mercredi 16 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2114269 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 5ème Chambre (JU) |
| Avocat requérant | COSTA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 octobre 2021, M. B A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 septembre 2021 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Noisy-le-Sec a rejeté sa demande d'admission au titre de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Noisy-le-Sec a procédé, à titre de sanction, à sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi du 5 septembre au 15 octobre 2021 ;
3°) d'enjoindre à Pôle emploi de l'admettre au bénéfice de l'ASS à compter du 1er mars 2021 ;
4°) d'enjoindre à Pôle emploi de mettre fin à sa radiation ;
5°) de condamner Pôle emploi à lui verser des dommages et intérêts en lien avec le préjudice subi du fait de l'absence de versement de l'ASS.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'ASS :
- il comptabilisait cinq années d'emploi sur les dix dernières années à la date de sa demande d'ASS.
En ce qui concerne la décision de radiation :
- la sanction prononcée n'est pas justifiée ni argumentée.
En ce qui concerne sas demande indemnitaire :
- la décision refusant de lui accorder l'ASS l'empêche de vivre ; il ne peut pas régler les factures du quotidien ni se déplacer et se trouve bloqué dans sa création de structure.
Par une ordonnance du 30 décembre 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Montreuil le dossier de la requête de M. A, initialement enregistré sous le n° 2121034, par lequel M. A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 27 septembre 2021 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Noisy-le-Sec a rejeté sa demande d'admission au titre de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) ;
2°) d'annuler la décision par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Noisy-le-Sec a procédé, à titre de sanction, à sa radiation de la liste des demandeurs d'emploi du 5 septembre au 15 octobre 2021 ;
3°) d'enjoindre à Pôle emploi de l'admettre au bénéfice de l'ASS à compter du 1er mars 2021 ;
4°) d'enjoindre à Pôle emploi de mettre fin à sa radiation ;
5°) de condamner Pôle emploi à lui verser des dommages et intérêts en lien avec le préjudice subi du fait de l'absence de versement de l'ASS.
Par un mémoire en défense enregistré le 5 mars 2024, France Travail (anciennement Pôle Emploi), représentée par Me Costa, conclut au rejet de la requête, à titre principal pour irrecevabilité et à titre subsidiaire en raison de son caractère infondé. Elle sollicite que la somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle soutient que :
Sur la recevabilité de la requête :
- la requête est irrecevable car elle n'est pas motivée et n'est pas assortie des précisions nécessaires ;
- les conclusions dirigées contre la décision de radiation sont irrecevables car la décision n'est pas jointe à la requête ; un tel recours est soumis à un recours préalable obligatoire dont il n'est pas justifié ;
- les conclusions indemnitaires sont irrecevables car non chiffrées et car elles n'ont pas été précédées d'une demande préalable en ce sens ; elles sont également irrecevables dès lors que le requérant n'est pas représenté par un avocat.
En ce qui concerne la décision de rejet d'ASS :
- l'activité salariée déclarée par le requérant auprès de l'association TPUV, et ayant permis l'ouverture de ses droits aux allocations ARE a été remise en cause par le service de prévention et lutte contre la fraude de Pôle Emploi entraînant la remise en cause de l'ouverture de ses droits aux allocation ARE. En l'absence d'ouverture de droits aux allocations ARE, l'ASS ne pouvait pas être versée au requérant ;
- la réalité de l'activité salariée déclarée auprès de l'association pendant plus de trois ans est remise en cause, si bien que M. A ne remplit pas la condition d'activité salariée de plus de cinq and pour percevoir l'ASS ; le requérant ne transmet ni contrat de travail, ni fiches de paie, ni relevés de comptes bancaires permettant de constater l'existence d'un paiement de salaire effectif. Une plainte a été déposée et est toujours en cours. Plusieurs éléments confirment l'absence de relation de travail entre M. A et l'association, le compte URSSAF de cette dernière étant notamment inactif sur les années 2018 et 2019 ; le requérant est domicilié dans les locaux de l'association dont il est président et fondateur, ainsi que trésorier ; il est également seul titulaire et gestionnaire des comptes de l'association.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- la convention du 14 avril 2017 relative à l'indemnisation du chômage ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné Mme Gaullier-Chatagner pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Gaullier-Chatagner ;
- et les observations de Me Costa, représentant France Travail (anciennement Pôle Emploi).
La clôture de l'instruction a été prononcée en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A s'est inscrit en qualité de demandeur d'emploi le 19 février 2019, et a transmis à cette occasion une attestation employeur selon laquelle il avait été employé en qualité de salarié par l'association " Tous pour un vélo ". Il a perçu l'allocation d'aide au retour (ARE) à l'emploi du 26 février 2019 au 30 juin 2021 pour un montant de 24 907,55 euros. A la suite de sa fin de droit à percevoir cette allocation, M. A a sollicité le bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique (ASS). Par un courrier du 27 septembre 2021, Pôle Emploi a rejeté sa demande. M. A, qui a par ailleurs formulé un recours gracieux à l'encontre de cette décision, doit être regardé comme demandant au tribunal son annulation, ainsi que l'annulation d'une décision du même organisme ayant prononcé sa radiation du 15 septembre 2021 au 15 octobre 2021. Il demande par ailleurs que des dommages et intérêts soient mis à la charge de Pôle Emploi. M. A a présenté, le 30 septembre 2021, une requête ayant le même objet devant le tribunal administratif de Paris, qui a initialement été enregistrée sous le n° 2121034, et a fait l'objet d'un renvoi au tribunal administratif de Montreuil par une ordonnance du 30 décembre 2021, avant d'être enregistrée dans la présente instance comme un mémoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de radiation :
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée () ".
3. Ainsi que l'a fait valoir Pôle Emploi dans son mémoire en défense communiqué au requérant le 6 mars 2024, M. A n'a pas joint à sa requête la décision de radiation dont il sollicite l'annulation. Par suite, ses conclusions à fin d'annulation dirigées contre cette décision sont irrecevables et doivent pour ce motif être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :
4. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " () Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle ".
5. Il résulte de l'instruction que M. A n'a pas présenté auprès de Pôle Emploi une réclamation préalable tendant à l'indemnisation des préjudices dont il demande la réparation. Par suite, le contentieux n'étant pas lié, les conclusions, au demeurant non chiffrées, tendant à la condamnation de Pôle Emploi à verser à M. A une indemnité en réparation des préjudices qu'il aurait subis du fait de l'absence de versement de l'ASS sont irrecevables et doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision refusant le bénéfice de l'ASS :
6. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler ou de réformer, s'il y a lieu, cette décision, en fixant alors lui-même tout ou partie des droits de l'intéressé et en le renvoyant, au besoin, devant l'administration afin qu'elle procède à cette fixation pour le surplus, sur la base des motifs de son jugement. Dans le cas d'un contentieux portant sur les droits au revenu de remplacement des travailleurs privés d'emploi, c'est au regard des dispositions applicables et de la situation de fait existant au cours de la période en litige que le juge doit statuer.
7. Aux termes de l'article L. 5423-1 du code du travail : " Ont droit à une allocation de solidarité spécifique les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance ou à l'allocation de fin de formation prévue par l'article L. 5424-25 et qui satisfont à des conditions d'activité antérieure et de ressources ". Aux termes de l'article R.5423-1 du même code : " Pour bénéficier de l'allocation de solidarité spécifique, les personnes mentionnées à l'article L. 5423-1 :1° Justifient de cinq ans d'activité salariée dans les dix ans précédant la fin du contrat de travail à partir de laquelle ont été ouverts leurs droits aux allocations d'assurance () ". Il résulte de ces dispositions que le bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique est subordonné, non pas au simple exercice d'une activité pendant la période de référence, mais à la justification par le demandeur de l'allocation du caractère salarié de l'activité exercée.
8. En l'espèce, le directeur de l'agence Pôle emploi de Noisy-le-Sec a refusé à M. A le bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique au motif qu'il ne comptabilisait que quatre années d'activité salariée entre le 2 février 2009 et le 1er février 2019, et non les cinq années exigées par les dispositions précitées. Dans son mémoire en défense, France Travail, anciennement Pôle Emploi, précise que l'activité salariée auprès de l'association TPUV, dont M. A s'est en partie prévalu pour démontrer qu'il remplissait cette condition d'attribution de cinq années, ne correspondait pas à une situation de travail effective en qualité de salarié et a donné lieu à une déclaration de manœuvres frauduleuses. A l'appui de ce motif, l'organisme fait valoir que M. A n'a produit aucun contrat de travail ni aucune fiche de paie pour attester de cette activité salariée et que ses relevés de comptes bancaires n'ont pas permis de constater l'existence d'un paiement de salaire effectif. France Travail souligne également, en produisant un document en ce sens, que le compte URSAAF de l'association était inactif depuis le 4ème trimestre 2017, impliquant qu'aucun salaire n'a été déclaré par celle-ci au cours des années 2018 et 2019. En outre, France Travail fait état de la qualité de président fondateur de l'association de M. A, laquelle n'est pas démentie par l'intéressé. Pour démontrer qu'il remplirait la condition d'exercice de cinq années d'activité salariée, M. A se borne quant à lui à produire un document faisant apparaître la liste des périodes au cours desquelles il aurait exercé une activité salariée, sans étayer ce document de pièces permettant de contester le faisceau d'indices établissant l'absence de caractère effectif de sa qualité de salarié de l'association TPUV au cours de la période en litige. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que M. A aurait été en situation de travail effective en qualité de salarié au cours des cinq années dans les dix ans précédant la fin de son contrat de travail et qu'il emplirait ainsi les conditions d'octroi de l'allocation de solidarité spécifique posées à l'article R. 5423-1 du code du travail. Dans ces conditions, et sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir soulevée en défense, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi Noisy-le-Sec a refusé de lui accorder le bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
Sur les frais du litige :
10. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de M. A la somme que demande France Travail (anciennement Pôle Emploi) sur ce fondement.
11. Aucun dépens n'a été exposé au cours de la présente instance. Les conclusions présentées par France Travail sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent donc qu'être rejetées.
DECIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de France Travail présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et R. 761-1 du même code sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à France Travail.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2024.
La magistrate désignée,
N. Gaullier-Chatagner
La greffière,
A. Macaronus
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026