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AccueilJurisprudence administrativeN° TA93-2113562

Tribunal Administratif de Montreuil — Décision N° TA93-2113562

mardi 4 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Montreuil
SectionTribunal Administratif de Montreuil
N° DossierTA93-2113562
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation3ème chambre
Avocat requérantMAZZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n°455483 du 4 octobre 2021 enregistrée le 5 octobre 2021, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Montreuil, en application des dispositions des articles R. 351-1 et 351-8 du code de justice administrative, le jugement de la requête présentée par Mme B A.

Par cette requête, enregistrée le 9 août 2021 au greffe du tribunal administratif de Paris initialement saisi, et un mémoire, enregistré le 2 juin 2023, Mme A, représentée en dernier lieu, par Me Athon-Perez, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle le Conseil d'Etat a implicitement refusé de faire droit à ses demandes indemnitaires adressées au secrétaire général du Conseil d'Etat le 8 avril 2021 ;

2°) de condamner l'Etat à lui verser, d'une part, la somme de 60 000 euros en réparation du préjudice personnel qu'elle a subi en raison du décès de sa mère et de ses conséquences ainsi qu'en raison du harcèlement moral dont son père aurait été victime et de la violation par le Conseil d'Etat de son obligation de sécurité, d'autre part, une somme de 40 000 euros, à lui verser en sa qualité d'ayant-droit, à raison du préjudice subi par sa mère, et à ce que ces sommes soient assorties des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 5 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le Conseil d'Etat a manqué à son devoir d'impartialité et de neutralité en ne transmettant pas ses demandes indemnitaires au ministre de la justice en application de l'article 25 de loi n° 83-634 du 13 juillet 1983, devenu l'article L. 121-1 du code général de la fonction publique ;

- la responsabilité de l'Etat est engagée à raison des fautes que le Conseil d'Etat a commises à l'égard de son père, lesquelles sont constituées, d'une part, par l'illégalité fautive, en raison de l'incompétence, de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation dont elle est entachée, de la décision du Conseil d'Etat du 21 février 2021 refusant de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle et, d'autre part, par l'illégalité fautive de la décision implicite née le 14 septembre 2021 par laquelle le ministre de la justice a refusé de faire droit à sa seconde demande de protection fonctionnelle, en ce que cette décision méconnait l'article L. 135-6 du code général de la fonction publique, et, enfin, en raison de la situation de harcèlement moral qu'il a subi,

- l'Etat a commis des fautes à l'égard de sa mère, constituées par la situation de harcèlement moral dont elle a été victime et le refus fautif du Conseil d'Etat de procéder à une enquête sérieuse quant aux liens entre son suicide et ses conditions de travail ;

- l'Etat a manqué à son obligation de sécurité envers ses parents, s'étant abstenu de prendre les mesures qu'imposaient leurs alertes répétées quant à la dégradation de leurs conditions de travail et à la situation de harcèlement moral dont ils étaient victimes ;

- elle est fondée à demander la réparation du préjudice moral qu'elle a subi du fait du décès de sa mère, du harcèlement moral subi par son père ainsi que du manquement de l'Etat à l'obligation de protection de ses agents, évalué à hauteur de la somme de 60 000 euros ;

- elle est fondée à demander, en sa qualité d'ayant-droit, la réparation des préjudices subis par sa mère résultant du harcèlement moral qu'elle a vécu au sein de la juridiction où elle exerçait, lesquels sont constitués par les atteintes à sa santé et les souffrances physiques et morales qu'elle a dû endurer pendant dix ans, la perte de ses perspectives de carrière, la perte de chance de survie du fait du refus de rapprochement de conjoint qui lui a été opposé et l'angoisse de mort imminente, évalués à la somme globale de 40 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 mai 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de Mme A tendant à la réparation des préjudices subis à raison du harcèlement moral dont son père aurait été victime et du manquement de l'administration à son obligation de sécurité à l'égard de celui-ci et au principe d'impartialité et de neutralité, qui constituent des faits générateurs distincts de ceux invoqués par Mme A dans sa réclamation préalable et n'ont pas donné lieu à une liaison du contentieux sur ce point.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 84-16 du 11 janvier 1984 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Lunshof,

- les conclusions de M. Cozic, rapporteur public,

- et les observations de Me Crusoé, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a, par une réclamation en date du 8 avril 2021, sollicité auprès du secrétaire général du Conseil d'Etat la réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de sa souffrance morale à la suite du suicide de sa mère, Mme C D, attachée d'administration centrale, affectée à la cour administrative d'appel de Paris, ainsi que, en sa qualité d'ayant-droit, du fait des préjudices subis par sa mère, en invoquant le harcèlement moral dont elle aurait été victime au sein de cette juridiction entre 2004 et 2014 et le manquement de l'Etat à son obligation de sécurité. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé par l'administration sur sa demande. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser, d'une part, la somme de 60 000 euros en réparation du préjudice personnel qu'elle a subi en raison du décès de sa mère et de ses conséquences ainsi qu'en raison du harcèlement moral dont son père aurait été victime et de la violation par le Conseil d'Etat de son obligation de sécurité, d'autre part, une somme de 40 000 euros à lui verser en sa qualité d'ayant-droit à raison du préjudice subi par sa mère.

Sur les conclusions tendant à la réparation des préjudices subis à raison de faits allégués de harcèlement moral à l'encontre de M. A, du manquement de l'administration à son obligation de sécurité à l'égard de celui-ci et de la méconnaissance du principe d'impartialité et de neutralité :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".

3. La décision par laquelle l'administration rejette une réclamation tendant à la réparation des conséquences dommageables d'un fait qui lui est imputé lie le contentieux indemnitaire à l'égard du demandeur pour l'ensemble des dommages causés par ce fait générateur, quels que soient les chefs de préjudice auxquels se rattachent les dommages invoqués par la victime et que sa réclamation ait ou non spécifié les chefs de préjudice en question. La victime est recevable à demander au juge administratif, dans les deux mois suivant la notification de la décision ayant rejeté sa réclamation, la condamnation de l'administration à l'indemniser de tout dommage ayant résulté de ce fait générateur, y compris en invoquant des chefs de préjudice qui n'étaient pas mentionnés dans sa réclamation.

4. Mme A n'a invoqué, dans sa réclamation indemnitaire préalable du 8 avril 2021, que les faits générateurs liés au harcèlement moral qu'aurait subi sa mère et au manquement de l'administration à son obligation de sécurité à son égard. Dès lors, à défaut de liaison du contentieux, les conclusions indemnitaires fondées sur le harcèlement moral dont son père aurait été victime ainsi que sur le manquement de l'administration à son obligation de sécurité à son égard, de même qu'au principe d'impartialité et de neutralité, sont irrecevables pour ce qui concerne ces faits générateurs de préjudices tardivement invoqués. Si la requérante a adressé une nouvelle demande indemnitaire à l'administration par un courrier daté du 15 juin 2023 en y ajoutant de nouveaux faits générateurs, il est constant qu'aucune décision n'a été prise par l'administration à la date du présent jugement. Par suite, les conclusions mentionnées ci-dessus tendant à la réparation de préjudices ne se rattachant pas aux mêmes faits générateurs que ceux invoqués dans la demande préalable du 8 avril 2021, sont irrecevables et ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur le surplus des conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne les faits de harcèlement moral :

5. Aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, applicable à l'espèce, désormais repris aux articles L. 133-2 et L. 133-3 du code général de la fonction publique : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. Aucune mesure concernant notamment le recrutement, la titularisation, la formation, la notation, la discipline, la promotion, l'affectation et la mutation ne peut être prise à l'égard d'un fonctionnaire en prenant en considération : /1° Le fait qu'il ait subi ou refusé de subir les agissements de harcèlement moral visés au premier alinéa ; / 2° Le fait qu'il ait exercé un recours auprès d'un supérieur hiérarchique ou engagé une action en justice visant à faire cesser ces agissements ; / 3° Ou bien le fait qu'il ait témoigné de tels agissements ou qu'il les ait relatés. / Est passible d'une sanction disciplinaire tout agent ayant procédé ou ayant enjoint de procéder aux agissements définis ci-dessus () ".

6. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles d'en faire présumer l'existence. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique. Dès lors qu'elle n'excède pas ces limites, une simple diminution des attributions justifiée par l'intérêt du service, en raison d'une manière de servir inadéquate ou de difficultés relationnelles, n'est pas constitutive de harcèlement moral.

7. La requérante soutient que sa mère, Mme C D, ayant successivement exercé, au sein de la cour administrative d'appel de Paris, les fonctions de chef du service des audiences et des notifications pour la période du mois de mai 1994 à celui d'avril 2003, de greffière de chambre du mois d'avril 2003 au mois de mai 2009, puis d'assistante du contentieux du mois de mai 2009 jusqu'à son décès intervenu le 7 juillet 2014, a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral survenus durant la période comprise entre les années 2004 et 2014 alors qu'elle était affectée au sein de cette juridiction.

8. Pour établir la présomption relative à l'existence d'un harcèlement moral, Mme A invoque, en premier lieu, le " déclassement " qu'aurait subi sa mère à la suite de la réorganisation des services de greffe de la cour administrative d'appel de Paris en 2004 qui a conduit à la dissolution du service des audiences et des notifications qu'elle encadrait et à la constitution, en lieux et place, de greffes propres à chaque chambre de la juridiction. Si elle soutient que sa mère, affectée en qualité de responsable du greffe de l'une des chambres de la cour en conséquence de cette réorganisation, était alors le seul agent de catégorie A à assurer de telles fonctions, il ne ressort toutefois d'aucun texte particulier, ni même de la fiche métier produite par la requérante qu'une telle affectation au sein d'une juridiction d'appel serait réservée par nature à des agents de catégorie B. Il ne résulte pas davantage de l'instruction que sa mère aurait manifesté son opposition à cette affectation qui s'inscrivait dans le cadre de la réorganisation du service ou qu'il en serait résulté un déclassement, en dépit du changement d'échelle du service dirigé par l'intéressée.

9. En deuxième lieu, la requérante n'apporte aucune précision au soutien de ses allégations selon lesquelles sa mère aurait été soumise à une charge de travail " insoutenable ". De même ses allégations tenant à la stigmatisation dont sa mère aurait fait l'objet en raison de l'exercice de ses fonctions à temps partiel ne sont pas établies, la seule relation de tels faits par son époux dans la lettre qu'il a adressée au président de sa chambre le 20 mars 2004 n'étant pas de nature à en établir la matérialité.

10. En troisième lieu, la requérante relève que sa mère, ainsi qu'elle en a témoigné dans une note rédigée à cette occasion, a fait l'objet de reproches injustifiés de la part du président de la chambre à laquelle elle était affectée lors d'un entretien professionnel du 18 mars 2004 à l'occasion duquel il se serait montré particulièrement véhément et injuste sur ses qualités professionnelles, ce qui a conduit au placement de sa mère en congé de maladie pendant une semaine. Il n'est toutefois ni établi, contrairement à ce que Mme A allègue, que ces reproches, qui portaient sur une demande d'exécution de jugement, concerneraient des tâches relevant uniquement du travail de magistrat et transférées au greffier du fait d'un sous-effectif de magistrats, ni qu'ils auraient dépassé le cadre d'une simple mise au point entre le président de chambre et son greffier relativement à leurs tâches respectives. Il n'est pas davantage établi, par le seul témoignage de Mme D et le signalement fait à cette occasion par son époux, que le président de la chambre concerné aurait manifesté, lors de cet entretien, un comportement dévalorisant ou humiliant. En tout état de cause, ce seul incident n'est pas de nature à faire présumer une situation de harcèlement moral. De même, il n'est pas établi que cet incident et la lettre que l'époux de Mme D, qui exerçait alors les fonctions de magistrat au sein du tribunal administratif de Paris, a adressée au président de cette chambre et qui a provoqué, de la part du président de la cour administrative d'appel, une demande de sanction à l'encontre de l'intéressé pour ingérence dans le fonctionnement de la juridiction, auraient motivé, " par représailles ", le changement d'affectation de son épouse. Il résulte au contraire de l'instruction que c'est à la demande de Mme D, qui ne souhaitait plus travailler avec son président de chambre, qu'il a été fait droit à sa demande de changement de chambre. Enfin, s'il est fait grief à son président de chambre d'avoir usé d'un mode de communication inadapté, dépourvu d'échanges verbaux, par " post-it " apposés sur les dossiers, cette seule circonstance ne suffit pas à faire présumer des faits de harcèlement moral.

11. En quatrième lieu, l'ostracisme dont aurait été frappé la mère de la requérante à la suite de cet incident n'est pas davantage établi, l'intéressée se bornant à dénoncer le fait que le président de la cour aurait imposé à sa mère d'être présente un jour du mois de décembre 2005 sans tenir compte de l'exercice de son activité à temps partiel, alors qu'il résulte de l'instruction que cette demande, formulée de manière courtoise, était motivée par la venue d'une mission d'inspection et qu'après y avoir opposé un refus, Mme D a elle-même finalement donné son accord sans qu'une quelconque contrainte ou pression ne ressorte des échanges de courriels produits. Ainsi, les agissements incriminés ne permettant pas de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral et, alors qu'il n'est fait état d'aucun autre incident au titre des années 2005 et 2006, la stigmatisation et l'ostracisme dont la mère de la requérante aurait fait l'objet ne sont pas établis.

12. En cinquième lieu, Mme A dénonce les humiliations et difficultés auxquelles sa mère a été confrontée, en particulier dans ses relations avec la greffière en chef de la cour, qui sont d'abord relatés dans un courriel du 15 novembre 2007 adressé par sa mère au secrétaire général du SAPACMI (syndicat autonome des personnels de l'administration centrale du ministère de l'intérieur) faisant part de différents incidents et de " remontrances injustifiées et formulées de manière inadmissible ", qui auraient eu pour but de lui faire quitter la cour, et indiquant plus précisément que la greffière en chef lui criait dessus et qu'elle aurait en outre été insultée et malmenée par la présidente de la chambre à laquelle elle était affectée. Toutefois, le comportement qu'elle impute à la greffière en chef à son égard n'est corroboré par aucun témoignage. Par ailleurs, le seul incident relaté à propos du mécontentement que la présidente de sa chambre a pu manifester dans un courriel également adressé au président de la cour, au sujet de la transmission de statistiques, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'elle aurait excédé à cette occasion les limites de son pouvoir hiérarchique, n'est pas de nature à faire présumer des faits de harcèlement moral d'autant que cette même présidente a, à d'autres occasions, manifesté sa satisfaction et gratitude quant à la qualité de son travail. En outre, Mme D, qui a relayé auprès des instances syndicales, ainsi qu'il a été dit, les difficultés auxquelles elle estimait être confrontée dans ses relations avec la greffière en chef, a exprimé sa satisfaction quant à l'écoute et à la compréhension manifestée lors des entretiens qui se sont déroulés à cette occasion avec le président de la cour et la secrétaire générale des tribunaux et cours administratives d'appel. Si la requérante dénonce de nouveaux faits survenus au cours de l'année 2009 illustrant selon elle le harcèlement moral persistant dont sa mère faisait l'objet de la part de la greffière en chef, ceux-ci se rapportent à un refus opposé à une demande de prise de congés en août, sans que les courriels échangés à cette occasion, qui illustrent un défaut de concertation au sein du greffe de la chambre ayant nécessité la tenue d'une médiation afin d'organiser les congés estivaux, ne puissent être regardés comme révélant une situation de harcèlement moral. Enfin, la requérante soutient que la greffière en chef aurait tenté en vain d'évincer sa mère de la cour, ce qui l'aurait conduite à l'affecter au service d'aide à la décision, manifestant ainsi selon elle sa volonté de la rétrograder, de la rabaisser ou de l'humilier. Toutefois, il résulte du courriel adressé par Mme D à la greffière en chef le 3 avril 2009, corroboré par les énonciations de son compte-rendu d'entretien professionnel établi au titre de la même année, que l'intéressée a expressément formé le souhait d'intégrer le service d'aide à la décision et a indiqué, en particulier au titre de l'année 2009, être satisfaite de ses fonctions qui correspondaient à ses " attentes ", ce que corrobore le compte-rendu de visite médicale du 23 novembre 2011. Par ailleurs, outre qu'il n'est pas établi que la mère de la requérante aurait été encadrée, dans ses nouvelles fonctions, par un agent de catégorie inférieure, il est constant que les fonctions d'assistante du contentieux qui lui ont été confiées, correspondaient à son grade. De même, la volonté alléguée de la greffière en chef de dégrader sa situation professionnelle, notamment en lui refusant des formations organisées au mois d'avril 2009, n'est étayée par aucun élément, l'intéressée ayant seulement subordonné son acceptation à l'accord du président de la juridiction. Enfin, le partage de bureau avec des stagiaires et assistants de justice résultant de la configuration des locaux de la cour, n'est pas de nature à faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral.

13. En sixième lieu, la requérante soutient que la mobilité souhaitée en 2008 par Mme D à la cour administrative d'appel de Douai, où son époux était également affecté, aurait été délibérément refusée à la suite de l'intervention du chef du département des agents de greffe de la direction des ressources humaines du Conseil d'Etat, qui aurait fait mention de l'incident survenu avec son président de chambre au mois de mars 2004. Toutefois ces allégations ne sont corroborées par aucun indice permettant de faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral, et à supposer même que la situation maritale des époux A ait motivé le rejet de la candidature de Mme D, cette seule circonstance n'est pas de nature à révéler une intention de nuire à la situation de l'intéressée.

14. En septième et dernier lieu, pour faire présumer l'existence d'une situation de harcèlement moral subie par sa mère, la requérante allègue qu'au cours de l'année 2012, dix-sept agents de la cour auraient saisi le médecin de prévention de la situation régnant au sein de la juridiction et qu'une cellule de veille aurait été mise en place en lien avec le ministère de l'intérieur avant d'être supprimée afin de faire obstacle à leur intervention au sein de la cour. Toutefois, à supposer même que cette allégation, qui n'est corroborée par aucun élément, serait avérée et témoignerait de difficultés existant au sein de la cour concernant ces agents, il est constant que Mme D n'en faisait pas partie et avait d'ailleurs indiqué en 2011 lors de l'examen médical réalisé par la médecine de prévention être pleinement satisfaite de son poste.

15. Enfin, la circonstance que le procureur de la République ait ouvert une information judiciaire à la suite de la plainte avec constitution de partie civile introduite par M. A ne permet pas davantage de faire présumer l'existence de faits de harcèlement moral dont son épouse aurait été victime.

16. Il résulte de tout ce qui précède que si Mme D a pu rencontrer des difficultés d'ordre relationnel et professionnel lors de l'exercice de ses fonctions au sein de la cour administrative d'appel de Paris, avant d'être affectée en qualité d'assistante du contentieux pendant cinq ans à compter du mois d'avril 2009, les faits relatés par la requérante, pris isolément ou dans leur ensemble, ne sont pas de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral à l'encontre de sa mère alors de surcroît qu'aucune difficulté d'ordre professionnel n'avait fait l'objet, depuis cette date, d'un quelconque signalement, de la part de l'intéressée dont il résulte seulement de l'instruction qu'elle a obtenu à sa demande en 2012 un changement d'affectation de chambre sans qu'il n'en résulte ou qu'il ne soit même allégué qu'il serait imputable à des faits de harcèlement moral. Il en résulte que les conclusions de Mme A tendant à rechercher la responsabilité de l'Etat à raison de faits de harcèlement moral dont sa mère aurait été victime, ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne les manquements fautifs de l'administration à l'obligation de protection et de sécurité :

17. L'article 23 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, désormais codifié à l'article L. 136-1 du code général de la fonction publique, prévoit que " des conditions d'hygiène et de sécurité de nature à préserver leur santé et leur intégrité physique sont assurées aux fonctionnaires durant leur travail ". Les autorités administratives ont ainsi l'obligation de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et morale de leurs agents. Il leur appartient à ce titre, sauf à commettre une faute de service, d'assurer la bonne exécution des dispositions législatives et réglementaires qui ont cet objet, ainsi que le précise l'article 2-1 du décret n° 82-453 du 28 mai 1982 relatif à l'hygiène et à la sécurité du travail ainsi qu'à la médecine professionnelle et préventive de la fonction publique d'Etat.

18. Mme A soutient que l'administration a failli à son obligation de protection et de sécurité en l'absence de réponse aux nombreuses alertes adressées par Mme D sur sa situation professionnelle.

19. Il résulte toutefois de l'instruction qu'après l'incident l'ayant opposée à son président de chambre au mois de mars 2004, à la suite duquel elle a été placée en congé de maladie pour une durée d'une semaine, l'administration ne l'a pas maintenue dans cette chambre. Il résulte également de l'instruction que devant la souffrance qu'elle a exprimée en 2007 à propos de ses difficultés relationnelles avec la greffière en chef, Mme D a été reçue par le président de la cour ainsi que par la secrétaire générale des tribunaux administratifs et des cours administratives d'appel au cours d'un entretien dont elle s'est dite satisfaite, soulignant l'écoute et la compréhension dont il avait été fait preuve à son égard, avant d'obtenir un changement d'affectation en 2009 au service d'aide à la décision, lequel lui donnait pleinement satisfaction, ainsi que le confirme le médecin de prévention le 23 novembre 2011 lors de l'examen médical, Mme D ayant expressément indiqué à cette occasion être " heureuse actuellement dans le travail " et ne faisant plus état d'aucune difficulté. En dépit des alertes effectuées par l'époux de Mme D en 2009, il ne résulte pas de l'instruction que l'incident mentionné au point 11 relatif à la prise de congés aurait justifié que des mesures particulières soient prises. Enfin, si la requérante se prévaut de l'alerte déjà mentionnée au point 14 qui aurait été donnée par dix-sept agents ayant rencontré le médecin de prévention, il ne résulte pas de l'instruction que celle-ci aurait concerné Mme F A qui, ainsi qu'il a été dit, n'a fait part d'aucune difficulté à la suite de sa prise de poste en qualité d'assistante du contentieux.

20. Il résulte de ce qui vient d'être dit que Mme A n'est pas fondée à soutenir que l'administration aurait méconnu son obligation de prendre les mesures nécessaires de nature à assurer la sécurité de Mme D et à protéger sa santé physique et morale.

En ce qui concerne le refus fautif de procéder à une enquête quant aux liens entre le suicide de Mme D et ses conditions de travail :

21. Il résulte de l'instruction qu'à la suite du courrier que lui a adressé M. A le 18 avril 2018, le vice-président du Conseil d'Etat, après avoir constaté qu'aucun élément en sa possession ou en celle du secrétariat général du Conseil d'Etat ne permettait d'établir un lien quelconque entre le suicide de son épouse et ses conditions de travail, a décidé de l'ouverture d'une enquête, laquelle, après consultation du dossier administratif de l'intéressée et le recueil de différents témoignages, a conclu à l'absence de lien entre son décès et ses conditions de travail, ainsi que cela ressort de la lettre que la secrétaire générale du Conseil d'Etat lui a adressée le 21 janvier 2019. Par suite, la requérante n'est pas davantage fondée à soutenir que la responsabilité de l'Etat serait engagée en raison du refus fautif selon elle de procéder à une enquête " sérieuse " quant aux liens entre le suicide de sa mère et ses conditions de travail.

22. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander la condamnation de l'Etat à réparer les préjudices subis en son nom propre et en sa qualité d'ayant-droit du fait du décès de sa mère.

Sur les frais liés au litige :

23. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés dans le cadre de la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.

Copie en sera adressée au Conseil d'Etat.

Délibéré après l'audience du 19 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,

Mme Lunshof, première conseillère,

Mme Courneil, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2023.

La rapporteure,

M. Lunshof

La présidente,

N. Ribeiro-Mengoli

La greffière,

P. Demol

La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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