mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Montreuil |
| Section | Tribunal Administratif de Montreuil |
| N° Dossier | TA93-2114792 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 3ème chambre |
| Avocat requérant | BOUBOUTOU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, respectivement enregistrés les 26 octobre 2021 et 15 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Bouboutou, demande au Tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer) à lui verser la somme totale de 47 615, 49 euros en réparation des préjudices subis en raison du recours abusif à des contrats à durée déterminée, du non-renouvellement de son dernier contrat de travail, et d'un harcèlement moral ;
2°) d'enjoindre à FranceAgriMer de lui accorder la protection fonctionnelle et de prendre en charge à ce titre l'ensemble des frais d'avocat qu'elle a engagés depuis 2017 ;
3°) de mettre à la charge de FranceAgriMer la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la recevabilité de sa requête :
- sa requête est recevable dès lors qu'en présence de circonstances nouvelles, le rejet de sa réclamation indemnitaire préalable présentée le 25 juin 2021 ne saurait être analysé comme une décision confirmative du rejet de sa précédente réclamation indemnitaire préalable présentée le 21 décembre 2017.
Sur le recours abusif à des contrats à durée déterminée :
- FranceAgriMer a commis une faute en recourant de manière abusive à des contrats à durée déterminée pour l'employer, alors notamment que les missions qui lui étaient confiées dans le cadre de son dernier contrat de travail correspondaient, eu égard à leur nature, à un emploi permanent ;
- cette faute lui a causé des troubles dans les conditions d'existence, dès lors que son état de précarité professionnelle l'a empêché de trouver un logement dans le parc immobilier privé suffisamment grand pour pouvoir les accueillir sa fille et elle ;
- ce préjudice doit être évalué à 6 000 euros.
Sur le non-renouvellement fautif de son dernier contrat de travail :
- la juridiction administrative ayant annulé la décision du 17 juillet 2017 par laquelle la secrétaire générale de FranceAgriMer a décidé de ne pas renouveler son dernier contrat de travail à compter de son échéance le 1er novembre 2017, cette illégalité constitue une faute de nature à engager la responsabilité de FranceAgriMer ;
- cette faute lui a causé un préjudice financier qui s'établit, en dernier lieu, à la somme de 33 615, 49 euros, correspondant à la perte de rémunération qu'elle a subi entre sa perte d'emploi, en novembre 2017, et la reprise d'une activité stable en septembre 2020, ainsi qu'à la perte de chance d'être titularisée ou de passer des concours administratifs ;
- elle lui a également causé un préjudice moral, qu'elle évalue à la somme de
3 000 euros, ayant conduit à la dégradation de son état de santé psychologique ;
Sur les faits de harcèlement moral et de discrimination :
- elle a été victime de harcèlement moral et d'une discrimination en raison de ses origines ;
- ce harcèlement lui a causé un préjudice moral, qu'elle évalue à la somme de 5 000 euros ;
- elle est en droit de bénéficier de la protection fonctionnelle et d'obtenir à cet égard la prise en charge de l'ensemble des frais d'avocat qu'elle a été contrainte d'engager depuis 2017.
Par un mémoire en défense et un mémoire complémentaire, respectivement enregistrés les 29 juillet 2022 et 20 janvier 2023, l'Etablissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer) conclut au rejet de la requête en faisant valoir :
- à titre principal, qu'elle est tardive, et donc irrecevable, dès lors que la décision rejetant implicitement la réclamation indemnitaire préalable, reçue 25 juin 2021, constitue une décision purement confirmative de la décision implicite rejetant la précédente réclamation indemnitaire préalable du 21 décembre 2017, reçue le 15 janvier 2018, devenue définitive ;
- à titre subsidiaire, que ses moyens sont infondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 5 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-16 du 11 janvier 1984 ;
- la loi n° 2012-347 du 12 mars 2012 ;
- la loi n° 2016-1088 du 8 août 2016 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Van Maele ;
- les conclusions de Mme de Bouttemont, rapporteure publique,
- les observations de Me Bouboutou, représentant la requérante.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée par FranceAgriMer à compter du 2 novembre 2011 en qualité d'agent contractuel pour un besoin occasionnel. Elle a bénéficié de plusieurs contrats à durée déterminée dont, en dernier lieu, un contrat d'une durée de trois ans conclu à compter du 14 janvier 2013 et prolongé, par avenant, jusqu'au 1er novembre 2017. Par un courrier du 17 juillet 2017, la secrétaire générale de FranceAgriMer a informé l'intéressée de sa décision de ne pas renouveler son contrat de travail à échéance. Par un jugement du 21 décembre 2018 du tribunal administratif de Montreuil, confirmé par un arrêt du 4 février 2021 de la cour administrative d'appel de Versailles, devenu définitif, cette décision a été annulée. Par une lettre du 22 juin 2021, reçue le 25 juin 2021, Mme A a demandé à FranceAgriMer de l'indemniser des préjudices résultant pour elle de l'illégalité fautive de la décision de non-renouvellement de son contrat de travail et du harcèlement moral dont elle estime avoir été victime. Sa réclamation a été implicitement rejetée. Par la présente requête, l'intéressée demande au tribunal de condamner FranceAgriMer à lui verser la somme totale de 47 615, 49 euros en réparation des préjudices matériels et moraux qu'elle estime avoir subis, et de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à raison de faits de harcèlement moral.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes du premier alinéa de l'article R. 421-2 du code de justice administrative : " Sauf disposition législative ou réglementaire contraire, dans les cas où le silence gardé par l'autorité administrative sur une demande vaut décision de rejet, l'intéressé dispose, pour former un recours, d'un délai de deux mois à compter de la date à laquelle est née une décision implicite de rejet. () ". En vertu de l'article L. 112-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sont applicables aux relations entre l'administration et ses agents ni les dispositions de l'article L. 112-3 de ce code aux termes desquelles : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception ", ni celles de son article L. 112-6 qui dispose que : " les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis () ". Enfin, les dispositions du 5° de l'article L. 231-4 du code des relations entre le public et l'administration prévoient que le silence gardé par l'administration pendant deux mois vaut décision de rejet dans les relations entre les autorités administratives et leurs agents.
3. Une décision dont l'objet est le même qu'une précédente décision revêt un caractère confirmatif dès lors que ne s'est produit entre temps aucun changement dans les circonstances de droit ou de fait de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des droits ou prétentions en litige.
4. Il résulte de l'instruction que, postérieurement au rejet de la réclamation indemnitaire présentée par Mme A le 21 décembre 2017, la décision de non-renouvellement de son contrat de travail a été annulée par un jugement du 21 décembre 2018 du tribunal administratif de Montreuil, confirmé par un arrêt du 4 février 2021 de la cour administrative d'appel de Versailles, devenu définitif. L'annulation de cette décision étant de nature à emporter des conséquences sur l'appréciation des prétentions de la requérante, elle constitue une circonstance de fait nouvelle, faisant obstacle à ce que la décision implicite de rejet de la réclamation préalable formée par l'intéressée le 25 juin 2021 s'analyse comme ayant le caractère d'une décision confirmative. En outre, la requête de Mme A a été enregistrée le 26 octobre 2021, soit dans le délai de recours contentieux de deux mois qui a commencé à courir à compter de la naissance, le 25 août 2021, de la décision implicite de rejet de sa réclamation préalable. Par suite, la requête présentée par Mme A n'est pas tardive. La fin de non-recevoir opposée par FranceAgriMer doit ainsi être écartée.
Sur les fautes de FranceAgriMer :
En ce qui concerne le recours abusif à des contrats à durée déterminée :
5. Aux termes de l'article 3 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires, dite loi Le Pors, alors en vigueur : " Sauf dérogation prévue par une disposition législative, les emplois civils permanents de l'Etat, des régions, des départements, des communes et de leurs établissements publics à caractère administratif sont () occupés () par des fonctionnaires (). ". Aux termes de l'article 4 de la loi du 11 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique de l'Etat, dans sa version issue de la loi susvisée du 12 mars 2012 : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 du titre Ier du statut général, des agents contractuels peuvent être recrutés dans les cas suivants : () 2° Pour les emplois du niveau de la catégorie A () lorsque la nature des fonctions ou les besoins des services le justifient. ". En outre, aux termes de l'article 6 quinquies de la même loi, dans sa version issue de la loi du 12 mars 2012 : " Pour les besoins de continuité du service, des agents contractuels peuvent être recrutés pour faire face à une vacance temporaire d'emploi dans l'attente du recrutement d'un fonctionnaire. / () ". Et aux termes de l'article 6 sexies de la même loi, dans sa version issue de la loi du 12 mars 2012, anciennement article 6 alinéa 2 : " Des agents contractuels peuvent être recrutés pour faire face à un accroissement temporaire ou saisonnier d'activité lorsque cette charge ne peut être assurée par des fonctionnaires. / () ". Enfin, aux termes de l'article 6 bis de cette loi, dans sa version issue de la loi du 8 août 2016 : " Lorsque les contrats pris en application des articles 4 et 6 sont conclus pour une durée déterminée, cette durée est au maximum de trois ans. Ces contrats sont renouvelables par reconduction expresse dans la limite d'une durée maximale de six ans. / () / Les agents recrutés en application du 2° du même article 4 le sont par contrat à durée déterminée. / Tout contrat conclu ou renouvelé en application des mêmes articles 4 et 6 avec un agent qui justifie d'une durée de services publics de six ans dans des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu, par une décision expresse, pour une durée indéterminée. / La durée de six ans mentionnée au quatrième alinéa du présent article est comptabilisée au titre de l'ensemble des services effectués dans des emplois occupés en application des articles 4, 6,6 quater, 6 quinquies et 6 sexies. Elle doit avoir été accomplie dans sa totalité auprès du même département ministériel, de la même autorité publique ou du même établissement public. Pour l'appréciation de cette durée, les services accomplis à temps incomplet et à temps partiel sont assimilés à du temps complet. / () ".
6. Il incombe au juge administratif, pour apprécier si le recours à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause.
7. En l'espèce Mme A a été recrutée à compter du 2 novembre 2011 par un premier contrat à durée déterminée qui a été prolongé par deux avenants successifs jusqu'au 31 août 2012, afin d'assurer, conformément à l'article 6 alinéa 2 devenu article 6 sexies de la loi du 11 janvier 1984 précité, des fonctions correspondant à un besoin occasionnel, en tant que responsable de l'instruction de la liquidation de la gestion d'aides. Elle a été recrutée, à compter du 1er septembre 2012, par un deuxième contrat à durée déterminée, prolongé par avenant jusqu'au 30 juin 2013, afin d'assurer la vacance temporaire sur l'emploi de chargée de mission " promotion OCM vitivinicole " qui ne pouvait être immédiatement pourvu par un fonctionnaire, en application des dispositions de l'article 6 quinquies de la loi du 11 janvier précitées. Elle a enfin bénéficié d'un troisième contrat à durée déterminée conclu pour une durée de trois ans à compter du 14 janvier 2013, renouvelé par avenant jusqu'au 1er novembre 2017, pour assurer les fonctions de chargée d'études économiques à l'unité mission sucre du service des marchés et études des filières, sur le fondement du deuxième alinéa de l'article 4 de la loi du 11 janvier 1984 précité. Ainsi, la requérante n'a bénéficié que de trois contrats de travail à durée déterminée, conclus avec le même établissement public sur des postes différents et dont les deux premiers répondaient à un besoin occasionnel ou une vacance d'emploi, dans la limite de six années. En outre, la seule circonstance alléguée par la requérante selon laquelle les fonctions de chargée d'études économiques à l'unité mission sucre qui lui ont été attribuées dans le cadre de son dernier contrat relevaient d'un besoin permanent n'est pas de nature à faire regarder son contrat de travail comme abusivement conclu pour une durée déterminée, dans la mesure où l'objet même des dispositions du 2° l'article 4 de la loi du 11 janvier 1984, sur le fondement desquelles il a été conclu, est de permettre le recrutement d'agents contractuels sur des emplois permanents de catégorie A lorsque la nature des fonctions ou les besoins du service le justifient, ce qui n'est pas contesté en l'espèce, et que l'article 6 bis de la même loi prévoit que le recrutement s'effectue, dans cette hypothèse, par contrat à durée déterminée. Dans ces conditions, FranceAgriMer ne peut être regardé comme ayant recouru abusivement à une succession de contrats à durée déterminée envers Mme A. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées sur ce fondement par la requérante doivent être rejetées.
En ce qui concerne l'illégalité fautive de la décision du 17 juillet 2017 de non-renouvellement du contrat de travail de Mme A :
8. Il résulte de l'instruction que la décision du 17 juillet 2017, par laquelle FranceAgriMer a décidé de ne pas renouveler le contrat de travail de Mme A, a été annulée par un jugement susmentionné du tribunal administratif de Montreuil du 21 décembre 2018, confirmé par un arrêt du 4 février 2021 de la cour administrative d'appel de Versailles, devenu définitif, au motif que la matérialité des griefs reprochés à Mme A n'était pas établie, que les retards et absences injustifiées qui lui ont été imputés n'avaient eu aucun impact sur le fonctionnement du service ou sur la qualité des tâches accomplies, et que la décision de non-renouvellement de son contrat n'apparaissait pas justifiée au regard de l'intérêt du service ou de la réorganisation de celui-ci. Ainsi, la décision de ne pas renouveler le contrat de Mme A est entachée d'une illégalité fautive, de nature à engager la responsabilité de l'établissement FranceAgriMer.
En ce qui concerne les faits de harcèlement moral :
9. Aux termes du premier alinéa de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dans sa rédaction applicable au litige : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel ".
10. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral, de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile.
11. En premier lieu, Mme A fait valoir que son supérieur hiérarchique lui a reproché d'avoir tenu des " propos scandaleux " lors d'une réunion en 2016, sans lui permettre de prendre connaissance des faits qui lui étaient reprochés, alors que ces accusations constituaient le fondement de la décision de non-renouvellement de son contrat et qu'elles se sont avérées non établies, ainsi que l'a jugé en dernier lieu la cour administrative d'appel de Versailles. Il résulte de l'instruction que la décision de non-renouvellement du contrat de Mme A était fondée, notamment, sur les propos rapportés au directeur général de FranceAgriMer par le directeur général de la confédération générale de planteurs de betteraves (CGB) dans le cadre d'une conversation téléphonique le 10 novembre 2016 dont les propos ont été réitérés dans un mail du 2 juillet 2018, lequel s'est plaint du comportement et des qualités professionnelles de Mme A dans le cadre des réunions du comité du sucre de FranceAgriMer ainsi qu'à l'occasion d'une conférence se tenant à l'étranger. Si la cour administrative d'appel de Versailles, dans son arrêt du 4 février 2021, a jugé que ces propos, émanant d'un représentant d'un organisme privé et qui n'étaient corroborés par aucune autre pièce du dossier, n'étaient pas de nature à établir la matérialité des griefs reprochés à la requérante, la circonstance que le directeur général de FranceAgriMer se soit fondé sur ce témoignage circonstancié qui lui avait été rapporté par le directeur général d'un organisme partenaire, n'est pas de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral ou d'une discrimination.
12. En deuxième lieu, si la requérante fait valoir qu'elle a subi des pressions de la part de sa hiérarchie, cette allégation, non étayée, à l'appui de laquelle l'intéressée ne produit qu'un communiqué émanant des syndicats condamnant les méthodes employées par FranceAgriMer, notamment des " menaces de sanctions, voire de licenciement ", dont la portée reste générale, n'est pas de nature à faire présumer l'existence d'un harcèlement moral ou d'une discrimination.
13. En troisième lieu, Mme A soutient qu'elle a fait l'objet d'un dénigrement de la part de sa hiérarchie et fait valoir à cet égard que la cheffe de service des ressources humaines tenait régulièrement des propos désobligeants à son encontre, ce qu'elle a fait inscrire dans une main courante déposée le 7 juillet 2017, que l'assistante de la cheffe de service des ressources humaines a porté atteinte à son intégrité physique en l'attrapant par le bras afin de lui transmettre un message lors de sa pause déjeuner le 31 juillet 2017, ce qu'elle a également fait inscrire dans une main courante déposée le 1er août 2017, et que plusieurs de ses collègues, dont le directeur général de FranceAgriMer, l'ignoraient délibérément, ne répondant pas à ses salutations. Toutefois, les pièces produites par Mme A, à savoir les deux mains courantes susmentionnées et un courriel adressé par l'intéressée à un représentant syndical, qui se bornent à relater les faits rapportés par cette dernière, ne permettent pas de faire présumer l'existence d'un harcèlement moral ou d'une discrimination.
14. En dernier lieu, si Mme A soutient que FranceAgriMer l'a délogée en mars 2017 du logement qui lui avait été attribué, ni le bail afférent à ce logement, auquel FranceAgriMer n'est pas partie, ni le courriel envoyé par son chef de service pour tenter de faire accélérer son dossier de relogement géré par le ministère de l'agriculture, ne sont de nature à établir les allégations de l'intéressée ni, en tout état de cause, à faire présumer l'existence de faits constitutifs d'un harcèlement moral ou de discrimination à son encontre.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées sur ce fondement doivent être rejetées, de même que, en tout état de cause, celles tendant à ce qu'il soit enjoint à France AgriMer de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle à ce titre.
Sur le préjudice :
16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à demander l'indemnisation des préjudices résultant de l'illégalité fautive de la décision du
17 juillet 2017 refusant le renouvellement de son contrat.
17. Lorsqu'un agent public sollicite le versement d'une indemnité en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité de la décision de ne pas renouveler son contrat ou de le modifier substantiellement sans son accord, il appartient au juge de plein contentieux, forgeant sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties, de lui accorder une indemnité versée pour solde de tout compte et déterminée en tenant compte notamment de la nature et de la gravité de l'illégalité, de l'ancienneté de l'intéressé, de sa rémunération antérieure et des troubles dans ses conditions d'existence.
18. Il résulte de l'instruction que Mme A était âgée de trente-huit ans à la date du non-renouvellement de son dernier contrat à durée déterminée, qu'elle exerçait ses fonctions au sein de l'établissement national FranceAgriMer depuis six ans, en dernier lieu dans le cadre d'un contrat conclu pour une durée initiale de trois ans, puis renouvelé pour une durée complémentaire d'un an et dix mois, et qu'elle percevait un revenu mensuel net moyen, en 2017, de 2 084 euros. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, des conséquences que cette décision a eu sur l'état de santé de l'intéressée, comme en atteste le certificat médical du 21 mai 2021 qu'elle produit, de la nature et de la gravité de l'illégalité commise, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par Mme A en l'évaluant à la somme de 18 000 euros, valant solde de tout compte et incluant son préjudice moral.
Sur les frais de l'instance :
19. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de FranceAgriMer une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés à l'instance par Mme A, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'établissement national FranceAgriMer est condamné à verser à Mme A la somme de 18 000 euros en réparation de son préjudice.
Article 2 : L'établissement national FranceAgriMer versera à Mme A la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions présentées par Mme A est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à l'établissement national des produits de l'agriculture et de la mer (FranceAgriMer).
Délibéré après l'audience du 5 avril 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Ribeiro-Mengoli, présidente,
Mme Van Maele, première conseillère,
Mme Caro, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
La rapporteure,
S. Van Maele
La présidente,
N. Ribeiro-Mengoli La greffière,
P. Demol
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026