gérant de cette société, comme déjà exposé, il est constant que cette proposition de rectification n'a pas été adressée personnellement à M. et Mme A, et qu'en tout état de cause le point IV-2-B de cette proposition de rectification présente les modalités de calcul de cet avantage pour un montant de 11 568,71 euros, ce qui ne permettait pas aux intéressés de connaître les modalités d'établissement de la somme de 13 623 euros retenue comme revenus distribués.

5. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la proposition de rectification du 17 décembre 2018 est insuffisamment motivée, de telle sorte qu'ils ont été privés de la garantie du délai de trente jours pour présenter leurs observations sur les deux chefs de redressement retenus pour établir les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux en litige.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge doivent être accueillies pour un montant de 6 502 euros en ce qui concerne les cotisations d'impôt sur le revenu et de 5 695 euros en ce qui concerne les cotisations de prélèvements sociaux.

Sur les frais de l'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. et Mme A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. et Mme A sont déchargés des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux auxquelles ils ont été assujettis pour un montant de 12 197 euros au titre de l'année 2015.

Article 2 : L'Etat versera une somme de 1 500 euros à M. et Mme A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B A et à la directrice chargée de la direction spécialisée de contrôle fiscal Est.

Délibéré après l'audience du 22 avril 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Garzic, président,

Mme Syndique, première conseillère,

Mme Fabre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2024.

La rapporteure,

N. Syndique

Le président,

P. Le Garzic Le greffier,

S. Werkling

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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